FredFred_Burger
Garçon - 20 ans, Dans l'infiniment moyen, France
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UN énorme élan de fierté
Voilà, c'est au hasard d'internet que je trouve une itération à mon professeur de philosophie, sur le site de l'académie de Rennes. Semble-t-il qu'il est un exemple pour les futurs professeurs, en tout cas je reste immensément fier et heureux d'avoir été un de ses élèves cette année.
Donc j'en fais profiter tout le monde...
L'INCONSCIENT
Introduction
Il n'est guère facile de traiter la notion d'inconscient , et ceci pour plusieurs raisons :
1. La notion d'inconscient est liée à un nom, celui de Freud et à l'invention d'une pratique de transformation du sujet : la psychanalyse. Certes Freud n'a pas découvert la notion d'inconscient ; les psychanalystes eux-mêmes en conviennent : "l'inconscient existait bien sûr avant la découverte de la psychanalyse" (Claude Dumézil, Symptôme, éthique et désir d'analyste).
2. La psychanalyse a trouvé audience auprès d'un large public et fait l'objet d'une curiosité souvent confuse. La psychanalyse appréhendée comme une "psychologie des profondeurs" provoque le vertige de l'imagination plus qu'elle n'invite à penser. Cette demande insistante du public l'a renvoyée dans le bric-à-brac d'une pseudo-culture de la consommation. S'il y a un intérêt pour la psychanalyse, y compris à travers les polémiques qu'elle suscite, cet intérêt n'est pas de nature théorique : "Ce qui fascine chez Freud, note Yvon Brès, c'est moins l'inconscient que le refoulement (...) nos contemporains sont sensibles à l'idée que certaines représentations sont refoulées et deviennent inconscientes à cause de leur caractère scabreux, suspect, réprouvé (Verpönt)"
3. L'attente des élèves de terminale n'est pas de nature très différente. La notion d'Ics n'est pas au départ l'objet d'un intérêt théorique : les élèves attendent de manière vague des informations pour leur compte personnel. Le professeur de philosophie ne pourra que les décevoir en essayant d'opérer une mutation de l'intérêt initial qui est d'ordre imaginaire et affectif vers une réflexion de nature théorique; « Rien ne garantit , d'ailleurs que cette mutation puisse être totalement accomplie pour lui-même, comme pour ses élèves"
Comment aborder la notion d'inconscient? On peut réfléchir philosophiquement sur l'inconscient en interrogeant la notion à partir des problèmes qui se sont constitués dans le champ de la réflexion philosophique.
1. Si Freud n'a pas découvert la notion d'inconscient, l'hypothèse d'un inconscient psychique a provoqué une rupture de paradigme[1] de la psychologie, telle qu'on la concevait depuis Descartes. Je m'attacherai dans une première partie à développer la genèse de l'idée d'Inconscient.
2. Lorsqu'il formule l'hypothèse de l'existence d'un « inconscient », Freud inscrit cette hypothèse dans une démarche scientifique et dans une perspective thérapeutique, la psychanalyse, méthode d'interprétation. Si l'interprétation des rêves est la « voie royale de la connaissance de l'inconscient », on peut s'interroger sur la nature et la légitimité de cette interprétation singulière.
3. Ce que Freud nomme l'inconscient désigne ainsi non pas la profondeur d'une pure intériorité mais l'altérité, une altérité intérieure au sujet, essentielle pour le définir. Si "je est un autre", comment penser cette altérité intérieure? Si l'inconscient est l'objet d'un déterminisme psychique, comment penser ce déterminisme qui a peu de choses à voir avec le déterminisme physique de la nature? Qu'en est-il de la responsabilité de l'homme si ses actions et ses paroles sont déterminés par "un autre moi" que le sujet conscient? Est-il possible d'interpréter la notion d'inconscient en la situant dans la perspective d'une problématique de la liberté et du sujet?
I) Genèse de la notion d’inconscient
Freud n'a pas découvert la notion d'inconscient; cette notion s'est esquissée à la fin du XVIIe siècle, elle s'est précisée au XVIIIe siècle, puis répandue au XIXe. Par ailleurs, cette notion s'est enrichie après Freud d'élaborations dignes de recevoir notre attention. On peut donc distinguer un concept d'inconscient, l'inconscient psychologique et plusieurs notions correspondant à des conceptions fort diverses de l'inconscient et que l'on peut rattacher à l'ics romantique.
A. Le paradigme de la conscience et l’inconscient
1. L'hypothèse de l'inconscient entraîne un changement d'orientation dans l'histoire de la psychologie occidentale en provoquant une rupture de paradigme de la psychologie, telle qu'on la concevait depuis Descartes. En effet, la psychologie classique était une psychologie de la conscience. Descartes définit l'âme comme une une substance pensante, c'est-à-dire comme une pensée en acte. Il ne saurait y avoir une « pensée inconsciente » La pensée est consciente ou bien elle n'est pas. Ce qui n'appartient pas à la pensée peut relever de la matière, de la substance étendue, mais ne relève pas de la conscience. Cependant, l'usage que nous faisons alors du mot "pensée" comporte une ambiguïté. La conscience peut être synonyme d'éveil, de vécu, ou bien d'activité mentale, voire de représentation. Être éveillé et penser sont-ils une seule et même chose? Si on fait cette assimilation, la continuité de l'âme est identifiée avec la continuité de l'acte de penser. Partant de là, l'âme, qui est pensée, doit pour exister penser toujours. Descartes le dit clairement « je trouve ici que la pensée est un attribut qui m'appartient : elle seule ne peut-être détachée de moi. Je suis, j'existe, cela est certain, mais pour combien de temps ? A savoir autant de temps que je pense, car peut-être se pourrait-il faire, si je cessais de penser, que je cesserais d'être ou d'exister ».
C'est là qu'apparaît la première obscurité des Méditations métaphysiques. Peut on dire de l'embryon dans le ventre de sa mère qu'il pense comme je pense maintenant? Dans le sommeil profond, dans la syncope, je cesse de penser et pourtant je ne laisse pas d'être. Ne peut-il pas justement y avoir comme une annulation de la pensée? Descartes répond à cette objection : « Ce n'est pas merveille si nous ne nous ressouvenons pas des pensées que nous avons eu dans le ventre de nos mères ou dans l'évanouissement car nous ne nous ressouvenons pas non plus de plusieurs pensées que nous avons étant adulte, sain et éveillé. » L'âme pense toujours, mais elle oublie une grande part des pensées qu'elle a eues. Descartes reconnaît une forme d'inconscient qu'il confie à la mémoire et garde pour le conscient l'activité de la pensée dont nous avons immédiatement conscience, cette activité par laquelle nous sommes une volonté, un ego agissant. Mais cette réponse reste obscure. La conscience n'est pas d'un seul tenant et nous ne sommes pas conscients de tout.
