Le_BlogDeJosaphatRobertLarge
Garçon - 66 ans, Saratoga Springs (historical), United States
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Blog 49
De la Littérature, rien que de la Littérature
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Lancement du collectif JR Large:La fragmentation de l'être
La grande première de Josaphat Robert Large : la fragmentation de l’être à Elmont, New York.
Par Frantz-Antoine Leconte, Ph.D.
Cette pluie fine qui enveloppe New York de brouillard ne s’arrêtera jamais plus. Ce Samedi 13 juin qui précède le Dimanche 14, le jour de la St-Antoine, sera probablement gâché. Et, pourtant deux grandes organisations avaient planifié ensemble une activité socio-littéraire, la véritable grande première de l’étude critique Josaphat-Robert Large : la fragmentation de l’être (L’harmattan 2009), dirigée par Frantz-Antoine Leconte.
Parler de littérature importe. Cela nous permet de prendre le pouls de la créativité littéraire contemporaine dans sa diversité, c’est à dire dans la multiplicité des genres. Que faire quand le domaine socio-politico-économique déraille, on peut aller sans doute vers la littérature, refuge hospitalier ou zone tampon qui sait se montrer dans tous ses états pour s’emparer de notre imaginaire avec fureur.
Cependant, malgré son importance, son pouvoir de réflexion, de réverbération de la cité et du quotidien, la littérature fait figure de parent pauvre et Dieu seul sait comment nos littérateurs et critiques ont pris la désolante habitude de parler dans des salles vides ou presque vides. C’est que la littérature n’a pas de grands moyens, ni tambours, ni trompette, pour annoncer ses événements. On ne répond à ses initiatives qu’avec une froideur réservée ou parfois par un mépris suprême. Malheureusement.
Mais aujourd’hui, la différence saute aux yeux. Malgré les pluies torrentielles annoncées par la météo, le début de la saison des cyclones, nous sommes pris en flagrant délit de tendresse vis-à-vis de la littérature. Il y a du monde et beaucoup de monde à Elmont, ville de Long Island, banlieue de New York. C’est grâce au dynamisme croissant de la EMG Health Communication, association dirigée par deux figures de notre communauté d’un grand charisme, Elsy Mecklembourg Guibert et Ginette Michel. Et la Fondation Mémoire, société composée de chercheurs qui promeuvent l’histoire, la culture et le patrimoine physique et intellectuel de l’Etat-Nation d’Haïti. C’est vrai que nos compatriotes sont en grand nombre dans la salle, mais nous ne savons pas s’ils sont disposés cette semaine à lire « en folie » à l’instar de ceux d’Haïti. En revanche, ils sont présents ici. Ils ont répondu à l’appel et aux sirènes de ces deux sociétés. C’est important et c’est déjà une victoire significative parce que la littérature ne se révèle pas aussi agressive, envahissante et n’atteint pas le même niveau de communicabilité que d’autres arts qui reposent sur l’avantage du spectacle visuel et du son.
Aujourd’hui, le succès est venu et nous accompagne enfin à cette vente-signature, la grande première de Josaphat-Robert Large, la fragmentation de l’être aux Etats-Unis. On donne le signal. Le début de l’activité est imminent. Les deux présidents donnent le coup d’envoi en rivalisant d’éloquence : Elsy Mecklembourg Guibert pour la EMG Health Communication et Hugues St-Fort pour La Fondation Mémoire.
Jean-Elie Barjon, talentueux essayiste, poète et chanteur évoque avec une grande brillance deux monstres sacrés de la musique : Ansy Dérose et Jean Ferrat. Jacques Alexandre, excellent poète ne se fait prier, il donne la réplique avec des vers incandescents de René Depestre. Les applaudissements très nourris n’empêchent pas la descente sur terre. On se rend compte que les invités et participants qui sont venus de loin ont faim. La pause-repas devient nécessaire. On peut reprendre des forces pour redynamiser tout le monde vers de plus grandes explosions de joie.
Myriame Dorismé n’attendait que ce moment propice pour lancer en véritable Marie-Jeanne cet hymne au bicolore national qui donne à la fois de la fierté et des fourmis dans les jambes. Les petits drapeaux que tout le monde agite en entonnant la Dessalinienne font revivre les sentiments de l’adolescence en éliminant en quelques secondes des décennies de raison et d’impassibilité. Quelques minutes de silence, la table ronde autour du collectif Josaphat-Robert Large : la fragmentation de l’être s’organise. Les écrivains prennent place. Frantz Minuty initie le dialogue et partage avec nous la joie que la parution spectaculaire de Pè Sèt (Edisyon Mapou, 1994-1996) avait provoquée chez-lui. La thématique, la stylistique ont taillé pour cet ouvrage une place privilégiée dans la littérature haïtienne de langue créole autant que « cette pluie de petits textes télégraphiques » qui plaisent tant. Hugues St-Fort, linguiste de formation, définit le langage comme la faculté biologique qui permet aux individus d’apprendre et d’utiliser leurs langues. Selon Noam Chomsky, « c’est une faculté innée chez les êtres humains. » De plus en plus de linguistes et de psychologues pensent que l’aptitude à parler est acquise à la naissance et est construite dans nos
gènes. Etienne Télémaque lance ses sondes exploratrices et psychanalytiques vers trois thèmes majeurs, l’exil, l’errance et le retour au pays natal qui interpellent la conscience de l’écrivain en référence aux thèses de Julia Kriesteva sur l’aliénation qui rejoignent aussi les théories freudiennes sur l’angoisse. Edith Wainwright, la seule écrivaine de la session, porte aux nus l’œuvre de Large et s’engage – comme elle l’avait fait dans son fameux article « la célébration de la femme » – à apporter un éclairage certain sur les personnages féminins de l’œuvre.
Cependant je ne veux pas oublier ma mission laquelle est de présenter en quelques minutes la richesse de l’œuvre de J-R Large que le collectif illustre. Je partage avec l’assistance quelques concepts et leur application dans l’œuvre :
La crise d’abord qui perce et s’empare de la victime au début de la tragédie pour la conduire dans l’errance. L’expérience de l’ostracisme et parfois de l’univers concentrationnaire renforce la quête de l’ailleurs. La marginalisation des individus conduit à un déplacement collectif ; une forme de déterritorialisation omniprésente qui sert de toile de fond dans les romans de déracinement. On ne peut exclure les sentiments d’une profonde frustration qui a pour corolaire une authentique aliénation.
Après tout, il s’agit de la dislocation historique de l’individu et de son morcellement. Certains personnages éprouvent une crise identitaire, thème à succès usité dans la littérature caribéenne et haïtienne : Trouillot, Dalembert, Gary Victor, Frank Etienne, Emile Ollivier l’illustrent assez bien.
On relève aussi chez Large l’aboutissement à la folie, métamorphose phénoménale de la folie en une folie heureuse et même souhaitable qui se manifeste en gestes de générosité, de responsabilité et de leadership. Les deux fous de Les terres entourées de larmes (2002) se révèlent des leaders courageux, responsables et lucides, d’où surgit une sorte de lucidité de la folie.
On ne peut passer sous silence l’historicisation du roman et la romancisation de l’histoire .Les tranches de temps du récit, de la trame ou de l’action s’intercalent entre les tranches du temps objectif de l’histoire. L’expérience de la géographisation fascine. Il ne s’agit pas seulement du lieu physique où habite une population donnée. C’est la collectivité qui acquiert certaines habitudes en utilisant la même gestuelle, le même rituel et tout en participant à un exercice caractériel. Il s’agit plutôt de géographie humaine avec une forte tendance du romancier d’unir des gens qui se trouvent aux extrémités de l’île. Un représentant de la bourgeoisie du Nord épouse une femme issue de la bourgeoisie de Jérémie. On ne peut omettre non plus cette sorte d’anthropologisation du moi qui évolue en témoin séculaire jouissant d’une atemporalité à toute épreuve dans Partir sur un coursier de nuages (l'Harmattan 2008), en décrivant des scènes d’enlèvements d’Africains parqués comme des animaux dans les cales des négriers pour faire développer en Amérique cette colonie qui devait devenir la plus riche des Antilles.
