Le_BlogDeJosaphatRobertLarge
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Blog 59
De la Littérature, rien que de la Littérature
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SOS POUR LA GRAND'ANSE
Par Eddy Cavé
S.O.S. POUR LA GRAND’ANSE
Le retour des Grand’Anselais dans leurs patelins a commencé dans la générosité. Il doit se poursuivre dans la solidarité.
Eddy Cavé,
Ottawa, ce mercredi 20 janvier 2010
Je viens de recevoir du poète Josaphat (Bobisson) Large l’instantané ci-dessus illustrant un moment crucial de l’exode massif des Jérémiens vers leur ville après le séisme du 12 janvier. Voilà déjà quatre ou cinq jours que j’ai appris que Roger Rouzier, un autre ami d’enfance, avait mis son traversier, le Trois Rivières, à la disposition des Jérémiens résidant à la capitale détruite pour les ramener gratuitement dans leur ville natale. De toute évidence, l’aide offerte s’adressait à tous les Grand’Anselais, sans considération du lieu de destination finale : Marfranc, Moron, Corail, Pestel, Roseaux, Dame-Marie, Anse d’Hainault, Bonbon, Abricots, etc.
De son côté, l’entrepreneur Eddy René, de qui je disais récemment dans mon livre De mémoire de Jérémien tout le bien que je pense, a mis deux camions de la flotte Dieu qui décide à la disposition des sinistrés rapatriés au quai de Jérémie. Ce service, gratuit également, servait à ramener les rescapés à leur destination finale dans la Grand’Anse. Je n’ai pas encore entendu parler de Brunel Pierre, mais je suis convaincu qu’il est partie prenante à toute opération d’accueil et de relocalisation des Jérémiens.
Ces premiers actes de générosité passés et les réserves de carburant épuisées, la population de Jérémie a pris la relève en venant directement en aide aux rapatriés. Les prochains gestes de solidarité devront venir de notre diaspora.
Dans l’intervalle, les premiers contingents sont arrivés, mais l’exode continue, et les besoins se multiplient. Riquet Dorimain, ex-directeur du collège Saint-Louis, m’a transmis le SOS du comité local mis sur pied pour accueillir les rescapés, soigner les blessés, aider, nourrir, assister et ramener les uns et les autres dans leurs foyers.
Engagé jusqu’au cou dans les activités de collecte de fonds entreprises par divers organismes de la région de la capitale nationale, à Ottawa, je n’ai personnellement pas pu m’impliquer jusqu’ici comme je l’aurais souhaité dans une activité d’envergure focalisée sur Jérémie. (Si Jean-Max Beauchamps était encore là!) La deuxième activité d’envergure à l’organisation de laquelle je participe aura lieu le 30 janvier, et je pourrai dès la semaine suivante m’embarquer dans une opération sérieuse et transparente d’aide à la Grand’Anse.
Dans l’intervalle, je lance un appel désespéré à tous les Grand’Anselais du Canada, en particulier de Montréal et d’Ottawa, pour qu’ils se mettent en branle afin de (deux pour de suite) venir en aide aux rescapés de leur région. Une fois que je me serai libéré de mes engagements actuels, j’ajouterai mes efforts aux leurs pour contribuer dans toute la mesure du possible à la réalisation des projets entrepris.
Pour l’instant, je tiens à souligner une chose d’une importance capitale. Le SOS lancé pour Jérémie n’est en rien une manifestation d’un régionalisme de mauvais aloi ni d’une forme d’égoïsme quelconque. En aidant à rapatrier les dizaines ou les centaines de milliers de Jérémiens et autres Grand’Anselais vivant à la capitale, nous aiderons sans aucun doute ces personnes. Mais tout aussi importante est la contribution que, ce faisant, nous apporterons au pays sur les plans du désengorgement de la capitale et de l’atténuation des tâches incombant aux donneurs d’aide et aux équipes de secouristes.
En souhaitant que cet appel soit entendu et que les mobilisations nécessaires commencent tout de suite, je formule le vœu que cette épreuve soit l’occasion d’une prise de conscience nationale. Qu’elle aide le pays à se ressaisir pour renaître de ses cendres. Que nos compatriotes, sans distinction de classe, de fortune, de couleur, de religion, de niveau d’instruction, réapprennent à s’aimer, à vivre dans l’harmonie et à pratiquer les vertus du partage, du pardon et de l’abnégation dans lesquelles nous avons grandi.
Que Dieu nous bénisse -
Des Jérémiens lancent un appel!
Exode vers la Grand Anse sur le bateau 3 Rivières
Nouvelles de Jérémie
De Johel Dominique
Professeur/Avocat/Consultant en
Droit et en Relations internationales
Mèt Johel Dominique
Pwofesè/Avoka/Konsiltan an
Dwa ak Relasyon Entènasyonal
Sitwayen Ayisyen nan Lavil Jeremi
Delege Gwoup Inisyativ la
Tel : 34 60 58 55
36 81 09 34
Bonjour, Bonsoir,
Ce dimanche 16 janvier 2010, le bateau trois Rivières est rentré à Jérémie avec sa cargaison de plus de 1500 de nos compatriotes grand-anselais en provenance de Port-au-Prince. Ils ont été transportés gracieusement par Monsieur Roger Rouzier.
Pour le moment les camions les acheminent les rescapés vers leurs communes respectives. Plusieurs dizaines de blessés reçoivent actuellement des soins à l’Hôpital Saint Antoine de Jérémie. Tous les médecins et infirmiers ont été réquisitionnés. Les médecins cubains sont venus en renfort. Le personnel médical de la MINUSTAH est disponible en cas d’ultime nécessité.
Un rapport devra être acheminé incessamment sur la levée de fonds à Jérémie. Pour le moment les chiffres dont nous disposons font état pour les deux jours de la levée de fond à Jérémie de 68298,50 gourdes collectées et de 53 380 gourdes dépensées, soit une balance de 15 918,50.