2. L'accent mis par Locke sur le phénomène de la conscience psychologique permet de poser le problème des ruptures au sein de la continuité de la conscience et de substituer à l'intentionnalité, l'inquiétude (uneasiness). Si la personne se définit comme une continuité de conscience indépendante de toute substantialité, la rupture de cette continuité oblige à poser le problème d'une continuité psychique qui n'est pas entièrement consciente. Si la conscience est la perception que l'homme a de ce qui se passe dans son esprit, elle est aussi le principe d'identité de la personne. Le terme « esprit » (mind), a une acception plus large que celui de « conscience », désignant à la fois le réceptacle passif des sensations et un ensemble d'opérations. La conscience est donc ce qui éclaire l'esprit au sens où elle reconnaît ses opérations dans le champ d'une intériorité toujours ouverte. Aussi la mémoire va-t-elle jouer un rôle essentiel. L'identité de la personne repose en effet sur la continuité temporelle de la conscience, et c'est à la mémoire qu'il appartient d'assurer cette continuité. Affirmant que seule la conscience peut "unir des existences éloignées au sein de la même personne", Locke pose en même temps le problème des discontinuités comme suit : « Si nous pouvions supposer d'un côté deux consciences différentes, sans communication entre elles, mais faisant agir le même corps, l'un tout au long du jour, et l'autre de nuit, et d'autre part une même conscience faisant agir alternativement deux corps distincts, la question ne se poserait-elle pas bel et bien de savoir, dans le premier cas, si l'homme du jour et l'homme de la nuit ne seraient pas deux personnes aussi différentes que Socrate et Platon ? Et, dans le second cas, s'il n'y aurait pas une seule personne dans deux corps différents?» (Essai philosophique concernant, l'entendement humain, II, 27, S 23)
Seule la conscience peut déterminer l'identité selon l'alternance de la mémoire et de l'oubli, qui peut interrompre cette continuité et donner à penser qu'il y a dans l'esprit quelque chose qui n'est pas de l'ordre du conscient. Dès lors le problème est celui de l'inquiétude comme ressort de l'activité mentale, expliquant l'oscillation permanente de l'esprit entre passivité et activité, entre sensation et réflexion. L'inquiétude permet de comprendre l'esprit comme activité avec le plaisir et la douleur des passions simples. Comme telle, elle permet de penser l'articulation de la conscience au corps; c'est à ce niveau que la question de l'inconscient devient concevable : il y a dans l'inquiétude quelque chose qui peut échapper à la conscience et qui renvoie à l'affectivité primaire. Si inconscient il y a, c'est du côté du corps qu'il convient de se tourner.
3. Les petites perceptions Mais, dès lors, l'inconscient est d'abord un problème plus qu'un concept. Répondant à Locke, Leibniz développe une théorie des petites perceptions comme inconscient différentiel. Les petites perceptions sont des différentielles imperceptibles dont l'intégrale est la perception consciente: dans le bruit de la mer on entend confusément ces petites différences qui sont le bruit de chaque vague, qui constituent le bruit de la mer. Si l'on maintient l'idée que l'âme « pense toujours », il faut rendre compte de la possibilité d'intermittences de conscience qui ne remettent pas en cause la continuité de l'âme. La théorie des petites perceptions de Leibniz résout cette difficulté. La perception comporte des degrés infinitésimaux. Quand un seuil est franchi, l'objet entre dans le champ de conscience. Un bruit, s'il est trop faible, n'est pas remarqué, et pourtant il entre
dans le domaine infinitésimal de la sensation. S'il atteint un seuil suffisant, il entrera dans le domaine de la perception. Ce que nous appelons un fait conscient n'est rien d'autre qu'un concours de « petites perceptions » composant une perception consciente. Ce qui est présent, mais n'entre pas dans le champ de la conscience, relève de l'inconscient. En d'autres termes, le vécu conscient émerge d'une condensation de perceptions inconscientes. On peut dire aussi en ce sens que de ce fait, tout vécu conscient possède aussi sa marge inconsciente. La naïveté serait de croire que n'existe que ce dont nous avons conscience. C'est une position qui est fausse, autant dans la visée du monde extérieur (dont je ne perçois pas tous les aspects) que dans le monde intérieur (je n'ai même pas conscience par exemple de tout ce qui se déroule dans mon corps). Ce que je nomme comme étant une pensée a pu se former dans l'inconscient. Dès l'instant où la pensée se présente à moi, je ne fais qu'en prendre conscience. Ce point de vue conduit à de nouvelles perspectives. Pourtant, Leibniz continue de dire avec Descartes que « l'âme pense toujours ».
4. Pour être plus précis, il est possible d'assimiler le pouvoir de la conscience à celui de la volonté et de reléguer ce qui est inconscient à un automatisme. Si la conscience est essentiellement la volonté, la différence entre le conscient et l'inconscient peut se distinguer entre l'attention volontaire et réfléchie qui éclaire les objets de ma conscience de veille et l'Inattention involontaire et distraite qui glisse du côté du subconscient. Les habitudes, les réactions mécaniques sont inconscientes, par contre une action réfléchie, volontaire est consciente. Veiller, c'est aussi vouloir. C'est la différence entre ce qui est conscient, parce qu'exécuté volontairement et ce qui est inconscient parce que devenu mécanique. Bergson départage les données de la conscience, relative à l'attention à la vie et ce qui retombe dans l'inconscient à titre de souvenirs. Dès que cesse la vigilance, la sélection de données de la conscience cesse d'opérer et c'est alors que peut commencer le rêve : « supposez qu'à un moment donné, je me désintéresse de la situation présente, de l'action présente. Supposez, en d'autres termes que je m'endorme. Alors ces souvenirs immobiles, sentant que je viens d'écarter l'obstacle, de soulever la trappe qui les maintenait dans le sous-sol de la conscience se mettent en mouvement. Ils se lèvent. Ils s'agitent, ils exécutent dans la nuit de l'inconscient une immense danse macabre. Et tous ensemble ils courent à la porte qui vient de s'entrouvrir ». Ici le rêve appartient au dynamisme du subconscient. Bergson suit une tradition volontariste qui va de Descartes à Alain, via Maine de Biran où la conscience est toujours identifiée à la pensée et reconnue dans la volonté. Cette tradition volontariste ramène l'inconscient à une activité mécanique liée au corps. La vraie pensée est organisée, intentionnelle, vigilante et donc nécessairement consciente. Cette conscience en acte se détermine donc à travers des choix. Ce n'est pas la pensée mécanique des habitudes et des répétitions. Être conscient, c'est choisir à chaque instant en fonction d'un futur que l'on projette, c'est s'appuyer sur le passé pour en tirer ce que l'attention présente convoque. L'inconscient relève surtout de l'inattention et de l'habitude. Encore une fois, de mécanismes corporels.
L’hypothèse freudienne de l’inconscient psychique
1. Signification freudienne du mot « inconscient
La psychanalyse ne se préoccupe pas de cet état qu'on nomme l'inconscience et qui résulte de la perte de conscience, mais de l'inconscient (das Unbewubte), c'est-à-dire de ce dont le sujet n'a pas conscience et qui n'en constitue pas moins une partie de son psychisme ou les deux termes sont ici synonymes - de son âme (Seele). Comme Freud le déclare à l'un de ses patients dans une manière de dialogue: « Le psychique ne coïncide pas en toi avec le conscient : qu'une chose se passe dans ton âme ou que tu en sois de plus averti, voilà qui n'est pas la même chose » (S. Freud, Essais de psychanalyse appliquée, cf. S. Jankélévitch, Paris, Payot, 1970, p. 145-1466). Contre l'affirmation d'une identité pure et simple de ce qui est psychique et de ce qui est conscient, Freud distingue entre un psychique inconscient et un psychique conscient. Si l'un et l'autre constituent l'ensemble du psychisme, ce n'est toutefois pas dans des proportions équivalentes. Car l'essentiel du psychisme est pour Freud inconscient : "L'inconscient, dit Freud, est le psychique lui-même et son essentielle réalité." et il compare l'âme humaine à un iceberg dont les neuf dixième demeurent immergés. Ainsi, seul un dixième de ce qui se passe en lui parvient à la conscience du sujet. La conscience acquiert par suite un caractère accidentel et désigne finalement la propriété éphémère de quelques rares processus psychiques alors que les autres demeurent irrémédiablement inconscients.