On ne peut rater cette dimension psychanalytique qui découle de l’écriture de Large. Quelque moderne qu’elle puisse paraître, elle recrée fidèlement certains concepts de philosophie et de psychologie antiques. Le malaise existentiel inexplicable qui aboutit à la haine du milieu, à celle de l’environnement physique s’intitule « l’horror loci », un phénomène vécu et décrit depuis les œuvres de Lucrèce et d’Horace en littérature romaine. Ce passage ne pourrait être plus convaincant, même s’il ajoute un désir de multiplicité, de s’évader des frontières de l’humanité et de la normalité On appréhende bien ce mal millénaire dans la lecture de texte de l’auteur à l’occasion :
[…] Je voudrais me diviser, que naisse de moi une autre personne bien plus attrayante. Je voudrais me multiplier ; avoir deux vies, deux corps, deux sources d’oxygène. Être moi-même et un autre. Car voilà le nœud gordien : j’ai deux espaces dans ma vie auxquels je ne puis renoncer. Quand je suis ici, je voudrais être là-bas. Quand je suis ailleurs, j’essaie de revenir sur mes pas. Être deux pour être pleinement heureux, comme un fruit fendu dont chaque moitié garderait sa succulence propre [...] (Extrait de Partir sur un coursier de nuages, l'Harmattan 2008)
Voilà ce que nous avons relevé en partie de la présentation de l’œuvre de Robert Large, cette désarticulation fondamentale qui transforme la victime en citoyen de nulle partconfronté à un malaise individuel et collectif que nous appelons la fragmentation de l’être.
Frantz-Antoine Leconte, Ph.D. -
Photos de la soirée du lancement du livre de F-A. Leconte
Ginette Sangors présentant
l'ouvrage
La table des conférenciers
(De gauche à droite: Prof. Edith Wainwright, l'auteur J-R Large, Prof. Frantz-Antoine Leconte, Prof. Franz Minuty, Prof Hugues St-Fort
La Maîtresse de cérémonie
Large signant un ouvrage
Le Buffet
Haïti à l'honneur -
Béatrice Coron, la Française aux doigts magiques
Béatrice Coron
La Française aux doigts magiques
Un monde en miniature, découpé en petits triangles, carrés, losanges, est le canevas sur lequel l’artiste Béatrice Coron arrive à édifier des maisonnettes, des gratte-ciel, des ponts suspendus, voire des villes dont les silhouettes font penser à New York, à Paris, à Los Angeles. Mais ces cités ont aussi des habitants : un fourmillement de profils d’individus vaquant à leurs activités journalières. Or, ces citadins semblent ajouter une sorte de poésie humaine à l’œuvre de Béatrice, surtout que, dans l'espace où ils circulent, on peut remarquer : des enfants assis aux rebords de quelques ballons dirigeables en train d’escalader le ciel pour aller visiter des nuages ; des couples qui descendent vers les rues en parachute, l’un tenant la main de l’autre ; des gens qui flânent à dos de baleine ou de marsouin, dans les profondeurs d’une mer qui se relie au ciel dans le même espace. Tout cela crée un univers merveilleux, attrayant, une communauté imaginaire qui arrive à inviter les yeux des admirateurs à explorer l’œuvre de la Française aux doigts magiques, dans ses moindres détails.
J-R Large, juin 2009
Béatrice Coron est artiste consultante au « Museum of Art & Design » (2 Columbus Circle, New York) où elle expose une partie de ses œuvres jusqu’au 28 juin 2009 (de 11 AM à 4 PM, à l’exception du 14 et du 16 juin). Pour autres renseignements, appeler au : 212 299-7777
Béatrice fait aussi paraître une Revue : Artfragments, qu’on peut obtenir à partir de son site : www.beatricecoron.com
Nous publions ici un extrait du premier numéro de la Revue qui résume un peu la vision de l’artiste :
"Mes silhouettes sont un langage que j’ai développé au cours des ans pour explorer nos relations au monde. En découpant une seule feuille de Tyvek, le chaos d’histoires individuelles forme un monde cohérent." -
Point Barre #6 : Un tour du monde en poésie
Point Barre #6,
Avec la participation de l’Ambassade de France,
Île Maurice, avril 2009
Préface de Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo
Maître de Conférences, Université de la Réunion.
Préface
(Extrait)
[…] Point Barre nous permet donc une fois de plus de prendre le pouls de la création contemporaine dans sa diversité, l’irisation de ses genres, dans ses incandescences, ses sourires complices et ses grincements de dents. Et si le quotidien déraille, la poésie, elle, se porte bien. Elle se montre ici dans tous ses états : formes fixes ou libres, créoles mauricien, haïtien, réunionnais, anglais, français, traduction du chinois, auteurs confirmés ou jeunes talents issus de tous les pays, de tous les imaginaires […]
Valérie Magdelaine-Andrianjafitrimo
Maître de Conférences, Université de la Réunion.
Liste Des auteurs :
Han Dong (Chine)
Valérie Fontalirant (France)
Jean Claud Andou (Île Maurice)
Sénamé Koffi (Togo)
Toussaint Kafarhire Murhula (RDC)
Pierre Le Pillouër (France)
Daniel Aranjo (France)
Arnaud Delcorte (Belgique)
Muriel Carrupt (France)
Kenzy Dib (Algérie)
Alain Gordon-Gentil (Île Maurice)
Jean-Marc Thévenin (France)
Umar Timol (Île Maurice)
Catherine Boudet (La Réunion)
Michel Ducasse (Île Maurice)
Sylvestre Le Bon (Île Maurice)
Gillian Genevièvre (Île Maurice)
Zaffir Golamaully (Île Maurice)
Catherine Andrieu (France)
Cathy Garcia (France)
Jean Joseph Sony (Haïti)
Alex Jacquin-Ng (Île Maurice)
Éric Brognet (Belgique)
Daniella Bastien (Île Maurice)
Richard Beaugendre (Île Maurice)
Yusul Kadel (Île Maurice)
Hery Mahavanoma (Madagascar)
Tahir Hussen Pirbhay (Île Maurice)
Josaphat-Robert Large (Haïti)
Dominique Casimir (La Réunion)
Présentation de quelques uns des auteurs
(Au fil du temps, nous présenterons les autres)
Catherine Boudet
Née en août 1968 à Saint-Denis de La Réunion, Catherine Boudet est docteur en Sciences politiques à l’Université de La Réunion. Elle est l’auteur d’une thèse de doctorat sur la diaspora mauricienne en Afrique du Sud et d’articles scientifiques sur les questions de l’identité et de la construction nationale à l’île Maurice. Son premier recueil de poèmes, Résîliences, est publié chez l’Harmattan, collection « Poètes des Cinq Continents »
Une petite vie de Mots
Les mots, ils vivent leur petite vie de mots. Vous les avez déposés là, sur cette feuille de papiers ou sur cet écran d’ordinateur, et aussitôt ils ont commencé à faire leur bout de chemin. Parfois, vous ne savez pas quelle vie de patachon ils peuvent mener, ni même dans quel pays ils sont partis, dans quels cœurs ils ont trouvé à faire escale. Les mots voyagent, ils prennent l’internet comme moi je prends l’avion. Un jour, vous croisez quelqu’un qui les a rencontrés, vos mots, qui a eu une conversation avec eux, ces mots marrons que vous croyiez sagement rangés entre les pages d’un bouquin ou d’un fichier pdf. C’est étonnant tout ce que vos mots peuvent raconter, à votre insu. Moi, les mots me bousculent. Ils me comblent, me débordent, me peuplent. Je n’ai aucun pouvoir sur eux. Parfois, ils se refusent obstinément à moi. D’autres fois, ils arrivent, ils s’installent, s’invitent presque. Ils éclosent brusquement et somptueusement, me laissant épuisée et éblouie de cette gésine inattendue. Mes mots dansent. Ils font de petits geysers de pensée et je me tiens dans leur éblouissement. Un jour il y a eu le gouffre. Les lumières et les voitures. Les mots ne disent jamais ce qu’il faudrait dire. Les mots ne peuvent pas dire le gouffre, le pont, ceux qui n’ont pas été là, ceux qui ont saccagé votre vie comme un rayon de supermarché. Mais les mots brillent comme de petites étoiles. Vous vomissez une nuit pleine d’étoiles, et dans cette vomissure vous commencez doucement à guérir.
Umar Timol
Né en 1970, Umar Timol compte à son actif trois recueils édités chez l’Harmattan : La parole testament, 2003 (mention, Prix Grand Océan), Sang, 2004 et Vagabondages, 2009. Il a participé à de nombreus ouvrages collectifs parus à Maurice et à l’étranger.