Or, nous avons besoin :
- D’approvisionner le bateau Trois Rivières de carburant pour ses prochains voyages
- De nous procurer du carburant pour acheminer les rescapés vers leurs familles
- D’alimenter le Centre d’hébergement en nourriture et en eau ;
- De couvrir plusieurs autres dépenses que nécessite cette opération de secours.
Pour ce qui concerne le support de la diaspora, nous avons jusqu’ici, les promesses suivantes :
- 100 $ de Francis Hilaire
- 50 $ de Jean Richard Joseph
- 200 $ de Marc Arthur Jean Louis
- 5000 Gdes de François Chavenet
Nous avons plusieurs autres promesses !, notamment de
- Gaetjeens Louis
- Kettlie Louis
- Jomanas Eustache
Pour le moment nous pensons qu’il est important pour nous d’agir au plus vite. A Port-au-Prince l’aide abonde et ne parvient pas aux victimes en raison notamment des difficultés d’accès. Notre but est de permettre aux grand-anselais en difficulté de retourner dans leurs communes.
Toutes les institutions et associations de la ville continuent à travailler en parfaite symbiose pour accueillir les sinistrés.
Le comité réitère auprès de vous la même demande de support en faveur des sinistrés. Ceux qui sont à l’étranger, prenez l’attache de Marc Arthur Jean-Louis, de Grégoire Accluche…
IL NOUS FAUT AGIR VITE ! C’EST UN DEVOIR DE CITOYEN ! -
Étonnats Voyageurs en Haïti
La première décennie du nouveau millénaire arrive au bout de sa carrière. 2010, déjà ! Fort heureusement, dans certains domaines en Haïti, on continue d’obtenir de beaux résultats. En tête de liste : La littérature ! Faut-il le rappeler, durant les années 2008 et 2009, des écrivains haïtiens ont lancé une offensive littéraire dont les retombées ne cessent de se propager. Le linguiste et critique Hugues Saint-Fort a même parlé de l’âge d’or de la Littérature haïtienne, et les faits semblent approuver sa clairvoyance. Ils sont nombreux, les romanciers qui reviennent au pays avec des Prix littéraires (et pas des moindres) dans leurs bagages. En plus, c’est sur cette île où s’épanouit une si merveilleuse littérature que les Étonnants-Voyageurs vont organiser leur première rencontre de 2010. Ils seront à leur deuxième Festival dans la capitale haïtienne. La première fois, c’était en décembre 2007.
Du 14 au 17 janvier, près de cinquante auteurs se réuniront à Port-au-Prince pour parler de leurs dernières productions et de leurs œuvres en général. Ils visiteront des écoles, iront dans certaines provinces, organiseront des débats, feront des lectures de textes et donneront peut-être des conférences. De quoi nourrir de beauté un public si fier déjà de sa belle littérature.
Voici la liste des participants :
Anglade Georges, (Haïti/Québec): Chronique d’une espérance ; L’Hebdo de Georges Anglade (2007-2008, L'Imprimeur II, PAP 2008.
Auguste Bonel (Haïti) : Poèmes (Nouvelle Revue française 576, janvier 2006)
Augustin Garry (Haïti) : Terre brûlée (Éditions Mémoire, Port-au-Prince, 2004)
Barberry Muriel (France) : L’élégance du hérisson (Gallimard, 2006)
Batraville, Dominique (Haïti) : Le récitant zen (Rivarticollection, New York, 2006)
Bramli Serge (France) : Le premier principe. Le second principe (J-C Lattès 2008)
Castera Georges (Haïti) : Le trou du souffleur (Caractères 2006)
Cavé Syto (Haïti) : Van Cortland Court (RivartiCollection, New York 20040
Charles Christophe J. Philippe (Haïti) : Je vous salue déesse, (2006)
Couder Régis (France) : L'acheteur de temps, (l'Une et l'Autre, 2008)
Dalembert Louis-Philippe (Haïti/France): Le roman de Cuba, (Éditions de Rocher 2009)
Darras Jacques (France) : Samuel Taylor Coleridge, La ballade du Vieux Marin (Poésie/Gallimard, 2008)
Devi Ananda (Ile Maurice) : Le sari vert (Gallimars 2009)
Dickner Nicolas (Canada) : Tarmac (Alto, Québec, 2009)
Djian Jean-Michel (France) : Rêver le Français (2008, 3x52’, Grenade Productions), Vincennes : Une aventure de la pensée critique (Flammarion, 2009)
Efoui Kossi (Togo) : Solo d’un revenant (Seuil, 2008)
Ejèn Manno (Haïti/Québec) : Aganmafwezay (Edisyon Près Nasyonal d’Ayiti, 2008)
Franketienne (Haïti) : La Diluvienne (Port-au-Prince : Spirale 2006)
Harris Eddy (États-Unis) : Paris en noir et black (Liana-Levi, 2009)
Joris Lieve (Belgique) : Les hauts-plateaux (Actes Sud, 2009)
Kanor Fabienne (France) : Anticorps (Gallimard, 2010)
Kauss Saint-John (Haïti/Québec) : Poèmes exemplaires (Éditions Joseph Ouaknine, Montreuil, 2007)
Laferrière Dany (Haïti/Québec) ; L'énigme du retour (Grasset 2009)
Lahens Yanick (Haïti) : La couleur de l’aube (Éditions Sabine Wespieser, 2008)
Large Josaphat-Robert (Haïti/États-Unis) : Partir sur un coursier de nuages (l'Harmarratn 2008)
Lebris Michel (France) : Nous ne sommes pas d’ici (Grasset, 2009)
Mabanckou Alain (Congo) : Black Bazar (Seuil, 2009)
Mathurin Rodolphe (Haïti) : Sens et Lieu - Dictatures et Contrées, (Pages Folles, 2007)
Milcé Jean-Ephèle (Haïti) : Pase m yon kout foli (Presses nationales d'Haiti, 2008)
N'Djehoya (République Centre africaine) : Un Sang d’encre (La Huit et ABSYNTHE production, 1997)
