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  • Les dernières années d'Emile Roumer(Par Maurice Celestin)

    Par Maurice Celestin

    Josaphat-Robert LARGE a offert une très belle présentation d’Emile ROUMER. Il nous a fait vivre les moments du poète Jérémien de son berceau à son tombeau .En gros, il a tracé le parcours de l’homme depuis son éveil, en passant par sa turgescence pour aboutir à son stade cocon durant lequel il a du se plier sur lui- même, se retirer pour échapper aux foudres Duvaliériennes qui se sont abattues sur tous ceux-là qui ne s’étaient pas mis à l’abri. De fait ,que d’hommes de la génération d’Emile ROUMER, à cause de leur plume et de leurs connaissances ont été torturés, exécutés ou forcés à l’exil !! Jacques Stéphen ALEXIS , par exemple a été foudroyé .Je ne citerai que lui pour ne pas tomber sur sentier battu . Mais ne voulant pas, sans doute être trop long dans son exposé, LARGE n’a pas jugé nécessaire de parler du passage du poète à Port-au-Prince, suite à sa longue hibernation à Jérémie. En tout cas, il m’accorde une heureuse opportunité de pouvoir placer quelques mots devant retracer les dernières années d’Emile ROUMER vécues à la Capitale dans une ambiance intense en activités intellectuelles. Il est important de faire état de cette tranche de la vie du poète, qui est de toute importance, car à bien considérer, c’est elle qui a fait connaître l’homme dans son tout épanouissement. Emile en effet dans sa sortie, dans sa percée fulgurante à Port-au-Prince durant la période d’accalmie apparente du Gouvernement de Jean-Claude DUVALIER a beaucoup fait parler de lui. Professeur de littérature au Lycée de Jeunes filles, journaliste, conférencier, polémiste, Emile ROUMER avait audience dans tous les milieux ou « l’intellect » avait rendez-vous. C’est à cette époque que j’ai fait sa connaissance. Sa fille Agathe, alors, étudiante à la Faculté de médecine et de pharmacie me l’a présenté .Par la suite on se rencontrait souvent en pleine rue pour des discussions très animées ,très alimentées sur la littérature haïtienne. Il était au courant de ma passion pour les poèmes d’Etzer VILAIRE. En fin d’année scolaire, pour la correction des copies de fin d’études secondaires, on était quotidiennement ensemble au lycée de jeunes filles .Il prenait plaisir à me parler de la beauté de sa ville natale Jérémie, cité des poètes. Il n’oubliait jamais de vanter les qualités intellectuelles de ses enfants, naturellement, particulièrement des docteurs Agathe et Michel ROUMER, parce qu’il savait que je les connaissais. Ainsi, un grand courant de sympathie s’est installé entre l’aîné et moi. A Jacmel, ou il devait être honoré, il a tenu que j’eus été à ses cotés. Je lui ai fait ,en effet, le plaisir de m’y rendre : J’ai passé le séjour avec lui dans la ville de JOANISSE en compagnie du feu professeur Jean CLAUDE, qui avait choisi cette bonne occasion pour verser tout son lot de connaissances et de son beau parler avant de partir pour l’au-delà. Je n’oublierai jamais la vive discussion qui, à l’occasion, a éclaté entre Edrisse St-ARMAND et Emile ROUMER à propos du poème MARABOU DE MON COEUR. Au micro,ROUMER prétend qu’on a déformé son poème en changeant l’orthographe d’un mot. Dans le membre de phrase « TU ES LE BŒUF SALÉ DONT MON CŒUR EST LA COUANE » connu de tout le monde et chanté à travers le monde, le poète dit avoir écrit originellement (de préférence) « TU ES LE BŒUF SALÉ DONT MON CŒUR EST LA DOUANE » . Edrisse ST-ARMAND a failli mourir d’énervement . Une terrible discussion a éclaté entre les deux hommes de lettre .Je retiens encore les mots de St –ARMAND qui en réplique eut à dire à ROUMER « mon cher, vous venez d’enterrer vivant votre œuvre que j’ai tant aimée et que j’aime encore de tout cœur .Votre poème demeure encore la couane de mon coeur». Deux semaines après, j’ai rencontré Emile pour lui dire mon cher, je rejoins Edrisse : il a raison ,couane dans ton poème est plus approprié que douane .Il m’a répondu : j’ai parlé à Edrisse ,on s’est entendu sur la question.
    Tout est bien qui finit bien : Le cœur d’Emile était redevenu la couane de la Marabou de son cœur : son bœuf salé . ROUMER est parti visiter son fils Michel et sa fille Agathe pratiquant la médecine en terre Allemande .Il est retourné,il m’a donné des nouvelles de ses enfants. Il était enchanté de son séjour et c’est pourquoi ,peut être ,qu’il y est retourné pour rendre son dernier soupir. Mais
    ses restes, il tenait à les déposer à la grande DOUANE souterraine de sa terre natale prête à recevoir tous les « fronts endormis dans la mort » (Etzer VILAIRE). J’étais là, à Jérémie, le jour de son enterrement. Je l’ai vu partir à jamais vers les noirceurs du sein de la terre prête à accueillir tous ses enfants riches comme pauvres, blancs comme noirs.