Site : http://www.umartimol.netfirms.com/
SAC D’OS
il y a sans doute les instances de la féérie,
es voyages, - frontières distendues -, les yeux des enfants, la
furie créatrice, les écarlates du verbe, les livres lus, dévorés,
macérés, la demesure du fugitif,
un paysage engorgé de crépuscules,
ou plus encore,
corps déliés qui revendiquent la pleine appartenance des sens
il y a sans doute les instances de la féérie
mais l’existence est l’usage du tragique
et il n’est qu’un sac d’os que le temps bientôt déballera,
ainsi il charpente un nécessaire inaccessible
puise l’audace de la foi dans les louanges de sa beauté
et creuse sa veine jugulaire
pour qu’elle cendre dans son sang déjà avarié
l’encre soyeux de ses larmes.
Yusuf Kadel
Né en 1970, Yusuf Kadel est l’auteur de plusieurs textes poétiques et dramatiques, dont Un septembre noir (prix Jean Fanchette), Surenchairs (sélection, prix Radio France du Livre de l’océan Indien) et Soluble dans l’œil, recueil à paraître aux Éditions Acoria, Paris. Il contribue régulièrement à diverses revues littéraires en France et au Québec.
Site : http://intnet.mu/ykadel
SANS TITRE
J’ai un truc au cœur
Dont le nom dépasse
Mon médecin lorsqu’il m’ausculte
Fait la moue
Hausse les sourcils
On pourrait scruter des heures durant
Les plis sur son front
Sans en dénombrer la moitié du tiers
J’ai un truc au cœur
Un lapin électrique
Une rousse à quenottes
Un chien andalou
C’est baroque
Mais ça me fait sourire…
Il me faut être heureux
Sans alcool ni tabac
Sans orgueil
Heureux
Au petit bonheur
L’amour m’est permis
Avec modération
Jean Joseph Sony
Jean Joseph Sony, dit Oubada, poète et comédien, est né à Gressier, Haïti, en 1982. Il est l’auteur de deux recueils de poèmes inédits : Cris de cœurs sans eaux et Silans la fimen. Il collabore à la revue Non ! et à revue d’encre rouge, une publication socio-politique et culturelle en Haïti.
Almanach Posthume
Je ne me rappelle pas
le jour de mon anniversaire
Sinon cette vie de merde
Sinon cette place de chien
Je ne me rappelle pas ce jour affreux
déconstruit en quatre mots
fatigués au syllabaire du poème
Je suis né entre la lassitude du soleil
et la face de la liberté
Les jours passent comme la fureur des ondes
comme la lenteur du trépas
Et je vis où la vie marche aux orteils
et j’existe où dansent les fracas d’ombres d’étoiles frôlées
Je ne me rappelle pas ce jour-là
Sinon les cris de sonnet magnétique du pénitencier
Sinon les klaxons des coups de feu qui ruent sur la place
de l’innocence
Et les souffles crevés caressent toujours l’aube
d’une ambiance frivole dans la cité
Et cette maison brûlée avec les trois enfants
Des pleurs se lavent
les murs de la cathédrale
Des cris jubilant musiquant dansant le rythme de la vie
en blessure de cruche
et cette rue habillée en sang
et ces mots
et ces voix tatouées de misère
et ces cris sous la terre
Des enfants routiniers mangent par miracle
Le soleil hurle en silence spectateur la face virulente de cette vie de merde ici
Je ne me rappelle pas ce jour-là
Sinon le flirt
l’amour avec la souffrance en pleine journée d’euphorie inversée
Un jour qui n’existe pas dans la semaine
Un mois qui n’existe pas dans l’année
Une date très reculée très lointaine dans l’almanach posthume
Ce jour peut être un jour qui n’est pas jour dans une année
sans mois lointainement reculé
Je ne me rappelle pas
Sinon cette vie de merde
à la caresse du temps -
Ochan pou Max Manigat
Ochan pou Max Manigat
Nan espas Sosyete aysyènn an, gen anpil kès tanbou ki bat, lè se kritike moun ap kritike, lè sezon koutlang rive: fè jouda, joure manman kretyen vivan, sèmante pou rale devenn mete atè; pale peyi a mal, pou anfonse l pi fon ankò nan ravinn istorik kote li ye a. Sa ki fè, tout pawòl malpalan sa a yo, tout rafal medizans yo, y anpeche admiratè admire bèl bagay Ayisyen ap reyalize nan kèk zòn sou latèbeni kote lavi a mete yo. Nan kategori moun k ap fè bèl bagay yo, n ap mete Max Manigat. E n ap mete li nan youn ankadreman n ap fè sou mezi pou li. Youn ankadreman an lò masif pou n onore pitit tè Ayiti sa a ki te fèt nan vil Okap, sa fè deja kèk sezon mango.
Depi premye kout tanbou mwen te fè nan òkès literati a, non Max Maniga te antre nan òkestrasyon epòk la. Yo te rele li : « L’homme du livre haïtien ». Avèk rezon. Pa gen youn liv konpatriyòt li yo, li pa t al deniche nan pil jounal ki t ap parèt, pou l te mete yo anba limyè kote lektè t ap bouske liv. Li te konn prepare lis liv ekri alamen, tape sou machinaekri ak de dwèt, fotokopye, telegrafye, rekopye, li te konn fè lis liv voye bay tout Ayisyen danlemondantye, pou fè zafè literati a pran vòl. Li te mete sou pye youn ti koleksyon li te rele « Haitiana » kote tout otè te konn wè non yo akote piblikasyon yo, dat, mezon edisyon, ak nan ki peyi liv yo te pibliye. Maniga te konn sa li t ap fè depi lè sa a : Youn lit pou sòvgade youn timoso nan memwa kolektivite ayisyènn an atravèlemonn. Youn lit pou etabli dosye nan tiwa listwa peyi nou an. Maniga te bishèt kòl nan youn tiboutik nan Manhattan kote, avèk Jacques Moringlade, li te mete liv ayisyen alapòte tout moun. Se premye fwa sa te fèt nan nannan Diaspora a. Menm lè Max te vinn pwofesè nan City College, li pa t lage pwojè pwomosyon liv ayisyen an.
Epitou, ak konesans li nan domèn linguistik, Max te antre nan batay pwomosyon lanng kreyòl la. Li te mete kòl nan ran Sosyete Koukouy, pou l mennen batay sa a pi byen. Nan preske tout jounal nan diaspora a, ou jwenn atik li kote l ap defann dwa lanng kreyòl la. Li fè pwomosyon powèt, womansye, chantè, nan atik li pibliye ann angle, an franse epi an kreyòl tou nan jounal ayisyen tankou nan jounal ameriken.
Nan trajektwa bèl vi sa a, pa janm gen yon moman repo. Max Manigat pa janm kite yon ti espas nan vi li kote li pa fè pwomosyon pou tout bèl bagay k ap fèt nan domèn atistik peyi d’Ayiti. E, sa ki pi bèl, twouve se lè li pran retrèt li plim Max Manigat finn mande anraje, pou l akselere youn pwodiksyon ki fè tout moun rete bouch be ! L al fouye nan tout kwen, nan tout achiv, pou jwenn bèl bagay ki te deja egziste nan kilti peyi a, pou l repwodui yo nan liv kote lektè jenès la kapab dekouvri yo. Tout sekrè kiltirèl ak linguistik vil Okap rantre nan liv sa yo, y ap reviv, yo kontan, y ap pran zès yo, pou laplezire lektè jenès la, ann Ayiti tankou nan Diaspora a. Kanta pou bèl pwovèb ki sèvi baz richès kilti ayisyènn an, Max Manigat al dekouvri liv kote otè nan tanlontan (tankou J.J Audain) te mete yo alekri. Max fè youn travay enpeyab, lè li transkri pwovèb sa a yo nan òtograf modèn kreyòl ayisyen an. San n pa bliye li tradwi yo an franse tou. Youn travay enpeyab, n ap kleronnen l !
Pou tout bèl reyalizasyon sa a yo ki kouvri longè tout oun vi, fòk nou tout ki renmen kilti nou an tonbe bat oun bravo kolektif pou bèl figi sa a k ap travèse syèl peyi nou an, tankou youn zetwal ki pote bèl limyè lè l ap file, pou konbat tenèb.
