BlackAfricanPositive
Garçon - 33 ans, Dakar / Ziguinchor, Senegal
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Blog / L'AUTRE GRANDE VOIX DU REGGAE SENEGALAIS SE DEVOILE
vendredi 12 septembre 2008 à 17:07
Presse : LE MESSAGER, 5-6 juillet 2008
ALIOUNE BADARA DIALLO
L’AUTRE GRANDE VOIX DU REGGAE SENEGALAIS SE DEVOILE
Le jeune Alioune Badara Diallo a de l’ambition, à revendre et il est doté d’une foi inébranlable en sa bonne fée. Cela peut se comprendre aisément si l’on sait que le natif de la région naturelle de Casamance est un musicien adepte du Reggae pur et dur. Il vient de mettre sur le marché un nouvel album qui a le mérite d’être très bien fait et d’être très apprécié du public. Pourtant le jeune artiste refuse de se laisser bercer par les effluves du succès et décide de se battre de façon résolue pour pouvoir aspirer à côtoyer les grands musiciens qui ont eu à porter haut le flambeau laissé par Bob Marley et ses pairs de la lointaine Jamaïque. Ce panafricaniste convaincu ne manque pas d’exhorter tous les fils de ce continent berceau de l’humanité, à s’unir autour de l’essentiel et de redresser la tête pour regarder l’avenir avec fierté et courage car il demeure convaincu que c’est la seule voie de salut. Pour cette semaine, le Messager vous entraîne dans l’univers chaloupé et tout en rythmes syncopés de cet artiste qui veut se positionner comme l’une des grandes voix du Reggae sénégalais.
UN ATTRAIT PRECOCE POUR LA MUSIQUE
L’homme à la tignasse touffue est un musicien qui a choisi le Reggae comme mode d’expression et cela semble lui réussir particulièrement. Malgré un environnement très peu favorable à l’expansion de ce genre musical, plus ou moins mal vu de la population, il poursuit ce qu’il considère comme une mission hautement salvatrice. Comme tous les rastas de la terre, il prône la paix, l’entraide, la fraternité et la continuation de la lutte pour la conscientisation des masses africaines et de la diaspora. Pourtant tout ne fut pas facile pour ce rebelle dans l’âme qui a choisi de ramer à contre courant en choisissant le Reggae comme vecteur de messages. Il a bien voulu revenir sur ses débuts dans la musique et sur le sens de ce combat qu’il veut bien mener à terme contre vents et marées.
« Je m’appelle Alioune Badara Diallo et je suis originaire de la Casamance. Je suis à Dakar pour participer activement à la promotion de mon dernier album. Il faut dire que j’ai toujours éprouvé un attrait certain pour tout ce qui touche à la musique. De fil en aiguille, cette passion a fini par devenir une véritable obsession. C’est pourquoi je n’ai pas hésité un seul moment à franchir le Rubicon en décidant d’embrasser une carrière musicale. C’est donc en 1991 que j’ai commencé à faire de la musique à plein temps. Sans essayer de chercher loin, j’ai mis sur pied ma propre formation qui s’appelle Black African Positive. Par la suite je suis allé séjourner en Gambie durant deux ans. De 1996 à 1998 je suis resté dans ce pays frère qui est très proche de la Casamance. Après ces deux années de recherche, je suis retourné en Casamance pour essayer de mieux comprendre et peaufiner, sur des rythmes traditionnels de cette zone. J’ai voulu miser et surtout récupérer certaines touches culturelles du terroir qui me sont propres. Depuis je continue sur cette même lancée. La touche Reggae m’a beaucoup influencé et cela fait plus d’une décennie que je maintiens le cap », a affirmé d’entrée notre invité.
