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Le Blog littéraire de Jean-Robert Léonidas, écrivain haïtien

"Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même: mes premières patries ont été des livres" M. Yourcenar
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  • Gabriel Garcia Marquez: Une perspective

    http://salon-litteraire.com/fr/gabriel-garcia-...

  • Une triade d'apenteurs littéraires (Riveneuve éditions)

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    Voici trois auteurs haïtiens, tous trois publiés dans la collection Arpents des éditions Riveneuve, Paris. Trois des « arpenteurs de ces lieux mystérieux que sont les rêves et leurs contraires, les dessous du monde palpable qui déchire et enivre», selon le mot de l’éditeur:
    Louis Philippe Dalembert (Transhumances 2010), Lyonel Trouillot (Eloge de la contemplation 2009) ,
    Jean-Robert Léonidas (Rythmique Incandescente 2010)
    Louis Philippe Dalembert est un oiseau migrateur qui survole le monde, il redevient « l’étranger en marche sur la terre », portant sa « dissidence en bandoulière »
    Lyonel Trouillot s’exprime :C'est la négation de tout ordre qui tue, ce cri du rebellé et ce silence du vaincu que j'ai tenté de côtoyer dans ces textes.
    Jean-Robert Léonidas garde une distance critique pour trucider le « je »… La logique poétique saisit sa musique et son intensité dans le point faible voulu de la démarche, presque au bord d’une psychologie de l’absurde.

  • Tiré des archives de la Médiathèque de Puteaux, France

    Des rencontres régulières avec des écrivains sont organisées depuis l'ouverture du Palais de la Médiathèque.
    Des romanciers comme Fabrice Humbert, (éditeur Le Passage) Louis Philippe Dalembert (le Rocher), Jean Robert Léonidas, Pedro Rosa Mendes , Eddy Louis Harris, Pierre Vavasseur (Lattes), Valentine Goby (Gallimard) ont été accueillis dans le cadre de ces rencontres. Des essayistes comme Fabrice Midal ont évoqué des sujets comme le bouddhisme ou le développement personnel.

    Auteurs connus ou moins connus, ils ont favorisé l'accès au monde des livres. Auteurs de l'ailleurs comme Louis Philippe Dalembert, ou Pedro Rosa Mendes, ou Eddy Louis Harris, ils nous ont ouvert les portes du monde : Louis Philippe Dalembert, Jean Robert Leonidas avec Haïti, Pedro Rosa Mendes avec le Portugal, Eddy Harris avec les Etats-Unis.

  • Conférence sur Gabriel G Marquez par Jean-Robert Léonidas


    Ci-dessus la photo de Jean-Robert Léonidas
    Hugues Saint-Fort PhD vous écrit : La Fondation Mémoire a le grand plaisir de vous inviter à son traditionnel « cabri littéraire » le dimanche 24 août 2014 à trois heures de l’après-midi. Il se tiendra au 230-59 Lansing Avenue, Laurelton, NY 11413. L’admission fixée à quinze ($15) dollars donnera droit à un délicieux diner haïtien.
    Deux invités spéciaux participeront à cet événement littéraire exceptionnel : l’éducateur de carrière Joseph Yves Charles, Ph.D. signera son livre «Say it in English, please » et le célèbre médecin, romancier et essayiste, Jean-Robert Léonidas signera son dernier roman « A chacun son Big Bang ». Le docteur Léonidas prononcera aussi une conférence sur le fameux romancier colombien récemment disparu, Gabriel Garcia Marquez, Prix Nobel de Littérature, auteur du livre culte Cent ans de solitude.
    Veuillez s’il vous plait, dès réception de cette lettre d’invitation, faire parvenir un chèque à l’ordre de la Fondation Mémoire à l’adresse suivante :
    La Fondation Mémoire, Inc. de New York P.O. Box 30034 Elmont, NY 11003
    Hugues Saint-Fort, Ph.D
    Président de la Fondation Mémoire

  • À chacun son big-bang, Entretien avec Jean-Robert Léonidas

    http://salon-litteraire.com/fr/interviews/cont...

