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  • Des Poèmes d'Ernest Pépin

    Ernest Pépin, poète et romancier né à la Guadeloupe, est, aux côtés d'Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant, une des voix les plus puissantes des îles françaises de la Caraïbe. Ses livres, publiés chez Gallimard. l'Harmattan, Ibis Rouge, etc, ont obtenu, successivement: le Prix Casa de las Americas, le Prix littéraire des Caraïbes et le Prix RFO.

    1- Solo d’îles

    La mer est une guitare qui pleure
    L’histoire des hommes
    A même les brisants
    Elle remue son chant foudroyé
    Au bord de la mémoire
    Et nous nous souvenons
    D’où nous sommes partis
    Comme des orphelins
    Nous habitons désormais le sel
    Un terre salée
    Une salaison d’îles prophétiques
    Il faut oublier la douleur du départ
    Les bateaux négriers
    La porte du non retour
    Recoudre la peau de la mer
    Et inventer l’arrivée
    Avec aux yeux un arc-en-ciel
    Avec aux mains l’imaginaire des lendemains
    La Caraïbe ne s’est jamais donnée
    Songe pluriel
    Elle appartient à ceux qui savent rêver
    D’un métissage des douleurs
    Iles tambours
    Solo d’îles
    Symphonie de lumières
    Iles citadelles
    Mémoires fascinées
    La mer joue son jazz d’étincelles
    Et demande aux arbres
    D’inventer de nouvelles racines

    Solo d’îles
    Ne pas gratter la douleur du soleil couchant
    Les races sont venues abolir toute race
    Répandre leurs couleurs dans la mémoire de la mer
    Et nommer l’homme des pluies neuves
    Des quatre coins de la terre ronde
    Comme des enfances recommencées
    Les races sont venues rêver d’autres couleurs
    Emmêler des langues de marins
    Au chant de la lumière
    Ne pas blâmer les femmes violées
    Elles furent nos premiers peintres
    De la calebasse enceinte
    Du nid des oiseaux migrateurs
    De l’éloquence de la conque
    Nous sommes nés d’un miracle d’eau salée
    Nous sommes nés de tout le bleu
    De tout le deuil de l’avant
    De la vulve des volcans rouges
    De ce tremblement d’ombres errantes
    De toutes ces îles voraces du sang noir

    Solo d’îles
    Corps dévalisés à remplir de contes
    D’un Dieu plus faible que sa croix
    De silences illisibles
    Et de balbutiements d’étoiles
    Une langue nous amarre au feuillage
    Et fait l’amour aux langues du monde
    Corps souterrains
    Où se cache la mémoire des dieux
    Passagers clandestins
    Forces miraculées
    Possède la nuit disent-ils
    Et tu gagneras le jour
    Il suffit d’un tambour
    Pour supporter le poids du ciel
    Pour enjamber le réel
    Réanimer les ancêtres du Bénin
    Du Nigeria et du Congo
    Les fleuves en transe déparlent des langues
    Le sang du coq se souvient
    Mais n’oublie pas la ruse du serpent
    Ni la chevauchée des Esprits
    Ni la cadence de l’invisible
    Vaudou
    Santeria
    Candomblé
    Sont des voyages dans les miroirs
    Des soleils en roue libre
    Des miroitements de l’autre bord
    Dans l’épicentre de la douleur
    L’enracinement des nombrils
    Et l’alliance inédite de l’ici-dans
    Corps montés
    Corps démontés
    Les Dieux cachés ont faim des îles
    Les Dieux de l’Inde nous rappellent
    Que nous sommes l’offrande du sacrifice
    Et le parfum des peuples anciens
    Iles ouvertes à tout langage divin
    A toute merveille dessouchée