Youn bèl Ochan pou ou Max : BRAVO !
Dènye piblikasyon :
Cap-Haïtiens. Excursions dans le temps. Voix capoises de la diaspora. (Sous la direction de), Educa-Vision, Coconut Grove, 2008.
Proverbes créoles haïtiens du dix-neuvième siècle. Educa-Vision, Coconut Grove, 2009 -
Journée du livre haïtien à New York
Frantz-Antoine Leconte (premier à partir de la gauche) présentant l'ouvrage Josaphat-Robert Large: La fragmentation de l'être. A droite: Franketienne et Jean Jonassaint)
La 13e journée du livre haïtien à New York
Par le professeur de littérature Frantz-Antoine Leconte
Lorsque nous sommes reçus par une nombreuse assistance dans le prestigieux atrium de York College, de l'université d'Etat de New York, malgré une pluie de plusieurs jours, nous devons affirmer notre admiration et surtout notre reconnaissance à l'endroit de Jasmine Narcisse, cheville ouvrière efficace de Haitian Book Center.
Dimanche 3 mai, 3ème jour d'un mois significatif dans le calendrier historique des Haïtiens, dans la mère-patrie, ainsi que dans les grandes communautés de l'extérieur, qui apporte presque toujours quelque chose d'inédit, un je ne sais quoi de renouvellement culturel. A New York, dans la grosse pomme, l'amour vif de la littérature s'exprime beaucoup et très peu à la fois. Quelques compatriotes cultivent intensément cette passion de la littérature. Mais ils ne sont pas nombreux. Et d'autres - une véritable marée humaine - s'intéressent religieusement à la musique, aux autres activités esthétiques plus immédiatement communicables que les pages complexes d'un roman, d'une critique analytique ou des vers mystérieux d'un recueil de poésie.
Nous, les critiques, galériens des lettres, forçats de la littérature, ne pouvons oublier nos discours ou nos communications « savantes » qui ont lieu très souvent dans des salles quasi vides au cours de certaines conférences de l'année. C'est que les événements en littérature ne s'annoncent pas par des moyens pyrotechniques, n'illuminent pas le ciel de nos communautés et n'attirent pas beaucoup de monde en général .La littérature fait figure de parent pauvre à posteriori.
Cependant, lorsque nous sommes reçus par une nombreuse assistance dans le prestigieux atrium de York College, de l'université d'Etat de New York, malgré une pluie de plusieurs jours, nous devons affirmer notre admiration et surtout notre reconnaissance à l'endroit de Jasmine Narcisse, cheville ouvrière efficace de Haitian Book Center. Elle sait opérer des miracles en faisant appel à un immense écrivain créateur, Franck Etienne, un très grand critique, Jean Jonassaint et moi, qui ai à mon actif quelques textes bien reçus par les critiques en littérature, culture et histoire.
LE DEFICIT DE L'ANCRAGE
Au cours de cette journée du livre haïtien, à part le devoir d'accompagner Franck Etienne, l'inusable créateur d'univers, et Jean Jonassaint, critique, dont la sagacité n'est plus à faire et de leur exprimer ma solidarité, j'ai eu le plaisir et l'honneur, après une intéressante introduction de l'irremplaçable représentante de la section française de l'université, Lucienne J. Serrano, docteur es lettres et psychanalyste, de présenter l'étude Josaphat-Robert Large : la fragmentation de l'être et faire le parcours lumineux de cet écrivain-lauréat depuis l'impétuosité des sentiments qui explose dans sa poésie vertigineuse, Nerfs du vent (1975) et Chute de mots (1989) jusqu'aux romans éblouissants et incisifs, Les sentiers de l'enfer (1990), Les Récoltes de la folie (1996), Les Terres entourées de larmes (2002) et Partir sur un coursier de nuages (2008). J'ai tenu à faire une courte présentation analytique et thématique de l'oeuvre. Il m'a été donné dix (10) minutes pour relever, prouver et éclairer l'incroyable richesse de l'univers romanesque de Robert Large. L'édification d'un moi séculaire qui est témoin historique et fait même un inventaire anthropologique de toutes les tribulations de l'homo-africanus, mission qui lui octroie une ubiquité autant qu'une atemporalité.
Les déplacements de population, le développement inévitable de l'errance, le déficit de l'ancrage, l'ostracisme omniprésent qui émascule certains personnages jusqu'au pathétisme et cette incessante quête de l'ailleurs : tout cela crée un inextricable amalgame qui aurait requis normalement plus de temps, si je devais fournir des illustrations paradigmatiques de ces thèmes et aussi démontrer le mécanisme de la marginalisation, la victimisation dans l'univers concentrationnaire et la misère physique et psychologique comme situation existentielle. Combien de temps me faudrait-il pour jeter un éclairage suffisant sur le concept et la mise en application d'une géographisation caractérielle, quand on sait qu'elle s'accompagne d'un inévitable corollaire qui transcende l'espace pour reconnaître des habitudes, sinon une gestuelle commune chez des gens qui vivent ensemble et forment une agglomération.
DERACINEMENT ET ALIENATION
C'est bien une tentative psychologique de caractérisation. Il ne serait jamais facile d'expliquer l'historicisation du roman ou la « romancisation » de l'histoire, cette façon savante d'insérer les actions de l'intrigue dans des tranches de temps historiques et objectifs. Il faudrait plus de temps pour faire une synthèse de ces romans de déracinement ponctués d'une bonne dose d'aliénation, de dislocation et de morcellement de l'humain.
Est-il viable d'analyser une folie qui se convertit en une extrême lucidité et qui ne se manifeste que par la générosité permanente et un leadership efficace? Non plus une crise identitaire aiguë qui fait des citoyens de nulle part, qui se développe en une morosité de l'être, une sinistrose qui n'est qu'une crise existentielle collective que j'appelle la fragmentation de l'être.
Je termine véritablement dans le temps qui m'est imparti, un véritable tour de force. Des ovations nourries me saluent. J'éprouve un immense plaisir et une joyeuse chaleur au coeur de signer quelques ouvrages et de présenter à l'assistance trois précieux collaborateurs : Jean L. Prophète, docteur es lettres, enseignant et écrivain; Hugues St-Fort, docteur en linguistique, enseignant et écrivain; et Etienne Télémaque, urbaniste et enseignant. Beaucoup plus que leurs lumineux chapitres au collectif que j'ai présenté, ils m'ont accompagné et accordé leur solidarité le jour de cette brève présentation réussie de notre étude de l'oeuvre de Robert Large, sous l'oeil amusé de la talentueuse poétesse Janie Bogart qui prenait de nombreuses photos.
Ainsi, ce dimanche atone, gris et pluvieux, s'est-il transformé en un jour dynamisant, radieux et lumineux, grâce au miracle de la littérature et de la culture.
Frantz-Antoine Leconte, Ph. D. -
Le dynamisme littéraire à Maurice : Leurre ou Lueur?
Le dynamisme littéraire à Maurice : Leurre ou lueur ?
Par Christophe Cassiau-HaurieShare
"L'Île Maurice compte un million d'habitants et autant d'écrivains. (1)" écrivait un observateur local. Les écrivains mauriciens sont en effet nombreux et talentueux : Ananda Devi, prix des Cinq Continents et prix RFO en 2006 éditée dans la collection blanche de Gallimard, Natacha Appanah, prix Fnac 2007 pour son quatrième roman, Le dernier frère, Shenaz Patel, Prix Beaumarchais des écritures dramatiques de l'Océan Indien pour sa première pièce La phobie du caméléon qui suit l'édition de trois ouvrages, Carl De Souza, auteur de quatre romans dont La maison qui marchait vers le large, Alain Gordon Gentil (Le voyage de Delcourt et Quartier de Pamplemousse), le poète Édouard Maunick, grand prix de l'Académie française en 2003… La liste est longue et surprend pour un si petit pays (1.3 millions d'habitants), éloigné du centre éditorial parisien dont la langue maternelle se divise entre le créole (85 % de la population) et le bojhpuri (15 %), et où la langue de l'école est l'anglais.
Ce dynamisme littéraire n'est pas un hasard. Si le talent de ces écrivains est indiscutable, la longue relation culturelle et linguistique entretenue par l'Île avec la France explique pour beaucoup la réussite apparente des auteurs mauriciens dans ce pays. La clef de ce succès repose surtout sur une vie littéraire dynamique et stimulante qui valorise le statut d'écrivain.