  • À chacun son big-bang, un beau roman

    Un beau roman

    Je viens de terminer la lecture de « À chacun son big-bang » (Zellige, France). Une vraie délectation. Le roman se laisse lire d'un trait, et cela est dû à une écriture imagée et descriptive, des phrases bien balancées et cadencées au rythme harmonieux d'une syntaxe décontractée. Une écriture alerte, vigoureuse. Un vocabulaire bigarré, mais sans pédanterie.
    L’auteur a su nous faire traverser trois continents sans malaise. Il a réussi l'exploit de camper des personnages entre quatre cultures sans tomber dans l'historicisme et le sociologisme. J'aime bien la façon dont il a conduit le récit. Un récit linéaire, à mon avis, avec des retours à la case de départ, le grand-père qui dicte son histoire à sa fifille tout en" faisant pipi". J'aime bien la façon inattendue dont Mompela s'est séparé de Bonogreco pour atterrir à Port-à-piment. J'avais une certaine appréhension que la noble relation entre ces deux compères ne se gâche. Mais le romancier a su attendre jusqu'à la fin pour que le drame se produise, et il a rapporté les faits avec une élégance qui laisse une porte de salut aux deux héros.

    La touche du poète est présente partout dans le livre, particulièrement dans les pages 22,23,24. Des mots heureux arrivent s'entrecroisent. J'ai noté (p57-58) une phrase très longue : "Je fais parler des mots qui n'étaient que des sons..." L’auteur l'a voulue longue à dessein. Elle m'a plu. Il a réussi là où d’autres amateurs de phrases longues ont peut-être échoué...
    Jean-Robert Léonidas a réussi son coup. Je ne serais pas étonné si ce roman décroche un des fameux prix littéraires. Le passionné de la bonne littérature en moi lui dit merci. Je recommande ce livre à tous.

    Eddy Guilloteau

  • Relire Les Campêches de Versailles

    Voici ce qu’en dit Hugues St.Fort, spécialiste en lettres moderne et linguistique (Sorbonne) :
    Les Campêches de Versailles est le premier roman de Jean-Robert Léonidas…
    Pour un premier roman, Les Campêches de Versailles est traversé par une brillance de l’écriture tout à fait remarquable…
    …il y a un charme immense à lire Les Campêches de Versailles. Ce charme découle de la littérarité du texte.
    L’écriture de Jean-Robert Léonidas est une écriture hautement littéraire. Le travail sur le langage atteint un point de raffinement rarement dépassé dans notre littérature. Je recommande particulièrement les dix-sept pages (181-198) du Journal de Défilé. Sauf peut-être chez le Ollivier (Emile Ollivier) de Mille eaux et de Regarde, regarde les lions, je ne crois pas qu’on ait fait mieux sur ce point dans la littérature francophone de l’émigration.
    Voir aussi lien suivant avec la photo du livre
    http://jacbayle.perso.neuf.fr/livres/Haiti/Leo...

  • Truculence dans la mélancolie. à propos de J.R. Léonidas

    (Yves Chemla, un spécialiste de la littérature haïtienne donne ses impressions sur le roman de Jean-Robert Léonidas; l'article est publié sur le site de Culture Sud)
    À chacun son big-bang, Zellige, Seine et Marne 2012.


    Il y a dans le roman de Jean-Robert Léonidas, À chacun son Big-bang, une double source à la jubilation : une narratrice qui se détourne des usages, alliant le trivial et le sublime, croisant les lexiques, faisant grincer les convenances et les conformismes littéraires ; et un auteur, qui de son propre nom fait surgir une histoire, laquelle va à l'encontre des idées reçues et des clichés les plus courants sur Haïti. Et c'est dès le titre que cette ironie est sensible : l'existence même de l'univers s'atomiserait en multitude de catastrophes distinctes, si l'on considère bien, à la suite de la lecture, que l'existence de l'univers soit elle-même assimilable à une catastrophe. Le lecteur passe alors de la trivialité des situations à la gravité du destin des existences particulières.