Noël James (Haïti) : Quelques poèmes et des poussières (Editions Albertine, Paris, 2009)
Pean Stanley (Haïti-Québec) : Zombi Blues (Montréal : La Courte Échelle, 1996 ; Paris : J’ai lu, 1999 ; Montréal : La Courte Échelle, 2007)
Pierre Claude C. (Haïti) : Le dit du lierre (Editions Zémès, 2006)
Pineau Gisèle (France) : Morne Câpresse (Mercure de France, 2008)
Prophète Emmelie (Haïti) : Les testament des solitudes (Mémoire d'encrier 2007)
Quadrupani Serge (france) : J’ai jeté mon portable (Rat Noir/Syros, octobre 2007)
Saint-Eloi Rodney (Haïti/Québec) : J’ai un arbre dans ma pirogue (Mémoire d’encrier, 2004)
Santos-Febres Mayra (Porto-Rico) : Nuestra Señora de la Noche (2006)
Tavernier Janine (Haïti) : La Gravitante (Presses nationales d’Haïti, 2007)
Trouillot Evelyne (Haïti) : Le mirador aux étoiles (2007)
Trouillot Lyonel (Haïti) : Yanvalou pour Charlie (Actes Sud 2009)
Vezina Michel (Canada) : Sur les rives (Coups de tête, 2009)
Victor Gary (Haïti) : Saisons de porcs (Mémoire d'encrier 2009)
Wheatle Alex (Angleterre) : Island song (Au diable vauvert, 2007)
Widelman John Edgar (États-Unis) : Le rocking-chair qui bat la mesure (Gallimard, 2008)
Pour plus de renseigements, visitez le site des Étonnants-Voyageurs -
L'automne en Mille Morceaux
Grande Première de l'Automne en Mille Morceaux à New York. Le samedi 19 décembre au "First Baptist Church Cathedral", 145 N. Franklin Street, Hempstead, NY. Pour Informations concernant cette fameuse soirée, prière de contacter: Jacques Pardovany, au 718 525-2900, ou Robert Large, au 516 425-0524, ou Louis Legrand, au 516 481-0915. Venez y en foule.
Un film de Bob Lemoine, avec Rolande Coradin, Bob Lemoine, Allessandra Lemoine, Josaphat-Robert Large, Jenky Sajous, Jean Domond. Voir l'avant-première sur Youtube
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Réactions positives
Quelques réactions concernant l’entretien de Gary Klang avec Josaphat-Robert Large.
De :
(France) Marie-Hélène Audier, cinéaste et poétesse française très active dans le milieu littéraire français :
Aujourd’hui cher Gary,
C’est l’anniversaire de mon petit fils, TIGA comme l’île de Nouvelle Calédonie.
Nous étions à Uzès au soleil d’un été indien qui se prolonge encore ici.
J’ai regardé avec attention votre entretien vidéo avec Josaphat Robert Large
et je me suis régalée.
Les voix sont proches. Vous avez la même force tranquille qui fait l’envie
d’écouter une curiosité.
L’exil au coeur de l’âme, le tapis magique qui se promène de lieu en lieu,
qui construit cette force intérieure, le visage du monde au poète.
La revanche de l’art sur la politique avec ses hésitations, ses dérivations.
Oui poète continue à dire continue à écrire.......
Merci messieurs
à bientôt
MHA
(Etats-Unis) Edwidge Danticat, Romancière haitiano-américaine qui vient de remporter le "Prix des génies" de la Fondation John D. and Catherine T. MacArthur :
Magnifique !
Edwidge
(Etats-Unis) Jean-Elie Barjon, Enseignant et poète:
I read it all. Intelligently written. Thanks for keeping us informed. I watched your interaction
with Klang. Fine job as usual. Keep up the good work.
Barjon
(Canada) Alexandra Philoctete, journaliste et animatrice de Radio :
Très belle entrevue
Amitiés,
Alexandra
(Canada) Romain Pollender, homme de théâtre :
Charmant entretien
merci
Romain
(Haïti) Coutechève Aupont Lavoie, poète, Étudiant à l’Ecole normale supérieure, section Lettres:
Sa k pase ? M kontan dènye aktivite w yo nèt. Men, son an pas finn bon, poutèt Intènèt bò
isit la. Ou kounen
Zanmi banm nouvel ou.
Lavoie -
Une Sobriété heureuse
Une Sobriété heureuse
(Un article de Robenson Bernard paru dans le Nouvelliste du 21 septembre 2009)
Josaphat-Robert Large a réussi le pari d'écrire un roman créole que l'on peut parcourir jusqu'à la dernière page. Dans Rete! Kote Lamèsi, il se dépeint par protagonistes et situations interposées. Ce livre, loin d'être un lieu de collision entre les songes et les mensonges de l'imagination, est le miroir des chimères sentimentales, des alibis perdus et retrouvés. Fruit de la «littérature spontanée», il brosse un fidèle tableau descriptif du réel ou ses éléments dominants. Bien des affects y sont enchevêtrés.
Rete! Kote Lamèsi? on devine, sans risque de se tromper, que ce titre a été volontairement choisi dans le registre du futile ou du dérisoire. Ou alors serait-ce le rapport de l'écriture à la langue et à l'esthétique qui en sont le ferment? Tant s'en faut. Les détails, d'apparence mineure, se révèlent inducteurs de l'univers romanesque de l'auteur de Les terres entourées de larmes (L'Harmattan 2002, Prix des Caraïbes 2003) dont l'oeuvre s'est taillé une place de choix dans le tableau de réputation de la nouvelle littérature haïtienne.
Le talent de Josaphat-Robert Large ne tient pas, en effet, qu'à son art de conter, à son aptitude à traduire l'imaginaire qu'il porte en lui. Il est aussi dans sa façon de produire des récits de fiction avec cette propension à soumettre la réalité à la chaleur de son regard» (pour reprendre une métaphore chère à Pierre-Raymond Dumas).
