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Articles avec le mot-clé 'Roumain' :


  • Jacques Roumain au Pluriel

    Par le professeur Frantz-Antoine Leconte

    Haïti et littérature:
    Jacques Roumain au pluriel.
    Sous la direction de Frantz-Antoine Leconte.(New Hemisphere Books, 2007)

    La littérature s’accompagne d’un imposant cortège de griefs et de quêtes qui posent avec urgence les problématiques auxquelles est confrontée la société. Ainsi, va-t-on au delà des exubérances de la beauté formelle du texte pour appréhender son rôle, sa nécessité: sa mission.
    Notre confiance en l’avenir de la littérature repose sur la certitude que certains textes procurent au niveau de leur capacité d’exploration sociétale. Ce credo reste nôtre. C’est ce qui justifie d’ailleurs notre choix d’entamer, d’encourager les études, de renforcer l’herméneutique de Jacques Roumain et de célébrer l’auteur sans réserve en 2007, l’année centenaire de sa naissance.

    Les premiers lecteurs de Haïti et littérature: Jacques Roumain au pluriel (2007),une étude que j’ai eu l’honneur de diriger, malgré la somme de remous qu’elle a fait remonter à la surface de l’actualité, ont éprouvé un grand bonheur devant les approches multiples, génériques et prosodiques, synchroniques et thématiques, théoriques et pragmatiques, employées au cours de sa rédaction. Ils se sont réjouis de cette liberté d’écriture qui transcende toute forme canonique de référence, de la modernité du texte, de la pluralité des points de vue ainsi que de notre éclairage interdisciplinaire.

    A Robenson Bernard, Marie-Agnès Sourieau, Marie-josé N Zengou-Tayo, Cauvin Paul, Clément M Bom, Jean-Claude Fignolé, Mac-Ferl Morquette, Eddy Magloire, Jean Julien, Franck Laraque, Hugues Saint-Fort et moi, le grand défi s’est révélé d’abord au niveau décisionnel. Il s’agissait au seuil de notre enquête de délimiter l’horizon de nos recherches en nous assignant le corpus à examiner et en nous assurant qu’il soit illustratif de la quintessence de la littérature “roumainienne”.

    Mes collaborateurs et moi, avons entamé notre collectif avec un bonheur incomparable pour pouvoir éclairer en toute liberté les textes les plus percutants de Roumain qui devaient nous faire (re)vivre des minutes d’épiphanie et d’éternité. Si on a pu replacer Roumain dans un contexte historique, lequel a recoupé certaines tendances de sa génération traumatisée, on a en revanche pris le soin de dégager les aspects iconoclastes et révolutionnaires de son œuvre., l’intemporalité de La proie et l’ombre, la veulerie de la cite dans Les fantoches, les riches promesses de La montagne ensorcelée, la chute d’un dieu, le retour de l’espoir collectif, la séduction idéologique et même l’exclusion d’une domination idéologique particulière dans Gouverneurs de la rosée, ce roman quasi-unique de la littérature francophone et mondiale. On a pu aussi établir les vertus historiques et sociologiques de Les griefs de l’homme noir, les paramètres de la militance permanente de Roumain, la fulgurance de sa poésie tellurique et révolutionnaire, l’incandescence du journalisme, son inventivité syntaxique, ainsi que l’unité et l’actualité de l’œuvre.
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    1) Haïti et littérature, Jacques Roumain au pluriel.
    2) 1492, le viol du nouveau monde.
    3) La république.
    4) En grandissant sous Duvalier
    5) Haïti: le vodou au 3e millénaire.
    6) The Bewitched Mountain/La montagne ensorcelée (Edition bilingue).

  • Mon Roumain à Moi (Collectif)

    :) Le Blog de Josaphat-Robert Large

    Mon Roumain à moi

    Celui qui jette un regard en survol sur le Collectif « Mon Roumain à moi » découvre un livre fabriqué avec minutie, peaufiné et agrémenté d’une illustration du grand artiste haïtien Philippe Dodard : Un jet de couleurs étalant sur la couverture, ce qui ressemble à un individu bravant les flammes d’un incendie. Ce mélange de formes et de nuances contraste bien avec le blanc du carton.