L’ANGLAIS, UN FACTEUR D’INTEGRATION
Pour le leader de Black African Positive, la langue anglaise est un véritable facteur d’intégration. C’est pourquoi il l’utilise beaucoup dans sa dernière production. Son séjour en Gambie n’a pas été vain ; il pratique la langue de Shakespeare avec un réel bonheur. Sur ce choix qui peut paraître paradoxal dans un pays francophone, Alioune a fourni ses explications :
« En toute honnêteté je dois reconnaître que mon attirance pour la langue anglaise se justifie amplement. A mon humble avis, l’anglais est la langue internationale. Je ne néglige pas l’apport du français qui est bien présent dans mes thèmes. C’est principalement pour cette raison de large diffusion que j’ai séjourné en Gambie. Il faut savoir que chaque forme musicale véhicule un certain nombre de concepts. En choisissant de jouer du Reggae il me fallait aussi opter pour la langue anglaise et cela peut se comprendre au vu de ce qui précède. J’ai voulu toucher plus facilement le public éparpillé aux quatre coins du monde et l’anglais est un bon vecteur de propagation de ma musique. Pourtant cela ne m’a pas poussé à me laisser enfermer dans cette seule perspective. En écoutant mon produit le mélomane peut découvrir d’autres touches qui me sont particulières. Le mandingue occupe une large place dans cet opus. Mais j’y chante aussi en français. Cependant je dois reconnaître que l’anglais prédomine largement. C’est un choix délibéré que j’assume », s’est défendu notre musicien.
Pourtant Alioune refuse de se laisser emporter par cette vague d’anglicismes qui transparaît dans la presque totalité de ces compositions. Outre ce combat pour une reconnaissance plus accrue au plan externe, Alioune est conscient qu’il lui faut mener un autre combat, celui de la reconnaissance du public local.
LE REGGAE, UNE MUSIQUE INJUSTEMENT CATALOGUEE
Le leader du Black African Positive est convaincu que jouer du Reggae au Sénégal est loin d’être une sinécure. Il a bien voulu nous livrer sa propre lecture de ce qu’il considère comme un mauvais procès contre la musique qu’il chérit tant.
« De manière générale, le Reggae est très mal vu par les populations. J’en suis vraiment désolé et j’admets qu’il n’est pas facile d’évoluer dans ce secteur ainsi catalogué. Le commun des mortels considère les reggae men et les musiciens qui pratiquent cette musique comme des fumeurs de chanvre, des contestataires et des personnes indisciplinées. Pourtant cette image est loin de refléter la réalité. Les gens refusent de comprendre que les rastas sont très conscients de l’environnement difficile qui est le nôtre actuellement et ils en appellent à une plus grande justice sociale et à plus de considération. De tout temps cette fausse perception nous poursuit et cela contribue grandement à plomber notre évolution. Il y a forcément des situations qui dépassent la conscience de l’individu s’il ne prend pas la peine de bien les cerner. Pour résumer notre situation, je dirais que nous les adeptes du Reggae nous voulons essayer de dénoncer certaines tares de la société et mener un combat contre toutes les formes d’injustice. Nous voulons aussi lutter contre la corruption et les maux qui empêchent l’Afrique de se développer. A mon avis il n’existe pas un combat plus noble que celui-ci, mais malheureusement le grand public refuse de voir la réalité en face et continue de nous traiter en marginaux et révoltés. Il nous appartient donc de nous armer de courage pour réussir à changer de manière radicale cette image plus que désastreuse. Il ne faut pas aussi se voiler, ce sera très difficile de relever le défi. Au Sénégal nous n’avons que notre patrimoine culturel comme principale richesse. Sur le plan strictement musical, c’est le Mbalakh qui est largement plébiscité par les populations et nous en sommes bien conscients, c’est la raison pour laquelle il nous faut beaucoup de courage pour espérer inverser la tendance. Il nous faut donc donner une couleur locale à notre Reggae pour essayer de l’imposer au public dans sa grande diversité. Je sais pertinemment que ce ne sera pas chose facile, mais il nous faut nous battre et redoubler d’efforts. »
UN ALBUM ENGAGE ET UNE THEMATIQUE VARIEE
Alioune est une artiste engagé et cela se ressent tout au long de son second et dernier album. Cet auteur compositeur a travaillé pendant plus d’une décennie pour arriver à ce résultat probant.