Les heureux lecteurs de Les récoltes de la folie (L'Harmattan 1996) en savent quelque chose. Rien ne va de soi. Pas de doute, Large sait comment être écrivain. Il a des lettres et collecte à souhait de nombreux détails autobiographiques. Et si la plupart de ses lecteurs sont ravis, les autres peuvent se demander si cette esthétique sert un schéma d'ensemble quant aux ambiguïtés de la relation entre Lamèsi et Jozafa Sipriyen (Djo pour lèzentim) : «Jodi ya, mwen anbiske kòm dèyè yon kokennchenn pye mapou, m ap tann Lamèsi. Gen yon moun ki banm lasètitid li te wèl nan mache Okay/Jakmèl, vandredi pase» (p. 18).
Ici, la relation de l'homme à sa femme disparue est faite de confiance, d'amour et d'admiration, par-delà les fioritures du quotidien. Elle restera telle du début à la fin du roman, où l'absence de Lamèsi est désespérément une affaire classée sans suite. Dès lors, Jozafa Sipriyen, qui s'est lancé à sa recherche avec obstination, s'est vu taxé de «fou», mais un fou baignant dans la lucidité de sa folie (Frantz Antoine Leconte)
L'expression des sentiments à la Tristan
La dimension classique du ressassement, du délire du langage et de la portion congrue de l'expression des sentiments à la Tristan peut provoquer l'ennui. Mais on peut s'incliner devant son efficacité toute relative. Large conduit l'analyse psychologique de ses personnages avec une subtilité et une dextérité quasi proustienne. Cerise sur le gâteau, il se livre à l'exégèse de la richesse de la pauvreté urbaine et rurale. L'utopie paraît réalisable. Romancier, il peut se targuer de ne s'être pas trompé sur les raisons qui l'ont conduit à porter des jugements que d'aucuns ne trouveraient guère erronés. Mais face à un pays déshérité et tourmenté de toutes parts, l'écrivain transcende l'angoisse et le désespoir pour produire une oeuvre étonnamment optimiste. Quelle gageure !
C'est un fait : Large décrit le personnage de Lamèsi d'une façon partielle et ponctuelle, voire par touches rapides, successives et selon les besoins de la narration. Il va de soi que l'ordre auquel appartiennent les traits caractéristiques du protagoniste doit correspondre au type de situation dans lequel il est perçu. De là vient qu'il utilise la caractérisation externe afin d'éviter les détails inutiles susceptibles de compromettre l'unité d'ensemble du récit : «Mezanmi, mwen reve mwen wè Lamèsi k ap kouti devan kamyon an, yon bichèt chaje ak mayi moulen ann ekilib sou tèt li, li pral nan mache. Mwen reve li ak yon jip rouj epi yon bèl ti kòsaj blepal mwen te fèl kado, bagay lontan. Nan pye li, li gen bèl ti sandal mwen te achte pou li nan mache kwabosal. Mwen reve figi li fre tankou grenn lawouze sou fèy bwa. Fanm mwen an, s'on chelèn ti lelèn ki sòti nan bwat sekrè lavi a ...» (p. 21)
Cadre spatiotemporel
C'est la solitude de Jozafa Sipriyen, animée par le regard absent de Lamèsi qu'il cherche distrait, triste et désemparé dans le vide, qui détermine le style du roman dont l'action des personnages est inscrite dans la durée. C'est une machine à transformer des rêves. Large préconise une littérature refondatrice, créatrice d'une éthique individuelle, comme disait Glissant.
Le choix du vocabulaire, les métaphores filées, le rythme des phrases se situent, du moins pour le lecteur habitué à une perception poétique de la réalité, hors de l'ordinaire plutôt que dans la description du cadre matériel des objets et de l'image concrète des personnages ou de certains d'entre eux.
Convenons toutefois que le romancier talentueux, qui se dessine par moments chez Large, privilégie les différents aspects des espaces nécessaires au roman moderne qui se soucie du cadre spatiotemporel : réel, imaginaire ou archétype : « mwen mache jouk mwen rive nan mache Sen-Mak. Moun, mezanmi, moun nan la ri a. kamyon ap klaksonnen, kamyonet ap vire monte desan, chofè ap joure manman pasaje, pasaje ap di chofè lanmèd ak tout kamyonèt ou a. chany ap sonnen klòch, bouretye ap di banm pase, elev lekol tou grangou ap mache ak on paket liv anba bra yo (...), la polis ak kokomakak men longè nan men yo, ap chèche volè. Kabrit mare nan bak kamyon ap rele bèèèèè» (p.100).
Des poncifs distraits
À bien le lire, le roman Rete ! kote Lamèsi est en rapport direct avec ce qu'un critique appelle
«everyone knows». Le livre déchire le rideau de ces stéréotypes suspendus comme des faits divers à multiples effets et romancés avec art. Toute la question est de savoir à quelle littérature Josaphat -Robert Large est capable de confier sa langue maternelle : celle qui découvre l'existence articulée autour d'un noyau dur, qui est susceptible de mobiliser sereinement les intelligences en faveur d'une conception inédite du rôle des élites au sein de la cité, ou celle qui est en mesure d'accueillir simplement l'adhésion des masses à travers ses rites, ses variations sous couvert d'une fable d'actualité pas si fictive que cela, et qui pose certains problèmes cruciaux de manière assez claire ?. Il est facile de savoir quel sillon social et philosophique cet auteur a voulu creuser de manière approfondie avec une ardeur véritable. C'est assez dire que tout se perd dans la gaillardise mi-sérieuse, mi-comique de l'auteur qui mêle réalisme et fantaisie, avec, somme toute, une sobriété heureuse.
Rete kote Lamèsi !
Presses nationales d’Haïti
Port-au-Prince, Janvier 2008
Robenson Bernard
Robernard2202@yahoo.fr -
Edwidge Danticat : Une célébration
(Photo: David Shankbone)
Edwidge Danticat : Une célébration
Le prestigieux « Prix des génies » a été décerné cette année à la romancière d’origine haïtienne Edwidge Danticat. Née à Port-au-Prince en 1969, c’est à l’âge de 12 ans qu’elle quitte son pays pour rejoindre ses parents qui vivent alors à New York. Elle se consacre là à l’étude des Lettres, et, après l’Université, elle commence à poser les premières pierres de l’immense édifice de son œuvre littéraire. Son interview avec Oprah, le succès que connaissent ses livres : Breath, Eyes, Memory (Roman, 1994), Krik? Krak! (Nouvelles, 1996), The Farming of Bones (Roman, 1998), Behind the Mountains (Roman, 2002), The Dew Breaker (Roman, 2004), Anacaona: Golden Flower (Roman 2005), Brother, I'm Dying (Mémoires, 2007), la propulsent sur le devant la scène.