    Il convient de reprendre le fil de l'un de ces destins, c'est-à-dire de revenir sur la transmission de l'histoire individuelle. À un âge où justement se posent les questions de ce qui demeure de son existence, Manouchka revient sur un épisode intense de son enfance, celui pendant lequel elle a écouté son grand-père, qui, dans ses derniers moments, lui a raconté sa vie. Cinquantaine années plus tard, Manouchka reprend les cahiers, et son récit commence par sa propre histoire, fondée sur une série d'absences. Francine, sa mère, est morte à sa naissance ; Justin, son père, l'a abandonnée. C'est le premier des big-bangs : "à partir du point zéro il est impossible de compter à rebours". Face à son grand-père, dans l'assistance aux derniers moments de sa longue et tumultueuse existence, Manouchka enregistre des bribes, des échos. Ce n'est que bien plus tard, qu'elle opère cette traversée dans le temps et dans l'espace qui permet de prendre connaissance et de transmettre tout à la fois. Ce sont des traces que rendent visibles les patronymes de ce grand-père : Mompela Thémistocle Léonidas. Certes, la référence haïtienne à la démocratie – et à la lutte pour l'Indépendance de la Grèce, dont les Haïtiens furent parmi les premiers à reconnaître la légitimité – pourrait expliquer ce signe comme un trait particulier d'Haïti. Pourtant, ce sont d'autres empreintes qui guident la narratrice. Son grand-père était natif du Congo.

    L'histoire racontée identifie alors un autre big-bang, la disparition complète du village des origines, la disparition de toute trace à la suite d'un cataclysme climatique. Il n'en reste que le souvenir opaque d'une enfance, des fragments, et éventuellement ceux d'une errance, marqué par un épisode qui prendra sens alors beaucoup plus tard et au moins à deux reprises : la façon dont un ver de terre tente de pénétrer dans le corps de l'enfant qui a tout perdu, jusqu'à son nom. Il est recueilli par un curé-administrateur de terres du roi Léopold, installé dans le village de Kinshasa. Manouchka rejoint alors le fil de l'histoire de cet homme, bourlingueur, homme de sac et de corde, guidé par le sens des affaires, acquis dans la lutte pour la vie connue depuis son enfance dans les rues pauvres d'Athènes, sur les docks et dans les navires qui croisent en Méditerranée, avant d'aboutir en France puis en Belgique. Il prend en charge le jeune homme qu'il a baptisé lors de sa rencontre, et en fait son employé de confiance. Il le nomme Mompela, du nom du lieu où ils se sont rencontrés, et ne l'astreint pas à travailler à l'exploitation, féroce, de la plantation d'hévéa. Mompela est en quelque sorte le passeur de culture pour ce curé qui porte le nom de Bonogreco, et dont les cuisinières enfantent régulièrement des enfants au teint clair. C'est au cours d'une sieste que Bonogreco est assailli par un boa, malgré les avertissements qui lui sont pourtant envoyés, qu'il n'écoute pas, mais que Mompela distingue. Il parvient à sauver la vie de son protecteur, qui lui attribue désormais le nom de Léonidas, en référence au défenseur de Sparte devenu l'emblème du philhellénisme. La figure dès lors se complexifie. La truculence, qui semblait jusque là guider la lecture, malgré de larges plages pendant lesquelles la narratrice fait retour sur le retentissement, les années ayant passé sur elle, en elle, s'apaise progressivement. Elle manifeste cependant très fortement le lien autre qui relie ce qu'elle connaît à ce qu'elle apprend, mais qu'elle ne comprend que bien plus tard : "Adieu Congo. Terre de mes ancêtres, adieu. Que reste-t-il de toi chez nous ? Ton nom n'est plus qu'une danse folklorique, la danse Congo. Des femmes dansent en carabela bleu pâle. Elles font secouer leur jupe bordée d'une large dentelle blanche. Une mer de plaisir traverse leur cuisse et mouille leur pubis. Une chorégraphie typique empreinte d'une grâce envoûtante, d'une sensualité noble, réservée". Cette sensualité se glisse partout dans le texte, lui conférant une douceur que vient ponctuer l'amertume entraînée par les contraintes. Mompela en fait les frais.

