Le_BlogDeJosaphatRobertLarge
Garçon - 67 ans, Saratoga Springs (historical), United States
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Hommages à Anthony Phelps
Voici les premières livraisons pour le bouquet d'hommages à Anthony Phelps. Ces mots viennent de 5 pays différents: La Guadeloupe, l'île Maurice, Haïti, Les Etats-Unis et le Canada. D'autres écrivains ont promis des textes. Au fur et à mesure, nous les ajouterons.
1-Par Ernest Pépin (Poète et romancier né à Lamentin ((Guadeloupe)) est chargé de mission au cabinet du conseil culturel de la Guadeloupe. Distinctions littéraires: Prix Casa Las Americas, 1991; Prix littéraire des Caraïbes, 1992; Prix RFO, 1997)
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Nous voilà en demeure de poète pour célébrer, par delà les mots, le corps à corps têtu de l’homme caribéen avec l’impossible mémoire de son présent.
Un poète nous est venu, non pas tombé du ciel, mais de ce lieu introuvable où s’élabore une œuvre que nous avons devoir d’accueillir dans l’estime et l’honneur.
Il a nom Anthony Phelps et il a levé son chant par dessus le désastre et l’errance pour nous restituer, au plus vrai les harmoniques d’une densité du vivre.
Il a nom Anthony Phelps et il a donné sa voix aux quatre points cardinaux pour mettre à nu le soleil de nos consciences trop souvent obscurci par la barbarie du quotidien et la démission orchestrée de l’esprit.
Il a nom Anthony Phelps et son parcours a toujours allumé les feux de la création en une vingtaine de titres et une quinzaine de disques de poésie.
A quoi cela sert-il de dire qu’il a été plusieurs fois boursier du Conseil des Arts du Canada, qu’il a obtenu à trois reprises le Prix Casa de las Americas ?
Le vrai Phelps est ailleurs. Il est dans cette baguette de sourcier qu’est la poésie vivante, dans ce laboratoire inachevé qu’est le roman, dans cette confrontation obligée qu’est le théâtre, dans cette parole, faussement naïve, que sont les contes pour enfants.
Qui ne se souvient de cette coulée luminescente qui nous offrit un jour un Haïti en partage ?
Mon pays que voici ! Texte férié qui posait « les doigts gourds du poème » sur les marches de l’espérance, la géographie de la souffrance et la transcendance de l’amour.
« j’accueillerai ma terre avec l’honneur du chant
sur le pas de ma porte
ouverte aux quatre courant de l’esprit
et me penchant sur l’ardoise de ses mains
où tout s’inscrit d’un crayon dur net et précis
je trouverai la route lumineuse
menant tout droit vers les paysages de l’homme »
Tout est dit, avec cette force tranquille que donne la certitude d’habiter l’essence des mots et de remonter le lit d’une Histoire quand « est venu le temps de se parler par signes ».
2- Par Umar Timol (Poète né à Réduit ((Ile Maurice)). A publié deux recueils aux Editions l'Harmattan. Vit à Beau-Bassin. Est collaborateur de la Revue "Point Barre". Distinction littéraire: Mention au concours régional de Poésie, Grand Océan, 1998)
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
j'ai laissé longtemps
moisir dans tes yeux
corail bleu
mon sang
pour en faire une étoffe
qui cartographie
sur ton dos
la géographie d'une île
calcinée et nourricière
promise à la mer
où affluent ces blessures
pas encore séchées
qui délinéent
les effractions de nos sens
affranchis des temps enragés
des insolences du mal
des transes de la guerre
de la mort qui souille
de la mort qui conspue
qui délinéent
un temple orné des
bourrasques
d'un soleil asséché
graveuse de
l'axiome de la révolte
sur l'entrelacs
de nos mains gangrenées
Umar
3- Jeanie Bogart (Poétesse née en Haïti. Vit aux Etats-Unis. Tour à tour journaliste, reporter, présentatrice et rédactrice de nouvelles. Distinction littéraire: Prix Gilbert Gratiant ((en langue créole)), 2006.
À ANTHONY PHELPS
J’ose bousculer mon silence téméraire, j’ose ouvrir une brèche dans la solitude des mots pour laisser sourire la parole devant ce poème monumental qu’est Anthony Phelps.
Phelps a su bâtir un rêve de pays pour un pays de rêve. Un rêve planté dans le sol haïtien dont les branches, décennies après décennies, continuent à grandir dans le cœur des générations futures.
Lorsque les mots à maux se font plénitude de l’âme, lorsque la passion pour ce pays mien devient cri de son cœur, ma plume bègue, se rétracte et se courbe pour laisser place à cette fierté littéraire haïtienne.