On peut donc dégager une première définition de l'inconscient qu'Yvon Brès appelle le concept de l'inconscient ou l'inconscient psychologique et qu'on peut définir ainsi : "une représentation psychique non consciente"
Référons-nous à Freud lui-même pour préciser la signification que le mot « inconscient » a dans la citation. Freud distingue ce qu'on appelle d'ordinaire les phénomènes subconscients et qu'il appelle préconscients, parce que ce sont des « faits psychiques latents mais susceptibles de devenir conscients» et, d'autre part, des « faits psychiques refoulés, qui, comme tels et livrés à eux-mêmes, sont incapables d'arriver à la conscience ». Ce sont ces derniers faits qui constituent proprement l'inconscient. Du fait même qu'ils sont refoulés, ils se présentent comme des faits dynamiques, dont l'énergie se manifeste par la résistance du psychanalysé à l'investigation du psychanalyste pour les amener à la conscience. « Ce qui est refoulé, dit Freud, est pour nous le prototype de l'inconscient. »
L'inconscient, est d'abord déductible du refoulement et qualifie une représentation susceptible de disparaître et de réapparaître, ce qui laisse supposer qu'il a, entre-temps, une existence latente est donc celle d'une représentation qui demeure active sans être présente. Il en résulte que la conscience ne saurait épuiser l'essence du psychisme. Elle est essentiellement liée à la perception comme capacité de recevoir des qualités sensibles. Reliée au préconscient, elle est séparée de lui par la censure, le préconscient désignant ce qui échappe à la conscience actuelle sans être véritablement l'inconscient. Celui-ci ne se contente donc pas de qualifier des représentations échappant à la conscience, mais renvoie à des contenus auxquels le refoulement refuse l'accès tant au préconsient qu'à la conscience. De tels contenus, qui sont des représentants de pulsion, sont régis par des mécanismes spécifiques.
Allant encore plus loin, Freud a, par la suite, considéré que certaines parties du moi et du surmoi (c'est-à-dire de l'intériorisation des interdits de la conscience morale) sont inconscientes et c'est du terme de Ça (Es) qu'il qualifiera plus proprement l'inconscient comme tel. On passe d'un niveau psychologique à un niveau proprement métapsychologique, permettant de substantiver l'épithète, où l'Inconscient définit un système d'où dérivent les instances du Moi, du Surmoi et du Ça. C'est ainsi qu'à la trilogie initiale de l'inconscient, du préconscient et du conscient, Freud va à partir de 1923 substituer celle du Moi, du Ça et du Surmoi. Le Ça est ce substrat pulsionnel ou ce réservoir d'énergie psychique qui ne prend sens que dans sa tension entre le Moi et le Surmoi. Le Moi a, à la fois, une fonction défensive de la personnalité et une fonction de liaison des processus psychiques. Il n'est donc plus un principe d'identité, mais une structure de défense contre les pulsions, qui se manifeste dans le narcissisme comme objet d'amour. Enfin, le Moi se caractérise par un clivage empêchant d'en faire une unité synthétique, dans la mesure où il peut faire coexister deux procédés de défense, l'un comme déni de la réalité, l'autre tourné vers la pulsion. Dès lors, le Surmoi peut se définir comme une partie du Moi qui s'oppose à une autre et qui s'érige ainsi en juge, plongeant ses racines dans le Ça et dans sa violence pulsionnelle.
Je reprends, pour clore cette analyse, cette définition très complète de l'inconscient proposée par une psychanalyste, Marie-Josée Lapeyrère : « L'inconscient est l'instance psychique découverte par Freud et nommée par lui en tant que lieu des représentations qui se sont vu refuser l'accès à la conscience, représentations refoulées qui supportent les désirs inconscients. Sa théorie constitue l'hypothèse fondatrice de la psychanalyse. Pour celle-ci, l'inconscient est l'organisation qui gouverne nos pensées, nos désirs, nos actes ; cette instance est porteuse d'un savoir inconscient auquel nous n'avons pas accès si ce n'est à travers ce qu'on appelle les formations de l'inconscient - rêve, lapsus, symptôme, oubli, etc. - qui signent le retour de ce qui fut refoulé et qui se manifestent en dehors de la volonté du sujet ; celui-ci se révèle donc être dirigé à son insu par un réseau articulé de représentations que la conscience ne peut reconnaître siennes. Donc toutes ces formations sont porteuses d'un savoir mais d'un savoir énigmatique. constitué par un matériel littéral en lui-même dépourvu de signification, savoir qui ne se livre pas comme ça, et qui reste donc à déchiffrer -travail de l'analyse - et c'est cela que Freud a découvert en se prêtant à l'écoute de ses premières patientes hystériques. » (22/09/2002)
2° Lorsqu'il formule l'hypothèse de l'existence d'un « inconscient ». partie constitutive du psychisme de tout individu, Freud inscrit cette hypothèse dans une démarche scientifique et dans une perspective thérapeutique : la psychanalyse ou science de l'inconscient se veut à la fois théorie scientifique et une pratique clinique ayant pour objet de soigner certaines affections psychiques.
La théorie freudienne consiste essentiellement en ceci que la libido, qui constitue notre nature dans sa spontanéité dynamique, se heurte à la répression du moi conscient. Refoulée, mais non supprimée, elle se déguise pour échapper à la censure du moi et trouve ainsi une expression détournée dans les actes manques, les images du rêve et les symptômes de la névrose. C'est aussi un effet indirect de cette censure qui explique que la libido, ne trouvant pas à se satisfaire
directement, s'exprime par un processus de sublimation dans la foi religieuse, le sacrifice moral ou la création artistique. De telle sorte que la psychanalyse s'est d'abord donnée comme « un acte thérapeutique» qui « ne cherche pas par essence à prouver, mais à modifier quelque chose ».
Comme preuves de l'existence d'un inconscient psychique, Freud invoque dans son Introduction à la psychanalyse et dans sa Psychopathologie de la vie quotidienne, des faits familiers de la vie courante, et surtout les actes manques, lapsus, mots d'esprit, oublis, pertes d'objets, etc., qui, simples inadvertances pour le sens commun, se révèlent à l'analyse comme l'effet de pulsions refoulées par la censure morale, qui cherchent à se manifester dans le comportement. Mais c'est par excellence dans le rêve que s'exprime l'inconscient psychique. L'interprétation du rêve, dit Freud, « est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient ». Enfin, et c'est de là qu'est née la psychanalyse, les faits de l'hypnose et surtout ceux des névroses ont imposé au médecin psychiatre qu'était Freud l'hypothèse de l'inconscient. L'hypnotisé, à son réveil, exécute inconsciemment les ordres donnés par l'hypnotiseur et, quelle qu'en soit l'étrangeté, s'efforce d'en fournir une justification rationnelle. Mais abandonnant l'étude de l'hypnose, c'est sur les névroses que s'est portée la recherche de Freud, d'où il résulte que les symptômes des névroses sont les « voies déterminées » qu'emprunté la libido, c'est-à-dire les pulsions élémentaires de l'être humain, pour parvenir, à l'insu du moi et contre lui, à la satisfaction dérivée et imaginaire de ses désirs infantiles.
3. Du déterminisme physique au déterminisme psychique.
Lorsqu'on se tourne vers ce qui constitue en propre l'Ics, à savoir la pulsion (qui nomme la dimension proprement corporelle ou vitale de l'Ics) on rencontre quelque chose comme une physique du désir dominé par un vocabulaire naturaliste. Comme l'a montré Ricoeur (De l'interprétation, 1965, pp. 75-160), la psychanalyse s'explicite dans le double registre du sens et de la force, participe à la fois d'une herméneutique et d'une énergétique; il y a un écart, sans doute inévitable, entre l'intuition centrale de la psychanalyse et le vocabulaire dans lequel elle s'explicite.