Des conditions matérielles différentes.
En terme d'Indice de Développement humain (IDH), Maurice se situe dans le peloton de tête avec l'Afrique du Sud et Les Seychelles. Cela a évidemment des conséquences sur les conditions de vie au quotidien des habitants : à Maurice, peu de coupures quotidiennes de courant ou d'eau, d'habitations surpeuplées empêchant l'isolement nécessaire à l'écriture, de réseaux Internet trop lents ou de service de santé insalubre. De plus, bien que la situation économique actuelle soit difficile et fragile, elle n'est en rien comparable à l'effondrement qu'ont eu à subir certains pays d'Afrique et l'écart entre la grosse bourgeoisie et le peuple est moins profond que dans beaucoup d'autres pays du Sud (2). Cet état de fait a bien évidemment une influence sur l'existence d'un milieu littéraire, souvent issu de la classe moyenne, mais également sur la production éditoriale des auteurs locaux.
Une tradition de revues littéraires.
Après avoir engendré le premier roman de l'hémisphère sud (3), l'activité littéraire de l'île Maurice se déplaça vers des sociétés littéraires (Les kangourous, La table ovale, La Société d'Émulation Intellectuelle au XIXème siècle, le Cercle littéraire de Port Louis, la Société des écrivains mauriciens… au début du XXème siècle) et surtout des revues littéraires.
Celles-ci foisonnent à Maurice puisque Jean Georges Prosper compte 185 titres de revues et de journaux littéraires de 1173 à 1993 (4). Certains titres ont eu un grand succès à leur époque, ce fut le cas de L'essor (de 1919 à 1956), édité par le cercle littéraire de Port Louis et qui fut la véritable caisse de résonance des écrivains mauriciens de la première moitié de ce siècle mais également des îles voisines : le malgache Rabearivelo, les réunionnais Raphaël Barquissau et les cousins Marius et Ary Leblond y sont publiés à plusieurs reprises. D'autres revues "naissent et vivent plus ou moins longtemps. La revue historique et littéraire, fondée en 1887, dure une dizaine d'années. La semaine littéraire de l'île Maurice ne se maintient que deux ans (1890 - 1892). De même que Mauritiana (1908 - 1910), fondé par Léoville L'homme et qui se faisait remarquer par son excellente qualité. (5)" De fait, ces revues ont été durant très longtemps le principal (le seul
moyen d'expression des écrivains mauriciens (6). Jusqu'à la création de la première maison d'édition en 1975, les éditions de l'Océan Indien, les grands hommes de lettre comme Malcolm De Chazal ou Robert Édouard Hart publiaient à compte d'auteur ou avec le soutien de mécènes.
Cette tradition de revues littéraires est toujours active, offrant la possibilité aux auteurs mauriciens d'être publiés dans leur pays.
Le nouvel essor a repris le flambeau de son illustre prédécesseur et publie annuellement un numéro de qualité sur des thèmes précis, le dernier numéro de 2007 se penchait sur les rapports entre littérature et cinéma, le prochain traitera de la poésie.
En 2000, un groupe d'écrivains mauriciens, parmi lesquels Shenaz Patel, Carl De Souza ou Alain Gordon-Gentil, ont créé la revue littéraire Tracés, quiparaîtra durant un an (quatre numéros). Gratuite, imprimée sur du papier journal et diffusée à plus de 25 000 exemplaires par le réseau de distribution du quotidien L'express, elle tendait à la fois à être un espace de création contemporaine et un moyen de conquérir un lectorat peu enclin à fréquenter les librairies du pays.
Ce n'était pas la première fois que la presse quotidienne, très populaire à Maurice, s'engageait dans ce genre d'expérience. Le Mauricien, journal rival de L'express, avait lancé au début des années 80, Forum, le magazine culturel de l'île Maurice où Alain Gordon-Gentil avait fait ses premières armes. Autre revue culturelle, Autopsie créée par l'illustrateur Eric Koo Sin Lin, publia plusieurs numéros entre 1998 et 2000, accueillant à la fois des écrivains, des graphistes et illustrateurs, journalistes et poètes. Italiques, le magazine annuel des livres créé par Issa Asgarally au début des années 90, joue également un rôle important dans la vie littéraire locale en éditant des textes inédits, des critiques littéraires, des notes de lecture et des interviews. La Revi kiltir kreol est une des grandes revues de langues créoles dans le monde et accueille des signatures prestigieuses des Caraïbes et de l'Océan Indien. Maurice fut également le lieu de l'une des premières revues féminines du continent africain avec Virginie, fondée en 1975 par Annie Cadinouche qui accueillit les premiers contes de Ananda Devi en 1979 ainsi que d'autres écrivains féminins.
Les revues Ticomix et Koli explosif ont permis - entre 2002 et 2005 - à des bédéistes, dont Laval Ng, aujourd'hui publié chez Glénat, de montrer leur travail à leurs compatriotes.
Enfin, la revue de poésie Point barre, 30 ans après L'étoile et la clef créée par Raymond Chasle, Jean Claude D'avoine et Joseph Tsang à Bruxelles, sortira son 4ème numéro en mars 2008. Ayant déjà accueilli les œuvres de poètes connus de La Réunion, France, Belgique, Cameroun, Tunisie (Tahar Bekri), Maroc (Abellatif Laâbi), Guadeloupe (Daniel Maximin et Ernest Moutoussamy), Haïti (Claude Pierre, James Noël, Joséphat-Robert Large) et, bien sûr, Maurice (Ananda Devi, Édouard Maunick), Point barre prend peu à peu sa place dans le milieu poétique francophone. Son mode de fonctionnement pourrait être un bel exemple de ce que pourrait être l'avenir de la littérature en Afrique. Créée et gérée par un petit groupe de poètes mauriciens, n'ayant aucune autre ambition que d'être publié et de publier les "collègues", Point barre est édité par la librairie papeterie Le cygne, qui y voit un outil de promotion et une façon moins onéreuse de se faire de la publicité qu'une campagne de presse. Imprimée sur du papier de qualité moyenne, en couverture souple avec peu de couleurs, la revue ne paie pas de mine. Mais avec un contenu de qualité et un prix de vente inférieur à deux euros, elle pourrait servir d'exemple à d'autres revues du tiers-monde trop soucieuses d'imiter leurs consœurs occidentales dans la forme au détriment de leur propre viabilité économique.
Une presse généraliste influente
La presse généraliste, à 80 % francophone, a une importance énorme à Maurice. Elle est dominée par quelques groupes : La Sentinelle Ltd, propriétaire de L'express (1er quotidien en vente et tirage), L'express dimanche (4e hebdomadaire en vente et tirage), 5-Plus (2e hebdomadaire en vente et tirage), l'hebdomadaire sportif L'Ekip, L'express Turf. Le groupe la Sentinelle imprime le mensuel économique Business Magazine, détient une partie du capital de Radio One- première radio privée - et possède à plus de 40 % L'express de Madagascar.
Le groupe Defi / British American Investment détient plusieurs journaux : Le Defi Plus (3e hebdomadaire en terme de vente et de tirage), Defi Jeunes, Bollywood, Defi Sexo, L'hebdo, News on Sunday ainsi qu'une partie du capital de Radio Plus.
Le groupe Le Mauricien dirige Weekend (1er hebdomadaire en terme de vente et tirage), Le Mauricien (2e quotidien de l'île), Weekend Scope. Enfin, le groupe indien RacetimeGroupe AAPCA détient le Matinal (3e tirage et vente de quotidien, très loin derrière l'express et Le Mauricien). Ce nombre conséquent illustre est illustré par une boutade qui a cours à Maurice : "Il y a plus de quotidiens publiés à l'Île Maurice qu'à Paris. (7)" !
Ces journaux ont également de forts tirages, autour de 20 000 pour L'express (jusqu'à 35 000 pour l'édition du dimanche) et peuvent même dépasser les 60 000 pour certaines éditions de Week end, l'hebdomadaire le plus lu du pays. La bonne santé de la presse (8) a des conséquences sur la vie littéraire locale. Tous les titres ont des pages culture, avec, en particulier, une page littéraire au moins hebdomadaire. Chaque livre édité sur place ou édité à l'étranger par un mauricien fait l'objet de comptes rendus ou d'articles de présentation, lui assurant une lisibilité rarement atteinte dans un autre pays d'Afrique. De plus, les revues luxueuses des groupes hôteliers ou de compagnies aériennes, soucieuses de valoriser l'Île Maurice, évoquentrégulièrement les écrivains locaux (9).
