Blog / Mots-clés / florilège

Afficher tous les articles

Articles avec le mot-clé 'florilège' :


  • Des Poèmes d'Ernest Pépin

    Ernest Pépin, poète et romancier né à la Guadeloupe, est, aux côtés d'Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, une des voix les plus puissantes des îles françaises de la Caraïbe. Ses livres, publiés chez Gallimard. l'Harmattan, Ibis Rouge, etc, ont obtenu, successivement: le Prix Casa de las Americas, le Prix littéraire des Caraïbes et le Prix RFO.

    1- Solo d’îles

    La mer est une guitare qui pleure
    L’histoire des hommes
    A même les brisants
    Elle remue son chant foudroyé
    Au bord de la mémoire
    Et nous nous souvenons
    D’où nous sommes partis
    Comme des orphelins
    Nous habitons désormais le sel
    Un terre salée
    Une salaison d’îles prophétiques
    Il faut oublier la douleur du départ
    Les bateaux négriers
    La porte du non retour
    Recoudre la peau de la mer
    Et inventer l’arrivée
    Avec aux yeux un arc-en-ciel
    Avec aux mains l’imaginaire des lendemains
    La Caraïbe ne s’est jamais donnée
    Songe pluriel
    Elle appartient à ceux qui savent rêver
    D’un métissage des douleurs
    Iles tambours
    Solo d’îles
    Symphonie de lumières
    Iles citadelles
    Mémoires fascinées
    La mer joue son jazz d’étincelles
    Et demande aux arbres
    D’inventer de nouvelles racines

    Solo d’îles
    Ne pas gratter la douleur du soleil couchant
    Les races sont venues abolir toute race
    Répandre leurs couleurs dans la mémoire de la mer
    Et nommer l’homme des pluies neuves
    Des quatre coins de la terre ronde
    Comme des enfances recommencées
    Les races sont venues rêver d’autres couleurs
    Emmêler des langues de marins
    Au chant de la lumière
    Ne pas blâmer les femmes violées
    Elles furent nos premiers peintres
    De la calebasse enceinte
    Du nid des oiseaux migrateurs
    De l’éloquence de la conque
    Nous sommes nés d’un miracle d’eau salée
    Nous sommes nés de tout le bleu
    De tout le deuil de l’avant
    De la vulve des volcans rouges
    De ce tremblement d’ombres errantes
    De toutes ces îles voraces du sang noir

    Solo d’îles
    Corps dévalisés à remplir de contes
    D’un Dieu plus faible que sa croix
    De silences illisibles
    Et de balbutiements d’étoiles
    Une langue nous amarre au feuillage
    Et fait l’amour aux langues du monde
    Corps souterrains
    Où se cache la mémoire des dieux
    Passagers clandestins
    Forces miraculées
    Possède la nuit disent-ils
    Et tu gagneras le jour
    Il suffit d’un tambour
    Pour supporter le poids du ciel
    Pour enjamber le réel
    Réanimer les ancêtres du Bénin
    Du Nigeria et du Congo
    Les fleuves en transe déparlent des langues
    Le sang du coq se souvient
    Mais n’oublie pas la ruse du serpent
    Ni la chevauchée des Esprits
    Ni la cadence de l’invisible
    Vaudou
    Santeria
    Candomblé
    Sont des voyages dans les miroirs
    Des soleils en roue libre
    Des miroitements de l’autre bord
    Dans l’épicentre de la douleur
    L’enracinement des nombrils
    Et l’alliance inédite de l’ici-dans
    Corps montés
    Corps démontés
    Les Dieux cachés ont faim des îles
    Les Dieux de l’Inde nous rappellent
    Que nous sommes l’offrande du sacrifice
    Et le parfum des peuples anciens
    Iles ouvertes à tout langage divin
    A toute merveille dessouchée

    Solo d’îles
    Dit d’îles créoles
    La tête nouée au songe neuf
    La terre mêlée à son aller
    Un conteur veille le rêve
    Défait la peau de la nuit
    Un grain de sel sur sa langue
    Suffit pour traverser l’envers
    Et nous répondeurs
    Nous entrons dans la ronde des îles
    Dans l’émerveille de ses dièses
    Il nous engraisse
    Nous amarre au créole
    A sa frappe de langue buissonnière
    Une torche de fumée sur la tête
    Il charroie des planches d’eau
    Et c’est sésame pour nos âmes
    Métamorphose en homme neuf
    Avec des ailes pour voler
    Le corps libre voué au vent créole
    Un plaisir tient la nuit debout
    Comme un pays qui prend racine
    Dans son labour de vagues roses
    Et la criée de son port
    Le conte nous débarque enfin chez nous
    En solo d’îles créoles
    Ne pas oublier le rhum
    Ce vieux conteur au feu sacré
    Cette liberté qui dévoile les soleils intérieurs
    Les marronnages les plus secrets
    L’oiseau fragile de nos silences
    Le conte tisse la toile des îles
    Comme une araignée sous-marine
    Un rire d’eau salée nous relie à nous
    La belle parole avale le soleil
    La belle parole est un nègre marron
    Solo d’îles
    En résistance d’orage
    En résistance de femme poux de bois
    En résistance de femme
    Reins amarrés aux entrailles de la vie
    Comme des présences solaires
    Insoumises dans la rade des mauvais jours
    Chargées de vieilles colères contre les nuits
    En résistance de femme
    Mesurant la force de la déveine
    Et la prière d’un champ d’ignames
    Attachée à guérir les blesses de la faim
    Les fausses couches
    A repeindre la peau des hommes
    A combler le désastre historique
    En solitude
    En soliloque de rivière essoufflée
    En bataille millénaire contre les sanglots
    Investie de tout temps au recommencement
    A la force silencieuse de la graine
    En résistance déléguée aux tambours
    Aux armées des champs de cannes
    Aux rames du souffrir
    Au sang des grèves
    Aux sensitives des paupières outragées
    Au tournoi sans pitié du soleil
    En résistance sous les gammes du créole
    Une seule langue nous dit
    Elle est fille des cyclones