Le « Prix des génies » de la Fondation américaine John D. and Catherine T. MacArthur est accompagné d’un énorme cachet de 500,000 dollars.
Nos compliments les plus chaleureux vont à Edwidge Danticat : Nous sommes très fiers de ses succès !
Josaphat-Robert Large -
Gonaïves, Ville naïve, par Claude Sainnécharles
Ce poème du jeune Claude Sainnécharles reflète bien l'état des lieux: Déluges, morts, mise en quarante-haine, larmes...mendicité... Bonne lecture: J-R. Large
Ville Naïve
Gonaïves, ville naïve qui vit toujours son histoire
dans la panse pourrie en excroissance de la gloire
et qui l’écrit tantôt avec des coups d’eau tranchante,
tantôt avec le sang pour porte de sortie
où l’on est verrouillé avec soi-même
dans des kilomètres carrés de déluges.
Gonaïves mêmement pareillement !
Ô ville aux champs d’eau aux chants de morts !
La vie, lourde de nudité, est mise en quarante-haine.
Gonaïves, première ville noire du monde
où les gratte-ciel de poussière ( au quotidien d’arc-en-boue)
font l'éloge des héros de l’indépendance
-- Ville vivant dans l’ombre bossue d’une fierté
réduite en mendicité --
Gonaïves est une enfant humiliée,
battue par ses propres mains orgeuilleuses
et qui tient la main droite fraternelle de la misère,
pliant l’espoir qu'elle range dans les valises de l'au-delà.
Même si la mort est le seul endroit sûr
où tu te déshabilles,
même si la mort emménage ses vertus sauvages
derrière tes paupières
offre tes yeux en sacrifice
dans les mains ouvertes de feu ardent
de la vie..., et de l’amour.
Gonaïves, brise les seaux de tes larmes
les dernières gouttes d’eau
te balayeront de la surface de la terre.
Claude Sainnécharles, Schleiden. -
Paul Laraque et René Bélance:Entretien avec F-A Leconte
]
(P. Laraque)
Un entretien avec le Professeur Frantz-Antoine Leconte
Entretien accordé par Paul Laraque et René Bélance le 17 juillet 1998 à Frantz-Antoine Leconte.
Le texte littéraire de Paul Laraque et de René Bélance s’accompagne d’un imposant cortège de griefs et de quêtes qui posent avec urgence les problématiques auxquelles sont confrontés la société et les gens qui la composent. Ainsi, doit-on se rendre au-delà de sa luminosité pour appréhender son rôle, sa nécessité et surtout sa mission éthique ou esthétique qui s’accomplit à partir des rouages d’un énorme mécanisme d’exploration sociétale tant historique qu’actuelle.
Que le texte soit poétique ou prosodique ou se situe dans le cadre d’un essai rigoureux, il ne perd jamais sa vocation première, mieux, cette habitude irréductible de faire avec bonheur la description des arcanes d’un monde en gestation dont les parties quelque distantes qu’elles soient finissent par se retrouver comme les pièces éparpillées d’un immense jeu de puzzle.
Inutile de décrire cette profonde joie intérieure que j’éprouve ce bel après-midi de juillet 1998 à Queens, quand après avoir sonné, Paul Laraque et René Bélance m’ouvrent la porte et m’offrent à entrer et m’installer dans un fauteuil confortable avec mon magnétophone que je vais brancher.
Leur large et généreux sourire et la gentillesse des premiers mots m’invitent à enfoncer le bouton.
J’ouvre le micro avec enthousiasme et beaucoup d’espoir.
Frantz-Antoine Leconte : Merci de m’avoir reçu. Parlons de Breton, de son voyage retentissant, de son influence dans les lettres, la culture et la politique en Haïti avec candeur. A-t-il été vraiment l’un des détonateurs de la crise de 1946?
Paul Laraque : Je voudrais d’abord vous remercier d’être venu chez-moi et en même temps accueillir mon ami - l’un de ceux qui ont été les plus fidèles - mon vieux frère René Bélance. Cela fait plus de cinquante ans depuis qu’on se connaît, René a été choisi
par Pierre Mabille – qui était alors attaché culturel à l’ambassade ou à la légation de France – pour préparer une délégation et recevoir Breton à l’aéroport en 1945. Il a fait appel à moi et à d’autres. D’ailleurs, j’ai une photo que je voudrais vous montrer, qui avait paru dans Conjonction et que j’ai communiquée à un ami à Cuba. Il m’a dit, dis-moi mon vieux, c’est une photo surréaliste parce que Breton haïssait les militaires (rires) et te voilà en uniforme avec lui et il a accepté de poser avec toi. Et, je lui ai dit que c’est parce que Breton voyait au-delà des apparences. C’est l’une des qualités du surréalisme de percevoir la réalité et le rêve parfois mêlés au-delà des apparences. Et René et moi nous sommes allés ensemble. Il y avait une délégation : Edris Saint-Amant, Regnor Bernard, etc. On avait invité Roger Dorsainvil. Mais, il n’a pu être avec nous et d’autres que René avait touchés et qui pour une raison ou pour une autre n’avaient pu être présents, des Haïtiens, toi (s’adressant à René), Bernard, Saint-Amant et moi. Tout le monde en civil, sauf moi en militaire. Je n’ai pas eu le temps de me changer et pour ne pas perdre l’occasion, je suis allé tel quel. Et, je me suis dit, on me foutra à la porte, sinon, on m’acceptera.
F-A. L : Est-ce que c’était pas risqué?
