Le_BlogDeJosaphatRobertLarge
Garçon - 67 ans, Saratoga Springs (historical), United States
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Blog 56
De la Littérature, rien que de la Littérature
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Parution de : "Une Journée haïtienne"
Une co-édition entre Présence Africaine (Paris) et Mémoire d'Encrier (Canada)
Sous la direction de Thomas Spear. Présentations de Maryse Condé, René Depestre et Edouard Maunick.
Communiqué de Presse:
Mémoire d’encrier et Présence africaine
www.memoiredencrier.com ; www.presenceafricaine.com
Une journée haïtienne
Textes réunis et présentés par
Thomas C. Spear
40 écrivains haïtiens racontent Haïti !
Le 21 juin 2006, solstice de l'été boréal, un appel est lancé pour célébrer Haïti. Décrire une journée haïtienne de la saison en cours. Quarante auteurs haïtiens (du dedans et du dehors) ont répondu à cet appel consistant à composer un texte à partir des impressions prises sur le vif.
Ces brèves visions d'Haïti si différentes se retrouvent dans un recueil d'une seule journée, si spécifiquement haïtienne tout en étant universelle. Instantanés. Récits. Lettres. Poèmes. Fictions.
Thomas C. Spear, né aux Etats-Unis, est professeur de littérature à CUNY. Il est le fondateur de Ile en Ile, célèbre site web, avec sa base de données d’auteurs insulaires francophones.
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Parler par-delà les stéréotypes et les clichés, donner à sentir sa terre coincée entre l’image mythique du pays où la Négritude se mit debout pour la première fois et celle d’une nation pathétique, dégringolant de déchoucage en déception, tel est le défi que relève une moisson de natifs-natals, les uns connus, les autres
à connaître, tous brûlant d’un irrépressible amour pour Haïti Toma.
Maryse Condé
On a affaire dans ce livre à diverses formes d’héroïsation de la difficulté d’être haïtien. On voit celle-ci aux prises avec le despotisme, la misère, la violence, la magie, la solitude de la tendresse et de la rage de vivre, dans le temps des humanités de la Caraïbe et dans l’éternité indestructible de l’espèce.
René Depestre
Décidément, combien généreuse cette Journée haïtienne, qui est désormais pour nous, une référence.
Édouard J. Maunick
Les auteurs : Marie-Célie Agnant, Georges Anglade, Bonel Auguste, Mimi Barthélémy, Dominique Batraville, Gérald Bloncourt, Jean-Marie Bourjolly, Georges Castera, Syto Cavé, Raymond Chassagne, Pierre Clitandre, Louis-Philippe Dalembert, Edwidge Danticat, Joël Des Rosiers, Jan J.Dominique, Gérard Étienne, Jessica Fièvre, Jean-Claude Fignolé, Odette Roy Fombrun, Frankétienne, Geneviève Gaillard-Vanté, Gary Klang, Dany Laferrière, Yanick Lahens, Josaphat-Robert Large, Jean-Robert Léonidas, Kettly Mars, Stéphane Martelly, Michel Monnin, James Noël, Margaret Papillon, Roland Paret, Claude C. Pierre, Paulette Poujol Oriol, Emmelie Prophète, Guy Junior Régis, Rodney Saint-Éloi, Évelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Gary Victor.
En librairie le 5 novembre, 246 pages | 20 $
Contact de presse : Patricia Lamy | (514) 525-7443 | patlamy@sympatico.ca -
Prix du Gouverneur Général du Canada
Le poète et Romancier haïtien Anthony Phelps est l'un des finalistes du Prix du Gouverneur général du Canada pour son roman La Contrainte de l'Inachevé. Le nom du lauréat sera annoncé le 27 novembre, juste après le salon du livre de Montréal. En cette année 2007 où des intellectuels, des poètes et des romanciers préparent un bouquet d'Hommages pour Monsieur Phelps, nous appuyons vivement sa candidature et souhaitons que son beau Roman remporte le Prix.
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Il est en grand temps de rallumer les étoiles (Gary Klang)
Vient de paraître (octobre 2007)
Le 6e livre de poésie de
GARY KLANG
Il est grand temps de rallumer les étoiles
Aux éditions Mémoire d’encrier, à Montréal
D’après Klang, le mal du pays est devenu une contrainte, car toute terre est prison et lui cache les étoiles. Il veut ici les rallumer. Il ne renie rien de ses premiers poèmes, il aime autant sa terre natale, mais il aimerait ouvrir toutes grandes les portes de la Fraternité universelle.
EXTRAITS
Comme une feuille égarée dans le vent
Qui cherche l’arbre qu’elle a perdu
Comme un enfant courant dans une ville morte
Cherchant en vain sa mère dans les décombres
Le poète court après des mots muets
Pour donner sens à l’indicible
Et à l’inexprimable
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Les petits hommes éteignent les flambeaux
Et font de l’ombre sur la terre
Il est grand temps
Grand temps
Vous dis-je
De rallumer les étoiles
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Dans la maison du cœur
Accueille
Aussi bien l’ombre
Que la lumière
Le livre est disponible en librairie au Québec.
Rendez-vous au Salon du livre de Montréal
du 14 au 19 novembre
où l’auteur Gary Klang dédicacera son recueil.
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Mémoire d’encrier
www.memoiredencrier.com
Il est grand temps de rallumer les étoiles
de
Gary Klang
J’ai souvenance
De l’amour
Tendre comme la durée
Dur comme un fleuve au temps d’orage
J’ai souvenance
Il est grand temps de rallumer les étoiles, sixième livre de poésie de Gary Klang, marque un
tournant dans son évolution. De la nostalgie et du retour au pays natal, il habite désormais le
monde. Le poète joue avec ses fantasmes et, de cette matière, il extrait la beauté. Comme le
sculpteur tire l’harmonie du marbre informe, Gary Klang rallume les étoiles et donne sens à
l’obscur.
Né en Haïti, Gary Klang est docteur ès lettres de la Sorbonne avec une thèse sur Proust. Auteur
de poèmes, de romans, de nouvelles, d’essais et d’une pièce de théâtre. Membre du PEN Club
international et de l’Union des écrivains québécois, et président de la société des Écrivains
francophones d’Amérique, section de Montréal. Gary Klang vit à Montréal depuis 1973.
En librairie le 9 octobre 2007
80 pages – 15 $
Contact de presse :
Patricia Lamy
Tél : 514-525-7443 patlamy@sympatico.ca -
Le Prix Nobel de Littérature 2007
Par Josaphat-Robert Large
Une fois de plus, les membres du Comité du Prix Nobel n’ont pas tenu compte ni des pronostics qui avançaient les noms de l’Italien Claudio Magris, du Japonais Haruki Muramaki et de l’Américain Philip Roth, ni des paris organisés par l’Agence Ladbrokes qui mettaient en premières lignes le Coréen Ko Un, le Syrien Adonis et la romancière guadeloupéenne Maryse Condé.
Ils ont porté leur choix sur l’auteure britannique Doris Lessing, âgée de 87 ans.
Doris Lessing est née en 1919 en Iran de parents anglais. Elle a vécu en Rhodésie du Sud (Zimbabwe), à la fin des années 1920. Cette période passée dans un pays à l’époque colonisé a fortement marqué son vécu d’écrivaine. Elle a toujours fait ressortir, dans ses écrits, les abus perpétrés par les Colons, tout en épousant la cause des victimes de cette période affreuse de l’humanité. A Salisbury, elle a même été membre d’un Parti Communiste, de 1939 à 1954.
Lessing est l’auteure de plus de 70 ouvrages (Le premier : The Grass is Singing, Thomas Y. Crowell, 1950, et le dernier : The Clift, Harper Collins, US, 2007).