Pour l’encre insulaire qui coule de la plume de cet homme que je ne connais pas mais que j’épouse dans mes jours de solitude, de colère et d’incertitude, je dis merci, je dis respect. Ton pays que voici, mon espoir que voilà. Poésie d’eau salée que tu m’as léguée.
À genoux, face au soleil, j’enlace tes mots pour crier: Haïti Espoir.
Jeanie Bogart
4- Gary Klang (Poète, romancier, nouvelliste, nà à Port-au-Prince ((Haïti)). Vit au Canada depuis des années. A obtenu un doctorat en Lettres de la Sorbonne Université. A obtenu le Premier de la Vague à l'âme pour Ex-île, 1988)
MON VIEUX COMPLICE ANTHONY PHELPS
Il y a certains amis que l’on appelle pour leur souhaiter un bon anniversaire, et d’autres pas. Pourquoi cette différence ? C’est là un des très grands mystères de l’amitié, étant donné qu’on les aime tous autant. Pourquoi l’un et pas l’autre, un autre que l’on voit parfois beaucoup plus souvent, mais dont on ne connaît même pas la date d’anniversaire ? Mais c’est comme ça. Une sorte de rituel s’installe sans raison apparente. Tous les 28 décembre, Anthony Phelps – Djabe pour les intimes - m’appelle pour me souhaiter longue vie, et tous les 25 août, c’est moi qui décroche le téléphone pour lui dire que je pense à lui. Et comme nous habitons tout près l’un de l’autre, nous prenons rendez-vous dans un café que nous aimons pour continuer le plaisir de converser. Généralement, le rendez-vous est vers 10 h, car Anthony, homme d’ordre, doit rentrer à midi pour aller déjeuner avec Hélène, son épouse. Cette semaine, comme d’habitude, nous respecterons notre rituel aussi sacré qu’une messe.
Ce 25 août 2007 est pour moi l’occasion d’évoquer certains souvenirs avec mon vieux complice. D’abord une nuit inoubliable à Paris, dans les années 60, passée dans un café enfumé du boulevard Saint-Michel en compagnie de notre frère Davertige – Dave pour les intimes. Je voyais Dave tous les jours et Anthony, étant de passage, nous nous sommes réunis pour bavarder et avoir le grand plaisir d’être ensemble. Si mes souvenirs sont exacts, nous avons passé toute la nuit jusqu’à l’aube à boire de la bière et à parler d’Haïti, de dictature et de littérature. Telles étaient les années 60.
Autre souvenir mémorable : la rédaction d’Haïti! Haïti! ce roman d’aventures, premier thriller de la Caraïbe, que nous avons écrit ensemble à Montréal par les nuits d’hiver glaciales, pour dénoncer la tyrannie de Duvalier qui nous avait tous foutus sur les routes de l’ex-île (titre de l’un de mes recueils de poèmes). Lorsque le livre fut publié, nous savions lui et moi que nous étions ex-îlés à vie d’Haïti et acceptions joyeusement les conséquences de notre acte. Mais l’Histoire est une mégère retorse qui a des ruses de magicienne, comme l’a bien dit Hegel, et Duvalier - qui se croyait installé à vie dans ce fauteuil que beaucoup d’Haïtiens reluquent encore pour des raisons qui m’échappent - a eu la bonne idée de tomber exactement 9 mois après la parution de notre roman, comme pour une vraie naissance, et ce l’était en effet à l’époque, bien que la suite de l’histoire comporte aussi beaucoup d’autres ruses.
Voilà 2 souvenirs que je voulais rappeler à l’occasion de l’anniversaire de Djabe Anthony Phelps, un ami et aussi un poète qui fait honneur à la littérature. Maintenant que nous sommes tous désenchantés par les coups bas de la mégère, il ne chanterait peut-être plus l’île avec la même ardeur ; mais en ce temps-là c’était normal. Nous sommes tous passés par la nostalgie et l’espoir pour retomber ensuite sur le sol rugueux du réel après des déceptions en cascade et la perte de tous les repères. L’amour de l’île demeure intact, mais nous ne pouvons plus la chanter de la même manière.
Gary Klang
5- James Noël (Poète et essayiste né à Hinche ((Haïti)). Une promesse de la jeune poésie haïtienne, son recueil Poème à double tranchant a été préfacé par Franketienne) Distinction littéraire: Finaliste Prix du livre insulaire d'Ouessant, 2005.
Phelps fait partie de notre mémoire, c'est une légende vivante.