L'autre conséquence positive tient au fait que nombre d'écrivains sont aussi journaliste et peuvent ainsi vivre de leur plume. C'est le cas, actuellement, de Shenaz Patel (10), journaliste depuis 1985, chargé de la page Culture et Société et de la rubrique Interrogations dans l'hebdomadaire Week end.
Bien d'autres écrivains sont dans le même cas : Bertrand De Robillard (11) vient de prendre sa retraite du Mauricien après en avoir animé la page culturelle durant de nombreuses années, le poète Michel Ducasse (12) a été secrétaire de rédaction au Mauricien, Emmanuel Juste (13) a longtemps occupé les mêmes fonctions à L'express, Sedley Assone (14) assure la rubrique culture du Matinal après avoir travaillé à L'express, Natacha Appanah fut journaliste au Week-end scope jusqu'à son départ pour la France. Édouard Maunick tient une rubrique dans L'express tous les lundis, comme Malcolm De Chazal le faisait à son époque dans le journal Advance dont Marcel Cabon était rédacteur en chef.
De même, Thierry Château (15) fut successivement journaliste à 5 plus (1990), au Week-end scope (1991-1995), au Mauricien (1995 - 2003), à l'Echo austral (2003-2004) et enfin à L'express de 2004 à 2007 ; Alain Gordon-Gentil a également travaillé dans la plupart des journaux de la place, dont le célèbre Cernéen (16), aujourd'hui disparu, tout en lançant plusieurs journaux, entre autres, Le nouveau Virginie à la fin des années 80, mensuel d'informations générales et Le mag, un magazine d'enquêtes au milieu des années 80.
Concernant la télévision, la Mauritius Broadcasting Company (MBC) compte une émission littéraire bimestrielle, Passerelle, produite par Issa Asgarally, ainsi qu'une série de documentaires littéraires de Odile Le Chartier.
Des éditeurs littéraires
L'Île Maurice compte une petite dizaine d'éditeurs, la plupart ayant investi essentiellement dans l'édition scolaire. Néanmoins, quelques catalogues proposent des ouvrages littéraires. C'est le cas de Vizavi qui a édité en novembre 2006 une compilation des articles de Malcolm de Chazal, intitulée Comment devenir un génie ? (Chroniques). Les Editions de l'Océan Indien comptent 39 romans, contes et recueils de nouvelles, 13 recueils de poésie et plusieurs études et critiques littéraires. Certains écrivains comme Ananda Devi ont commencé à y publier leur premier titre (17). D'autres écrivains mauriciens, aujourd'hui décédés, sont également au catalogue alors qu'ils ne sont plus disponibles en France, lieu de leurs premières publications : Léoville L'homme, Loys Masson, Marcel Cabon, André Masson… Les Éditions Le Printemps, autre grand éditeur a également un catalogue littéraire fourni dont des œuvres de Ananda Devi et de Marcelle Lagesse.
Une tradition de mécénat et de sponsoring
L'Île Maurice est un cas à part dans le monde francophone. Comme Les Seychelles et le Canada, elle fait partie des pays de la première vague de colonisation, passé sous l'orbite anglais. De fait, bien que fortement attachée à la francophonie, Maurice est influencée par le mode de pensée anglo - saxon. L'Île a par exemple une culture du mécénat et du sponsoring quasiment unique pour un pays francophone du Sud. Beaucoup d'ouvrages sont soutenus par des entreprises privées. C'est le cas en particulier de la Collection Maurice lancée en 1994 par l'agence de communication Immedia. Chaque année, en novembre, Immedia publie des nouvelles d'une vingtaine d'auteurs nationaux, connus et moins connus, dans l'une des trois langues de leur choix (anglais, français, créole) (18). L'édition est assurée par Rama Poonoosamy (19) et Barlen Pyamootoo (20). Cette initiative, soutenue par plusieurs entreprises privées (21), permet de lancer certains auteurs, d'en stimuler d'autres et de permettre aux auteurs confirmés, publiés à l'étranger, de garder un lien avec leur pays d'origine. Des écrivains comme Édouard Maunick (qui s'essaie à la prose à cette occasion), Shenaz Patel ou Ananda Devi y sont publiés chaque année.
Cette initiative permet aussi aux lecteurs, qui n'ont pas les moyens d'acheter leurs ouvrages édités en Europe, de continuer à lire des auteurs mauriciens reconnus internationalement mais aussi de suivre la nouvelle vague. Elle constitue également un formidable laboratoire d'écriture pour beaucoup de ces auteurs, dans un genre quelque peu délaissé en France. Le mécénat a une telle importance que Brigitte Masson, éditrice et auteur, a pu lancer en 1991, une maison d'édition, La maison des mécènes qui, comme son nom l'indique, trouvait son financement dans des ressources extérieures privées. "[…] petite maison d'édition alternative financée par une trentaine de particuliers réunis autour d'une même passion : l'épanouissement de la littérature mauricienne (22)", cet éditeur a pu, de cette façon, éditer huit ouvrages et lancer, par exemple, la carrière de Vinod Rughoonundhun (23), aujourd'hui installé à Paris. L'existence de plusieurs prix littéraires participe d'une forme de mécénat public. Le plus connu d'entre eux est le prix Jean Fanchette, créé par la municipalité de Rose Hill, en 1992, qui récompense tous les deux ans un auteur ayant soumis un manuscrit dans le genre littéraire sélectionné. Le prix permet au lauréat d'être édité et de recevoir une somme d'argent.
Les origines littéraires de l'île.
Cette abondance littéraire, cet intérêt pour la littérature peuvent s'expliquer par le succès originel de Paul et Virginie, qui fonctionne à Maurice comme un mythe littéraire fondateur de la construction identitaire mauricienne. Du point de vue de l'histoire romanesque, l'œuvre de Bernardin de Saint-Pierre est aussi le point de départ avéré du romantisme français, l'origine du roman sentimental moderne et du roman exotique et, surtout, l'un des best-sellers internationaux du XVIII, du XIX et du début du XXème siècle. De ce fait, l'île Maurice s'est constituée comme un espace littéraire dans l'inconscient national. Le passage de Baudelaire, qui se révélera si fécond par la suite, la personnalité de Malcolm de Chazal et son inspiration india - océanique, ont accentué cette image d'une île fertile du point de vue littéraire.
Cela peut expliquer l'intérêt que les mauriciens ont porté à la création romanesque, le goût affiché pour la littérature et le sentiment d'en être des acteurs, chez les écrivains, bien sûr, mais aussi pour l'ensemble de la société. Ce sentiment diffus a été superbement transcris par Malcolm de Chazal qui puisait dans son pays la matrice même de ses livres : "Tous les étrangers qui viennent ici sont frappés de l'aspect de nos montagnes. Irréelles, artificielles, visions martiennes ou lunaires. Moi qui ai vécu parmi elles et qui les regarde avec l'œil impressionniste du visionnaire, voici ce que j'ai vu : partout sont semés sur les versants et les crêtes des gisants, des sphinx esquissés, des initiales clairement entaillées, des hiéroglyphes, des signes, des gestes d'homme. À tel point que nous avons des montagnes portant des noms comme ceux-ci, le Pouce (doigt et lingam), les Trois Mamelles (dont parle Marie-Thérèse Humbert, La Montagne des signaux)… Les plus étonnantes de toutes sont peut-être le Corps de Garde, montagne "habité" par une forme d'homme étendu qui fixe les plaines de la Rivière Noire, et notre Pieter Both qui est un Sisyphe poussant sa pierre. (24)"
Au royaume des aveugles…
D'aucuns considéreront cette analyse comme étant trop positive, voire quelque peu angélique. Elle peut bien sûr être nuancée par d'autres aspects de la réalité mauricienne : les tirages d'ouvrages édités sur place tournent autour des 1 000 exemplaires, ce qui ne dépare pas de la moyenne des pays du continent africain (pour une population plus faible, cependant). À Maurice, la solitude de l'homme de lettre peut être ressentie aussi durement que dans beaucoup d'autres pays, c'est ce que rappelle Umar Timol dans un très beau texte publié en juin 2007 : "Il n'empêche que la pratique de la poésie à Maurice vous apprend la solitude pénible des incompris car vous vous heurtez constamment à un mur, indestructible et impassible, nommé indifférence. Je ne vais évidemment pas vous parler des libraires qui se débarrassent de votre recueil dans le coin le plus obscur de leur épicerie, pardon, librairie ou du nombre d'exemplaires vendus en une année (entre 3 et 5), […] ou des enseignants de littérature qui ne lisent jamais. […] Je ne vais pas vous parler de ces gens qui claquent des milliers de roupies à l'hôtel et qui trouvent qu'un livre coûte cher ou de ces jeunes, diplômés des meilleures universités, qui disent fièrement ne jamais lire ou de l'interminable attente d'un lecteur, d'un seul petit lecteur qui voudra bien évoquer votre ouvrage […] ou de ces conférences d'auteurs mauriciens qui ne réunissent qu'une dizaine de personnes dont cinq membres de leur famille. […] Je ne vais pas vous parler de tout ça car c'est un combat inutile…", terminant son propos par "quiconque veut atteindre la plénitude dans son expression artistique, dans le cadre enchanteur et paradisiaque de l'île Maurice, se doit de tuer tout désir de reconnaissance, se doit d'extirper de son cœur tout espoir d'être lu, d'être compris (25)". Ce constat négatif est confirmé par une étude, encore inédite, de Brigitte Masson sur Les pratiques de lecture à Maurice qui révèle qu'en 2006 - 2007, 67,3 % des mauriciens n'ont lu aucun livre.