    L'histoire quitte le terrain des enfances et aborde celui des années de formation. Installés à Athènes, ils tiennent un restaurant. Bonogreco est marié à Anastasia, et le mariage devient d'intérêt, car les époux ne parviennent pas à ponctuer le temps de leurs relations. Elles en deviennent électriques. Mompela explore, tente de déchiffrer cette société, apprend, écoute, regarde, lit, en particulier La Vie de Thémistocle, un des hommes illustres racontés par Plutarque, et la mention du désir homosexuel lui ouvre des abîmes de questions. Il observe d'un air parfois détaché ce monde dont il participe pourtant. Il y a chez lui une forme de distanciation qui tient de la mélancolie. Mompela, malgré ses succès, malgré ses amours, malgré les transformations en lui, semble ressentir un mal sur lequel il peine à placer des mots, et qui serait le sentiment d'un déplacement inachevé, lié à une vie toujours au service des autres. Car Mompela est tout entier tourné vers l'autre et manque parfois à lui-même et à ses propres désirs.

    C'est cette trajectoire vers lui-même et son accomplissement qui compose la dernière partie de l'histoire, où l'on retrouve la fièvre du voyage et le bourlinguer qui est l'apanage de Bonogreco, désormais homme d'affaire, investisseur, et qui a désormais fait de la brutalité la matière même de ses relations avec les autres. Un voyage vers les Amériques, puis vers les Antilles, mène les trois protagonistes sur les rivages haïtiens. Et c'est là que Mompela Thémistocle Léonidas décide de s'arrêter, comme il y est contraint par des circonstances exceptionnelles et qui constituent un des trous noirs de cette existence chaotique par ses commencements, mais qui progressivement s'est élargie jusqu'à embrasser la matière même du temps. Manouchka se sait venue aussi de là, participant de cette vague d'énergie qui vient réalimenter son propre imaginaire et, en écho, la compréhension de sa propre culture. C'est un des axes à la fois les moins appuyés, mais aussi les plus essentiels de ce roman de la quête de soi dans l'après coup du développement de l'existence. C'est aussi une façon de dire Haïti comme terre d'accueil, pas particulièrement exceptionnelle, mais où la vie est possible, malgré les commisérations courantes. Ce serait comme le lieu de la réalisation de soi : Mompélas Thémistocle Léonidas y fait souche à Jérémie, ayant réussi à se faire passer pour un natif-natal de Port-à-Piment. Il a traversé la presqu'île puis est devenu juge de paix. L'identité n'est pas une donnée, mais bien une construction. Et dans ce montage patient, Manouchka réserve aux pages finales de son récit des références qui viennent encore ancrer cette histoire particulière dans celle des êtres connus, dans des événements identifiés par un historien, dans une parenté avec le grand romancier Émile Ollivier, disparu en 2003. La narratrice, qui désormais tente de suivre à rebours les traces de son grand-père, à Athènes – où elle a retrouvé le restaurant et a appris qu'elle avait eu probablement une parente – s'inscrit ainsi dans une lignée et elle qui n'avait ni père ni mère, retrouve ainsi non seulement une histoire mais aussi une parenté. Depuis la ville de Jérémie, c'est bien une partie du monde qui devient contiguë. Ce n'est pas une mince découverte. Elle est même essentielle dès lors qu'on vient d'Haïti, où comme l'écrivait Émile Ollivier, justement, " toutes les histoires du monde sont venues échouer sur le côté de cette île, à la mâchoire de caïman endormi : galions remplis d’or et d’émeraude, navires aux cales chargées de princes bantous, fausses Indes de l’Ouest, anthologie de paysages, encyclopédies de jungles, survivance de peaux cuivrées, créoles, une seule humanité aux prises avec la chaleur des Tropiques et les rivages méphistophéliques du temps".

    Yves Chemla ( Le livre est trouvable à la FNAC)
    Vient de paraître À chacun son big-bang

  • Jean-Robert Léonidas répond au questionnaire de Proust

    Questionnaire de Proust de Jean-Robert Léonidas ( Sur demande de Viabooks)

    Introduction:
    J'ai jeté ma blouse d'endocrino aux poubelles. J'en avais marre d'être apostrophé "Professeur" par mes propres collègues. Je suis musicien amateur et spécialiste de rien. Je taquine tous les intruments. J'écris surtout. J'aime les mots, les idées de toutes les couleurs. J'adore les plantes, la chlorophyle et tous les pigments du monde.
    Une métaphore pour me définir:
    La polyvalence du faible

    Ma plus grande audace:
    J'ai abandonné mon métier d'endocrinologue aux Etats-Unis pour m'attacher à la littérature et l'écriture dans ma province natale (Jérémie, Haïti)