Très attaché à la science de son temps, Freud voulait faire de la psychologie une science naturelle. C'est pourquoi, dans un manuscrit inachevé, rédigé en 1895 et qui prendra pour titre Esquisse d'une psychologie scientifique, il pose un certain nombre de corrélations entre les structures cérébrales et l'appareil psychique en tentant de représenter les processus psychiques comme autant d'états quantitativement déterminés par des particules matérielles ou "neurones". La déclaration liminaire de l'esquisse mérite d'être transcrite : "Dans cette esquisse, nous avons cherché à faire entrer la psychologie dans le cadre des sciences naturelles, c'est-à-dire à représenter les processus psychiques comme les états quantitativement déterminés de particules matérielles, distinguables ceci avant de les rendre évidents et contestables. Ce projet comporte deux idées principales : 1) ce qui distingue l'activité du repos est d'ordre quantitatif, la quantité (Q) se trouve soumise aux lois générales du mouvement. 2) Les particules matérielles en question sont des neurones.» (Sigmund Freud, "Esquisse d'une psychologie scientifique"(1895), in Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, p315.)
Cette première position de Freud appelle deux commentaires. Le premier est d'ordre historique, le second d'ordre philosophique
a) Freud était au départ un neurologue reconnu par ses travaux sur l'aphasie ou les paralysies d'origine cérébrale. Son ambition première était bien de ramener à ce modèle neurophysiologique l'ensemble du fonctionnement psychique normal ou pathologique: le désir, les états hallucinatoires, les fonctions du moi, le mécanisme du rêve, etc. Ce besoin de "neurologiser" l'appareil psychique obéissait à une représentation scientiste de la physiologie[2]. Mais Freud fut frappé de découvrir des malades, les hystériques qui présentaient des symptômes impossibles, c'est-à-dire totalement inexplicables en fonction des connaissances neurologiques. Puis il découvrit avec la pratique de l'hypnose, le psychisme non pas comme un substitut d'un fondement organique mais un phénomène sui generis. C'est le souci de rigueur scientifique qui le poussera à élaborer la nouvelle méthode d'exploration psychologique qui deviendra la psychanalyse. Sa conversion au psychisme est un véritable acte de science. Freud renonça au projet de fabriquer une "mythologie cérébrale" pour construire une théorie purement psychique de l'inconscient. L'inconscient devient dans sa doctrine un lieu inconnu de la conscience, une "autre scène". Dans la première topique, il est une instance ou un système constitué par des contenus refoulés qui échappent aux autres instances (préconscient, conscient) et dans la deuxième topique, il n'est plus une instance mais sert à qualifier le ça et pour une large part le moi et le surmoi. Il est constitué non pas par des pulsions mais par les représentants ou les "délégués" des pulsions.
Freud affirmera avec vigueur un « déterminisme » psychique qui n'a pas grand-chose à voir avec le déterminisme physique, c'est-à-dire causal de la nature. L'inconscient n'est pas cause au sens où un phénomène en précède un autre dans le temps de telle sorte que celui-ci s'ensuive de façon nécessaire. Il n'y a pas à proprement parler de rapport de causalité entre l'inconscient et les phénomènes (rêve, acte manqué, symptôme, etc.) que Freud y rattache. D'abord pour la simple raison que l'inconscient n'est pas du tout un phénomène observable, il n'en a pas le caractère immédiat, il est toujours inféré. Ensuite parce qu'il n'est pas dans un rapport d'antériorité temporelle avec ce que son « travail » produit. Or nous savons depuis Kant que la succession dans le temps est l'unique critérium de la causalité. Quand bien même le cours du temps irait en s'évanouissant et rendrait la cause contemporaine de son effet, l'ordre du temps demeure. Mais l'inconscient est précisément, selon Freud, un système psychique qui ignore le temps. Son caractère intemporel se marque par la répétition dont l'effet est de l'annuler. Sans doute la répétition est-elle aussi présente dans le déterminisme de la nature sous la forme des mêmes causes engendrant les mêmes effets. Elle confère aussi à te loi physique son aspect intemporel. Mais en ce qui concerne l'inconscient, la répétition n'est pas celle d'un ordre de succession. C'est pourquoi la rrertion de déterminisme appliqué à la nature et au psychisme devient équivoque et doit être constituée en problème.
II) L’interprétation des rêves
A) Le travail du rêve et le travail de l’interprétation
Si l'inconscient obéit à un déterminisme psychique, le déchiffrement de l'inconscient ne relève plus dès lors de l'explication, mais de l'interprétation, notamment de l'interprétation des rêves.
Le rêve est « la voie royale de la connaissance de l'inconscient. » Cette voie royale en a été ouverte par la publication, en novembre 1899, de L'Interprétation des rêves[3]. Freud décide de dater l'ouvrage de l'année 1900 afin d'ouvrir le siècle avec ce livre magistral qui aura un rayonnement considérable dans le monde entier. A cette date, Freud est un médecin viennois reconnu par ses pairs, neurologue de formation, mais violemment critiqué pour avoir inventé en 1896 une nouvelle méthode de traitement des névroses (la "cure par la parole"
, fondée sur l'association libre : le sujet n'est plus hypnotisé mais énonce "librement" ce qui lui passe par la tête. A cette méthode, Freud a donné le nom de psychanalyse en empruntant ce terme à son ami et collègue Josef Breuer avec lequel il a publié, en 1895, ses fameuses Études sur l'hystérie.
Il y a quelque chose d'énigmatique dans la décision de Freud de se tourner vers l'étude du rêve. A priori, tout devait le détourner de cette étude : "La science moderne ne voulait pas entendre parler du rêve; elle le reléguait au domaine de la superstition, le déclarait être un simple acte corporel, une sorte de tressaillement de la vie psychique, par ailleurs endormie. Qu'un savant sérieux ayant déjà accompli des travaux scientifiques sérieux puisse entrer en scène comme "interpretatio " des rêves, cela semblait donc être exclu." (Ma vie, p. 68, Gallimard.) Présenter des thèses originales sur l'hystérie, c'était s'exposer à la critique des collègues, mais sans déchoir; on restait dans le débat scientifique. Mais, s'adresser au rêve, et le considérer sous le biais dépassé de l'interprétation, c'était se poser en devin et non plus en médecin. L'audace de Freud est réelle ; il instaure un lien entre une méthode d'interprétation, dans laquelle le rêve est un état psychique parmi d'autres , analysé par le sujet lui-même selon la méthode de la libre association, et une théorie du psychisme articulée autour de plusieurs principes :
1. Le rêve a un sens. Il y a des "pensées" du rêve qui ne diffèrent pas fondamentalement de celles de la veille : l'inconscient recèle des pensées que la conscience ne peut, pour des raisons morales, regarder en face, qu'elle va refouler sans pour autant les détruire. Celles-ci saisiront toute occasion de « refaire surface » sous une forme masquée, de telle sorte que la conscience les aperçoive de façon indirecte, sous la forme de fautes, de manquements ou, comme pour le rêve, d'énigmes. Pour nous éclairer sur cette énigme, Freud nous amène devant la figure du vainqueur des énigmes : Oedipe. Comme Oedipe, nous vivons inconscients des désirs qui blessent la morale et auxquels la nature nous contraint. Quand on nous les révèle, nous aimons "mieux détourner les yeux des scènes de notre enfance. " Les premières impulsions sexuelles viennent perturber les relations avec les parents: c'est là le conflit qui pèse sur Oedipe. Le rêve fait le même travail que le héros antique: il accorde aux impulsions sexuelles incestueuses leur satisfaction, derrière le voile des images.
2. Le rêve suppose un travail considérable pour tromper la vigilance de la censure qui interdit le retour à la conscience de représentations refoulées. En quoi consiste ce "travail"? : il s'agit d'une écriture en images, d'une écriture chiffrée qui utilise le symbolisme, la condensation et le déplacement.
a) le symbolisme. Le rêve est constitué d'images, et ces images sont analogues à celles des hiéroglyphes. Ces images sont voisines des hiéroglyphes égyptiens ou des caractères chinois. L 'image d'un oiseau, un corbeau par exemple pourra être lu "corps beau". Dans le rêve, les images sont des représentations du mot au même titre qu'un mot écrit. Par exemple un homme rêve qu' il est à l'église, il se marie avec sa tante. La tante réelle de cet homme n'a ici aucune importance, elle vient juste représenter le mot "tante" dans ce rêve de compromis chez un sujet troublé par ses désirs homosexuels.