Tout cela relativise bien sûr, de façon conséquente, le dynamisme apparent, d'autant plus que la plupart des revues citées ont, pour la plupart n'ont pu s'inscrire dans la durée.
Même si à Maurice, tout n'est pas que "luxe, calme et volupté", il n'en est pas moins vrai que le parcours des différents écrivains mauriciens est lié aux possibilités existant malgré tout sur place. En d'autres termes, leurs parcours sont le fruit d'une maturation que la physionomie du milieu littéraire local a tout de même permis d'éclore. En ce sens, Maurice se distingue des autres pays francophones du Sud où le fait d'écrire relève d'un engagement très fort, où le Centre culturel français est bien souvent le seul soutien. Les écrivains mauriciens ne sont pas complètement livrés à eux-mêmes et sont peut-être moins isolés que d'autres face au monde de l'édition occidentale. Ceux qui parviennent à en ouvrir les portes ont déjà un long chemin d'écriture derrière eux qui leur a permis d'être confronté au public, aux critiques et aux éditeurs. Il n'y a pas de fumée sans feu…
Christophe Cassiau-Hauri -
Robert Large et la recherche d'une nouvelle forme narrative
Une étude sur le Roman Rete kote Lamèsi !
Par Hugues St-Fort,professeur de linguistique.
Robert Large et la recherche d'une nouvelle forme narrative en créole haïtien.
Avec Rete, kote Lamèsi ! Robert Large a écrit un roman qui semble unique dans la littérature haïtienne d’expression créole. En effet, du début à la fin du roman, l’auteur interpelle le lecteur non seulement au sujet de l’interprétation que ce dernier donnera à l’histoire qui est racontée dans le texte, mais aussi de sa conception du roman en tant que genre littéraire. Il y a une volonté de sa part de faire participer le lecteur au déroulement de l’histoire grâce à une utilisation spéciale qui est faite du discours et des interactions dialogiques. Il y a jusqu’au titre qui évoque une familiarité avec l’entourage supposé de l’auteur.
Large reprend dans ce roman certaines thématiques qu’il avait développées avec plus de profondeur dans son dernier roman écrit en français, « Partir sur un coursier de nuages » (L’Harmattan, 2008), en particulier l’identité plurielle de l’homme noir du Nouveau Monde. « Mwen se plizyè mwenmenm. Mozo Endyen, moso Afriken, moso Nèg, moso Milat, moso Blan. Moso towo, moso milèt, moso koulèv. » Comme Cyparis, le narrateur de « Partir sur un coursier de nuages », Jozafa Sipriyen, le narrateur de « Rete, kote Lamèsi » a connu mille morts à travers l’histoire de la colonisation et de la traite esclavagiste en passant par l’histoire troublée et sanglante de Haïti devenue indépendante mais qui n’a jamais cessé de faire face à ses vieux démons de violence et d’oppression.
Dans ce roman donc, Jozafa Sipriyen raconte sa quête désespérée de celle qu’il aime plus que lui-même, Lamèsi, qui l’a laissé un beau jour sans crier gare sous le prétexte qu’elle était allée chercher de l’eau. Il parcourt la plus grande partie d’Haïti à sa recherche, se faisant « bèfchenn », (sorte de débardeur) « bouretye » (portefaix) et traversant des épreuves les unes plus terribles que les autres. A chaque fois qu’il croit apercevoir Lamèsi, celle-ci disparaît sans laisser de traces. L’histoire, c’est-à-dire la quête de Lamèsi, rebondit à chaque fin de chapitre et tient le lecteur en haleine.
L’une des interprétations du roman de Large pourrait être ceci : la recherche désespérée de Lamèsi par Jozafa et les multiples épreuves subies par ce dernier au cours de sa quête correspondent au calvaire (dans le sens des scènes de la passion du Christ dans l’histoire du christianisme) enduré par Haïti et son peuple depuis l’accession à l’Indépendance en 1804 jusqu’à nos jours. A l’appui de cette interprétation, il y aurait la subdivision du récit de la recherche de Lamèsi par Jozafa en quatorze stations correspondant aux quatorze stations du chemin de la croix, c’est-à-dire les quatorze arrêts de Jésus pendant sa montée au Calvaire.
Une autre interprétation pourrait être celle-ci : Lamèsi signifierait l’idéal inaccessible des Haïtiens qui, après l’exploit de 1804, n’ont pas pu ou su poursuivre le travail commencé. Punis pour avoir réalisé l’impossible, les Haïtiens sont condamnés à la poursuite de l’absolu et deviennent fous. A l’appui de cette interprétation, il y aurait le sort réservé à Jozafa atteint de folie à la fin du récit parce qu’il en avait assez de poursuivre « l’inaccessible étoile ».
Dans ce roman, Robert Large décrit les mille et une souffrances du petit peuple haïtien pour survivre dans la féroce lutte de classes qui se déroule dans la société haïtienne. Le narrateur est un membre de la classe paysanne qui a été précipité dans le lumpenprolétariat mais qui conserve sa conscience de classe et rêve de retrouver sa position sociale. En effet, tout au long du récit, Jozafa ne parle que de se refaire un petit capital pour rentrer dans son village et mettre sur pied un petit commerce. Mais il y a aussi des passages d’anthologie qui font mentir une vieille croyance selon laquelle les écrivains haïtiens ne disposent pas à travers la langue créole des ressources linguistiques et stylistiques qui permettent de rédiger des descriptions de classe. Lisons ce passage : « Men, maten an bèl sou rivaj Jakmèl la. Pandan tidouvanjou ap leve, gen tiflè k ap soti nan tij pyebwa ansanm ak pafen, ki ap akonpaye reyon limyè yo. Pandan solèy la ap leve, tankou yon Simbi reyon, wi, akote solèy la, mwen wè Lamèsi k ap leve tou alorizon, goutlèt limyè ap koule sou kò l, fè tankou yon rad ranyon sou bèl po nwa l la. » (p.30).
Contactez Hugues St.Fort à : Hugo274@aol.com -
Anthologie Cahier/Ralm
Cette anthologie a cela de très particulier en ce qu’elle rassemble à la fois un certain nombre de peintres et un nombre certain de poètes. Une union libre étalée sur plus de six cents pages, avec une soixantaine d’artistes parachutés de trois générations différentes. Une tentative de concilier aujourd’hui deux formes d’art, qui étaient pourtant si liées. On se rappelle au début du Centre d’Art en Haïti dans les années quarante la cohabitation entre peintres et auteurs. Les deux écritures se recoupaient, les imaginaires aussi. Et les premiers critiques n’étaient ni chirurgiens ni marchands, ils cherchaient en dessous des formes et des couleurs l’audace de la représentation.