James
6- Jeune poète de moins de trente ans, né à Jérémie (Haïti), Toussaint Jean François est membre de la SOJEC : écrivains qui assurent la relève à la Cité des poètes. Journaliste reporter, rédacteur et présentateur dans la section culturelle de Mgik9, en l’an 2000, Toussaint a été lauréat au concours national de dissertation pour les élèves des classes de Rhétorique et de Philosophie, sur près de 1000 participants
LES SAISONS ET LES SIGNES.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Les rues n'ont pas vingt ans qui portent nos ombres indociles
Ni ta voix de poète qui prolonge l'existence des syllabes
Le poème se lit à demi-mot dans l'immobilisme d'un temps impair
Où la parole émiette l'aube et que l'homme s'exile dans la pierre qui se ferme
Voici mon pays et ses légendes
Voici mon peuple et ses signes qui maintiennent l'équilibre
Aujourd'hui, poète
Le temps est venu de se parler par signes
Les mots sont décousus
Et ne disent rien dans leurs raisonnances à peine audibles
J'écoute tranquillement les sanglots du poème dans ta voix de poète
Quand les saisons ont dévasté nos âges et se subliment à jubilée
Elles inventent autour de toi, poète
Des milliers de légendes éloignées de toutes légendes vraies
Et la mer les emporte
Petits bateaux de papier largués aux quatre vents
J'écoute dans ta voix le vertige du poème
Et un bruit de foule attaché aux pylônes des fils électriques
Laisse-moi écouter le sanglot du poème endormi dans ta voix
Pour arrêter le temps en dépit des feux follets et l'ondulation des nuages
Voici aujourd'hui ma complainte
Pour maintenir allumée la petite lampe à papillon de la tour de l'étoile
Et ta voix de poète qui a bercé tant d'enfances endormies au fond de tes paupières
Ainsi commencent les éternités renouvelables de la parole
Quand les sons prêtent voix aux signes
Quand la densité de la nuit se dissipe sous un regard de femme
Me direz-vous poète quel temps il fait à 79 ans
Est-ce toujours la triste saison du vécu
Me direz-vous votre cadran favori
Quand je pipe des mots en ébullition
Dans des cycles imparfaits
Pour un collier de corail et 79 étoiles
Toussaint Jean François
7- N. Donald Assali est né à Port-au-Prince (Haïti). Il a obtenu un doctorat en lettres françaises à l’Université de l’Etat de la Floride. Assali a publié 5 ouvrages en France. Distinction littéraire : Finaliste Prix du livre insulaire d’Ouessant, catégorie Poésie, 2002.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
En dépit des contraintes qu’impose l’autoritarisme, Haïti-Littéraire fleuronne. C’est la déhiscence vers une ère nouvelle de la littérature haïtienne, grâce aux efforts incessants d’Anthony Phelps. Artiste des « Phrase (s) lente (s) de violoncelle », il étend sa « lente marche de poète » et ses écrits voyagent…voyagent !
N. Donald Assali
8- Yusuf Kadel est Mauricien. Coordonnateur de la Revue Point Barre, il est poète et essayiste.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
LES POETES
C’est une table – je crois
Sans forme précise
Ni carrée ni ovale encore moins ronde
Une fort belle table faut dire
Cernée d’ombre et de bleu
Et toujours c’est les mêmes
Qui s’y affairent…
D’autres passent
S’asseyent s’en fourrent plein les sens
S’en vont replets
Et toujours
C’est les mêmes qui restent
Et se démènent
A polir
A étaler du souffle
Comment les reconnaître ?
Facile
Ils embaument l’espace
Et le temps croupis
Car depuis toujours Ils sont là
S’usant les doigts jusqu’à l’âme…
Et ils font cela sans rechigner
C’est LEUR table ! voyez-vous
Depuis toujours
Ils n’ont rien demandé
Mais elle est à Eux
Alors
Ils la paient
Yusuf Kadel
9- Pierre-Moïse Celestin est né à Port-au-Prince (Haïti). Bibliotechnicien, il travaille à la Bibliothèque nationale de cette ville. Il est membre de l'atelier Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson. Membre de l'Association culturelle Passerelle/Aclac, il fait partie du comité organisateur du festival de poésie de la ville de Jacmel.