« Je dois dire que j’ai écrit 15 titres pour « ratisser » le plus large possible. Cet album m’a pratiquement pris 15 années de travail et de recherche. Je suis l’auteur de tous les textes et j’ai aussi été à la base de tous les arrangements. Il est évident qu’un tel travail ne pouvait pas se faire sans l’apport de personnes-ressources. Les chœurs ont été assurés par Mariama qui travaille aussi avec Daby. Elle est soutenue par une autre fille qui est membre d’un groupe du nom de Xel Fitt qui est basé à Grand Yoff, et je les félicite vivement pour la qualité du travail abattu. Djibril aussi a grandement contribué à la réussite de ce disque, c’est lui qui interprète les voix jazzy. Je n’oublie pas le percusionniste Foudou Sané et le guitariste Peuthio, qui travaillent tous deux avec Daby. Pour finir je citerai la guitariste Issa Kouyaté qui est membre à part entière de mon groupe », a précisé Alioune.
Le jeune musicien de la région naturelle de Casamance n’est pas à son coup d’essai, il a eu à sortir un premier album il y a moins d’une année. Comme il est perfectionniste et très rigoureux, il a décidé de changer de démarche dans le seul but de corriger des impairs et de repartir sur de nouvelles bases. Il a d’autant plus de mérite qu’il a entièrement pris en charge tous les frais liés à la réalisation de ce second album titré « It’s My Nation ».
« Je dois reconnaître que j’avais sorti un premier album, il y a moins d’une année. J’ai été confronté à quelques problèmes, parce que je travaillais avec d’autres personnes qui ne partageaient pas la même vision que moi. De guerre lasse, je me suis résolu à sortir ce second album que j’ai entièrement autoproduit. Le premier album s’appelait « One Way ». Quand je me suis rendu compte que mes partenaires ne partageaient pas les mêmes concepts, j’ai décidé de tout faire moi-même. J’ai utilisé mes propres fonds pour arriver à ce résultat. Ce ne fut pas facile. Je continue mon chemin en mettant un accent particulier sur la promotion. J’ai commencé par animer un concert à l’université Cheikh Anta Diop le 8 mai dernier. J’ai aussi fait un saut à Ziguinchor et à Kafountine. Ce qui est tout à fait normal et je me félicite de l’accueil de ces populations. J’ai du retourner à Kafountine avant d’embrayer sur la Gambie. Pour continuer sur cette lancée, je prévois d’organiser des concerts es 5, 12, 19 et 26 juillet courant, à travers les quartiers de Dakar », a affirmé Alioune.
Le leader de Black African Positive s’est aussi prononcé sur l’évolution du Reggae au Sénégal et sur les relations qu’il entretient avec ses autres collègues reggae men. A son avis la musique Reggae se porte bien au Sénégal. Il se dit très ouvert à toutes formes de collaboration car le Reggae est par essence une musique de partage. Pour finir, Alioune lance un appel pressant à tous ses compatriotes. Il est d’avis que les sénégalais doivent s’unir pour et travailler dans la discipline et le respect mutuel. En sa qualité de fils de la Casamance, il pense que les originaires de cette région doivent songer à retourner bâtir cette zone qui est considérée à juste titre comme le grenier du Sénégal. Ils doivent tous retourner investir et travailler sur place, car la région en a grandement besoin. La rébellion ne doit plus servir de prétexte car les choses vont beaucoup mieux et cet alibi est plutôt fallacieux.
En attendant d’aller à la conquête du monde, notre invité s'active sur une tournée nationale et essaie de fédérer du monde autour de sa musique. Le combat ne sera pas facile, mais Alioune en est conscient et cela ne lui fait pas peur ! Sa foi et son courage sont ses seules armes et il compte bien les utiliser pour atteindre ses nobles desseins. Pour finir, Alioune scrute l’horizon avec optimisme et lance à tous ses frères un lancinant cri d’amour ; ce qui est compréhensible pour un musicien ! Convaincus par son talent, nous lui souhaitons bonne route, tout en lui disant : « Big Up et One Love Brother » !
Par Mohamed Fadel LO
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