    Solo d’îles
    Dit d’îles créoles
    La tête nouée au songe neuf
    La terre mêlée à son aller
    Un conteur veille le rêve
    Défait la peau de la nuit
    Un grain de sel sur sa langue
    Suffit pour traverser l’envers
    Et nous répondeurs
    Nous entrons dans la ronde des îles
    Dans l’émerveille de ses dièses
    Il nous engraisse
    Nous amarre au créole
    A sa frappe de langue buissonnière
    Une torche de fumée sur la tête
    Il charroie des planches d’eau
    Et c’est sésame pour nos âmes
    Métamorphose en homme neuf
    Avec des ailes pour voler
    Le corps libre voué au vent créole
    Un plaisir tient la nuit debout
    Comme un pays qui prend racine
    Dans son labour de vagues roses
    Et la criée de son port
    Le conte nous débarque enfin chez nous
    En solo d’îles créoles
    Ne pas oublier le rhum
    Ce vieux conteur au feu sacré
    Cette liberté qui dévoile les soleils intérieurs
    Les marronnages les plus secrets
    L’oiseau fragile de nos silences
    Le conte tisse la toile des îles
    Comme une araignée sous-marine
    Un rire d’eau salée nous relie à nous
    La belle parole avale le soleil
    La belle parole est un nègre marron
    Solo d’îles
    En résistance d’orage
    En résistance de femme poux de bois
    En résistance de femme
    Reins amarrés aux entrailles de la vie
    Comme des présences solaires
    Insoumises dans la rade des mauvais jours
    Chargées de vieilles colères contre les nuits
    En résistance de femme
    Mesurant la force de la déveine
    Et la prière d’un champ d’ignames
    Attachée à guérir les blesses de la faim
    Les fausses couches
    A repeindre la peau des hommes
    A combler le désastre historique
    En solitude
    En soliloque de rivière essoufflée
    En bataille millénaire contre les sanglots
    Investie de tout temps au recommencement
    A la force silencieuse de la graine
    En résistance déléguée aux tambours
    Aux armées des champs de cannes
    Aux rames du souffrir
    Au sang des grèves
    Aux sensitives des paupières outragées
    Au tournoi sans pitié du soleil
    En résistance sous les gammes du créole
    Une seule langue nous dit
    Elle est fille des cyclones

    Solo d’îles
    Solo d’îles caïmans
    Solo d’îles vierges
    Solo d’îles papillons
    Solo d’îles pieuvres
    Solo d’îles aux montagnes bleues
    Solo d’îles désirades
    Solo d’îles saintes
    Solo d’îles grenades
    Solo d’îles tortues
    Solo d’îles veuves
    Solo d’îles orphelines

    Belles îles comme des chameaux lumineux
    Qui broutent les vagues
    Comme un tir de billes neuves
    Comme les yeux verts d’un serpent de mer
    Comme des bancs d’oursins frais
    Comme les mamelles inversées du songe

    Solo d’îles
    Depuis longtemps nous sommes partis
    Et nous sommes arrivés au balcon des îles
    Et nous avons recommencé l’enfance
    Recommencé le commencement de toute chose
    Des roches gravées chantaient la mort
    Mais nous avons choisi de vivre
    De boire l’eau des mangroves
    De creuser les mares
    De cacher nos jardins dans les hauteurs
    Et d’enterrer des jarres pour nos rêves
    Des plantations chantaient la mort
    Mais nous avons choisi de vivre
    D’accorder les tambours à nos cœurs
    D’emprunter la guitare du voisin
    De gratter les bambous
    Et d’inventer la vie
    Nous avons choisi de renaître
    De ressusciter la tête des mornes
    De nommer les plantes
    De baptiser les bêtes
    De faire chanter les arbres
    De gouverner la rosée
    De remettre la vie à sa place dans le chaos
    D’endurer toutes les morts
    D’allumer toutes les vies
    Et d’épouser nos îles
    Comme des femmes souveraines
    Portant haut leur couronne de mer
    Nous avons enfanté des langues
    Des danses d’éclairs
    Des saveurs d’îles
    Nous avons sauvé la vie
    Et nous voilà
    Solo d’îles au blues des Amériques
    Solo d’îles sur les épaules des volcans
    Solo d’îles affamées d’arbre à pain
    Solo d’îles enracinées dans le monde
    Solo d’îles plurielles
    Mosaïque multicolore
    Lettre à l’univers
    Les îles sont des berceaux où rêvent les continents
    Des bouteilles à la mer
    Des lampes de sel
    Des flottes de lumière
    Des feux de mer
    Le monde entier tient dans une île
    Le monde est l’avenir des îles