EST-CE TA VOIX QUI RESSUSCITE LES MO(R)TS
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
<<J'ai pénétré le sens de la parole>>
Anthony Phelps
Est-ce ta voix qui ressuscite les mo(r)ts
qui dorment debout sur les paupières
des femmes seules et tristes
Magicien de la parole
tu effaces la nuit d'un seul jet de mots
et refais provision d'étoiles au coeur du jour
le monde s'ouvre sur des gestes infidèles
et l'éternité est provisoire tant que
les soleils lointains ne viendront pas se nicher
au creux de ta voix le seul espace fiable à mon poème
A présent je repeins toutes les nuits
sur le mur des origines
la mémoire de tes 79 étoiles
pour que le temps s'enracine
dans ton paysage légendaire
fait de signes de vertige et de villes imaginaires
Est-ce l'écho du poème qui embellit le vide
ou est-ce ta voix poète qui apporte la lumière
et met à genoux la mer dans cette chambre
aux mille et un souvenirs éternels
Je recommence le chant de <<Mon pays que voici>>
pour sublimer la parole faite chair
renouvelée dans chaque battement d'aile
des phalènes qui s'engouffrent
dans les espaces gémellaires et crépusculaires du temps
10- Jean-Robert Léonidas est médecin, poète, romancier et essayiste. Il a à son actif, un roman, un recueil de poèmes et deux essais. Il est né à Jérémie et vit à New York où il a sa propre clinique.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Ce fut à Montréal, il y a presque 20 ans. A la veille d’un Salon du Livre. Ce fut à l’époque où l’on ne pouvait pas entrer dans une certaine maison d’édition de la place et en sortir indemne. Ce fut à Cidihca. J’y ai rencontré Anthony Phelps ayant en main un texte que tous les candidats à l’édition brûlaient de parcourir. Avec grande générosité, il me le passe. Et j’y rencontre un mot que depuis je partage avec lui. Noctuelle. Tout comme a Jérémie, il y a cinquante ans, rue Hortensius Merlet, (Ti-Amélie m’est témoin) j’ai appris à garder nocturne en partage avec Roumer. Il est de ces mots volages qui butinent vos jardins secrets, de ces mots musique qui vous font des sérénades au cœur de la nuit, mais qui vous bouleversent, vous changent a jamais, comme en une initiation. Ces lumignons s’accumulent, embrasent les campêches de la nuit, causent de grands boucans qui allument les aurores, énergisent les soleils, font lever un jour nouveau. C’est le temps de dire merci aux aînés qui ont tenu haut le flambeau. Merci, Anthony Phelps, merci. Pour une poésie porteuse d’un paradoxe heureux. A la foi boutefeu et arrosoir. Déflagration et douceur. Gigantisme et lumière.
Jean-Robert Léonidas
11- Jean-Pierre Jacques Adler est né à Jacmel en 1977. Auteur de 2 recueils de poèmes, il est journaliste culturel de la Radio/Télévision nationale d'Haïti. Il est comédien et collaborateur au quotidien Le Matin.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Anthony Phelps,
Ce poème qui dort sur toutes les bouches
du monde,
Cette poésie que voici,
Ce chant sacré qui habite le silence
C'est ton sang.
Ta voix,
Tes paupières,
Ton encre, portent la caligraphie des iles
Comme un baiser qui marhe,
et qui danse dans les artères de la ville
Que tes mots
Caressent l'adoise de l'autre bout de la mer,
Et que ton soufle soit Lumière
Quand la solitude nous appartient!
Jean Pierre Jacques Adler
12- Claude Pierre. Linguiste de formation, professeur des Universités, poète et essayiste, est né à Corail (Grand'Anse), en 1941. Auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages (poésie, essais, anthologies), il écrit en français et en créole.
J’ai célébré de fiévreuses retrouvailles avec MON PAYS QUE VOICI, nouvelle édition, grâce à La délicatesse de Maximilien Laroche et de sa conjointe qui, en me l’offrant, m’ont donné cet été la chance de revisiter ce grand Chant.
HOMMAGE À ANTHONY PHELPS
Redoutables
Les vêpres palefreniers de l’aube
Dans l’imagerie d’une rivière de sang !
****
Razzié de vous-même
tisserand d’une île hérissée de glaives
la canne du pèlerin
sucre pervers traqué dans
l’oppression/expression
fondatrice d’une ville dans l’étrangeté
Un poème en posture d’envol
Grenades mûries dans l’explosion d’un hymne
tel une flamme d’innocence
HOMME DE VIGIE
Vous veillez à côté du vent changeant pour préserver la lampe
Plantée à coups de violence
Dans la spirale du texte
Exposé au gibet du souvenir
La mémoire au piquet dans le jeu du cerceau
La flamme tient bon
Et à petites gorgées d’aube
La chrysalide deviendra papillon
Veilleur torturé
Depuis des lunes de flaques d’insomnie une
couleur isabelle attise l’enfer de la nue
Geôlier sans passé sans passion la terreur
aiguisée à même l’effroi
J’ai troqué ma peur contre la patience du
chant des cigales
Vous avez l’âge du poème
Anthony Phelps
La colère perce sous un verbe aux mille
mégatones de tendresse
Bonjour poète
De la marelle à cloche-pied
Au trot long dans la ville
Le silex au dit d’oracle
Morsure meurtrissure
Au premier degré
Je vous renouvelle ma reconnaissance et mon profond …
Respect !