    Le don que j’aurais aimé posséder:
    Pouvoir choisir mon âge et visiter le passé au besoin

    La qualité que je préfère chez les autres:
    être à même de mémoriser ses propres textes

    Le ou les mot(s) qui m’enchante(nt):
    ceux qui suggèrent la musicalité et la féminité

    Le ou les mot(s) qui m’irrite(nt):
    les superlatifs, surtout quand ils s'adressent à moi

    Le livre que j’aurais aimé écrire:
    Deux livres pour briser l'arrogance du piètre chercheur que je suis. Les desseins de Dieu et Le destin de Dieu

    Les convives de mon dîner idéal:
    Toutes les femmes qui ont marqué ma vie

    Celui (ou celle) à qui j’aimerais dire merci, et pourquoi:
    Ma grand-mère puisqu'elle m'a donné une mère

    Une autre vie que la mienne… ce serait:
    Renverser mon histoire: commencer avec une carrière d'écrivain et de musicien d'abord puis me muer en homme de science

    L’épitaphe que j’aimerais lire à mon sujet:
    Il est revenu en terre natale pour vivre et non pour mourir
    ( Réf: le site de Viabooks)

  • Sur Jean-Robert Léonidas, par Dana Shishmanian

    Jean-Robert LEONIDAS
    Rythmique incandescente
    Riveneuve Éditions, décembre 2011

    Ce livre évoque par nombre de ses caractéristiques, dont avant tout, le titre, un recueil de poèmes ; et en effet un filon poétique puissant et sensible le traverse comme une lame de fond.
    Mais c’est une poésie qui fend, qui contorsionne, qui déforme et met en cachette, comme en posant des charades pour aiguiser l’esprit d’un chercheur de trésors, beaucoup d’autres choses, dont pêle-mêle : des histoires, sombres, cruelles, voire tragiques (pas évidentes à deviner – Besoin d’impression, Lumière, La rue, Aventure), des virées politiques, sociologiques, voire philosophiques (sans emphase aucune, au détour d’une pensée fugace et sur un mode familier – Correspondance, Psychose, Découverte, Conversation d’hiver, Interculturel), des souvenirs personnels (plongeant dans l’inconscient collectif – Atterrir, Le masque, Le rayon vert), des confessions (d’un « il = je » anonyme, fondu dans l’éternel humain – Décision, Voie d’eau), des dialogues et des jeux sémantiques (au travers d’images, de mots et de découpes de phrases qui vous déboussolent – Lieu), des croquis en eau-forte alternant à des toiles en couleurs vives imbues de fragrances de fruits et de fleurs exotiques (empreintes d’un jardin secret – Recette, Nourritures, Canard, Hulahoop, Tendresse), des pensées sur la guerre, la paix, la mort, la vie, le désespoir, l’amour, parfois d’un humour décapant (qu’on dirait d’un vieux sage de la montagne observant, sans prétention de vouloir raisonner, les hommes devenus fous qui vivent dans les villes, en réinventant les arts et métiers – Le patin des mots, Géométrie, Récidive, Coup de pinceau, Ombre).

    Il y a partout un langage second qui prend constamment le dessus, une réflexion au 2ème, 3ème degré, voire plus, comme dans une série indéfinie de miroirs. Des références culturelles directes ou discrètement suggérées, comme des épices venues de tous les continents, viennent se mêler dans ces textes, avec une grande liberté d’inspiration, en faisant glisser les frontières des genres, jusqu’à faire perdre pied au lecteur. On n’est pas dans l’essai, dans l’esquisse dramatique, dans la nouvelle, dans le pamphlet, dans la prose poétique, dans le poème, dans le scénario cinématographique ; on est dans l’écriture, tout court. Et cela foisonne, grouille, émane, chante, brille de toutes les couleurs, fait raisonner tous les instruments, fait danser tant l’intellect que le cœur et les sens. Une écriture subtile, souple, ironique, musicale, qui progresse avec une précision de scalpel, qui glisse avec naturel entre les plans coupés les plus vertigineux d’une pensée de grande acuité, tout en épousant les méandres d’une sensibilité éduquée aux livres autant qu’aux sensuelles beautés et douleurs de ce monde.