La condensation. Le rêve a une tendance synthétique, presque compressive, II y a souvent une foule de personnages derrière un seul, et des pensées diverses derrière un seul terme. Ainsi à propos du rêve de l'injection à Irma, Freud note que les personnes qu'il "découvre en poursuivant cette Irma n'apparaissent pas elles-mêmes dans le rêve; elles se dissimulent derrière Irma du rêve qui devient ainsi une image générique, formée avec quantité de traits contradictoires. Irma représente toutes ces personnes sacrifiées au cours du travail de condensation puisqu'il lui arrive tout ce qui est arrivé à celles-ci." On voit ici combien un seul personnage du rêve peut être un personnage collectif.
c) Le déplacement porte sur l'intensité des affects du rêveur : ceux-ci sont donc changés de place, et rendus méconnaissables par le déplacement. Jung donne un exemple. Une dame dit avoir rêvé qu'elle étranglait un petit chien blanc. Elle remarque qu'elle procède dans le rêve comme pour tuer les poulets et elle passe ensuite à des observations sur la peine capitale. Le psychanalyste lui demande si elle n'en veut pas à quelqu'un dans son entourage. Elle le confirme aussitôt. Voilà quelques jours elle a chassé sa belle-soeur de chez elle en lui disant : « Sortez d'ici, je ne veux pas d'un chien qui mord ». L'interprétation devient claire. Le rêve réalise de manière dramatique une conduite d'agressivité. Ne pouvant s'avouer à elle-même ses intentions meurtrières, elle a déplacé son intention vers le chien, en conservant une relation chien = belle-soeur. Le rêve a effectué le déplacement.
3. Le rêve est l'accomplissement déguisé d'un désir refoulé, de nature sexuelle et d'origine infantile[4]. Ce désir infantile, et comme tel indestructible, il relève de l'origine et demeure toujours présent. « Rien mieux que le rêve ne peut nous montrer que l'infantile ne vieillit pas à la différence des jours changeants, pour nous qui ne le soupçonnons pas, et renvoyons aux ténèbres cet enfant muet et fantôme toujours inaperçu aux traits indéfinissables.» Le rêve est comme Iles, intempestif. La formule de Freud est forte : « Le rêve nous mène dans l'avenir puisqu'il nous montre nos désirs réalisés mais cet avenir présent pour le rêveur est modelé, par le désir indestructible, à l'image du passé." (P. 527)
4. Si le rêve est une opération intelligible de l'homme, cela signifie qu'on peut le comprendre en le traduisant. Cette interprétation du rêve vise à substituer à un texte obscur un texte clair, à rendre manifeste un contenu latent, à montrer comment le désir peut se travestir en images, le rêve étant une "vicissitude de la pulsion." L'interprétation consiste à déconstruire le travail du rêve et à substituer « contenu manifeste du rêve » (ce que le rêveur voit) les « idées oniriques latentes » qui constituent le sens véritable du rêve. Le « contenu manifeste » du rêve peut donc être considéré comme la réalisation déguisée de désirs refoulés. L'inconscient se sert d'un langage symbolique pour révéler des contenus qui sont souvent apparentés à des « complexes sexuels ». L'interprète doit donc convertir le langage ambigu, incohérent, chaotique du rêve en un langage qui révèle une aspiration insatisfaite du sujet conscient.
L’interprétation freudienne n’est-elle pas réductrice ?
Le point de vue de Freud sur l'interprétation des rêves nous apprend deux choses essentielles : d'abord que certains "petits faits" peuvent être très révélateurs du fonctionnement de notre vie psychique; ensuite que les formations l'inconscient s'écrivent sous la forme d'un langage susceptible d'être déchiffré. Mais Freud a cantonné le symbole à une connotation sexuelle, et l'on peut s'interroger sur la légitimité de cette interprétation réductrice.
1. Le point de vue de Freud sur l'interprétation des rêves redonne un statut essentiel à ce qui semble seulement accidentel. « Ces petits faits, écrit Freud, les actes manques, comme les actes symptomatiques et les actes de hasard, ne sont pas si dépourvus d'importance qu'on est disposé à l'admettre en vertu d'une sorte d'accord tacite. Ils ont un sens et sont, la plupart du temps, faciles à interpréter. On découvre alors qu'ils expriment, eux aussi, des pulsions et des intentions qu'on veut cacher à sa propre conscience et qu'ils ont leur source dans des désirs et des complexes refoulés, semblables à ceux des symptômes et des rêves. » La hiérarchie entre ce qui paraît le plus réel et ce que nous négligeons ou considérons comme éléments périphériques, relève d'une certaine façon, d'un déni de la conscience qui multiplie les raisons de ne pas tenir compte de ce qui cependant importe le plus pour en saisir le fonctionnement. La conscience répugne à comprendre ce qui se cache derrière certains de ses actes; ce qu'elle elle met en marge de la rationalité est en fait le plus susceptible de nous éclairer sur le sujet lui-même. L'interprétation psychanalytique découvre la résistance de la conscience à sortir de certains préjugés et à réviser ses codes interprétatifs.
2. L'interprétation des rêves s'inscrit dans le cadre du langage "Freud invite à chercher dans le rêve lui-même l'articulation du désir et du langage" En effet, "ce n'est pas le rêve rêvé qui peut être interprété, mais le texte du récit du rêve ; c'est à ce texte que l'analyse veut substituer un autre texte qui serait comme la parole primitive du désir (...) ce n'est pas le désir comme tel qui se trouve placé au centre de l'analyse mais son langage." P. Ricœur, D I p. 15 En effet, si le rêve est constitué d'images, ces images sont analogues à celles des hiéroglyphes : il s'agit d'une écriture chiffrée qui est à déchiffrer, et un rêve s'analysera comme les autres formations de l'inconscient par la méthode freudienne de l'association libre. Par ailleurs, le rêve ne comporte pas de connecteurs logiques, c'est à l'interprète de les établir, en sachant que toute assertion peut être contredite ou corrigée. La vérité comporte plusieurs versants et il n'y a pas de dernier mot du rêve, même s'il y a une limite à l'interprétation de celui-ci, L'interprétation poussée suffisamment loin, va buter nous dit Freud sur ce point essentiel qu'est l'ombilic du rêve : "tout rêve, nous dit-il, a au moins un endroit où il est insondable, analogue à un ombilic où il est relié avec le non-reconnu", là, les chaînes associatives forment une pelote et n'ont plus ce caractère en réseau qui permet de déduire les pensées latentes; Lacan reconnaît dans cet ombilic, ce non-reconnu, ce qu'on appelle le refoulement originaire.
3) Le conflit des interprétations.
L'interprétation des rêves a ainsi une double fonction : une fonction logique qui permet de parvenir à une plus grande lisibilité de l'expression des pensées, et une fonction « philologique » qui permet de décrypter les énigmes. Mais, comme toute interprétation, elle se présente d'abord comme une opération de réduction et par là même d'appropriation: elle permet de ramener le diffèrent au même, l'équivoque à l'univoque, le singulier au commun. Il y a ainsi une certaine finalité négative de l'interprétation : on interprète pour ne plus interpréter. Mais, comme travail « négatif » de conversion du singulier à l'universel, l'interprétation n'est-elle pas marquée par un certain « réductionnisme » qui commue le complexe en le simple, le multiple en l'un? Peut-on réduire sans trahir, sans risque de déperdition de sens?