Septembre 2007
Claude C. Pierre
13- Paul Baron vit en France où il est directeur de publication de la revue franco-haïtienne Pour Haïti.
Hommage à Anthony Phelps
J’ai appris par Mme Alexandra Philoctète de Montréal, animatrice et productrice de l’émission RÉALITÉS 2007 l’initiative de l’écrivain, Josaphat Large, sans doute, ami et admirateur du poète, de l’écrivain, du militant progressiste Antony Phelps, de lui rendre hommage à l’occasion de sa date d’anniversaire le 25 août 2007.
Je me suis demandé si ce que j’ai su de lui ne pouvait pas être une contribution à cet hommage.
En effet, j’ai eu avec Villard Denis, un grand ami de Phelps des relations plus que cordiales. Nous avons fait une partie de notre scolarité au lycée Toussaint Louverture ensemble. Et les années des classes de troisième et de seconde nous avaient rapprochés sérieusement du point de vue idéologique et aussi du fait que nous conjuguions nos forces dans l’apprentissage des mathématiques et de la physique.
Je savais que Villard peignait et qu’il écrivait. Ironiquement, on l’appelait le poète.
J’allais chez lui souvent accompagné d’un autre ami qui faisait du théâtre avec moi. Avec Villard, nous avions eu des rapports de confiance Et cet ami et moi, nous lisions les premiers certains poèmes de Villard- Davertige : tels que : « Omabarigore », « Monologue d’un fou sur le passé et le présent », etc. Chez lui, je fis la connaissance de Roland Morisseau, de Serge Legagneur, de René Philoctète, de Gérard V. Etienne, en un mot des membres du groupe dénommé « Haïti Littéraire » à l’exception de deux d’entre eux : Anthony Phelps et Réginal Crosley.
Mais, Villard me parlait toujours d’Anthony, l’ami qu’il aimait et respectait, par-dessus tout. J’aurais pu le croiser, cet ami, cher à Villard, un certain samedi soir à la Galerie Brochette à Carrefour, banlieue de Port-au-Prince. La galerie Brochette fut considérée comme un appendice du Cendre d’Art de Port-au-Prince. Il y avait des expositions en permanence. Certains noms de peintres y étaient associés tels que D. Cédor, Dorcelly, Lazare, Villard, Tiga, etc. Ce fut un lieu de rencontres et de discussions sur la peinture et sur la littérature, la poésie. Ce fut un endroit où l’on pouvait manger et boire un verre. Mais, malheureusement, je n’y étais pas invité explicitement. Si je l’avais été, je n’aurais pas pu rentrer chez moi, le dimanche, à 5 heures du matin sans explication. Par ailleurs, une petite visite à la Galerie Brochette impliquerait des dépenses que je n’aurais pas pu assumer, à cette époque... Même si l’idée de déguster une part de cabri grillé me mettait de l’eau à la bouche. Cependant, au cours de la semaine qui suivait, il se trouvait toujours quelqu’un de la bande pour commenter en ma présence la dernière soirée à la Galerie Brochette. Par exemple, j’avais eu vent de la colère de Jean-Richard Laforest à la question: Comment étaient les femmes soviétiques ? Question posée par une des habituées de la Galerie Brochette. Toutefois, l’existence de « Haïti Littéraire » et le rôle d’Antony Phelps, de 1960 à 1963, avaient une autre signification pour mes amis et moi. Nous avions pensé contribuer à la dénonciation de la dictature de Duvalier avec des poèmes tels que : « Minerai noir et Me Voici » de René Depestre ; « Black Soul » de Jean F. Brière ; « Vous » de Carl Brouard ; « Nedje» de Roussan Camille, etc. Dans le sillage de « Haïti Littéraire », de Villard Denis entre autres, nous nous enrichîmes de Paul Eluard : « Liberté », d’Aragon : « Il n’y a pas d’amour heureux » : de Kateb Yacine : « Nedjma » et surtout avec des poèmes de Phelps des recueils « Eté, Présence, Eclats de silence », de Roland Morisseau, de Villard, etc. Très vite, le mal de la fuite, l’exil, le « sauve-qui-peut » allait sévir. De nombreux jeunes « engagés » de l’époque étaient atteints de cette maladie incurable : l’exil ou le saut dans l’inconnu. Je n’en fus pas exception en prenant la direction de l’Amérique du Sud tandis que le gros de la troupe se mut vers l’Amérique du Nord. C’est bien connu ce vieux proverbe : « tous les chemins mènent à Rome ». Une fois à l’étranger, je me rendis compte que le temps était différent de celui d’Haïti. Les années défilaient comme si on les accélérait Et je me suis surpris me demander, 10 ans après, en 1973, ce que je faisais en France et quand j’allais retrouver « mon île » ? La mort de François Duvalier survenue le 21 avril 1971 