    2-Pétition du poème…

    Poésie pour soulever la jarre du jour
    Et nouer un pacte avec les poissons volants
    Poésie pour prêter serment à la prière des vagues
    Poésie pour que les femmes allaitent des miracles
    Poésie quand les rêves d’enfants repeignent les trottoirs
    Poésie pour démarrer la langue des tornades
    Poésie dressée contre le silence du ciel
    Poésie d’herbe-Guinée aux fêtes de l’hivernage
    Poésie à broder sur des drapeaux fous
    Le ventre du soleil dénudera le jour comme une femme qui se lave dans un bain de feuilles vertes
    Poésie au verso du silence
    Un vent de poésie aux joues gonflées des anges
    Poésie
    A l’équerre dans le chantier des lucioles
    Comme un couteau qui entre dans leur scintillement
    Poésie testament de l’orage
    Poésie de rhum pur quand les mots vagabondent
    Au bar des chimères
    Poésie pour s’endormir dans la nuit de tes cheveux
    Poésie pour accompagner la patience des volcans
    Et toute urgence du vivre
    Poésie pour tourner les pages des amandiers
    Poésie
    Un secret bricolé
    Une rancune sonore
    Une femme en déluge et qui va son bonheur
    Pour venger la vie
    Poésie
    Un voyage au bout des mots-sorciers
    Comme un chien qui aboie au passage de la mort.

  • Hommages à Anthony Phelps

    Voici les premières livraisons pour le bouquet d'hommages à Anthony Phelps. Ces mots viennent de 5 pays différents: La Guadeloupe, l'île Maurice, Haïti, Les Etats-Unis et le Canada. D'autres écrivains ont promis des textes. Au fur et à mesure, nous les ajouterons.

    1-Par Ernest Pépin (Poète et romancier né à Lamentin ((Guadeloupe)) est chargé de mission au cabinet du conseil culturel de la Guadeloupe. Distinctions littéraires: Prix Casa Las Americas, 1991; Prix littéraire des Caraïbes, 1992; Prix RFO, 1997)

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    Nous voilà en demeure de poète pour célébrer, par delà les mots, le corps à corps têtu de l’homme caribéen avec l’impossible mémoire de son présent.
    Un poète nous est venu, non pas tombé du ciel, mais de ce lieu introuvable où s’élabore une œuvre que nous avons devoir d’accueillir dans l’estime et l’honneur.
    Il a nom Anthony Phelps et il a levé son chant par dessus le désastre et l’errance pour nous restituer, au plus vrai les harmoniques d’une densité du vivre.
    Il a nom Anthony Phelps et il a donné sa voix aux quatre points cardinaux pour mettre à nu le soleil de nos consciences trop souvent obscurci par la barbarie du quotidien et la démission orchestrée de l’esprit.
    Il a nom Anthony Phelps et son parcours a toujours allumé les feux de la création en une vingtaine de titres et une quinzaine de disques de poésie.
    A quoi cela sert-il de dire qu’il a été plusieurs fois boursier du Conseil des Arts du Canada, qu’il a obtenu à trois reprises le Prix Casa de las Americas ?
    Le vrai Phelps est ailleurs. Il est dans cette baguette de sourcier qu’est la poésie vivante, dans ce laboratoire inachevé qu’est le roman, dans cette confrontation obligée qu’est le théâtre, dans cette parole, faussement naïve, que sont les contes pour enfants.
    Qui ne se souvient de cette coulée luminescente qui nous offrit un jour un Haïti en partage ?
    Mon pays que voici ! Texte férié qui posait « les doigts gourds du poème » sur les marches de l’espérance, la géographie de la souffrance et la transcendance de l’amour.
    « j’accueillerai ma terre avec l’honneur du chant
    sur le pas de ma porte
    ouverte aux quatre courant de l’esprit
    et me penchant sur l’ardoise de ses mains
    où tout s’inscrit d’un crayon dur net et précis
    je trouverai la route lumineuse
    menant tout droit vers les paysages de l’homme »
    Tout est dit, avec cette force tranquille que donne la certitude d’habiter l’essence des mots et de remonter le lit d’une Histoire quand « est venu le temps de se parler par signes ».