Les distinctions littéraires de Doris Lessing :
Le Prix Medicis (1976)
The Austrian State Prize (1982)
The Shakespear Prize (1982)
The Palmero Prize (1987)
The James Tait Black Prize (1995)
The Prince of Asturias Prize in literature (2001)
The David Cohen British literature Prize (2001)
Le Prix Nobel de littérature (2007) -
Les Étonnants Voyageurs à Haïti
Par Josaphat-Robert Large
L’année 2007 s’approchant de sa fin, les nouvelles en provenance de Haïti ne transmettent que des échos parlant haut de notre richesse culturelle. À la une des journaux : un chant collectif dont le refrain tourne autour d’une série de thèmes resplendissants : La Littérature haïtienne, la Peinture haïtienne, la Sculpture haïtienne ! Des signatures occupent l’agenda de plus d’un centre littéraire ; des expositions et des vernissages s’étalent dans les galeries d’art les plus importantes et au Parc historique de la canne à sucre.
Certes, les activités littéraires en hommage à Jacques Roumain, minutieusement planifiées par des intellectuels qui semblent en avoir assez des malversations d’une clique de politiciens en panne d’idées, ont été des actes importants sur l’échiquier des premiers huit mois de 2007. Et, quel programme autre que celui du passage à Port-au-Prince des Étonnants Voyageurs aurait-on pu mettre sur pied, dans le dessein de couronner une année si fructueuse ?
Du 1er au 4 décembre, un bon nombre de poètes, des dizaines de romanciers, des essayistes, vont défiler dans les rues de notre capitale. Où, pour une multitude de lecteurs, ce sera l’occasion de découvrir les œuvres d’une vingtaine d’auteurs étrangers. Dans certaines institutions scolaires, il y aura des débats, des lectures de poèmes, des signatures. Et les portes seront ouvertes à tous ceux qui voudront mêler leurs voix à l’orchestration des idées. Des écrivains qui vivent en Haïti, de concert avec d’autres de la diaspora, accompagneront ces invités qui viendront, qui de la Guadeloupe, qui du Canada, qui de la France, qui de la Martinique. Il y en aura aussi du Mali, du Congo, de La Suisse, de Djibouti, des Etats-Unis. La première semaine du mois de décembre, le soleil se lèvera à Port-au-Prince au rythme de la littérature. Et ce sera l’occasion de proclamer, en souvenir de René Philoctète, que « Toute écriture est une île qui marche »
Voici la liste des auteurs qui seront présents :
Auguste Bonel, Augustin Gary, Banks Russell, Batraville Dominique, Bell Madison-Smartt, Bernard Philippe, Brival Roland, Buch Hans Christoph, Castera Georges, Cavé Syto, Charles Christophe Philippe, Condé Maryse, Dalembert Louis-Philippe, Danticat Edwidge, Des Rosiers Joël, Exavier Marc, Fignolé Jean-Claude, Franketienne, Kanor Fabienne, Konate Moussa, Laferrière Dany, Lahens Yanick, Large Josaphat-Robert, Le Bris Michel, Le Men Yvon, Mabanckou Alain, Mars Kettly, Maximin Daniel, Métellus Jean, Milce Jean-Euphèle, Pasquet Fabienne, Pépin Ernest, Phelps Anthony, Pierre Claude C., Pineau Gisèle, Poujol-Oriol Paulette, Raynal Patrick, Rouaud Jean, Schwarz-Bart Simone, Trouillot Evelyne, Trouillot Lyonel, Victor Gary, Waberi Abdourahman A.
Responsables Étonnants Voyageurs-Haïti:
France: Michel Le Bris, Mélani Le Bris, Jean Rouaud.
Haïti : Lyonel Trouillot, Dany Laferrière -
Les dernières années d'Emile Roumer(Par Maurice Celestin)
Par Maurice Celestin
Josaphat-Robert LARGE a offert une très belle présentation d’Emile ROUMER. Il nous a fait vivre les moments du poète Jérémien de son berceau à son tombeau .En gros, il a tracé le parcours de l’homme depuis son éveil, en passant par sa turgescence pour aboutir à son stade cocon durant lequel il a du se plier sur lui- même, se retirer pour échapper aux foudres Duvaliériennes qui se sont abattues sur tous ceux-là qui ne s’étaient pas mis à l’abri. De fait ,que d’hommes de la génération d’Emile ROUMER, à cause de leur plume et de leurs connaissances ont été torturés, exécutés ou forcés à l’exil !! Jacques Stéphen ALEXIS , par exemple a été foudroyé .Je ne citerai que lui pour ne pas tomber sur sentier battu . Mais ne voulant pas, sans doute être trop long dans son exposé, LARGE n’a pas jugé nécessaire de parler du passage du poète à Port-au-Prince, suite à sa longue hibernation à Jérémie. En tout cas, il m’accorde une heureuse opportunité de pouvoir placer quelques mots devant retracer les dernières années d’Emile ROUMER vécues à la Capitale dans une ambiance intense en activités intellectuelles. Il est important de faire état de cette tranche de la vie du poète, qui est de toute importance, car à bien considérer, c’est elle qui a fait connaître l’homme dans son tout épanouissement. Emile en effet dans sa sortie, dans sa percée fulgurante à Port-au-Prince durant la période d’accalmie apparente du Gouvernement de Jean-Claude DUVALIER a beaucoup fait parler de lui. Professeur de littérature au Lycée de Jeunes filles, journaliste, conférencier, polémiste, Emile ROUMER avait audience dans tous les milieux ou « l’intellect » avait rendez-vous. C’est à cette époque que j’ai fait sa connaissance. Sa fille Agathe, alors, étudiante à la Faculté de médecine et de pharmacie me l’a présenté .Par la suite on se rencontrait souvent en pleine rue pour des discussions très animées ,très alimentées sur la littérature haïtienne. Il était au courant de ma passion pour les poèmes d’Etzer VILAIRE. En fin d’année scolaire, pour la correction des copies de fin d’études secondaires, on était quotidiennement ensemble au lycée de jeunes filles .Il prenait plaisir à me parler de la beauté de sa ville natale Jérémie, cité des poètes. Il n’oubliait jamais de vanter les qualités intellectuelles de ses enfants, naturellement, particulièrement des docteurs Agathe et Michel ROUMER, parce qu’il savait que je les connaissais. Ainsi, un grand courant de sympathie s’est installé entre l’aîné et moi. A Jacmel, ou il devait être honoré, il a tenu que j’eus été à ses cotés. Je lui ai fait ,en effet, le plaisir de m’y rendre : J’ai passé le séjour avec lui dans la ville de JOANISSE en compagnie du feu professeur Jean CLAUDE, qui avait choisi cette bonne occasion pour verser tout son lot de connaissances et de son beau parler avant de partir pour l’au-delà. Je n’oublierai jamais la vive discussion qui, à l’occasion, a éclaté entre Edrisse St-ARMAND et Emile ROUMER à propos du poème MARABOU DE MON COEUR. Au micro,ROUMER prétend qu’on a déformé son poème en changeant l’orthographe d’un mot. Dans le membre de phrase « TU ES LE BŒUF SALÉ DONT MON CŒUR EST LA COUANE » connu de tout le monde et chanté à travers le monde, le poète dit avoir écrit originellement (de préférence) « TU ES LE BŒUF SALÉ DONT MON CŒUR EST LA DOUANE » . Edrisse ST-ARMAND a failli mourir d’énervement . Une terrible discussion a éclaté entre les deux hommes de lettre .Je retiens encore les mots de St –ARMAND qui en réplique eut à dire à ROUMER « mon cher, vous venez d’enterrer vivant votre œuvre que j’ai tant aimée et que j’aime encore de tout cœur .Votre poème demeure encore la couane de mon coeur». Deux semaines après, j’ai rencontré Emile pour lui dire mon cher, je rejoins Edrisse : il a raison ,couane dans ton poème est plus approprié que douane .Il m’a répondu : j’ai parlé à Edrisse ,on s’est entendu sur la question.
Tout est bien qui finit bien : Le cœur d’Emile était redevenu la couane de la Marabou de son cœur : son bœuf salé . ROUMER est parti visiter son fils Michel et sa fille Agathe pratiquant la médecine en terre Allemande .Il est retourné,il m’a donné des nouvelles de ses enfants. Il était enchanté de son séjour et c’est pourquoi ,peut être ,qu’il y est retourné pour rendre son dernier soupir. Mais
ses restes, il tenait à les déposer à la grande DOUANE souterraine de sa terre natale prête à recevoir tous les « fronts endormis dans la mort » (Etzer VILAIRE). J’étais là, à Jérémie, le jour de son enterrement. Je l’ai vu partir à jamais vers les noirceurs du sein de la terre prête à accueillir tous ses enfants riches comme pauvres, blancs comme noirs. -
Des Poèmes d'Ernest Pépin
Ernest Pépin, poète et romancier né à la Guadeloupe, est, aux côtés d'Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, une des voix les plus puissantes des îles françaises de la Caraïbe. Ses livres, publiés chez Gallimard. l'Harmattan, Ibis Rouge, etc, ont obtenu, successivement: le Prix Casa de las Americas, le Prix littéraire des Caraïbes et le Prix RFO.
1- Solo d’îles
La mer est une guitare qui pleure
L’histoire des hommes
A même les brisants
Elle remue son chant foudroyé
Au bord de la mémoire
Et nous nous souvenons
D’où nous sommes partis
Comme des orphelins
Nous habitons désormais le sel
Un terre salée
Une salaison d’îles prophétiques
Il faut oublier la douleur du départ
Les bateaux négriers
La porte du non retour
Recoudre la peau de la mer
Et inventer l’arrivée
Avec aux yeux un arc-en-ciel
Avec aux mains l’imaginaire des lendemains
La Caraïbe ne s’est jamais donnée
Songe pluriel
Elle appartient à ceux qui savent rêver
D’un métissage des douleurs
Iles tambours
Solo d’îles
Symphonie de lumières
Iles citadelles
Mémoires fascinées
La mer joue son jazz d’étincelles
Et demande aux arbres
D’inventer de nouvelles racines
Solo d’îles
Ne pas gratter la douleur du soleil couchant
Les races sont venues abolir toute race
Répandre leurs couleurs dans la mémoire de la mer
Et nommer l’homme des pluies neuves
Des quatre coins de la terre ronde
Comme des enfances recommencées
Les races sont venues rêver d’autres couleurs
Emmêler des langues de marins
Au chant de la lumière
Ne pas blâmer les femmes violées
Elles furent nos premiers peintres
De la calebasse enceinte
Du nid des oiseaux migrateurs
De l’éloquence de la conque
Nous sommes nés d’un miracle d’eau salée
Nous sommes nés de tout le bleu
De tout le deuil de l’avant
De la vulve des volcans rouges
De ce tremblement d’ombres errantes
De toutes ces îles voraces du sang noir
Solo d’îles
Corps dévalisés à remplir de contes
D’un Dieu plus faible que sa croix
De silences illisibles
Et de balbutiements d’étoiles
Une langue nous amarre au feuillage
Et fait l’amour aux langues du monde
Corps souterrains
Où se cache la mémoire des dieux
Passagers clandestins
Forces miraculées
Possède la nuit disent-ils
Et tu gagneras le jour
Il suffit d’un tambour
Pour supporter le poids du ciel
Pour enjamber le réel
Réanimer les ancêtres du Bénin
Du Nigeria et du Congo
Les fleuves en transe déparlent des langues
Le sang du coq se souvient
Mais n’oublie pas la ruse du serpent
Ni la chevauchée des Esprits
Ni la cadence de l’invisible
Vaudou
Santeria
Candomblé
Sont des voyages dans les miroirs
Des soleils en roue libre
Des miroitements de l’autre bord
Dans l’épicentre de la douleur
L’enracinement des nombrils
Et l’alliance inédite de l’ici-dans
Corps montés
Corps démontés
Les Dieux cachés ont faim des îles
Les Dieux de l’Inde nous rappellent
Que nous sommes l’offrande du sacrifice
Et le parfum des peuples anciens
Iles ouvertes à tout langage divin
A toute merveille dessouchée
Solo d’îles
Dit d’îles créoles
La tête nouée au songe neuf
La terre mêlée à son aller
Un conteur veille le rêve
Défait la peau de la nuit
Un grain de sel sur sa langue
Suffit pour traverser l’envers
Et nous répondeurs
Nous entrons dans la ronde des îles
Dans l’émerveille de ses dièses
Il nous engraisse
Nous amarre au créole
A sa frappe de langue buissonnière
Une torche de fumée sur la tête
Il charroie des planches d’eau
Et c’est sésame pour nos âmes
Métamorphose en homme neuf
Avec des ailes pour voler
Le corps libre voué au vent créole
Un plaisir tient la nuit debout
Comme un pays qui prend racine
Dans son labour de vagues roses
Et la criée de son port
Le conte nous débarque enfin chez nous
En solo d’îles créoles
Ne pas oublier le rhum
Ce vieux conteur au feu sacré
Cette liberté qui dévoile les soleils intérieurs
Les marronnages les plus secrets
L’oiseau fragile de nos silences
Le conte tisse la toile des îles
Comme une araignée sous-marine
Un rire d’eau salée nous relie à nous
La belle parole avale le soleil
La belle parole est un nègre marron
Solo d’îles
En résistance d’orage
En résistance de femme poux de bois
En résistance de femme
Reins amarrés aux entrailles de la vie
Comme des présences solaires
Insoumises dans la rade des mauvais jours
Chargées de vieilles colères contre les nuits
En résistance de femme
Mesurant la force de la déveine
Et la prière d’un champ d’ignames
Attachée à guérir les blesses de la faim
Les fausses couches
A repeindre la peau des hommes
A combler le désastre historique
En solitude
En soliloque de rivière essoufflée
En bataille millénaire contre les sanglots
Investie de tout temps au recommencement
A la force silencieuse de la graine
En résistance déléguée aux tambours
Aux armées des champs de cannes
Aux rames du souffrir
Au sang des grèves
Aux sensitives des paupières outragées
Au tournoi sans pitié du soleil
En résistance sous les gammes du créole
Une seule langue nous dit
Elle est fille des cyclones
Solo d’îles
Solo d’îles caïmans
Solo d’îles vierges
Solo d’îles papillons
Solo d’îles pieuvres
Solo d’îles aux montagnes bleues
Solo d’îles désirades
Solo d’îles saintes
Solo d’îles grenades
Solo d’îles tortues
Solo d’îles veuves
Solo d’îles orphelines
Belles îles comme des chameaux lumineux
Qui broutent les vagues
Comme un tir de billes neuves
Comme les yeux verts d’un serpent de mer
Comme des bancs d’oursins frais
Comme les mamelles inversées du songe
Solo d’îles
Depuis longtemps nous sommes partis
Et nous sommes arrivés au balcon des îles
Et nous avons recommencé l’enfance
Recommencé le commencement de toute chose
Des roches gravées chantaient la mort
Mais nous avons choisi de vivre
De boire l’eau des mangroves
De creuser les mares
De cacher nos jardins dans les hauteurs
Et d’enterrer des jarres pour nos rêves
Des plantations chantaient la mort
Mais nous avons choisi de vivre
D’accorder les tambours à nos cœurs
D’emprunter la guitare du voisin
De gratter les bambous
Et d’inventer la vie
Nous avons choisi de renaître
De ressusciter la tête des mornes
De nommer les plantes
De baptiser les bêtes
De faire chanter les arbres
De gouverner la rosée
De remettre la vie à sa place dans le chaos
D’endurer toutes les morts
D’allumer toutes les vies
Et d’épouser nos îles
Comme des femmes souveraines
Portant haut leur couronne de mer
Nous avons enfanté des langues
Des danses d’éclairs
Des saveurs d’îles
Nous avons sauvé la vie
Et nous voilà
Solo d’îles au blues des Amériques
Solo d’îles sur les épaules des volcans
Solo d’îles affamées d’arbre à pain
Solo d’îles enracinées dans le monde
Solo d’îles plurielles
Mosaïque multicolore
Lettre à l’univers
Les îles sont des berceaux où rêvent les continents
Des bouteilles à la mer
Des lampes de sel
Des flottes de lumière
Des feux de mer
Le monde entier tient dans une île
Le monde est l’avenir des îles
2-Pétition du poème…
Poésie pour soulever la jarre du jour
Et nouer un pacte avec les poissons volants
Poésie pour prêter serment à la prière des vagues
Poésie pour que les femmes allaitent des miracles
Poésie quand les rêves d’enfants repeignent les trottoirs
Poésie pour démarrer la langue des tornades
Poésie dressée contre le silence du ciel
Poésie d’herbe-Guinée aux fêtes de l’hivernage
Poésie à broder sur des drapeaux fous
Le ventre du soleil dénudera le jour comme une femme qui se lave dans un bain de feuilles vertes
Poésie au verso du silence
Un vent de poésie aux joues gonflées des anges
Poésie
A l’équerre dans le chantier des lucioles
Comme un couteau qui entre dans leur scintillement
Poésie testament de l’orage
Poésie de rhum pur quand les mots vagabondent
Au bar des chimères
Poésie pour s’endormir dans la nuit de tes cheveux
Poésie pour accompagner la patience des volcans
Et toute urgence du vivre
Poésie pour tourner les pages des amandiers
Poésie
Un secret bricolé
Une rancune sonore
Une femme en déluge et qui va son bonheur
Pour venger la vie
Poésie
Un voyage au bout des mots-sorciers
Comme un chien qui aboie au passage de la mort. -
Alix Renaud chez France Loisirs
Un roman d'Alix Renaud fait son entrée chez France Loisirs
Le roman érotique À corps joie d'Alix Renaud, d'abord publié au Québec en 1985 par Nouvelle Optique, avait été réédité un peu plus tard par les Éditions Balzac, toujours à Montréal. Il a de nouveau été réédité en 2006, cette fois par La Musardine, à Paris, dans la collection «Lectures amoureuses» dirigée par nul autre que Jean-Jacques Pauvert.
Depuis le début de l'été, À corps joie, réédité pour la troisième fois, fait désormais partie du catalogue du célèbre club France Loisirs (4 millions de membres).
On peut en lire une brève présentation et un extrait à l'adresse suivante : http://www.franceloisirs.com/catalogue/produit...
Notez qu'au Québec, l'édition de La Musardine est toujours disponible en libraire. -
Hommages à Anthony Phelps
Voici les premières livraisons pour le bouquet d'hommages à Anthony Phelps. Ces mots viennent de 5 pays différents: La Guadeloupe, l'île Maurice, Haïti, Les Etats-Unis et le Canada. D'autres écrivains ont promis des textes. Au fur et à mesure, nous les ajouterons.
1-Par Ernest Pépin (Poète et romancier né à Lamentin ((Guadeloupe)) est chargé de mission au cabinet du conseil culturel de la Guadeloupe. Distinctions littéraires: Prix Casa Las Americas, 1991; Prix littéraire des Caraïbes, 1992; Prix RFO, 1997)
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Nous voilà en demeure de poète pour célébrer, par delà les mots, le corps à corps têtu de l’homme caribéen avec l’impossible mémoire de son présent.
Un poète nous est venu, non pas tombé du ciel, mais de ce lieu introuvable où s’élabore une œuvre que nous avons devoir d’accueillir dans l’estime et l’honneur.
Il a nom Anthony Phelps et il a levé son chant par dessus le désastre et l’errance pour nous restituer, au plus vrai les harmoniques d’une densité du vivre.
Il a nom Anthony Phelps et il a donné sa voix aux quatre points cardinaux pour mettre à nu le soleil de nos consciences trop souvent obscurci par la barbarie du quotidien et la démission orchestrée de l’esprit.
Il a nom Anthony Phelps et son parcours a toujours allumé les feux de la création en une vingtaine de titres et une quinzaine de disques de poésie.
A quoi cela sert-il de dire qu’il a été plusieurs fois boursier du Conseil des Arts du Canada, qu’il a obtenu à trois reprises le Prix Casa de las Americas ?
Le vrai Phelps est ailleurs. Il est dans cette baguette de sourcier qu’est la poésie vivante, dans ce laboratoire inachevé qu’est le roman, dans cette confrontation obligée qu’est le théâtre, dans cette parole, faussement naïve, que sont les contes pour enfants.
Qui ne se souvient de cette coulée luminescente qui nous offrit un jour un Haïti en partage ?
Mon pays que voici ! Texte férié qui posait « les doigts gourds du poème » sur les marches de l’espérance, la géographie de la souffrance et la transcendance de l’amour.
« j’accueillerai ma terre avec l’honneur du chant
sur le pas de ma porte
ouverte aux quatre courant de l’esprit
et me penchant sur l’ardoise de ses mains
où tout s’inscrit d’un crayon dur net et précis
je trouverai la route lumineuse
menant tout droit vers les paysages de l’homme »
Tout est dit, avec cette force tranquille que donne la certitude d’habiter l’essence des mots et de remonter le lit d’une Histoire quand « est venu le temps de se parler par signes ».
2- Par Umar Timol (Poète né à Réduit ((Ile Maurice)). A publié deux recueils aux Editions l'Harmattan. Vit à Beau-Bassin. Est collaborateur de la Revue "Point Barre". Distinction littéraire: Mention au concours régional de Poésie, Grand Océan, 1998)
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
j'ai laissé longtemps
moisir dans tes yeux
corail bleu
mon sang
pour en faire une étoffe
qui cartographie
sur ton dos
la géographie d'une île
calcinée et nourricière
promise à la mer
où affluent ces blessures
pas encore séchées
qui délinéent
les effractions de nos sens
affranchis des temps enragés
des insolences du mal
des transes de la guerre
de la mort qui souille
de la mort qui conspue
qui délinéent
un temple orné des
bourrasques
d'un soleil asséché
graveuse de
l'axiome de la révolte
sur l'entrelacs
de nos mains gangrenées
Umar
3- Jeanie Bogart (Poétesse née en Haïti. Vit aux Etats-Unis. Tour à tour journaliste, reporter, présentatrice et rédactrice de nouvelles. Distinction littéraire: Prix Gilbert Gratiant ((en langue créole)), 2006.
À ANTHONY PHELPS
J’ose bousculer mon silence téméraire, j’ose ouvrir une brèche dans la solitude des mots pour laisser sourire la parole devant ce poème monumental qu’est Anthony Phelps.
Phelps a su bâtir un rêve de pays pour un pays de rêve. Un rêve planté dans le sol haïtien dont les branches, décennies après décennies, continuent à grandir dans le cœur des générations futures.
Lorsque les mots à maux se font plénitude de l’âme, lorsque la passion pour ce pays mien devient cri de son cœur, ma plume bègue, se rétracte et se courbe pour laisser place à cette fierté littéraire haïtienne.
Pour l’encre insulaire qui coule de la plume de cet homme que je ne connais pas mais que j’épouse dans mes jours de solitude, de colère et d’incertitude, je dis merci, je dis respect. Ton pays que voici, mon espoir que voilà. Poésie d’eau salée que tu m’as léguée.
À genoux, face au soleil, j’enlace tes mots pour crier: Haïti Espoir.
Jeanie Bogart
4- Gary Klang (Poète, romancier, nouvelliste, nà à Port-au-Prince ((Haïti)). Vit au Canada depuis des années. A obtenu un doctorat en Lettres de la Sorbonne Université. A obtenu le Premier de la Vague à l'âme pour Ex-île, 1988)
MON VIEUX COMPLICE ANTHONY PHELPS
Il y a certains amis que l’on appelle pour leur souhaiter un bon anniversaire, et d’autres pas. Pourquoi cette différence ? C’est là un des très grands mystères de l’amitié, étant donné qu’on les aime tous autant. Pourquoi l’un et pas l’autre, un autre que l’on voit parfois beaucoup plus souvent, mais dont on ne connaît même pas la date d’anniversaire ? Mais c’est comme ça. Une sorte de rituel s’installe sans raison apparente. Tous les 28 décembre, Anthony Phelps – Djabe pour les intimes - m’appelle pour me souhaiter longue vie, et tous les 25 août, c’est moi qui décroche le téléphone pour lui dire que je pense à lui. Et comme nous habitons tout près l’un de l’autre, nous prenons rendez-vous dans un café que nous aimons pour continuer le plaisir de converser. Généralement, le rendez-vous est vers 10 h, car Anthony, homme d’ordre, doit rentrer à midi pour aller déjeuner avec Hélène, son épouse. Cette semaine, comme d’habitude, nous respecterons notre rituel aussi sacré qu’une messe.
Ce 25 août 2007 est pour moi l’occasion d’évoquer certains souvenirs avec mon vieux complice. D’abord une nuit inoubliable à Paris, dans les années 60, passée dans un café enfumé du boulevard Saint-Michel en compagnie de notre frère Davertige – Dave pour les intimes. Je voyais Dave tous les jours et Anthony, étant de passage, nous nous sommes réunis pour bavarder et avoir le grand plaisir d’être ensemble. Si mes souvenirs sont exacts, nous avons passé toute la nuit jusqu’à l’aube à boire de la bière et à parler d’Haïti, de dictature et de littérature. Telles étaient les années 60.
Autre souvenir mémorable : la rédaction d’Haïti! Haïti! ce roman d’aventures, premier thriller de la Caraïbe, que nous avons écrit ensemble à Montréal par les nuits d’hiver glaciales, pour dénoncer la tyrannie de Duvalier qui nous avait tous foutus sur les routes de l’ex-île (titre de l’un de mes recueils de poèmes). Lorsque le livre fut publié, nous savions lui et moi que nous étions ex-îlés à vie d’Haïti et acceptions joyeusement les conséquences de notre acte. Mais l’Histoire est une mégère retorse qui a des ruses de magicienne, comme l’a bien dit Hegel, et Duvalier - qui se croyait installé à vie dans ce fauteuil que beaucoup d’Haïtiens reluquent encore pour des raisons qui m’échappent - a eu la bonne idée de tomber exactement 9 mois après la parution de notre roman, comme pour une vraie naissance, et ce l’était en effet à l’époque, bien que la suite de l’histoire comporte aussi beaucoup d’autres ruses.
Voilà 2 souvenirs que je voulais rappeler à l’occasion de l’anniversaire de Djabe Anthony Phelps, un ami et aussi un poète qui fait honneur à la littérature. Maintenant que nous sommes tous désenchantés par les coups bas de la mégère, il ne chanterait peut-être plus l’île avec la même ardeur ; mais en ce temps-là c’était normal. Nous sommes tous passés par la nostalgie et l’espoir pour retomber ensuite sur le sol rugueux du réel après des déceptions en cascade et la perte de tous les repères. L’amour de l’île demeure intact, mais nous ne pouvons plus la chanter de la même manière.
Gary Klang
5- James Noël (Poète et essayiste né à Hinche ((Haïti)). Une promesse de la jeune poésie haïtienne, son recueil Poème à double tranchant a été préfacé par Franketienne) Distinction littéraire: Finaliste Prix du livre insulaire d'Ouessant, 2005.
Phelps fait partie de notre mémoire, c'est une légende vivante.
James
6- Jeune poète de moins de trente ans, né à Jérémie (Haïti), Toussaint Jean François est membre de la SOJEC : écrivains qui assurent la relève à la Cité des poètes. Journaliste reporter, rédacteur et présentateur dans la section culturelle de Mgik9, en l’an 2000, Toussaint a été lauréat au concours national de dissertation pour les élèves des classes de Rhétorique et de Philosophie, sur près de 1000 participants
LES SAISONS ET LES SIGNES.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Les rues n'ont pas vingt ans qui portent nos ombres indociles
Ni ta voix de poète qui prolonge l'existence des syllabes
Le poème se lit à demi-mot dans l'immobilisme d'un temps impair
Où la parole émiette l'aube et que l'homme s'exile dans la pierre qui se ferme
Voici mon pays et ses légendes
Voici mon peuple et ses signes qui maintiennent l'équilibre
Aujourd'hui, poète
Le temps est venu de se parler par signes
Les mots sont décousus
Et ne disent rien dans leurs raisonnances à peine audibles
J'écoute tranquillement les sanglots du poème dans ta voix de poète
Quand les saisons ont dévasté nos âges et se subliment à jubilée
Elles inventent autour de toi, poète
Des milliers de légendes éloignées de toutes légendes vraies
Et la mer les emporte
Petits bateaux de papier largués aux quatre vents
J'écoute dans ta voix le vertige du poème
Et un bruit de foule attaché aux pylônes des fils électriques
Laisse-moi écouter le sanglot du poème endormi dans ta voix
Pour arrêter le temps en dépit des feux follets et l'ondulation des nuages
Voici aujourd'hui ma complainte
Pour maintenir allumée la petite lampe à papillon de la tour de l'étoile
Et ta voix de poète qui a bercé tant d'enfances endormies au fond de tes paupières
Ainsi commencent les éternités renouvelables de la parole
Quand les sons prêtent voix aux signes
Quand la densité de la nuit se dissipe sous un regard de femme
Me direz-vous poète quel temps il fait à 79 ans
Est-ce toujours la triste saison du vécu
Me direz-vous votre cadran favori
Quand je pipe des mots en ébullition
Dans des cycles imparfaits
Pour un collier de corail et 79 étoiles
Toussaint Jean François
7- N. Donald Assali est né à Port-au-Prince (Haïti). Il a obtenu un doctorat en lettres françaises à l’Université de l’Etat de la Floride. Assali a publié 5 ouvrages en France. Distinction littéraire : Finaliste Prix du livre insulaire d’Ouessant, catégorie Poésie, 2002.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
En dépit des contraintes qu’impose l’autoritarisme, Haïti-Littéraire fleuronne. C’est la déhiscence vers une ère nouvelle de la littérature haïtienne, grâce aux efforts incessants d’Anthony Phelps. Artiste des « Phrase (s) lente (s) de violoncelle », il étend sa « lente marche de poète » et ses écrits voyagent…voyagent !
N. Donald Assali
8- Yusuf Kadel est Mauricien. Coordonnateur de la Revue Point Barre, il est poète et essayiste.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
LES POETES
C’est une table – je crois
Sans forme précise
Ni carrée ni ovale encore moins ronde
Une fort belle table faut dire
Cernée d’ombre et de bleu
Et toujours c’est les mêmes
Qui s’y affairent…
D’autres passent
S’asseyent s’en fourrent plein les sens
S’en vont replets
Et toujours
C’est les mêmes qui restent
Et se démènent
A polir
A étaler du souffle
Comment les reconnaître ?
Facile
Ils embaument l’espace
Et le temps croupis
Car depuis toujours Ils sont là
S’usant les doigts jusqu’à l’âme…
Et ils font cela sans rechigner
C’est LEUR table ! voyez-vous
Depuis toujours
Ils n’ont rien demandé
Mais elle est à Eux
Alors
Ils la paient
Yusuf Kadel
9- Pierre-Moïse Celestin est né à Port-au-Prince (Haïti). Bibliotechnicien, il travaille à la Bibliothèque nationale de cette ville. Il est membre de l'atelier Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson. Membre de l'Association culturelle Passerelle/Aclac, il fait partie du comité organisateur du festival de poésie de la ville de Jacmel.
EST-CE TA VOIX QUI RESSUSCITE LES MO(R)TS
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
<<J'ai pénétré le sens de la parole>>
Anthony Phelps
Est-ce ta voix qui ressuscite les mo(r)ts
qui dorment debout sur les paupières
des femmes seules et tristes
Magicien de la parole
tu effaces la nuit d'un seul jet de mots
et refais provision d'étoiles au coeur du jour
le monde s'ouvre sur des gestes infidèles
et l'éternité est provisoire tant que
les soleils lointains ne viendront pas se nicher
au creux de ta voix le seul espace fiable à mon poème
A présent je repeins toutes les nuits
sur le mur des origines
la mémoire de tes 79 étoiles
pour que le temps s'enracine
dans ton paysage légendaire
fait de signes de vertige et de villes imaginaires
Est-ce l'écho du poème qui embellit le vide
ou est-ce ta voix poète qui apporte la lumière
et met à genoux la mer dans cette chambre
aux mille et un souvenirs éternels
Je recommence le chant de <<Mon pays que voici>>
pour sublimer la parole faite chair
renouvelée dans chaque battement d'aile
des phalènes qui s'engouffrent
dans les espaces gémellaires et crépusculaires du temps
10- Jean-Robert Léonidas est médecin, poète, romancier et essayiste. Il a à son actif, un roman, un recueil de poèmes et deux essais. Il est né à Jérémie et vit à New York où il a sa propre clinique.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Ce fut à Montréal, il y a presque 20 ans. A la veille d’un Salon du Livre. Ce fut à l’époque où l’on ne pouvait pas entrer dans une certaine maison d’édition de la place et en sortir indemne. Ce fut à Cidihca. J’y ai rencontré Anthony Phelps ayant en main un texte que tous les candidats à l’édition brûlaient de parcourir. Avec grande générosité, il me le passe. Et j’y rencontre un mot que depuis je partage avec lui. Noctuelle. Tout comme a Jérémie, il y a cinquante ans, rue Hortensius Merlet, (Ti-Amélie m’est témoin) j’ai appris à garder nocturne en partage avec Roumer. Il est de ces mots volages qui butinent vos jardins secrets, de ces mots musique qui vous font des sérénades au cœur de la nuit, mais qui vous bouleversent, vous changent a jamais, comme en une initiation. Ces lumignons s’accumulent, embrasent les campêches de la nuit, causent de grands boucans qui allument les aurores, énergisent les soleils, font lever un jour nouveau. C’est le temps de dire merci aux aînés qui ont tenu haut le flambeau. Merci, Anthony Phelps, merci. Pour une poésie porteuse d’un paradoxe heureux. A la foi boutefeu et arrosoir. Déflagration et douceur. Gigantisme et lumière.
Jean-Robert Léonidas
11- Jean-Pierre Jacques Adler est né à Jacmel en 1977. Auteur de 2 recueils de poèmes, il est journaliste culturel de la Radio/Télévision nationale d'Haïti. Il est comédien et collaborateur au quotidien Le Matin.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Anthony Phelps,
Ce poème qui dort sur toutes les bouches
du monde,
Cette poésie que voici,
Ce chant sacré qui habite le silence
C'est ton sang.
Ta voix,
Tes paupières,
Ton encre, portent la caligraphie des iles
Comme un baiser qui marhe,
et qui danse dans les artères de la ville
Que tes mots
Caressent l'adoise de l'autre bout de la mer,
Et que ton soufle soit Lumière
Quand la solitude nous appartient!
Jean Pierre Jacques Adler
12- Claude Pierre. Linguiste de formation, professeur des Universités, poète et essayiste, est né à Corail (Grand'Anse), en 1941. Auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages (poésie, essais, anthologies), il écrit en français et en créole.
J’ai célébré de fiévreuses retrouvailles avec MON PAYS QUE VOICI, nouvelle édition, grâce à La délicatesse de Maximilien Laroche et de sa conjointe qui, en me l’offrant, m’ont donné cet été la chance de revisiter ce grand Chant.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Redoutables
Les vêpres palefreniers de l’aube
Dans l’imagerie d’une rivière de sang !
****
Razzié de vous-même
tisserand d’une île hérissée de glaives
la canne du pèlerin
sucre pervers traqué dans
l’oppression/expression
fondatrice d’une ville dans l’étrangeté
Un poème en posture d’envol
Grenades mûries dans l’explosion d’un hymne
tel une flamme d’innocence
HOMME DE VIGIE
Vous veillez à côté du vent changeant pour préserver la lampe
Plantée à coups de violence
Dans la spirale du texte
Exposé au gibet du souvenir
La mémoire au piquet dans le jeu du cerceau
La flamme tient bon
Et à petites gorgées d’aube
La chrysalide deviendra papillon
Veilleur torturé
Depuis des lunes de flaques d’insomnie une
couleur isabelle attise l’enfer de la nue
Geôlier sans passé sans passion la terreur
aiguisée à même l’effroi
J’ai troqué ma peur contre la patience du
chant des cigales
Vous avez l’âge du poème
Anthony Phelps
La colère perce sous un verbe aux mille
mégatones de tendresse
Bonjour poète
De la marelle à cloche-pied
Au trot long dans la ville
Le silex au dit d’oracle
Morsure meurtrissure
Au premier degré
Je vous renouvelle ma reconnaissance et mon profond …
Respect !
Septembre 2007
Claude C. Pierre
13- Paul Baron vit en France où il est directeur de publication de la revue franco-haïtienne Pour Haïti.
Hommage à Anthony Phelps
J’ai appris par Mme Alexandra Philoctète de Montréal, animatrice et productrice de l’émission RÉALITÉS 2007 l’initiative de l’écrivain, Josaphat Large, sans doute, ami et admirateur du poète, de l’écrivain, du militant progressiste Antony Phelps, de lui rendre hommage à l’occasion de sa date d’anniversaire le 25 août 2007.
Je me suis demandé si ce que j’ai su de lui ne pouvait pas être une contribution à cet hommage.
En effet, j’ai eu avec Villard Denis, un grand ami de Phelps des relations plus que cordiales. Nous avons fait une partie de notre scolarité au lycée Toussaint Louverture ensemble. Et les années des classes de troisième et de seconde nous avaient rapprochés sérieusement du point de vue idéologique et aussi du fait que nous conjuguions nos forces dans l’apprentissage des mathématiques et de la physique.
Je savais que Villard peignait et qu’il écrivait. Ironiquement, on l’appelait le poète.
J’allais chez lui souvent accompagné d’un autre ami qui faisait du théâtre avec moi. Avec Villard, nous avions eu des rapports de confiance Et cet ami et moi, nous lisions les premiers certains poèmes de Villard- Davertige : tels que : « Omabarigore », « Monologue d’un fou sur le passé et le présent », etc. Chez lui, je fis la connaissance de Roland Morisseau, de Serge Legagneur, de René Philoctète, de Gérard V. Etienne, en un mot des membres du groupe dénommé « Haïti Littéraire » à l’exception de deux d’entre eux : Anthony Phelps et Réginal Crosley.
Mais, Villard me parlait toujours d’Anthony, l’ami qu’il aimait et respectait, par-dessus tout. J’aurais pu le croiser, cet ami, cher à Villard, un certain samedi soir à la Galerie Brochette à Carrefour, banlieue de Port-au-Prince. La galerie Brochette fut considérée comme un appendice du Cendre d’Art de Port-au-Prince. Il y avait des expositions en permanence. Certains noms de peintres y étaient associés tels que D. Cédor, Dorcelly, Lazare, Villard, Tiga, etc. Ce fut un lieu de rencontres et de discussions sur la peinture et sur la littérature, la poésie. Ce fut un endroit où l’on pouvait manger et boire un verre. Mais, malheureusement, je n’y étais pas invité explicitement. Si je l’avais été, je n’aurais pas pu rentrer chez moi, le dimanche, à 5 heures du matin sans explication. Par ailleurs, une petite visite à la Galerie Brochette impliquerait des dépenses que je n’aurais pas pu assumer, à cette époque... Même si l’idée de déguster une part de cabri grillé me mettait de l’eau à la bouche. Cependant, au cours de la semaine qui suivait, il se trouvait toujours quelqu’un de la bande pour commenter en ma présence la dernière soirée à la Galerie Brochette. Par exemple, j’avais eu vent de la colère de Jean-Richard Laforest à la question: Comment étaient les femmes soviétiques ? Question posée par une des habituées de la Galerie Brochette. Toutefois, l’existence de « Haïti Littéraire » et le rôle d’Antony Phelps, de 1960 à 1963, avaient une autre signification pour mes amis et moi. Nous avions pensé contribuer à la dénonciation de la dictature de Duvalier avec des poèmes tels que : « Minerai noir et Me Voici » de René Depestre ; « Black Soul » de Jean F. Brière ; « Vous » de Carl Brouard ; « Nedje» de Roussan Camille, etc. Dans le sillage de « Haïti Littéraire », de Villard Denis entre autres, nous nous enrichîmes de Paul Eluard : « Liberté », d’Aragon : « Il n’y a pas d’amour heureux » : de Kateb Yacine : « Nedjma » et surtout avec des poèmes de Phelps des recueils « Eté, Présence, Eclats de silence », de Roland Morisseau, de Villard, etc. Très vite, le mal de la fuite, l’exil, le « sauve-qui-peut » allait sévir. De nombreux jeunes « engagés » de l’époque étaient atteints de cette maladie incurable : l’exil ou le saut dans l’inconnu. Je n’en fus pas exception en prenant la direction de l’Amérique du Sud tandis que le gros de la troupe se mut vers l’Amérique du Nord. C’est bien connu ce vieux proverbe : « tous les chemins mènent à Rome ». Une fois à l’étranger, je me rendis compte que le temps était différent de celui d’Haïti. Les années défilaient comme si on les accélérait Et je me suis surpris me demander, 10 ans après, en 1973, ce que je faisais en France et quand j’allais retrouver « mon île » ? La mort de François Duvalier survenue le 21 avril 1971 n’entraîna aucun bouleversement politique dans le pays. Son fils, Jean-Claude Duvalier, âgé de 19 ans, accéda au pouvoir tranquillement. En France, l’activisme politique sévissait à merveille avec des slogans creux et guerriers. Il en était de même d’ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en République Dominicaine. Le raisonnement était simple. Le nouveau président à vie n’avait que 19 ans. Dans combien d’années, Haïti Parmi les exilés haïtiens, (On ne parlait pas encore de la diaspora haïtienne), la déception était à son comble. Elle était présente dans les esprits et se lisait sur les visages Comment comprendre ce qui s’était passé et retrouver un certain espoir ? La parution chez « Les Editeurs Français Réunis » du livre d’Anthony Phelps « Moins l’Infini » au premier trimestre de 1973, fut pour moi un évènement heureux. Parmi les opposants à la dictature, surtout à l’étranger, le roman « Amour, Colère et Folie » de Marie Vieux-Chauvet n’était pas connu. Ainsi, nous étions quelques-uns à nous accrocher au roman « Moins l’Infini » d’Anthony Phelps. Il provoqua chez moi un sentiment de bien être et de révolte que je n’ai jamais su expliquer. Je l’achetai et le lus d’un trait. Au fil des pages, je me voyais ainsi que l’un des copains, mort depuis, qui racontait en ma présence l’affaire de la machine à écrire : Olivetti. Dans le roman d’Anthony, je me suis vu dans la peau de Benoît faire des démarches pour que des copains de mon quartier puissent obtenir des bourses d’études à l’étranger, à condition que les bénéficiaires « soient d’accord pour rentrer au pays ». Contrairement à d’autres lecteurs de « Moins l’Infini », j’en ai tiré la conclusion que la gauche qui faisait face à la dictature sanguinaire des Duvalier, malgré sa faiblesse, avait fait honneur au peuple haïtien, à la jeunesse haïtienne. À la barbe de l’impérialisme agressif et complice des Duvalier, à l’époque de la guerre froide, cette gauche fut héroïque. Mais, ce n’était pas le seul cadeau que j’avais eu du lauréat de la « Casa de las Americas » de 1980. Le Jean-Claudisme avait bénéficié de préjugés favorables de la part de la France, des Etats-Unis, de la République Dominicaine, etc. La cause haïtienne était presque entendue. D’autant plus qu’il se produisait des ralliements inespérés au pouvoir sur la base de la « libéralisation » prônée par Duvalier fils et ses laquais et ses léopards. Il fallait continuer la dénonciation de la dictature et de ses conséquences néfastes en Haïti. Comment se rendre crédible à l’étranger ? Comment convaincre mieux des interlocuteurs attentifs et progressistes ? Anthony Phelps en éditant et diffusant le disque « MON PAYS QUE VOICI » et en disant ses propres poèmes avec cette voix particulière, avait déplacé des montagnes et avait contribué fortement à discréditer la présidence à vie en Haïti. Avec « Mon pays que voici » et la voix d’Anthony que de soirées de solidarité à la cause du peuple haïtien avions-nous organisées en France jusqu’à la suite de Baby Doc, le 7 février 1986!
Paul Baron
14- Raymond Chassagne vit au Canada. Docteur ès Lettres, écrivain et poète, il est l'auteur de: Mots de passe (poèmes), Incantatoire (poèmes), Carnet de bord (poèmes), Le gré de force, manifeste solitaire (essai sur le tracé haïtien). Trois de ses poèmes dits par Anthony Phelps sont disponibles sur disques. Son florilège comprend aussi un CD dit par Phelps et Boris Chassagne
Lettre et Hommage du poète Raymond Chassagne à Anthony Phelps.
Ma mémoire me ramène à cette soirée des années 70 où, invité chez Anthony, café en main, il fit tourner son magnétophone, faisant résonner l’étrange émotion qui me gagna en écoutant mes propres en écoutant mes propres textes que, timidement, je lui avais passés.
Je dois à Anthony, devenu ami depuis, d’avoir osé publier Mots de passe, mon premier recueil; je lui dois d’avoir aussi découvert le bien-fondé des conclusions d’Émile Ollivier disant de mon ami qu’il était essentiellement «un rassembleur ». Phelps l’est en effet par son sens inné de la relativité des valeurs et des destins, par la tolérance et respect de l’autre, contrairement au radicalisme primaire, vide, et pourtant destructeur, que nous offrent les cas d’espèce du sous-développement. Rassembleur, Anthony l’est encore à travers maintes manifestations d’une nature et d’une vie vouées à l’amitié, à la poésie, à la survie, aux valeurs premières et au combat contre l’injustice.
Il faut donc rendre hommage à un poète dont l’image nous apparaît comme étant celle d’un oracle poétique, d’un Diogène de la poésie à l’écoute de l’homme. Nous n’oublierons jamais son mâle et tranquille accueil, sorti d’on ne sait quel généreux humanisme.
Je lui offre le texte inédit que voici :
Le dit pèlerin
Il dit : Je viens de loin, me connaissent tous les sentiers toutes poussières perverses.
et la pluie qui toujours mime les sueurs
alourdit la charge de détresse
faisant glisser l’utopie sur l’inquiétude des parvis
Il dit n’avoir jamais vu ni phare ni pilote,
avoir perdu sa boussole en chemin
dans le ventre du négrier jadis
dans les combats inégaux, victorieux pour un temps,
ivres de mouvance, emportant palais, potences,
malheurs étirés le long de bras pendus,
puis dans les geôles prisonnières du chaos
Il dit : Ma terre à moi s’étend à toutes terres où l’homme immolé
Regarde l’homme tueur avant trépas;
Je suis souffle coupé depuis l’impensable,
nuque livrée au bourreau
aux froids tempérés de l’Ailleurs imposé;
Je suis prière et cierge d’enfance à Pâques,
chant de vêpres, grand’messe et puis crêpes
saluant un départ sans retour.
Il dit : je suis l’ami qui croyait au serment,
l’amant croissant promesse d’avant râle,
affrontant lendemains de dolmen
à falaise voué Je suis dernier couloir ouvert sur le mort-né
sur l’arène aux combats invertis – c’était hier -,
et je suis lingot d’or qu’effrayait le partage;
Puis j’ai marché le long d’itinéraire avide
où cheminaient tels preux
telles gloires telles fumées;
J’ai vu aveugles se croyant borgnes
Hallebardes, mousquets pour découvertes vaines
et paradis coulés le long des proues
vers gouffres insondés.
Il dit : à peine promis, c’est paradis perdu;
je me meurs d’avant-terre annonçant l’avant-texte
où l’écrit s’épuise d’inaudible oraison
Il dit : la grotte où logea sa solitude n’avait que le commerce des arbres maternés
de nids tendres, parfois du sable niant le naufrage des grandes houles; il dit ce naufrage
de vie heureuse, de serments, de l’égalité cherchant Diogène, toutes certitudes courbées
dans la chance et le déni; sa solitude à lui jamais ne fut absente.
Il dit : les chemins qu’il espérait mêmes
ne lui furent qu’échaudoirs d’exil, de silence
de crédence d’avant-guerre.
Il dit : le pain absent des lèvres de l’enfant qu’il fut,
le regard de l’aveugle,
la Cène et les semonces du temps qui court trop vite
Raymond Chassagne
15- Jean-Eli Barjon est professeur et poète. Un membre important de la Fondation Mémoire de New York. Il offre à Phelps un hommage suivi d'un poème.
HOMMAGE A ANTHONY PHELPS
Anthony, tu as assumé ta nationalité avec tout ce qu'elle comporte de grandeur et de misère. Tu nous a appris à espérer quand de toute évidence il fallait se laisser aller au découragemet. Il ya autant d'espoir dans tes vers que dans le timbre de ta voix. Même quand tu parles du sommeil de l'homme de vigie, il ya
tant de soleil dans ta voix que le lecteur se surprend à penser au réveil.
Ce sont des compatriotes comme Roumain, Alexis, Paul Laraque , Roger Gaillard, Jean Brière, Josaphat-Robert Large, mon copain Jean Brisson et toi Anthony qui m'ont épargné ce désastre qu'est la haine sociale. Oui Messieurs, vous m'avez appris à aimer ceux que le hasard de la naissance a placés sur mon chemin.
Que tu appelles la pute par son nom.
Ou que ton verbe malin
en fasse une fontaine au bord du chemin,
la vie est ce qu'elle est, poète.
La force de tes symboles, ton ame d'or pur et ta puissante voix de baryton
ne renverseront pas l'humaine condition.
Jean Elie Barjon pour Anthony Phelps -
Le retour de mon Pays que Voici
Le Retour de « Mon Pays que Voici »
Par Josaphat-Robert Large
Tout chef-d’œuvre arrive à traverser les courants du temps, à s’imposer si l’on peut dire dans un encadrement intemporel, après avoir surmonté diverses sortes d’obstacles, après avoir contourné nombre de pièges, jusqu’à atteindre le lieu où il s’imprègne dans le tissu même de la durée. Un chef-d’œuvre a la vie dure : il perdure sans ne rien perdre de sa finesse.
C’est dans le champ de ces chefs-d’œuvre qu’il faut classer le recueil « Mon Pays que Voici » d’Anthony Phelps, ce long poème dont les vers chargés d’espoir, d’amour et de sensualité, avaient aidé les Haïtiens des années 1960 (ces exilés de l’espace, ces prisonniers dans les rues de leur propre pays, ces victimes d’une dictature odieuse) à se frayer une route sur la terre rugueuse de l’existence, pour se rendre vers un sommet du temps où contempler, en train de se lever, le soleil de l’espérance !
Je me souviens de la réaction d’un ami poète en écoutant pour la première fois les échos de la voix d’Anthony Phelps se répercutant dans les salles où notre soif de valeurs prenait si souvent l’écoute :
« Je me mets à genoux, j’ouvre mes bras au ciel pour crier en face de l’avenir : Voici enfin mon Pays ! »
Phelps, poète humaniste, porte-parole des grandes douleurs du peuple haïtien, avec son verbe qui arrive à métamorphoser les formes sensibles du subconscient en phrases musicales, a peint sa ville de Port-au-Prince plongée dans les horreurs du duvaliérisme. C’était l’époque où l’on se levait pour constater que « Le soleil a un caillot de sang dans la gorge ». C’était l’époque où, pour avoir la vie sauve, on accueillait sans se plaindre « Le temps de se parler par signes ».
L’enfance d’Anthony Phelps s’enracine dans cet espace port-au-princien : cette ville où poète, il découvre dès son jeune âge le langage de l’amour. Langage dont le vocabulaire lui fournit les mots quasiment magiques de sa poésie. Langage qui transforme son inspiration en vers élégants, gracieux, dans le dessein d’installer Haïti dans l’orbite de la modernité. Une Haïti épurée de toute présence dictatoriale ; une Haïti détachée du port des Occupations étrangères. Bref, un pays idéal :
"Viendra le jour des cerfs-volants
avec le vent chantant l’amour
sur le double clavier des franges de couleurs
Viendra le jour de plein soleil
avec des fleurs à chaque branche
et dans les mains l’épi doré de la bonne récolte
Mais patiente mon fils
Donne-moi ta main frêle
et tes pas dans mes pas
et ton oreille sur mon cœur
écoute battre
écoute vivre
ma ville et mon Pays
ta ville et ton Pays"
Les Editions Mémoire d’Encrier de Rodney Saint-Eloi viennent de réaliser à Montréal une réédition du chef-d’œuvre de Phelps : "Mon Pays que Voici, suivi de Au jardin extravagant de la mémoire : parcours d’un écrivain !" C’est le retour triomphal d’une œuvre que les jeunes goûteront à la lumière d’une autre forme d’exil et non loin du martellement des bottes d’une Occupation cette fois multilatérale.
Les vers ont conservé leur fraîcheur des années 1960 et, une fois n’est pas coutume, leurs vagues de rêves vont faire rêver d’autres lecteurs. Comme ça avait été le cas dans l’édition originale, le verbe phelpsien, bien cousu dans l’espace de la phrase, transforme la laideur en beauté et ouvre, en face de la haine instituée par le duvaliérisme, les panneaux à claire-voie d’une série de persiennes donnant sur l’amour.
Le Prix de Poésie de Ouessant que décernent à Phelps les membres d’un Jury éblouis par la succulence de sa poésie, est-il le coup d’envoi tant attendu pour déclencher une série d’activités sur tout le territoire de notre (Pays que Voici), pour accueillir le retour de cet immense chef-d’œuvre. Poètes, romanciers, hommes de théâtre, artistes haïtiens, lecteurs amoureux de la poésie, mettons ensemble nos ressources pour rendre un hommage bien mérité à ce poète national, pendant qu’il est encore en vie.
Josaphat-Robert Large
Août 2007.