P-L : Non, cela s’est bien passé. Et comme étrangers, il y avait Wilfrido Lam, poète cubain qui était de passage en Haïti avec sa femme à l’époque. Bien sûr Mabille et sa femme également, il y avait le représentant de la France M. Peignon. Je crois que c’est tout. Je vous ferai voir la photo plus tard.
F-A. L : Et Aimé Césaire, était-il aussi en Haïti à la même époque?
René Bélance: Lui, il avait précédé le voyage de Breton. C’est après le séjour de Césaire qui a duré quelques mois que Breton est entré en Haïti pour donner des conférences.
P.-L. : Césaire a donné plusieurs conférences dont certaines sur le surréalisme. Il a préparé le terrain à Breton.
F-A.L : Et la révolution de 1946, c’est important. Il a été, dit-on, un initiateur?
P-L : Non, il a été un détonateur. Car, la première conférence qu’il a donnée sur le surréalisme, a aidé à lancer La Ruche. Ce journal avait publié un compte-rendu de cette conférence qui a créé un vent de révolte. Il y a eu la grève générale qui est venue après. Et, c’était la révolution de 1946.
F-A.L : Dépestre a pourtant dit que Breton n’a pas déclenché cette révolution ?
P-L. : Disons qu’il y a eu plusieurs événements à concourir à ce que le surréalisme appelle un hasard objectif. Il y avait Breton. Mais même avant Breton, il y avait La Ruche, c’était un groupe de jeunes. Il y avait Jacques Alexis qui signait Jacques La colère ; René Dépestre qui était le rédacteur en chef et tout un groupe de jeunes qui revendiquaient au point de vue culturel, au point de vue national, au point de vue humanitaire, à tous les points de vue. Il y a eu cette conjonction. A l’arrivée de Pierre Mabille en Haïti, bien avant Breton, il y a eu contact entre Mabille et les jeunes de La Ruche parce que par la suite, on a fait croire – on a même dénoncé – au gouvernement de Lescot et à la junte militaire qui a renversé Lescot et qui lui a succédé que Mabille était l’un des instigateurs de la révolte des étudiants, n’est-ce pas ? Bon, je ne sais pas. Mais le fait est qu’il y a eu conjonction. Breton a nié qu’il ait été l’initiateur de ce mouvement. A son retour à Paris, on l’a interrogé à ce sujet. Mais certainement, il a été un détonateur comme René Bélance l’a dit parce qu’il y a eu un concours de circonstances. Césaire aussi avait beaucoup de contact avec les jeunes avant même la conférence de Breton au Rex Théâtre. Peu de temps après l’arrivée de Breton, le soir même ou le lendemain, il y a eu une réunion à Savoy, une réception organisée pour lui à son arrivée. Jean Brierre était là, René Bélance, Guy Clérié, et des représentants de La Ruche, particulièrement René Dépestre. Jean Brierre a fait deux suggestions à la fin de la réception. Premièrement désormais, il y avait le Vendredi d’André Breton au Savoy. Deuxièmement que le texte, la publication du texte du discours de Breton – il a prononcé un discours pour remercier et exhorté la jeunesse – soit donnée en exclusivité à La Ruche. Que s’est-il passé ? Puisque La ruche n’avait pas assez d’argent pour faire un numéro spécial au départ des invités, on a cotisé pour ce numéro-là. Et, moi, militaire, j’ai dû donner ma quote-part également. Et, c’est ce numéro qui a été saisi par la police. (Rires). A la première page de ce numéro spécial apparut le discours de Breton. Et, Elisa Breton des années après, quand l’œuvre complète de Breton devait paraître aux éditions La Pléiade, m’a écrit pour me dire qu’il lui manquait seulement ce discours de Breton. J’étais déjà en exil, j’ai écrit à mon frère Guy. René aussi était à l’étranger. Donc, Guy m’a fait avoir le discours.
F-A. L : Où est-ce qu’il a été publié?
P-L. : En première page de ce numéro spécial de La Ruche saisi par la police. Il y avait aussi d’autres articles… Mais, je n’ai jamais vu l’œuvre complète de Breton par La Pleiade. Cela doit coûter énormément cher. Mais d’après ce que Madame Breton m’avait dit, c’était le seul discours qui manquât.
F-A.L : A cette époque ou le surréalisme triomphait en Haïti, est-ce que les jeunes poètes, René Bélance et Paul Laraque ne s’intéressaient pas à ce mouvement ?
R-B : Nous étions intéressés à ce mouvement. On lisait tout ce qu’on pouvait trouver. On examinait le manifeste du surréalisme, le premier autant que le deuxième. Et, on écrivait chacun selon son orientation personnelle. On n’a pas copié le surréalisme. On s’est exprimé selon ce qu’on ressentait et les problèmes que l’on portait en soi, les problèmes culturels qui nous préoccupaient et à ce moment-là le surréalisme pouvait apparaître comme l’un des modes d’expression.
F-A.L : Et l’écriture automatique ?
R-B : Oui, Paul et moi, nous avons pratiqué pendant un certain temps les jeux surréalistes. Paul n’était pas à Port-au-Prince, il était à Hinche. On s’écrivait et on se disait tel jour, telle date, nous allons faire une phrase sur tel thème, tel sujet. Et puis on écrivait et on se communiquait. On faisait des découvertes extraordinaires.
F-A.L : Paul, on est sur la pratique de l’écriture automatique. Que peux-tu dire ?
P-L : Je vais dire avant même d’aborder la question de l’écriture automatique qui est liée au surréalisme en général qu’il n’y a pas eu d’école ou de mouvement au pays. On a d’abord enregistré ce qui passait pour être surréaliste. C’était surtout ce que les gens n’arrivaient pas à comprendre, mais un poète comme René Bélance, qui peut être rapproché du surréalisme, à mon avis, relève plutôt de Rimbaud.
F-A.L : Un peu de symbolisme ?
P-L : Mais surtout Rimbaud. Il est rimbaldien jusqu’à son dernier livre Nul ailleurs qui me semble être une réponse à Rimbaud qui dit que la vraie vie est ailleurs et Bélance lui répond « Nul ailleurs ». (Rires).