Comme Freud, Jung reconnaît dans l'analyse des rêves la voie royale vers l'inconscient. Mais il déplore l'utilisation arbitraire des symboles faite par Freud. Pour Freud, l'interprétation du symbole n'a d'intérêt que par rapport aux rêves et à leur contribution dans la thérapie des névroses, les images symboliques se rattachent exclusivement à des traumatismes liés à l'enfance et reposent sur sa théorie de la sexualité. Arrivé à la croisée des chemins, Freud a engagé la psychanalyse dans un étranglement de sens et a cantonné le symbole à une connotation sexuelle. Il a vu dans Œdipe l'unique nœud de toutes les névroses, sans avoir pris le temps de vérifier si sa thèse était scientifiquement recevable. Au lieu de chercher un maximum de points d'ancrage, il a réduit son étude à celle d'un mythe unique pour en offrir une transcription arbitraire. Son interprétation de la tragédie de Sophocle occulte l'analyse de plusieurs personnages symboliques (Jocaste la mère, et Tirésias le devin aveugle) et ne tient pas compte du contexte historique. L'interprétation de la partition de la psychanalyse[5] est donc avant tout celle de son créateur et repose sur un cercle vicieux : Freud a projeté dans la tragédie de Sophocle ce qu'il croyait savoir sur l'être humain, c'est-à-dire la tyrannie du désir incestueux, et la tragédie de Sophocle lui a confirmé la théorie qu'il lui avait préalablement infusée[6]. Fidèle à ses principes, Freud s'applique à faire entrer sa théorie dans le moule œdipien où chaque image du rêve devient inévitablement l'accomplissement d'un désir refoulé. G. Bachelard a analysé les insuffisances de l'interprétation causale réductrice qui, en prétendant se réduire à des composantes élémentaires simples, s'interdit par là même de les comprendre vraiment. Cette critique, Bachelard l'adressait également à Freud : « II explique la fleur par l'engrais. » Le freudisme est marqué du sceau du scientisme et d'une théorie de la causalité dont il ne peut se départir. En analysant le complexe par un « ce n'est rien que », il offre une explication souvent dépréciative pour le patient et qui, de plus, ne résout en rien le conflit initial.
La psychanalyse est une science empirique, il est intéressant de voir comment s'appliquent concrètement ses théories[7]. Les rêves de "chapeau" relatés par Freud et Jung sont significatifs de l'utilisation faite d'un mot ou d'une image selon le sens que l'on veut lui attribuer . Le "chapeau" fait chez Freud l'objet d'une transcription particulièrement restrictive. Il y adopte un vocabulaire délibérément engagé dans une terminologie à caractère invariablement sexuel: (Fragment du rêve d'une jeune femme atteinte d'agoraphobie à la suite de son angoisse d'être tentée). 'Je vais me promener dans la rue en été, je porte un chapeau de paille de forme particulière dont le milieu est relevé en l'air et dont les côtés retombent (ici la description hésite) de telle sorte que l'un tombe plus bas que l'autre. Je suis gaie et me sens en sécurité, et, en passant devant un groupe de jeunes officiers, je pense : vous ne pouvez rien me faire'. Comme elle ne peut rien me dire du chapeau de son rêve, je lui dis : 'Le chapeau doit être un organe génital mâle, avec son centre dressé et ses côtés qui pendent. Il peut paraître bizarre que le chapeau représente l'homme, mais on dit bien : 'Unter die Haube Komme’ [= trouver à se marier ; litt. : venir sous le bonnet, porter la coiffe]'. Je fais exprès de m'abstenir de toute interprétation au sujet des côtés qui tombent de manière inégale, bien que ce soient ces sortes de particularités qui guident le mieux une interprétation. (S. Freud, L'Interprétation des rêves, P.U.F., 1996, pp. 309-310)
Bien que le rêve interprété par Jung ne présente pas le même contenu, et qu'il s'agisse cette fois d'un rêve fait par un homme, il est cependant important de voir quelle traduction Jung fait du dit "chapeau" : "Le sujet rêve qu'il est en société et qu'en prenant congé il se couvre d'un chapeau qui n'est pas le sien'". Le chapeau étant ce qui couvre le chef, il a en général la signification de quelque chose qui symbolise la tête. De même qu'on "met les idées sous un chapeau", le chapeau, telle une représentation supérieure, recouvre la personnalité toute entière et lui impartit sa propre signification. Le couronnement investit le souverain de la nature divine du soleil, la toque doctorale confère la dignité de savant, et un chapeau étranger impartit une nature étrangère." (C.G. Jung, Psychologie et alchimie, Buchet-Chastel, 1995, pp. 67-68.) Le chapeau est utilisé dans chaque rêve dans un sens différent, mais s'appuie sur des référents pris dans le langage courant. Pour Freud, il s'agit de "venir sous le bonnet, porter la coiffe", la signification impliquant que, pour la rêveuse, il se trouve en dessous. En revanche, pour Jung, le chapeau se situe au dessus; il devient par enchaînements d'idées synonyme de "couronnement" ou de "toque doctorale".
Dans cette comparaison entre deux interprétations d'un même symbole, le langage freudien demeure celui du désir, c'est-à-dire celui d'une libido réduite à ses composantes sexuelles. A l'inverse, Jung défend une interprétation qui se développe, non pas dans une limitation du savoir, mais dans une ouverture de l'âme sur la vie, sur le monde, sur l'être, là où le savoir philosophique accepte de renouer avec la poétique de l'imaginaire. C'est cette interprétation philosophique que nous allons essayer de développer.
C) Le sens du rêve
Le privilège accordé par Freud au rêve tient d'abord à ce que les pensées du rêve ne se distinguent pas foncièrement de celles de la veille et que le rêve a un sens comme accomplissement déguisé d'un désir refoulé, mettant en scène dans son travail une série de mécanismes complexes en lesquels l'inconscient se laisse déchiffrer. Or, l'idée que les rêves ont un sens n'est pas nouvelle, la nouveauté étant bien plutôt que le désir représenté par le rêve est le désir infantile.
Au début du neuvième livre de la République (571 a -572
, Platon consacre deux pages à l'analyse du rêve. Au lieu d'envisager de l'extérieur le sommeil et la veille comme deux états physiologiques, il comprend le rêve et la veille, au-delà de leur discontinuité, comme deux modes de l'être-homme : l'être endormi et l'être en éveil. Quand nous nous endormons, quelque chose de nous s'éveille, quand nous nous éveillons, quelque chose de nous s'endort. Le sommeil ne se réduit pas à un état organique : il est, au sens le plus fort, un désordre, une perversion de l'ordre vigile. Platon conçoit le rêve comme une perturbation de l'ordre propre à l'état de veille car il met en jeu la partie désirante de l'âme, révélant une dimension qui reste cachée à l'état de veille. Le rêve ne me révèle pas la moralité ou l'immoralité, mais plutôt leur condition de possibilité. Le rêve apprend à l'homme ce qu'il en est, et ce qu'il peut en être, de son désir qui a été refoulé à l'état de veille mais dont la possibilité latente n'a pas disparu II est donc un chaos onirique et désirant sur lequel repose l'ordre vigile et qui n'est pas comme tel choisi et voulu. Si donc je ne suis pas le sujet de mon rêve, si ça rêve en moi, le rêve me dévoile cependant qui je suis vraiment à mon insu.
Qu'il y ait en l'homme, en tout homme, des désirs "déréglés" (571 b5), c'est ce que le rêve nous atteste. Le rêve les atteste, mais il ne les crée pas, il ne sait que les libérer, que leur offrir l'espace où se manifester. Ces désirs sont ceux qui s'éveillent à l'occasion du sommeil, quand dort le reste de l'âme. La partie "bestiale et sauvage" tend à occuper tout l'espace de l'âme, sans être retenue par rien. Ce qui s'éveille pendant notre sommeil peut à tout instant se réveiller pendant notre veille. Le rêve révèle l'inhumain comme étant la possibilité la plus propre de l'homme : il n'est homme qu'en tant qu'il refoule en lui l'inhumain sans jamais pouvoir se délester de sa possibilité. Nous ne pourrions comprendre l'humanité de l'homme si nous ne prenions la mesure de l'inhumain en lui. La partie « bestiale et sauvage » est un constituant normal de l'âme humaine : si elle prend la domination, l'homme devient inhumain sans cesser pour autant d'être homme[8].