    2- Par Umar Timol (Poète né à Réduit ((Ile Maurice)). A publié deux recueils aux Editions l'Harmattan. Vit à Beau-Bassin. Est collaborateur de la Revue "Point Barre". Distinction littéraire: Mention au concours régional de Poésie, Grand Océan, 1998)

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    j'ai laissé longtemps
    moisir dans tes yeux
    corail bleu
    mon sang
    pour en faire une étoffe
    qui cartographie
    sur ton dos
    la géographie d'une île
    calcinée et nourricière
    promise à la mer
    où affluent ces blessures
    pas encore séchées
    qui délinéent
    les effractions de nos sens
    affranchis des temps enragés
    des insolences du mal
    des transes de la guerre
    de la mort qui souille
    de la mort qui conspue
    qui délinéent
    un temple orné des
    bourrasques
    d'un soleil asséché
    graveuse de
    l'axiome de la révolte
    sur l'entrelacs
    de nos mains gangrenées

    Umar

    3- Jeanie Bogart (Poétesse née en Haïti. Vit aux Etats-Unis. Tour à tour journaliste, reporter, présentatrice et rédactrice de nouvelles. Distinction littéraire: Prix Gilbert Gratiant ((en langue créole)), 2006.

    À ANTHONY PHELPS

    J’ose bousculer mon silence téméraire, j’ose ouvrir une brèche dans la solitude des mots pour laisser sourire la parole devant ce poème monumental qu’est Anthony Phelps.

    Phelps a su bâtir un rêve de pays pour un pays de rêve. Un rêve planté dans le sol haïtien dont les branches, décennies après décennies, continuent à grandir dans le cœur des générations futures.

    Lorsque les mots à maux se font plénitude de l’âme, lorsque la passion pour ce pays mien devient cri de son cœur, ma plume bègue, se rétracte et se courbe pour laisser place à cette fierté littéraire haïtienne.

    Pour l’encre insulaire qui coule de la plume de cet homme que je ne connais pas mais que j’épouse dans mes jours de solitude, de colère et d’incertitude, je dis merci, je dis respect. Ton pays que voici, mon espoir que voilà. Poésie d’eau salée que tu m’as léguée.

    À genoux, face au soleil, j’enlace tes mots pour crier: Haïti Espoir.

    Jeanie Bogart

    4- Gary Klang (Poète, romancier, nouvelliste, nà à Port-au-Prince ((Haïti)). Vit au Canada depuis des années. A obtenu un doctorat en Lettres de la Sorbonne Université. A obtenu le Premier de la Vague à l'âme pour Ex-île, 1988)

    MON VIEUX COMPLICE ANTHONY PHELPS

    Il y a certains amis que l’on appelle pour leur souhaiter un bon anniversaire, et d’autres pas. Pourquoi cette différence ? C’est là un des très grands mystères de l’amitié, étant donné qu’on les aime tous autant. Pourquoi l’un et pas l’autre, un autre que l’on voit parfois beaucoup plus souvent, mais dont on ne connaît même pas la date d’anniversaire ? Mais c’est comme ça. Une sorte de rituel s’installe sans raison apparente. Tous les 28 décembre, Anthony Phelps – Djabe pour les intimes - m’appelle pour me souhaiter longue vie, et tous les 25 août, c’est moi qui décroche le téléphone pour lui dire que je pense à lui. Et comme nous habitons tout près l’un de l’autre, nous prenons rendez-vous dans un café que nous aimons pour continuer le plaisir de converser. Généralement, le rendez-vous est vers 10 h, car Anthony, homme d’ordre, doit rentrer à midi pour aller déjeuner avec Hélène, son épouse. Cette semaine, comme d’habitude, nous respecterons notre rituel aussi sacré qu’une messe.