    Solo d’îles
    Solo d’îles caïmans
    Solo d’îles vierges
    Solo d’îles papillons
    Solo d’îles pieuvres
    Solo d’îles aux montagnes bleues
    Solo d’îles désirades
    Solo d’îles saintes
    Solo d’îles grenades
    Solo d’îles tortues
    Solo d’îles veuves
    Solo d’îles orphelines

    Belles îles comme des chameaux lumineux
    Qui broutent les vagues
    Comme un tir de billes neuves
    Comme les yeux verts d’un serpent de mer
    Comme des bancs d’oursins frais
    Comme les mamelles inversées du songe

    Solo d’îles
    Depuis longtemps nous sommes partis
    Et nous sommes arrivés au balcon des îles
    Et nous avons recommencé l’enfance
    Recommencé le commencement de toute chose
    Des roches gravées chantaient la mort
    Mais nous avons choisi de vivre
    De boire l’eau des mangroves
    De creuser les mares
    De cacher nos jardins dans les hauteurs
    Et d’enterrer des jarres pour nos rêves
    Des plantations chantaient la mort
    Mais nous avons choisi de vivre
    D’accorder les tambours à nos cœurs
    D’emprunter la guitare du voisin
    De gratter les bambous
    Et d’inventer la vie
    Nous avons choisi de renaître
    De ressusciter la tête des mornes
    De nommer les plantes
    De baptiser les bêtes
    De faire chanter les arbres
    De gouverner la rosée
    De remettre la vie à sa place dans le chaos
    D’endurer toutes les morts
    D’allumer toutes les vies
    Et d’épouser nos îles
    Comme des femmes souveraines
    Portant haut leur couronne de mer
    Nous avons enfanté des langues
    Des danses d’éclairs
    Des saveurs d’îles
    Nous avons sauvé la vie
    Et nous voilà
    Solo d’îles au blues des Amériques
    Solo d’îles sur les épaules des volcans
    Solo d’îles affamées d’arbre à pain
    Solo d’îles enracinées dans le monde
    Solo d’îles plurielles
    Mosaïque multicolore
    Lettre à l’univers
    Les îles sont des berceaux où rêvent les continents
    Des bouteilles à la mer
    Des lampes de sel
    Des flottes de lumière
    Des feux de mer
    Le monde entier tient dans une île
    Le monde est l’avenir des îles

    2-Pétition du poème…

    Poésie pour soulever la jarre du jour
    Et nouer un pacte avec les poissons volants
    Poésie pour prêter serment à la prière des vagues
    Poésie pour que les femmes allaitent des miracles
    Poésie quand les rêves d’enfants repeignent les trottoirs
    Poésie pour démarrer la langue des tornades
    Poésie dressée contre le silence du ciel
    Poésie d’herbe-Guinée aux fêtes de l’hivernage
    Poésie à broder sur des drapeaux fous
    Le ventre du soleil dénudera le jour comme une femme qui se lave dans un bain de feuilles vertes
    Poésie au verso du silence
    Un vent de poésie aux joues gonflées des anges
    Poésie
    A l’équerre dans le chantier des lucioles
    Comme un couteau qui entre dans leur scintillement
    Poésie testament de l’orage
    Poésie de rhum pur quand les mots vagabondent
    Au bar des chimères
    Poésie pour s’endormir dans la nuit de tes cheveux
    Poésie pour accompagner la patience des volcans
    Et toute urgence du vivre
    Poésie pour tourner les pages des amandiers
    Poésie
    Un secret bricolé
    Une rancune sonore
    Une femme en déluge et qui va son bonheur
    Pour venger la vie
    Poésie
    Un voyage au bout des mots-sorciers
    Comme un chien qui aboie au passage de la mort.

  • Anthologie Florilège 2007

    :) Le Blog de Josaphat-Robert Large

    Quatre poètes haïtiens publiés dans Florilège 2007, une anthologie réunissant des
    auteurs de différentes régions de la Francophonie.

    1-Jeanie Bogart : Poétesse (français/créole), journaliste.
    Extrait de son texte :

    "Mon crime baignait nu à travers mes veines. Assise au premier rang, ma poésie
    assistait à mon jugement souriante et moqueuse. J’ai encore plaidé non coupable.
    J’ai dû tuer la vie parce que je m’inquiétais pour la survie de la mort."

    2-Franz Benjamin : Poète et diseur.
    Extrait de son texte :

    "J’habite rue des amours
    Au coin d’une lampe oubliée
    Sur le rebord de tes yeux

    J’habite rue des amours
    Entre deux arbres
    Effleurant mon ciel"

    3-Gary Klang : Poète, romancier et nouvelliste
    Extrait de son texte :

    "Tu vins sans illusions
    Déçu par un échange qui n’apportait plus rien

    Et un jour
    Dans la pâleur de la ville triste
    Je dus forcer pour que tu cèdes"

    4-Josaphat-Robert Large : Poète et romancier (français/créole)
    Extrait de son texte :

    "Il y avait près de l’aube
    un nid de toits
    il y avait un pré d’eau de pluie
    et le puits où venait roucouler ton cœur
    avec les colombelles"

    Anthologie « Plaisir des Mots », Florilège 2007
    Editions Dossiers d’Aquitaine, Directeur, André Desforges, Bordeaux, France,
    Juillet 2007