    Chaque texte est une merveille qui s’ouvre, se dévoile, vous emporte sur des trajectoires insoupçonnées qui se dévoient à chaque nouveau virage, et, prenant appui dans quelque polysémie surprise sur le vif, vous amène sur un plateau inconnu, devant une perspective inattendue. Chaque texte vous pousse à le relire encore et encore pour en saisir le secret, et ainsi, lui découvrir de nouveaux angles de sens. En donner quelques exemples, sans citer des textes en entier, est une gageure, mais cela mérite l’effort : le lecteur trouvera dans ces extraits autant d’incitations à lire l’ensemble de ce volume d’exception, qui place Jean-Robert Leonidas dans le rang des grandes plumes de la littérature francophone contemporaine.

    « Sans domicile fixe, on déambule, la tête pleine d’idées. Le bec, les ongles et les cheveux poussent démesurément sous l’emprise des livres qui veulent s’écrire. » (p. 10).
    « Il n’y a que les langues qu’on habite et leurs mots pour voyager dessus. » (p. 17)
    « Les valises, elles sont les ersatz de son corps. De son âme. Mortes, les valises. Ainsi s’engage-t-il sur la route de l’immortalité. » (p. 19)
    « Un saxophone maladroit jette des notes désagréables sur le tympan des nénuphars. Ceux-ci, plantés dans un lac de pleurs, se bouchent les oreilles. » (p. 21)
    « La langue : le lieu du verbe qui s’acharne à se faire chair, depuis la nuit des temps, depuis l’époque où la lettre « s » rêvait de devenir accent circonflexe… » (p. 27)
    « Il n’y a pas plus branché que le mélange des genres. Fox-trot et salsa, boléro et lambada, twist et contredanse. Riche est la vivacité des autres quand elle est ajoutée à sa propre crise jubilante. Exquise la cueillette faite dans le feuillage voisin. » (p. 33)
    « Les poètes (…) sont des demi-diables haïssables et beaux, aux orteils sulfureux, ayant les pieds à moitié brûlés par l’enfer de la terre, le nez enchifrené dans un cosmos pollué où il neige des poèmes. Ils savent aller dans le parterre des astres, la nuit, en une impossible mission de monte-en-l’air, couper la tête aux anges pour usurper une lampe… » (p. 41)
    « Mais un vieux accordéoniste depuis quelque temps ne touche plus à son instrument. Il a peur de l’étirer. L’aller est possible. Le retour n’est pas garanti. » (p. 45)
    « Tout village moderne est une toile où domine la technique de la répétition. Une suite d’inimitiés protégées par les clôtures du désamour. » (p. 70)
    « L’homme s’observe dans le miroir. (…) Ses yeux ne sont plus le miroir de l’âme mais le miroir de l’autre. (…) Le poète s’accommode d’une cécité partielle. Il s’invente des regards partout sur son chemin, des regards sans yeux, des chansons sans paroles. (…) Il s’enlève les yeux et se forge des ailes. Il adore se désincarner, se décortiquer. Escalader les murs de l’illogisme et de la déraison. (…) Aller, par delà les clôtures, faire le plein de regard, le plein d’avoir, le plein d’être et surtout le plein d’essence.» (pp. 71-72)
    « Ne pas avoir d’ancrage et suivre mot à mot les conseils de Cioran. Se chercher un quartier dans la langue de son choix… Avoir un accroche-plat dans la maison des mots pour accrocher son cœur. Se faire un accroche-cœur aux cheveux de la langue pour y suspendre sa parole qui zézaie ou qui délire. (…) Jeter un sérieux coup d’œil sur soi-même dans le miroir des livres, et les considérer comme de véritables lieux de naissance… (…) Le véritable lieu d’où l’on est, c’est celui que l’on choisit pour mourir. Entretemps, nous sommes de nulle part. » (pp. 121-122)
    « Déconstruire la littérature. Comprendre qu’elle est domaine d’adorables brigands, briguant statut de science. Comprendre que le poème est érection fragile. Que chaque phrase est charpente fissurée. » (p. 123)
    « Deux cent ans d’isolement et encore des souffles de vie. Cela mérite un prix Nobel de résilience. S’il n’existe pas, il faut bien l’inventer. Le gagnant est tout indiqué. » (p. 125)

    par Dana Shishmanian

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