n’entraîna aucun bouleversement politique dans le pays. Son fils, Jean-Claude Duvalier, âgé de 19 ans, accéda au pouvoir tranquillement. En France, l’activisme politique sévissait à merveille avec des slogans creux et guerriers. Il en était de même d’ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en République Dominicaine. Le raisonnement était simple. Le nouveau président à vie n’avait que 19 ans. Dans combien d’années, Haïti Parmi les exilés haïtiens, (On ne parlait pas encore de la diaspora haïtienne), la déception était à son comble. Elle était présente dans les esprits et se lisait sur les visages Comment comprendre ce qui s’était passé et retrouver un certain espoir ? La parution chez « Les Editeurs Français Réunis » du livre d’Anthony Phelps « Moins l’Infini » au premier trimestre de 1973, fut pour moi un évènement heureux. Parmi les opposants à la dictature, surtout à l’étranger, le roman « Amour, Colère et Folie » de Marie Vieux-Chauvet n’était pas connu. Ainsi, nous étions quelques-uns à nous accrocher au roman « Moins l’Infini » d’Anthony Phelps. Il provoqua chez moi un sentiment de bien être et de révolte que je n’ai jamais su expliquer. Je l’achetai et le lus d’un trait. Au fil des pages, je me voyais ainsi que l’un des copains, mort depuis, qui racontait en ma présence l’affaire de la machine à écrire : Olivetti. Dans le roman d’Anthony, je me suis vu dans la peau de Benoît faire des démarches pour que des copains de mon quartier puissent obtenir des bourses d’études à l’étranger, à condition que les bénéficiaires « soient d’accord pour rentrer au pays ». Contrairement à d’autres lecteurs de « Moins l’Infini », j’en ai tiré la conclusion que la gauche qui faisait face à la dictature sanguinaire des Duvalier, malgré sa faiblesse, avait fait honneur au peuple haïtien, à la jeunesse haïtienne. À la barbe de l’impérialisme agressif et complice des Duvalier, à l’époque de la guerre froide, cette gauche fut héroïque. Mais, ce n’était pas le seul cadeau que j’avais eu du lauréat de la « Casa de las Americas » de 1980. Le Jean-Claudisme avait bénéficié de préjugés favorables de la part de la France, des Etats-Unis, de la République Dominicaine, etc. La cause haïtienne était presque entendue. D’autant plus qu’il se produisait des ralliements inespérés au pouvoir sur la base de la « libéralisation » prônée par Duvalier fils et ses laquais et ses léopards. Il fallait continuer la dénonciation de la dictature et de ses conséquences néfastes en Haïti. Comment se rendre crédible à l’étranger ? Comment convaincre mieux des interlocuteurs attentifs et progressistes ? Anthony Phelps en éditant et diffusant le disque « MON PAYS QUE VOICI » et en disant ses propres poèmes avec cette voix particulière, avait déplacé des montagnes et avait contribué fortement à discréditer la présidence à vie en Haïti. Avec « Mon pays que voici » et la voix d’Anthony que de soirées de solidarité à la cause du peuple haïtien avions-nous organisées en France jusqu’à la suite de Baby Doc, le 7 février 1986!
Paul Baron
14- Raymond Chassagne vit au Canada. Docteur ès Lettres, écrivain et poète, il est l'auteur de: Mots de passe (poèmes), Incantatoire (poèmes), Carnet de bord (poèmes), Le gré de force, manifeste solitaire (essai sur le tracé haïtien). Trois de ses poèmes dits par Anthony Phelps sont disponibles sur disques. Son florilège comprend aussi un CD dit par Phelps et Boris Chassagne
Lettre et Hommage du poète Raymond Chassagne à Anthony Phelps.
Ma mémoire me ramène à cette soirée des années 70 où, invité chez Anthony, café en main, il fit tourner son magnétophone, faisant résonner l’étrange émotion qui me gagna en écoutant mes propres en écoutant mes propres textes que, timidement, je lui avais passés.
Je dois à Anthony, devenu ami depuis, d’avoir osé publier Mots de passe, mon premier recueil; je lui dois d’avoir aussi découvert le bien-fondé des conclusions d’Émile Ollivier disant de mon ami qu’il était essentiellement «un rassembleur ». Phelps l’est en effet par son sens inné de la relativité des valeurs et des destins, par la tolérance et respect de l’autre, contrairement au radicalisme primaire, vide, et pourtant destructeur, que nous offrent les cas d’espèce du sous-développement. Rassembleur, Anthony l’est encore à travers maintes manifestations d’une nature et d’une vie vouées à l’amitié, à la poésie, à la survie, aux valeurs premières et au combat contre l’injustice.
