Blog / LE P'TIT TRAIN

vendredi 29 novembre 2013 à 17:09

Gare Saint-Lazare. Si la locomotive tirait les wagons derrière elle pour entrer en gare, elle devait ensuite les pousser devant elle pour en ressortir. On dit, dans ces cas-là, que le train roule à contresens. Chouette !

Du moins, on pouvait le dire mais on n’avait pas le temps. Il fallait se dépêcher d’arpenter tout le quai pour atteindre le wagon de queue qui, de fait, était en tête.

Tout au bout du wagon de queue, il y avait un hublot au-dessus d’un strapontin. C’était ma place. Je m’installais sur le strapontin, je regardais pas le hublot et, quand le train démarrait, je voyais la voie défiler devant moi. J’avais l’impression que c’était moi, le conducteur. C’était drôle ! Je ne décollais pas le nez du hublot de tout le trajet.

Par contre, des fois, quand le train était prêt à partir en contresens et que nous montions dans le wagon de queue, je trouvais un garçon assis à « ma » place, sur « mon » strapontin et regardant par « mon » hublot. Le plus énervant, c’était quand le train roulait et que je voyais le garçon faire semblant de tenir un volant et de conduire le train. Non mais ! Pour qui se prenait-il ?

C’était pour éviter ce genre de désagrément qu’il fallait se dépêcher d’atteindre le wagon de queue avant de chercher à se remémorer le mot « contresens ».

De la fenêtre du train, Maman regardait si le contrôleur était sur le quai pour savoir s’il fallait sortir les tickets.

Le contrôleur, c’était le monsieur qui était debout, au bout du quai, devant l’escalier. Tous les gens qui descendaient du train passaient devant lui avec leurs tickets à la main. Le monsieur validait un par un les tickets qu’on lui présentait, sans parler, les yeux dans le vague. Il ne fallait pas lui dire bonjour parce que ça le dérangeait dans ses rêveries et ça lui faisait craindre qu’on ne lui demandât une information, ce qui l’aurait obligé à se concentrer sur son travail. Il était là pour oblitérer les tickets, pas pour dire bonjour.

Du reste, les gens qui passaient devant lui n’avaient aucune raison d’ennuyer, par des paroles inutiles, ce pauvre homme condamné au travail. Ils étaient là parce qu’ils descendaient, comme Maman et moi, à la gare de Courbevoie. Ils n’étaient pas là pour dire bonjour au contrôleur. Tous les gens passaient donc devant lui en lui présentant leurs tickets d’un geste machinal, les yeux dans le vague…

A la longue, les absences du contrôleur le conduisirent à se métamorphoser en composteur orange.
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Commentaires 1

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  • 54

    septalain 29 novembre 2013

    Est-ce une adulte ou une enfant qui écrit ce texte?
    agréable en tous cas.

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