Le contrôle du rêve que Platon évoque dans la suite du texte (571e) relève d'une ascèse : pour réduire le désordre du rêve, il faut avoir à l'état de veille "endormi" le plus possible la partie désirante de l'âme , et développé le plus possible l'éveil de la partie rationnelle, de façon que sa veille se poursuivre encore dans une certaine mesure pendant le sommeil. Cet éveil est l'effort d'une maîtrise de soi. Je dois pour Platon répondre de mon rêve avant tout en reconnaissant en lui la manifestation du désordre sur lequel mon ordre s'édifie, la manifestation d'une dimension de moi-même qui autrement pourrait rester cachée. Sans le rêve, je ne saurais pas l'étendue ni le sens de ma responsabilité. Il découvre ce qui en moi s'avance sans être choisi ni voulu, et que le choix doit contenir. Je ne suis pas celui qui rêve - la partie de l'âme qui rêve n'est pas celle à laquelle je dois et peux m'identifier - mais jamais sans le rêve je ne pourrais savoir qui je suis. Le rêve n'est pas le mal, mais l'image du mal. Qu'importé si nous ne pouvons dormir comme nous veillons: apprenons du moins de nos rêves à ne veiller pas comme nous rêvons.
Prise dans la tradition platonicienne, l'interrogation de saint Augustin dans les Confessions donne à la question de la responsabilité du rêve, toute sa force dramatique et toute son intensité aporétique (Confessions, L. X, XXX, 41-42). Il est également impossible de répondre de nos rêves et de n'en pas répondre. Impossible d'en répondre puisqu'il y a un abîme entre celui qui se souvient de son rêve et celui auquel ce rêve est arrivé. Impossible de n'en pas répondre puisque c'est nous-mêmes que le rêve met en cause: « est-ce que, à ce moment-là, je ne suis pas moi-même, Seigneur mon Dieu ? ». La distance du rêve à la veille révèle que ce que nous n'avons pas fait, s'est pourtant fait en nous de quelque façon. Mais cette distance angoissante, n'est pas destructrice : le moi vigile prend conscience de lui-même en jaillissant de cette obscurité et de cette passivité du rêve. "L'homme vigile ne jaillit pas du néant, mais du chaos de son rêve. Sa liberté est lestée de son rêve". Pris en lui-même, le rêve est innocent. Mais l'homme ne peut pas ne pas saisir en continuité avec son existence vigile cet espace indécis du rêve. Aussi ce que l'examen de la responsabilité du rêve permet d'éclairer n'est pas tant le rêve lui-même que le sens de la décision. Qu'est-ce que décider de soi? Si la liberté veut être parfaitement transparente à elle-même, si elle veut n'avoir rien à prendre en charge, alors elle doit nier le rêve. La liberté qui n'existe qu'en niant le rêve finit par devenir elle-même un simple rêve. Vide serait la décision qui n'aurait pas à prendre en charge un passé innocent en lui-même mais qui pour elle devient, au moins virtuellement, coupable. La décision décide l'indécidé : je suis innocent en rêvant, mais coupable d'avoir rêvé, irresponsable en rêvant, mais responsable de mon rêve. Dés l'instant insondable où il décide de soi et surgit à soi, l'homme n'existe qu'à prendre sur lui un passé. Ce passé est prénatal à la liberté, mais elle ne peut naître qu'à le prendre. La liberté qui ne prendrait pas sur elle ce qui est avant elle s'effondrerait dans l'opacité à force d'avoir voulu la transparence: ce que d'elle-même elle aurait méconnu reviendrait sur elle avec d'autant plus de violence, et en revendiquant l'irresponsabilité, elle finirait par l'atteindre. Telle est pour l'éthique la leçon du rêve: toute liberté antidate sa naissance. A toi de décider s'il n'y a là qu'illusion. Mais si tu ne veux pas rêver toujours, il faut que tu répondes de ton rêve. Ce dont, en nous, nous ne sommes pas maîtres, nous ne pouvons ni nous en désintéresser, comme si cela n'était pas nôtre, ni le supprimer purement et simplement: nous pouvons, par la décision, décider de son sens. Le rêve doit ainsi renvoyer à une analyse de soi, même s'il ne met pas forcément en jeu notre responsabilité.
Dans tous les cas, il s'avère que l'homme est toujours lesté par son passé, puisque le rêve renvoie à des événements antérieurs à lui. Même si l'homme ne se reconnaît pas dans son rêve ou ne s'y retrouve que défiguré, c'est quelque chose de lui qui lui est révélé. D'une part, il y a un écart irréductible entre le rêve et son souvenir qui fait que nous ne pouvons pas en répondre. D'autre part, ce n'est pas un autre que nous qui est mis en cause par le rêve, et nous devons donc d'une certaine manière en répondre. Il s'est donc produit quelque chose en nous que nous n'avons pas fait, cet écart pouvant générer de l'angoisse. Or là où il y a angoisse, il y a désir, un désir ressenti comme menaçant. Cela, Freud l'a dit explicitement, mais Platon l'a également aperçu dans un contexte précis qui est celui, politique, du portrait de l'homme tyrannique. Il est dans le sommeil des désirs qui s'éveillent, la partie rationnelle étant endormie et la partie bestiale cherchant à satisfaire ses appétits: « En cet état elle ose tout, comme si elle était détachée et débarrassée de toute pudeur et de toute raison; elle n'hésite pas à essayer en pensée de violer sa mère ou tout autre, quel qu'il soit, homme, dieu, animal; il n'est ni meurtre dont elle ne se souille, ni aliment dont elle s'abstienne; bref, il n'est pas de folie ni d'impudeur qu'elle s'interdise.» (Platon, République IX, 571 c-d.) Inceste, parricide, cannibalisme, zoophilie, voire théophilie caractérisent l'homme tyrannique. D'un tel homme on peut dire qu'il est la réalisation du rêve, qu'il n'y a plus pour lui de frontière entre le réel et l'imaginaire, que donc, à la différence de l'homme tempérant, il ne peut plus contrôler son sommeil. Ce que les songes mettent en évidence, « c'est qu'il y a en chacun de nous une espèce de désirs terribles, sauvages, sans frein, qu'on trouve même dans le petit nombre de gens qui paraissent être tout à fait réglés (Platon, op. cit., 572
. La tyrannie, c'est donc d'abord notre rêve le plus intime et notre angoisse la plus profonde, puisque elle figure le désir qui convoque le sujet à son être, tout en çtant pour lui le plus menaçant.
D) Rêve, existence et imaginaire
Freud conçoit le rêve comme une régression à un stade infantile : une pensée de désir peut ainsi s'exprimer au-delà de la censure. Mais, plus fondamentalement, peut-être est ce une dimension de l'existence qui est alors en jeu, le rêve conjurant la réalisation effective du désir, permettant le déploiement de tout un univers imaginaire comme une modalité de l'existence.