    Ce 25 août 2007 est pour moi l’occasion d’évoquer certains souvenirs avec mon vieux complice. D’abord une nuit inoubliable à Paris, dans les années 60, passée dans un café enfumé du boulevard Saint-Michel en compagnie de notre frère Davertige – Dave pour les intimes. Je voyais Dave tous les jours et Anthony, étant de passage, nous nous sommes réunis pour bavarder et avoir le grand plaisir d’être ensemble. Si mes souvenirs sont exacts, nous avons passé toute la nuit jusqu’à l’aube à boire de la bière et à parler d’Haïti, de dictature et de littérature. Telles étaient les années 60.

    Autre souvenir mémorable : la rédaction d’Haïti! Haïti! ce roman d’aventures, premier thriller de la Caraïbe, que nous avons écrit ensemble à Montréal par les nuits d’hiver glaciales, pour dénoncer la tyrannie de Duvalier qui nous avait tous foutus sur les routes de l’ex-île (titre de l’un de mes recueils de poèmes). Lorsque le livre fut publié, nous savions lui et moi que nous étions ex-îlés à vie d’Haïti et acceptions joyeusement les conséquences de notre acte. Mais l’Histoire est une mégère retorse qui a des ruses de magicienne, comme l’a bien dit Hegel, et Duvalier - qui se croyait installé à vie dans ce fauteuil que beaucoup d’Haïtiens reluquent encore pour des raisons qui m’échappent - a eu la bonne idée de tomber exactement 9 mois après la parution de notre roman, comme pour une vraie naissance, et ce l’était en effet à l’époque, bien que la suite de l’histoire comporte aussi beaucoup d’autres ruses.

    Voilà 2 souvenirs que je voulais rappeler à l’occasion de l’anniversaire de Djabe Anthony Phelps, un ami et aussi un poète qui fait honneur à la littérature. Maintenant que nous sommes tous désenchantés par les coups bas de la mégère, il ne chanterait peut-être plus l’île avec la même ardeur ; mais en ce temps-là c’était normal. Nous sommes tous passés par la nostalgie et l’espoir pour retomber ensuite sur le sol rugueux du réel après des déceptions en cascade et la perte de tous les repères. L’amour de l’île demeure intact, mais nous ne pouvons plus la chanter de la même manière.

    Gary Klang

    5- James Noël (Poète et essayiste né à Hinche ((Haïti)). Une promesse de la jeune poésie haïtienne, son recueil Poème à double tranchant a été préfacé par Franketienne) Distinction littéraire: Finaliste Prix du livre insulaire d'Ouessant, 2005.

    Phelps fait partie de notre mémoire, c'est une légende vivante.

    James

    6- Jeune poète de moins de trente ans, né à Jérémie (Haïti), Toussaint Jean François est membre de la SOJEC : écrivains qui assurent la relève à la Cité des poètes. Journaliste reporter, rédacteur et présentateur dans la section culturelle de Mgik9, en l’an 2000, Toussaint a été lauréat au concours national de dissertation pour les élèves des classes de Rhétorique et de Philosophie, sur près de 1000 participants

    LES SAISONS ET LES SIGNES.
    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    Les rues n'ont pas vingt ans qui portent nos ombres indociles
    Ni ta voix de poète qui prolonge l'existence des syllabes
    Le poème se lit à demi-mot dans l'immobilisme d'un temps impair
    Où la parole émiette l'aube et que l'homme s'exile dans la pierre qui se ferme

    Voici mon pays et ses légendes
    Voici mon peuple et ses signes qui maintiennent l'équilibre