Pour moi, Magloire Saint-Aude remonte plutôt à Mallarmé. Et, comme Mallarmé, va être acculé au silence. Jacques Roumain dans sa préface à l’étude d’Edris Saint-Amand sur Dialogue de mes lampes a mentionné que la poésie de Saint-Aude était une machine anarchique et anti-bourgeoise, mais bourgeoise quand-même. (Rires). Anti-bourgeoise parce c’était pas un mouvement révolutionnaire. En comparant à Bélance, il a dit qu’il préférait la ferveur violente au désespoir un peu desséchant de Saint-Aude.
Quant à Garoute, il est venu un peu plus tard. René Bélance et Saint-Aude, comme on l’a souligné datent de 1941 et de 1941 à 1945. Dialogue de mes lampes sort (41-42). C’était fini. On avait d’abord « Dialogue de mes lampes » et « Tabou » et, longtemps après dans les années 50, « Déchu ». Il y a eu d’autres ballades, « Tableau de la misère », « Parias » et « Veillée ». Pour René Bélance, c’était la même chose, à la poésie depuis 1941, « Liminaire », « Survivance », « Pour célébrer l’absence », « Épaule d’ombre » qui datent de 1945. A partir de 1945, René arrête d’écrire jusqu’à Nul ailleurs. Quand il revient en Haïti avec Nul ailleurs, c’était un ouvrage beaucoup plus volumineux que les autres. C’est que ça reprenait tous les poèmes qui avaient été écrits ou à Port-au-Prince après « Épaule d’ombre » et les autres poèmes écrits en exil ou à l’étranger ou aux États-Unis.
F-A.L : Comment peut-on célébrer l’absence, Ce n’est pas paradoxal ? (Rires).
R-B : C’est une question extrêmement intéressante pour moi qui marque un point de ma vie. Cela est dû à un rapport épistolaire que j’ai eu avec une Canadienne. Et puisqu’on est tombé amoureux au cours de la correspondance... Et un jour, elle m’écrit une lettre pour m’apprendre qu’elle s’était enrôlée dans l’armée canadienne, qu’elle allait partir pour l’Angleterre au cours de la 2ème guerre mondiale. Quand j’ai reçu la lettre, j’étais dans une classe à l’Annexe de l’Ecole Normale d’Instituteurs. J’ai donné du travail aux étudiants et j’ai écrit un poème pendant une heure. C’est ce poème là que Mercer Cook, après l’avoir lu, a envoyé à Marsha Stelling, une Américaine, une amie, pour le traduire en anglais. Une revue américaine Port Folio l’a publié.
F-A.L : Nous allons demander au poète Paul Laraque de lire un poème de René Bélance, si cela lui plaît.
P-L : Certainement. Je vais vous lire un poème de René Bélance. J’aurais pu lire de moi, mais c’est de lui le poème que j’aime le plus.
R-B : Je sais le poème qu’il va lire (rires),
P-L : Le premier poème de Épaule d’ombre.
Vertige
Avec ton éveil à la joie,
Avec ta course irréfléchie,
Avec ta robe dans le vent,
Avec ton sourire émergeant
Comme une menace à mon inquiétude,
J’éternise mon feu comme une ferveur.
Avec mes sursauts énervants,
Avec mon rire de proscrit
Qui grince, heurtant ton extase-hébétude,
Et mes os exhumés de l’ossuaire,
Au scandale des châtelaines
Qui m’offrirent leur nudité
Ébroué de nul frisson,
Impassible à des yeux tourmentés d’aurore.
[sismale,
Je compose un songe d’enfer
Pour frôler ton corps,
électriser ta gorge consentante.
Certain jour de faste attendra l’abordage du
[paquebot
Amenant l’exilé sorti de prison.
Je te prendrai par les cheveux
Ah! Fiévreusement,
Pour te montrer,
Pendu,
Giflé,
Sifflé,
Affolé,
Egaré,
Et seul
cyniquement seul,
livré à la faim,
dans la baie des puanteurs,
devant les maisons de corruption
où l’on fabrique
des faiseurs de complots,
des postulants au forçat,
des enfants du salut dans la faim,
par la faim,
en haillons,
en ulcères,
et des hommes pour voyager en première,
des hommes pour aller pieds nus,
des hommes pour le home,
des hommes pour la hutte;
et puis des femmes,
des femmes pour les boudoirs,
des femmes pour les fumoirs,
des femmes pour pour les bordels,
des femmes pour causer des tueries, la
[banqueroute,
Des femmes pour l’anxiété des bijoutiers,
Des femmes pour la pitié…
Je te dirai tout l’aboi des mornes,
la plainte des ruisseaux endormis,
inoculé par les premières aiguilles d’hélium.
Je te conterai l’avortement
De chaque fruit
Sur la terre impassible, et
dosant, supposant chaque corps pour l’engrais de ses mamelles tentaculaires.
Je te ferai contempler
Une fenêtre ouverte sur la grève…
La terre tournera autour
De nos bras polaires
Et nous aurons le vertige des gravitations
le privilège de fixer
le changement des saisons,
l’influence de tes yeux sur les raz-de-marée,
le sommeil des pêcheurs,
le cauchemar de germination des alluvions,
Tu chanteras devant l’extase
Car tu ne construiras pas
Sur l’inquiétude et la soif.
Les chevaliers insoumis,
les coursiers de déserts communicables
inclineront jusqu’à tes pieds en porcelaine
leurs flèches,
leurs boucliers.
(juin 1944)
.Ovations nourries (Paul et René sont très émus)
F-A.L : Paul, René vient de nous expliquer qu’il a choisi la poésie et l’enseignement, une voie d’expression et une carrière.et vous, comment êtes-vous arrivé à la poésie ?
P-L : Dans mon cas, cela n’a pas été mon choix. La poésie m’a choisi. (Rires). Alors très tôt, sans savoir pourquoi, j’ai commencé à écrire. Je dois dire que j’ai appris mes premiers vers des lèvres de mon cousin germain Fernand Martineau, le poète. Il se voulait le poète exclusif de l’amour. Pour lui comme pour moi, la poésie est une question de vie ou de mort, comme l’amour et comme la liberté.