1. Dans Rêve et existence[9], Ludwig Binswanger ouvre un horizon plus large que Freud. Le monde est donc à la fois union dans l'universel commun (koïnos kosmos) et dispersion dans le privé (idios kosmos). C'est ainsi qu'au fragment 89, Heraclite affirme « qu'il y a pour les éveillés un monde unique et commun, alors que chacun des endormis se détourne dans un monde particulier ». Les endormis ne sont pas ici les seuls rêveurs, mais tous ceux qui vivent selon leur pensée privée, pour qui la seule réalité est leur monde propre. La vigilance est un éveil hors de la pensée subjective, l'erreur consistant à s'isoler dans un monde particulier et à se séparer de l'universel. Or, selon Binswanger, la cure est ce moment où l'analysant doit choisir entre le fait de garder son monde privé ou bien s'éveiller en prenant part au monde commun en recourant à la médiation que l'analyste institue entre monde privé et monde commun. Binswanger en effet voit dans la différence de l'homme qui rêve et de l'homme qui veille la manifestation de la distinction entre la "vie comme fonction" et la "vie comme histoire" : "En rêvant l'homme est fonction vitale, en veillant, il fait l'histoire de la vie." Dans le rêve, le sujet ne sait pas ce qui lui arrive, l'individu n'étant pas celui qui fait le rêve, mais celui à qui le rêve se présente. La décision est alors le moment où "l'homme vigile jaillit du rêveur" et décide, non seulement de vouloir connaître ce qui lui arrive, mais aussi d'intervenir « lui-même dans la marche de l'événement"[10]. La vie qu'il ne fait pas s'ouvre alors sur l'histoire qu'il peut faire, la vie et l'histoire ayant un fondement commun : l'existence. D'un mode d'être dans lequel l'individu n'est que "le jouet de la vie qui s'élève et qui tombe", nous passons en nous éveillant à un tout autre mode d'être, celui de l'être soi. Ce jaillissement, qui est l'éveil même, est bouleversant : l'homme vigile prend en lui et sur lui le jouet qu'il fut dans le rêve. Cette analyse de Binswanger confère à la conception du rêve une ampleur inédite et une dimension ontologique permettant d'élaborer une théorie de l'imaginaire.
2. Il semble, en effet, que Freud ait réduit le rêve à une série d'images, qu'il est plus fondamentalement une expérience imaginaire, l'expérience onirique qui ne se réduit pas par une analyse psychologique. Telle est la thèse soutenue par Michel Foucault dans sa préface à Rêve et existence[11]. Il établit une continuité entre la facticité d'une vie dans un monde où l'on n'a pas choisi de naître et le libre projet d'une existence. Le monde propre du rêveur est aussi son destin, lequel est à la fois liberté et aliénation, liant le passé au présent et revêtant par là la signification éthique que l'on trouve dans la tragédie, dans les songes d'Athalie ou de Macbeth. En ce sens, « si dans le sommeil, la conscience s'endort, dans le rêve, l'existence s'éveille»[12] Freud s'en est tenu à la dimension symbolique du rêve, interprétant celui-ci en termes de régression à un passé infantile. Il n'a pas vu comment le sujet du rêve n'est pas la simple répétition d'un stade archaïque, mais l'expression de la mobilité de la vie se projetant vers une existence finie. La théorie du rêve acquiert ainsi une signification ontologique concernant le mode de l'existence comme présence au monde. Or, le monde ouvert par le rêve peut ainsi être qualifié d'imaginaire. Le rêve n'est pas simplement, comme c'est le cas pour Freud, une série d'images, ni un fantasme archaïque, mais il institue un ordre imaginaire. « le rêve n'est pas une modalité de l'imagination; il en est la condition première de possibilité »[13]. Il est ainsi le principe de la genèse de l'imagination, ce que Kant avait découvert : avant d'être reproductive et pour pouvoir reproduire, c'est-à-dire se constituer comme souvenir, l'imagination doit être productive. L'image empirique est toujours mimésis, copie d'une présence, alors que le schème[14]renvoie à une forme qui exprime l'activité temporalisante de l'imagination qui n'emprunte pas à la réalité mais la constitue. Ce qui vaut de l'imagination transcendantale à l'œuvre dans la connaissance vaut également pour l'imagination esthétique qui configure le monde de l'art, donne à voir un invisible et ne se contente pas de recopier le donné. Aussi la création artistique peut-elle se rapprocher du rêve, tous deux procédant d'un même libre jeu des facultés. C'est ce qui permet à Foucault de dire que « l'image constitue une ruse de la conscience pour ne plus imaginer; elle est l'instant du découragement dans le dur labeur de l'imagination». Productrice, l'imagination brise les idoles, les images préconstituées, « ne rendant pas le visible, mais rendant visible » (Paul Klee), donnant « un sens plus pur aux mots de la tribu » (Mallarmé) ou nous faisant entendre l'inouï de nos auditions. Freud lui-même a bien vu que le rêve est au-delà des images, qui ne sont jamais que ce que la veille en recueille, car « entre l'image vigile et l'imagination onirique, il y a autant de distance qu'entre une quasi-présence dans un monde constitué et un présence originaire à un monde se constituant ». On peut ainsi remonter de l'image à l'imagination, ce que Freud a appelé « sublimation ». Toutefois, si le rêve en est l'origine, alors que dans la maladie il n'est que symptôme, Freud n'a pas vu toutes les ressources qui étaient en oeuvre, se contentant de faire du rêve la réalisation d'un désir refoulé. Il n'a pas vu notamment la fonction d'expression du rêve, n'en retenant que la dimension sémantique
III) Signification philosophique de la découverte de L’inconscient
A) Les objections contre la psychanalyse
Dans L'interprétation des rêves, Freud montre les ruses qui permettent au contenu latent du rêve d'échapper à la conscience tout en s'y introduisant sous la forme déguisée d'un contenu manifeste. Aussi la conscience ne peut-elle que se tromper sur elle-même et, en l'occurrence, sur le contenu véritable de son rêve. L'interprétation des rêves montre que notre être ne saurait se confondre avec ce que nous avons conscience d'être. Comme l'écrit Arthur Rimbaud dans sa « Lettre à Paul Demeny », dite « du Voyant »,« je est un autre ».
1) Le sujet fissuré, face à une altérité intérieure
Ce que Freud nomme l'inconscient ne désigne pas une « une vide profondeur », la pure intériorité mystérieuse et rebelle à l'expression, mais l'altérité, une altérité intérieure au sujet, essentielle pour le définir. Ce que depuis Descartes la philosophie a pensé comme unité d'un rapport immédiat à soi nous est présenté comme duplicité dans une relation d'étrangeté à soi-même. Sans doute Platon et avait-il décrit l'âme comme multiple. Mais l'« âme » n'est pas le sujet et l'idée d'une division qui sépare le sujet de lui-même et le constitue dans une irréductible aliénation est tout à fait distincte de celle d'une multiplicité de « parties » dont l'unité se trouve maintenue par un rapport hégémonique. Affirmer à partir d'un matériel fourni par la clinique l'existence d'un inconscient, d'une « autre scène », c'est aller bien au-delà de la conception d'une âme dans sa multiplicité. C'est poser le sujet comme fissuré, affirmer qu'il n'est pas là où il croit pouvoir se saisir sur le mode de la transparence immédiate à soi. Une telle affirmation ne peut manquer d'inquiéter le « philosophe » et le conduire à poser la question de la validité de l'expérience i -
Jouons avec google!
Voilà quelques résultats de recherche sur google :
total d'environ 1 030 000 000 pour je.
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total d'environ 1 910 000 pour phénoménologie.
total d'environ 1 080 000 pour Merleau-Ponty.
Voilà, les chiffres parlent d'eux-mêmes... -
Qu'avons-nous fait?
Après un petit tour d'horizon des différentes pages qui passaient sur Netlog, je suis encore plus déprimé que d'ordinaire...
Mon Dieu, que ne sombrons-nous dans un néant inculte?
Qu'est donc cette société qui sanctifie l'inculture et stigmatise la raison?
Qu'est donc cette société qui voit Loana plus lue que Spinoza? Quelle est cette société qui voit des chroniqueurs se permettre de juger les actes de personnes sincères dans leur travail?
J'oscille à présent entre l'incrédulité, l'incompréhension et le dégout... AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARGH!