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Garçon - 67 ans, Saratoga Springs (historical), United States


Blog / Lancement du collectif JR Large:La fragmentation de l'être

lundi 22 juin 2009 à 19:33



La grande première de Josaphat Robert Large : la fragmentation de l’être à Elmont, New York.

Par Frantz-Antoine Leconte, Ph.D.

Cette pluie fine qui enveloppe New York de brouillard ne s’arrêtera jamais plus. Ce Samedi 13 juin qui précède le Dimanche 14, le jour de la St-Antoine, sera probablement gâché. Et, pourtant deux grandes organisations avaient planifié ensemble une activité socio-littéraire, la véritable grande première de l’étude critique Josaphat-Robert Large : la fragmentation de l’être (L’harmattan 2009), dirigée par Frantz-Antoine Leconte.

Parler de littérature importe. Cela nous permet de prendre le pouls de la créativité littéraire contemporaine dans sa diversité, c’est à dire dans la multiplicité des genres. Que faire quand le domaine socio-politico-économique déraille, on peut aller sans doute vers la littérature, refuge hospitalier ou zone tampon qui sait se montrer dans tous ses états pour s’emparer de notre imaginaire avec fureur.

Cependant, malgré son importance, son pouvoir de réflexion, de réverbération de la cité et du quotidien, la littérature fait figure de parent pauvre et Dieu seul sait comment nos littérateurs et critiques ont pris la désolante habitude de parler dans des salles vides ou presque vides. C’est que la littérature n’a pas de grands moyens, ni tambours, ni trompette, pour annoncer ses événements. On ne répond à ses initiatives qu’avec une froideur réservée ou parfois par un mépris suprême. Malheureusement.

Mais aujourd’hui, la différence saute aux yeux. Malgré les pluies torrentielles annoncées par la météo, le début de la saison des cyclones, nous sommes pris en flagrant délit de tendresse vis-à-vis de la littérature. Il y a du monde et beaucoup de monde à Elmont, ville de Long Island, banlieue de New York. C’est grâce au dynamisme croissant de la EMG Health Communication, association dirigée par deux figures de notre communauté d’un grand charisme, Elsy Mecklembourg Guibert et Ginette Michel. Et la Fondation Mémoire, société composée de chercheurs qui promeuvent l’histoire, la culture et le patrimoine physique et intellectuel de l’Etat-Nation d’Haïti. C’est vrai que nos compatriotes sont en grand nombre dans la salle, mais nous ne savons pas s’ils sont disposés cette semaine à lire « en folie » à l’instar de ceux d’Haïti. En revanche, ils sont présents ici. Ils ont répondu à l’appel et aux sirènes de ces deux sociétés. C’est important et c’est déjà une victoire significative parce que la littérature ne se révèle pas aussi agressive, envahissante et n’atteint pas le même niveau de communicabilité que d’autres arts qui reposent sur l’avantage du spectacle visuel et du son.

Aujourd’hui, le succès est venu et nous accompagne enfin à cette vente-signature, la grande première de Josaphat-Robert Large, la fragmentation de l’être aux Etats-Unis. On donne le signal. Le début de l’activité est imminent. Les deux présidents donnent le coup d’envoi en rivalisant d’éloquence : Elsy Mecklembourg Guibert pour la EMG Health Communication et Hugues St-Fort pour La Fondation Mémoire.

Jean-Elie Barjon, talentueux essayiste, poète et chanteur évoque avec une grande brillance deux monstres sacrés de la musique : Ansy Dérose et Jean Ferrat. Jacques Alexandre, excellent poète ne se fait prier, il donne la réplique avec des vers incandescents de René Depestre. Les applaudissements très nourris n’empêchent pas la descente sur terre. On se rend compte que les invités et participants qui sont venus de loin ont faim. La pause-repas devient nécessaire. On peut reprendre des forces pour redynamiser tout le monde vers de plus grandes explosions de joie.
Myriame Dorismé n’attendait que ce moment propice pour lancer en véritable Marie-Jeanne cet hymne au bicolore national qui donne à la fois de la fierté et des fourmis dans les jambes. Les petits drapeaux que tout le monde agite en entonnant la Dessalinienne font revivre les sentiments de l’adolescence en éliminant en quelques secondes des décennies de raison et d’impassibilité. Quelques minutes de silence, la table ronde autour du collectif Josaphat-Robert Large : la fragmentation de l’être s’organise. Les écrivains prennent place. Frantz Minuty initie le dialogue et partage avec nous la joie que la parution spectaculaire de Pè Sèt (Edisyon Mapou, 1994-1996) avait provoquée chez-lui. La thématique, la stylistique ont taillé pour cet ouvrage une place privilégiée dans la littérature haïtienne de langue créole autant que « cette pluie de petits textes télégraphiques » qui plaisent tant. Hugues St-Fort, linguiste de formation, définit le langage comme la faculté biologique qui permet aux individus d’apprendre et d’utiliser leurs langues. Selon Noam Chomsky, « c’est une faculté innée chez les êtres humains. » De plus en plus de linguistes et de psychologues pensent que l’aptitude à parler est acquise à la naissance et est construite dans nos
gènes. Etienne Télémaque lance ses sondes exploratrices et psychanalytiques vers trois thèmes majeurs, l’exil, l’errance et le retour au pays natal qui interpellent la conscience de l’écrivain en référence aux thèses de Julia Kriesteva sur l’aliénation qui rejoignent aussi les théories freudiennes sur l’angoisse. Edith Wainwright, la seule écrivaine de la session, porte aux nus l’œuvre de Large et s’engage – comme elle l’avait fait dans son fameux article « la célébration de la femme » – à apporter un éclairage certain sur les personnages féminins de l’œuvre.
Cependant je ne veux pas oublier ma mission laquelle est de présenter en quelques minutes la richesse de l’œuvre de J-R Large que le collectif illustre. Je partage avec l’assistance quelques concepts et leur application dans l’œuvre :
La crise d’abord qui perce et s’empare de la victime au début de la tragédie pour la conduire dans l’errance. L’expérience de l’ostracisme et parfois de l’univers concentrationnaire renforce la quête de l’ailleurs. La marginalisation des individus conduit à un déplacement collectif ; une forme de déterritorialisation omniprésente qui sert de toile de fond dans les romans de déracinement. On ne peut exclure les sentiments d’une profonde frustration qui a pour corolaire une authentique aliénation.
Après tout, il s’agit de la dislocation historique de l’individu et de son morcellement. Certains personnages éprouvent une crise identitaire, thème à succès usité dans la littérature caribéenne et haïtienne : Trouillot, Dalembert, Gary Victor, Frank Etienne, Emile Ollivier l’illustrent assez bien.
On relève aussi chez Large l’aboutissement à la folie, métamorphose phénoménale de la folie en une folie heureuse et même souhaitable qui se manifeste en gestes de générosité, de responsabilité et de leadership. Les deux fous de Les terres entourées de larmes (2002) se révèlent des leaders courageux, responsables et lucides, d’où surgit une sorte de lucidité de la folie.
On ne peut passer sous silence l’historicisation du roman et la romancisation de l’histoire .Les tranches de temps du récit, de la trame ou de l’action s’intercalent entre les tranches du temps objectif de l’histoire. L’expérience de la géographisation fascine. Il ne s’agit pas seulement du lieu physique où habite une population donnée. C’est la collectivité qui acquiert certaines habitudes en utilisant la même gestuelle, le même rituel et tout en participant à un exercice caractériel. Il s’agit plutôt de géographie humaine avec une forte tendance du romancier d’unir des gens qui se trouvent aux extrémités de l’île. Un représentant de la bourgeoisie du Nord épouse une femme issue de la bourgeoisie de Jérémie. On ne peut omettre non plus cette sorte d’anthropologisation du moi qui évolue en témoin séculaire jouissant d’une atemporalité à toute épreuve dans Partir sur un coursier de nuages (l'Harmattan 2008), en décrivant des scènes d’enlèvements d’Africains parqués comme des animaux dans les cales des négriers pour faire développer en Amérique cette colonie qui devait devenir la plus riche des Antilles.
On ne peut rater cette dimension psychanalytique qui découle de l’écriture de Large. Quelque moderne qu’elle puisse paraître, elle recrée fidèlement certains concepts de philosophie et de psychologie antiques. Le malaise existentiel inexplicable qui aboutit à la haine du milieu, à celle de l’environnement physique s’intitule « l’horror loci », un phénomène vécu et décrit depuis les œuvres de Lucrèce et d’Horace en littérature romaine. Ce passage ne pourrait être plus convaincant, même s’il ajoute un désir de multiplicité, de s’évader des frontières de l’humanité et de la normalité On appréhende bien ce mal millénaire dans la lecture de texte de l’auteur à l’occasion :
[…] Je voudrais me diviser, que naisse de moi une autre personne bien plus attrayante. Je voudrais me multiplier ; avoir deux vies, deux corps, deux sources d’oxygène. Être moi-même et un autre. Car voilà le nœud gordien : j’ai deux espaces dans ma vie auxquels je ne puis renoncer. Quand je suis ici, je voudrais être là-bas. Quand je suis ailleurs, j’essaie de revenir sur mes pas. Être deux pour être pleinement heureux, comme un fruit fendu dont chaque moitié garderait sa succulence propre [...] (Extrait de Partir sur un coursier de nuages, l'Harmattan 2008)
Voilà ce que nous avons relevé en partie de la présentation de l’œuvre de Robert Large, cette désarticulation fondamentale qui transforme la victime en citoyen de nulle part confronté à un malaise individuel et collectif que nous appelons la fragmentation de l’être.

Frantz-Antoine Leconte, Ph.D.


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Commentaires 1

  • http://netlog.com/imagine972frmaria-lovelymaria-lovelyimagine972frhttp://fr.netlogstatic.com/p/tt/029/696/29696215.jpgMartinique imagine972fr 22

    maria-lovely (vendredi 10 juillet 2009 à 01:10)

    bonjour Monsieur
    jaime trop ce que vous faite,ou je peut trouver vos livres jaimerais les lire
    merci de me dire ou je peut les acheter et sur quel éditeur

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