Il faut donc rendre hommage à un poète dont l’image nous apparaît comme étant celle d’un oracle poétique, d’un Diogène de la poésie à l’écoute de l’homme. Nous n’oublierons jamais son mâle et tranquille accueil, sorti d’on ne sait quel généreux humanisme.
Je lui offre le texte inédit que voici :
Le dit pèlerin
Il dit : Je viens de loin, me connaissent tous les sentiers toutes poussières perverses.
et la pluie qui toujours mime les sueurs
alourdit la charge de détresse
faisant glisser l’utopie sur l’inquiétude des parvis
Il dit n’avoir jamais vu ni phare ni pilote,
avoir perdu sa boussole en chemin
dans le ventre du négrier jadis
dans les combats inégaux, victorieux pour un temps,
ivres de mouvance, emportant palais, potences,
malheurs étirés le long de bras pendus,
puis dans les geôles prisonnières du chaos
Il dit : Ma terre à moi s’étend à toutes terres où l’homme immolé
Regarde l’homme tueur avant trépas;
Je suis souffle coupé depuis l’impensable,
nuque livrée au bourreau
aux froids tempérés de l’Ailleurs imposé;
Je suis prière et cierge d’enfance à Pâques,
chant de vêpres, grand’messe et puis crêpes
saluant un départ sans retour.
Il dit : je suis l’ami qui croyait au serment,
l’amant croissant promesse d’avant râle,
affrontant lendemains de dolmen
à falaise voué Je suis dernier couloir ouvert sur le mort-né
sur l’arène aux combats invertis – c’était hier -,
et je suis lingot d’or qu’effrayait le partage;
Puis j’ai marché le long d’itinéraire avide
où cheminaient tels preux
telles gloires telles fumées;
J’ai vu aveugles se croyant borgnes
Hallebardes, mousquets pour découvertes vaines
et paradis coulés le long des proues
vers gouffres insondés.
Il dit : à peine promis, c’est paradis perdu;
je me meurs d’avant-terre annonçant l’avant-texte
où l’écrit s’épuise d’inaudible oraison
Il dit : la grotte où logea sa solitude n’avait que le commerce des arbres maternés
de nids tendres, parfois du sable niant le naufrage des grandes houles; il dit ce naufrage
de vie heureuse, de serments, de l’égalité cherchant Diogène, toutes certitudes courbées
dans la chance et le déni; sa solitude à lui jamais ne fut absente.
Il dit : les chemins qu’il espérait mêmes
ne lui furent qu’échaudoirs d’exil, de silence
de crédence d’avant-guerre.
Il dit : le pain absent des lèvres de l’enfant qu’il fut,
le regard de l’aveugle,
la Cène et les semonces du temps qui court trop vite
Raymond Chassagne
15- Jean-Eli Barjon est professeur et poète. Un membre important de la Fondation Mémoire de New York. Il offre à Phelps un hommage suivi d'un poème.
HOMMAGE A ANTHONY PHELPS
Anthony, tu as assumé ta nationalité avec tout ce qu'elle comporte de grandeur et de misère. Tu nous a appris à espérer quand de toute évidence il fallait se laisser aller au découragemet. Il ya autant d'espoir dans tes vers que dans le timbre de ta voix. Même quand tu parles du sommeil de l'homme de vigie, il ya
tant de soleil dans ta voix que le lecteur se surprend à penser au réveil.
Ce sont des compatriotes comme Roumain, Alexis, Paul Laraque , Roger Gaillard, Jean Brière, Josaphat-Robert Large, mon copain Jean Brisson et toi Anthony qui m'ont épargné ce désastre qu'est la haine sociale. Oui Messieurs, vous m'avez appris à aimer ceux que le hasard de la naissance a placés sur mon chemin.
Que tu appelles la pute par son nom.
Ou que ton verbe malin
en fasse une fontaine au bord du chemin,
la vie est ce qu'elle est, poète.
La force de tes symboles, ton ame d'or pur et ta puissante voix de baryton
ne renverseront pas l'humaine condition.