Les créateurs de ce Cahier ne résident pas tous au pays natal. Question de déterritorialiser. De situer Haïti au coeur du monde et de la diversité. Une manière de répondre présent au combat du monde. De dire non surtout à l’indigénisme et au noirisme bon marché qui ont perverti les imaginaires. Nombre de ces auteurs habitent en France, résident au Canada ou encore aux États-Unis, et pour rendre finalement le rapport de cet atlas littéraire éclaté, le grand nombre habite en Haïti, y professe au jour le jour le métier de peintre et / ou de poète, dans la fragilité d’un pays aux rêves inondés.
Le mode d’emploi pour une telle anthologie nous semble simple : laisser ouvertes les fenêtres, tendre la main et le coeur aux autres, aller lentement à l’intérieur de la chose poétique, lutter contre la censure, sortir du cercle de la punition et de la récompense, être tout simplement en marge des chemins des notables qui voient toujours de travers et qui pensent toujours trop en rond. Cette anthologie est en ce sens atypique. Il n’y a ni ayants droit, ni experts, ni tyrans démoniaques, ni démolisseurs patentés. On y retrouve seulement des gens qui dérident les mots et les couleurs, qui contraignent le soleil à rester debout dans l’horizon troué et qui poursuivent un impossible rêve.
Le pari dans cette anthologie est qu’il y a des dizaines de jeunes qui sont ici à leur première publication… qui écrivent ou qui rêvent de ces pages. Et voici, ces pages sont noircies à l’encre du poème. Est-ce une bonne chose cette manière de décloisonner, de donner à ces jeunes gens avides de pain, d’eau et de mots ces quelques pages ? Quel sens peut donc avoir cette ouverture poétique, qui fait des mots et des formes une aventure inconnue, dans ce pays où d’ordinaire, on est écrivain en famille comme on accueille un héritage. Peut-être que certains d’entre eux ne dépasseront pas cette publication. Peut-être aussi que c’est la figure de Legba qui vient sauter les barrières dans ce pays qui avance d’une exclusion à une autre.
C’est en fait l’objet même de cette anthologie de brandir les armes miraculeuses de la colère/ De donner voix et corps à ces jeunes affamés de l’espoir/ D’incendier les citadelles de l’ennui et de la bêtise/ De dire oui à l’ensemencement de la colère/ D’apprendre à regarder demain avec dans les yeux mille soleils cannibales.
Certes, outre le décloisonnement et la déterritorialisation, ce qui particularise ce collectif est la colère qui travaille les textes et ces toiles de la troisième génération, et qui affirme, exprime, étale au grand jour un univers vivant, sous les décombres d’un pays sinistré. Et cette parole de révolte, d’espoir, d’amour, de bonheur trahi, espéré, reporté fait que l’on perçoit à travers ces bouts de phrases trop hachées, ces émotions qui enivrent comme un bon coup de rhum, et ces douleurs absolues comme si à l’autre bout du combat, l’espoir était l’unique rendez-vous.
Voici une anthologie qui dit la vigilance et la révolte…
Voici une anthologie qui ramasse les cris des fils et des filles d’une nation.
Voici une anthologie qui rassemble le grand cri des orphelins. De ces fils et filles illégitimes de la nation qui crient leur grand cri comme un grand boucan de ferveur pour dire merde aux bien-pensants, et pour refuser l’héritage, et pour signifier la solitude immense d’être des fils sans passé, et pour marquer la rupture : les aînés sont bel et bien morts au miroir de leur confortable pustule de honte et de misère. Ces jeunes qui ont appris sans savoir comment à dormir les poings fermés, avec les vers de Césaire se sont réveillés en criant : « Mon nom : offensé ; mon prénom : humilié ; mon état : révolté ; mon âge : l’âge de la pierre. »
Voici une parole inhabituelle qui crache comme un volcan et qui traverse le monde pour refuser la mort. Jamais dans cette littérature, un seul ouvrage n’a réuni autant de naissances que celui-ci. Naissances qui restaient en veille ou demeuraient latentes jusqu’à hier, s’affirment aujourd’hui comme des bombes à retardement. Une explosion massive de sang neuf dans le corps des textes, un boucan d’artifices dans la nuit poétique.
En cet âge triste composé d’assis et de poètes à gage, quoi de plus heureux qu’une arrivée en foule, de femmes et d’hommes aux mains libres.
Génération 1 - Années 20-40 : René Depestre - Anthony Phelps – Franketienne -Georges Castera-- Jean Métellus - Claude C. Pierre - Émilie Franz - Gary Klang - Jacques Ravix - Josaphat Robert Large - Jean Saint-Vil-Syto Cavé - Tomy M-Day - Marie Alice Théard - ;
Génération 2 - Années 50-60 :Joel Desrosiers, Robert Berrouet Oriol, Michèle Voltaire Marcelin - Elsie Suréna -Saint John Khauss- Jean François dit Avin ou A20 - Paul Harry Laurent - Frantz Dominique Batraville - Max Freesney Pierre - Jean Dany Joachim - Marc Exavier - Rodney Saint-Éloi - Pradel Henriquez - Jean Armoce Dugé - Élodie Barthélemy - Alex Laguerre - Mathurin Rodolphe - Hugues Berthin Férol -
Génération 3 - Années 70-80 : Emmelie Prophète - André Fouad - - Guy Junior Régis - Pierre Pascal Merisier dit Pasko -Kerline Devise Jean Marc Voltaire - Patrick Louis dit Kanga - Pierre Moïse Célestin - Joseph Edgard Célestin - Pierre James - Jean Pierre Jacques Adler - Antoine-Hubert Louis - Josenti Larochelle dit Mistè Tchik - James Noël - Damas Porcena dit Damson - Kevens Prévaris - Walner O. Régistre dit Doc Wor - Jonel Juste - Jean François Toussaint - Jean Emmanuel Jacquet - Angie Fontaine - Makenzy Orcel - Fred Edson Lafortune - Duckens Charitable dit Duccha - Coutechève Lavoie Aupont - Jean Venel Casseus - Mlikadol’s Mentor dit Nadol’s Réginald Jean-Louis-Dovilas Anderson--- Romilly Emmanuel Saint-Hilaire - Jean Davidson Gilot.
Postface de Rodney Saint-Éloi et James Noël.
HPN -
Parution de: J-R Large: La fragmentation de l'être
Sous la direction de : Frantz-Antoine Leconte:
Ont contribué à cet ouvrage :
Frantz Large, Gérard Campfort, Pierre-Raymond Dumas, Frantz Minuty, Jonel juste, Anjanir Ghaminêl, Jean L. Prophète, Robenson Bernard, Jean-Claude Charles, ]ean-Robert Léonidas, Edith Wainwright et Hugues Saint-Fort.
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Quatrième de Couverture :
Ce collectif ne livrera pas tout sur l'œuvre plurielle et fascinante de Josaphat-Robert Large. Cependant il nous incitera à explorer minutieusement avec des critères d'analyse efficaces la densité de l'écriture, la variété des genres, la panoplie de la technique ainsi que les concepts fondamentaux à partir desquels les fondations de l'œuvre ont été construites. Faut-il privilégier chez Large cette bonne poésie incandescente qui investit l'être entier en s'appropriant le cœur, l'esprit et les sens, et qui lie les réflexes à la réflexion dans des textes aussi envoûtants que Nerfs du vent (1975) et Chute de mots (1989), ou doit-on entamer de préférence une étude critique de l'univers romanesque éblouissant, paradigme affirmatif de la réussite littéraire caribéenne et haïtienne dans Les Sentiers de l'enfer (1990), Les Récoltes de la folie (1996), Les Terres entourées de larmes (2002), et Partir sur un coursier de nuages (2008).
On peut sans doute hésiter entre les deux démarches. Mais, surtout, on ne peut dénier qu'elles constituent des voies d'expression de l'imaginaire de Large qui édifie une peinture de la fragmentation, du morcellement et de l'aliénation de l'être. Peintre de la condition humaine, il emprunte les particularités haïtiennes pour offrir le témoignage du désarroi des esprits face à l'effondrement identitaire et existentiel de l'individu et de la cité. Face à l'interminable errance, à la vaporisation du moi et au malaise métaphysique s'exprime une sorte de solidarité ou d'humanisme qui nous assure la survie dans cette quête monumentale de l'éros.
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Dans la section "Correspondance": Lettres de :
Roger Dorsinville, Ghislain Gouraige, Emile Ollivier, Jean-Claude Charles, Gary Klang, Claude C Pierre,
Anthony Phelps, René Depestre, Donald Assali, Toussaint Jean-François