Pour reprendre un peu ce que René vient de dire. René pour moi est un ami de vieille date et à l’époque où nous n’étions pas encore mariés, il vivait chez mon père. Longtemps après, quand nous étions tous en exil, j’ai eu des problèmes avec mon fils aîné et je l’ai envoyé vivre chez René. C’est une vieille amitié qui a commencé peut-être à cause de la poésie, qui s’est entretenue de plus en plus, bien que notre conception de la poésie ne soit pas nécessairement la même. Il y a eu un point de rencontre sur le surréalisme, contenu dans mon livre qui doit paraître à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine. Il s’appellera Œuvres incomplètes. Ce recueil divisé en trois parties comprendra seulement ma poésie d’expression française, pas d’expression créole, pas non plus mes articles sur la politique. La tentation surréaliste, c’est pour moi ce qui a existé, non pas un mouvement surréaliste que nous aurions vécu, mais la tentation surréaliste d’abord par nos lectures et puis la présence cristallisante de Breton. Comme je l’ai dit dans un article « André Breton en Haïti, un témoignage », nous avons réalisé avec Breton les champs magnétiques dans la vie. (Rires).
F-A.L : Si je vous disais à vous deux que je n’étais qu’un simple amateur, un dilettante de roman et que je n’entendais rien à la poésie, que me diriez vous ?
P-L : Eh bien, je vous comprendrais, bien que je n’aie jamais été tenté par le roman de manière personnelle. Il faut avoir le don d’observation pour le roman et ça, je ne l’ai pas. La réalité me pénètre et reparaît sous une forme poétique des années après. C’est un processus parti du fond du subconscient, du fond de mon être.
F-A.L : René Bélance?
R-B : Je pense que c’est une question de personnalité. Il y a des tempéraments qui sont attirés par tel mode d’expression et d’autres par tel autre. Je dois dire que pour ma part, j’aurais pu aller à différentes activités, dans différents secteurs de l’art. J’aurais pu aller vers le dessin, la peinture et la musique…
F-A.L : Je comprends. Paul aurait pu faire autant car la poésie englobe tout et touche à toutes les sphères de la vie. Merci de m’avoir accordé cet entretien.
Paul Laraque et René Bélance : C’est à nous de remercier.
(René Bélance) -
L'Haïti par Monts et par Mots des Etonnants Voyageurs
Haïti par Monts et par Mots :
Un Atlas littéraire
Avec des phrases qui les encensent, des portions géographiques du pays obtiennent une raison d’être littéraire, un destin poétique lié à leurs histoires de villes, de quartiers, de corridors, de montagnes, d’aérodromes de fortune. Ce recueil nous offre une Haïti de toutes les formes de nos rêves. C’est un excellent ouvrage dont les textes sont issus d’un convoi d’auteurs qui connaissent bien le pays-en-dehors. Un convoi qui démarre de Port-au-Prince, file en Tap-Tap vers Petit-Goâve, fait des bonds vers les Cayes, s’arrête à Cavaillon, détale vers Port-Salut, s’envole en direction des Abricots, descend en parachute à Dame-Marie, redémarre, traverse les mares de boue de Grand-Gosier, prend des voiliers à Corail pour se rendre aux Gonaïves. Redémarre, fait escale à Bainet pour mieux revenir à Port-au-Prince en passant par Martissan, avant de freiner à quelques encablures de son point de départ. Haïti par Monts et par Mots*, c’est un patchwork de morceaux de ciel, de parcelles de rivières, de coins de mer où une résurgence en textes de notre petite nation expose nos blessures, nos joies, nos espoirs, nos moments de gloire et de folie. Même des écrivains étrangers au cœur naturalisé haïtien ajoutent une appréciable contribution à ce beau défilé géographique de textes. Madison Smart Bell (États-Unis), Régis Couder (France), Ben Fountain (États-Unis ), Monique Mesplé-Lassalle (France), Alain Sancerni (France), ont bien joué leur partition. Il faut le dire : l’orchestre vaut la peine d’une écoute-lecture. En tout, trente-huit auteurs. Et avec des fragments de textes des collaborateurs Rodney St-Éloi, Frankétienne, Louis-Philippe Dalembert, Gary Klang, Lyonel Trouillot, Jean-Claude Fignolé, Joël Des Rosiers, Claude C. Pierre, Josaphat-Robert Large, nous présentons à nos lecteurs un avant-goût de ce délice littéraire qu’est cet Atlas des Étonnants Voyageurs.
Collage de textes des auteurs susmentionnés :
[…] Notre voyage est une route d’eau des mers étranges des fleuves limpides des lacs flambants […] Entre vide et plénitude le jeu cruel du songe saturé d’illusions à côté du mensonge toujours fidèle à l’écriture je dis mon île ma ville mon quartier […] J’aimais de ce temps-là la volupté vivante la mer au loin là-bas qui nous tirait la langue [...] Mon espace littéraire, c’était le temps perdu, au double sens du terme, l’idéalisation de Port-au-Prince et de ses environs […] Nous habitions le centre. Ma mère travaillait trop. C’était une forte femme qui ne devait rien à personne, ne recevait d’ordre de quiconque et ne s’avouait jamais vaincue […] Elle s’éveillait à une voix neuve orchestrée par la transparence de l’eau et par le spectacle d’un défilé qui la provoquait […] C’était le mystère de sa présence, sa voix brûlée dans la messagerie qui se prolongeait en moi […] Aujourd’hui, la petite ville étale un regard désabusé et glauque, une apparence de désolation que traduit la promiscuité sous le musc rance d’une chaleur étouffante […] Non loin de l'horizon, des marins aperçoivent des oiseaux de mer dont les ailes frôlent le sommet d'une montagne. Dans notre tableau, il ne manquait que ce détail: les battements d'ailes explorant l'infini[...]
Josaphat-Robert Large,
Juillet 09
* Haïti par Monts et par Mots, Éditions Étonnants Voyageurs Haïti, préface de Louis-Philippe Dalembert, avril 2009.