Jean Elie Barjon pour Anthony Phelps -
Mi Roumain a Mi
Traduction du Texte Mon Roumain à moi, par Thom Gato et publié dans un site de langue espagnole: Haiti Crema y Nata:
HAITI CREMA Y NATA
SABADO 28 DE JULIO DE 2007
MI ROUMAIN A MI
Por Josaphat-Robert Large
El que echa un vistazo en sobrevuelo sobre el Colectivo “Mi Roumain a mi” descubre un libro fabricado con minucia, pulido y adornado de una ilustración del gran artista haitiano Philippe Dodard: un chorro de colores que se extienden, sobre la cobertura, lo que se asemeja a un individuo haciendo frente a las llamas de un incendio. Esta mezcla de formas y matices contrasta bien con el blanco del cartón.
En su marco temático, la obra está más que bien representada. Un enfoque polifónico donde cada escritor/músico juega bien bastante su partitura. Una pluralidad de temas que derivan de la pluma de los nombres más conocidos entre la inteligensia haitiana contemporánea. Testimonios, poemas, estudios. Y la polifonía se desencadena. El lector se complace de verdad satisfaciendo su apetito para bonitos textos. Es necesario también tener su sombrero bien alto para felicitar el Ministerio de la Cultura y la Comunicación, las prensas nacionales de Haití y a la directora del libro, Emmelie Prophète, de quien la deliciosa “Soledad” nos sirve hasta ahora de libro de cabecera.
Del lado de los estudios, James Noël nos hunde en una realidad (el nuestro) bajo una ocupacion orquestada por fuerzas extranjeras. El autor consta: la obra de Roumain no forma parte, en casa, del programa de la enseñanza secundaria. ¿El modelo Roumain se conoce de los jóvenes? Gary Klang cuestiona otro aspecto. Plantea un punto que ya hizo colar mucha tinta: la fabricación lingüística de Gobernadores del rocío. La rejilla de los conocimientos adquiridos la Sorbona a su activo, Klang realiza una disección del texto y nos presenta algunas frases de Roumain que no podrían comprender francófonos no antillanos. Claude Pierre, en su estudio donde las palabras se pesan bien, hecho resaltar la importancia de la poesía Roumainienne. La lengua filosófica de Jean Josué Pierre nos lleva a leerlo con avidez, a apreciar su texto y a querer recomendar la lectura a otros lectores.
Los testimonios son más numerosos y debo reconocer la inclinación de mi preferencia por el de Lyonel Trouillot. Con este trabajo, el autor efectúa una puesta en situación. Se acuerda de sus reacciones en la primera lectura de Gobernadores del rocío y menciona, por asociación de ideas, la importancia de Roumain para los camaradas de su generación. Trouillot va más lejos. Al final de su texto, pone de nuevo a Roumain en el espacio de los años treinta. Junto a un STAR que le sirvió quizá de modelo, respecto a su guardarropa. Se imagina a Jacques, en una película del tiempo, cigarrillo entre los labios, recostado contra el piano que hace vibrar un gran pianista americano, trazando, planeando, con Humphrey Bogart, la toma de Casablanca. ¡Espléndido!
En cuanto a los poemas: buenos textos. Dónde, al compás de la lectura, se cae sobre versos que sucitan el interés: “la tabla de escritura granero de luna/ no se encanta de ningún árbol”. Firmado: Bonel Auguste.
En fin , este haz de frases proyecta nuevas ideas que exponen las distintas percepciones que se tienen, sobre Jacques Roumain y su obra, profesores y escritores haitianos contemporáneos, en este año 2007 dónde se celebra el centenario del nacimiento de este famoso escritor. Y está muy bien. Treinta y uno autores se codean en este espejo que tiene para título “ Mi Roumain a mi”. Se lanzan de las miradas de soslayo, intercambian ideas, se disputan, polemizan incluso el uno contra el otro. Saint-Eloi me viene al espíritu, el que desencadena una ráfaga (y alcanza todo el mundo). Repercusiones podrían causar un gran debate… Y eso, estaría un paso de gigante hacia la provocación de choques de ideas en capaces de hacer brotar las luces indispensables sobre las comunidades haitianas a través del mundo.
Treinta y uno autores haitianos cohabitan en un mismo espejo… textual. ¡Qué proeza!
Después de todo, cuando el haitiano efectúa una verdadera vuelta sobre la tierra de su realidad, la primera frase que le atormenta es una de aquellas que finge siempre olvidar: ¡La unión hace la fuerza!
(1) COLECTIVO, Mi Rumano mi, Ediciones Prensas nacionales de Haití, Port-au-Prince, 2007, 309 p.
Josaphat-Robert Large
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Artículo original publicado en francés en la página digital del periódico Le Nouvellsite traducido en español en http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID... traducido por Thom GATO
Versión francesa también disponible en Haití Recto Verso en http://haitirectoverso.blogspot.com/
Publicado por HAITI CREMA Y NATA en 9:58
Etiquetas: JACQUES ROUMAIN...A JAMAIS
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