    Dans son cadre thématique, l’ouvrage est plus que bien représenté. Une approche polyphonique où chaque écrivain/musicien joue assez bien sa partition. Une pluralité de thèmes dérivant de la plume des noms parmi les plus connus de l’intelligentsia haïtienne contemporaine. Des témoignages, des poèmes, des études. Et la polyphonie se déclenche. Le lecteur se régale en rassasiant pour de bon son appétit de beaux textes. Il faut aussi tenir son chapeau bien haut pour complimenter le Ministère de la Culture, les Presses nationales d’Haïti et la directrice du livre Emmelie Prophète dont la délicieuse « Solitude » nous sert jusqu’à présent de livre de chevet.

    Du côté des études, James Noël nous plonge dans une réalité (la nôtre) sous une occupation orchestrée par des forces étrangères. L’auteur fait un constat : L’œuvre de Roumain ne fait pas partie, chez nous, du programme de l’enseignement secondaire. Le modèle Roumain est-il connu des jeunes ? Gary Klang questionne un autre aspect. Il soulève un point qui a déjà fait couler beaucoup d’encre : la fabrication linguistique de Gouverneurs. La grille des connaissances acquises à La Sorbonne à son actif, Klang réalise une dissection du texte et nous présente certaines phrases de Roumain que ne sauraient comprendre des francophones non-antillais. Claude Pierre, dans son étude où les mots sont bien pesés, fait ressortir l’importance de la poésie roumainienne. Le langage philosophique de Jean Josué Pierre nous porte à le lire avec avidité, à apprécier son texte et à vouloir en recommander la lecture à d’autres liseurs.

    Les témoignages sont plus nombreux et je dois avouer le penchant de ma préférence pour celui de Lionel Trouillot. Avec ce travail, l’auteur effectue une remise en situation. Il se souvient de ses réactions lors de la première lecture de Gouverneurs et évoque, par association d’idées, l’importance de Roumain pour les camarades de sa génération. Trouillot va plus loin. À la fin de son texte, il replace Roumain dans l’espace des années 1930. À côté d’une star qui lui a peut-être servi de modèle, s’agissant de sa garde-robe. On s’imagine Jacques, dans un film de l’époque, cigarette au bout des lèvres, appuyé contre le piano que fait vibrer un grand pianiste américain, complotant, planifiant, avec Humphrey Bogart, la prise de Casablanca. Magnifique !

    Côté poèmes : de bons textes. Où, au fil de la lecture, on tombe sur des vers qui accrochent l’intérêt : « la table d’écriture grenier de lune/ ne s’enchante d’aucun arbre ». Signé : Bonel Auguste.

    En gros, ce faisceau de phrases projette de nouvelles idées qui exposent les différentes perceptions qu’ont, sur Jacques Roumain et son œuvre, des professeurs et des écrivains haïtiens contemporains, en cette année 2007 où l’on célèbre le centenaire de cet illustre écrivain. Et c’est très bien. Trente et un auteurs se côtoient dans ce miroir ayant pour titre « Mon Roumain à moi ». Ils se jettent des regards en coin, échangent des idées, se disputent, polémiquent même entre eux. Saint-Eloi me vient à l’esprit, qui déclenche une rafale (et atteint tout le monde). Des retombées pourraient provoquer un grand débat… Et ça, ce serait un pas de géant vers la provocation de chocs d’idées à même de faire jaillir des lumières indispensables sur les communautés haïtiennes à travers le monde. Trente et un auteurs haïtiens cohabitent dans un même miroir…textuel. Quelle prouesse !

    Après tout, quand l’Haïtien effectue un vrai retour sur la terre de sa réalité, la première phrase qui le hante en est une qu’il feint toujours d’oublier : L’union fait la force !

    Josaphat-Robert Large
    Juillet 2007