    Aujourd'hui, poète
    Le temps est venu de se parler par signes
    Les mots sont décousus
    Et ne disent rien dans leurs raisonnances à peine audibles

    J'écoute tranquillement les sanglots du poème dans ta voix de poète
    Quand les saisons ont dévasté nos âges et se subliment à jubilée
    Elles inventent autour de toi, poète
    Des milliers de légendes éloignées de toutes légendes vraies
    Et la mer les emporte
    Petits bateaux de papier largués aux quatre vents

    J'écoute dans ta voix le vertige du poème
    Et un bruit de foule attaché aux pylônes des fils électriques
    Laisse-moi écouter le sanglot du poème endormi dans ta voix
    Pour arrêter le temps en dépit des feux follets et l'ondulation des nuages
    Voici aujourd'hui ma complainte
    Pour maintenir allumée la petite lampe à papillon de la tour de l'étoile
    Et ta voix de poète qui a bercé tant d'enfances endormies au fond de tes paupières

    Ainsi commencent les éternités renouvelables de la parole
    Quand les sons prêtent voix aux signes
    Quand la densité de la nuit se dissipe sous un regard de femme

    Me direz-vous poète quel temps il fait à 79 ans
    Est-ce toujours la triste saison du vécu
    Me direz-vous votre cadran favori
    Quand je pipe des mots en ébullition
    Dans des cycles imparfaits
    Pour un collier de corail et 79 étoiles

    Toussaint Jean François

    7- N. Donald Assali est né à Port-au-Prince (Haïti). Il a obtenu un doctorat en lettres françaises à l’Université de l’Etat de la Floride. Assali a publié 5 ouvrages en France. Distinction littéraire : Finaliste Prix du livre insulaire d’Ouessant, catégorie Poésie, 2002.

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    En dépit des contraintes qu’impose l’autoritarisme, Haïti-Littéraire fleuronne. C’est la déhiscence vers une ère nouvelle de la littérature haïtienne, grâce aux efforts incessants d’Anthony Phelps. Artiste des « Phrase (s) lente (s) de violoncelle », il étend sa « lente marche de poète » et ses écrits voyagent…voyagent !

    N. Donald Assali

    8- Yusuf Kadel est Mauricien. Coordonnateur de la Revue Point Barre, il est poète et essayiste.

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    LES POETES

    C’est une table – je crois
    Sans forme précise
    Ni carrée ni ovale encore moins ronde
    Une fort belle table faut dire
    Cernée d’ombre et de bleu
    Et toujours c’est les mêmes
    Qui s’y affairent…
    D’autres passent
    S’asseyent s’en fourrent plein les sens
    S’en vont replets
    Et toujours
    C’est les mêmes qui restent
    Et se démènent
    A polir
    A étaler du souffle
    Comment les reconnaître ?
    Facile
    Ils embaument l’espace
    Et le temps croupis
    Car depuis toujours Ils sont là
    S’usant les doigts jusqu’à l’âme…
    Et ils font cela sans rechigner
    C’est LEUR table ! voyez-vous
    Depuis toujours
    Ils n’ont rien demandé
    Mais elle est à Eux
    Alors

    Ils la paient

    Yusuf Kadel

    9- Pierre-Moïse Celestin est né à Port-au-Prince (Haïti). Bibliotechnicien, il travaille à la Bibliothèque nationale de cette ville. Il est membre de l'atelier Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson. Membre de l'Association culturelle Passerelle/Aclac, il fait partie du comité organisateur du festival de poésie de la ville de Jacmel.

    EST-CE TA VOIX QUI RESSUSCITE LES MO(R)TS

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    <<J'ai pénétré le sens de la parole>>
    Anthony Phelps

    Est-ce ta voix qui ressuscite les mo(r)ts
    qui dorment debout sur les paupières
    des femmes seules et tristes
    Magicien de la parole
    tu effaces la nuit d'un seul jet de mots
    et refais provision d'étoiles au coeur du jour
    le monde s'ouvre sur des gestes infidèles
    et l'éternité est provisoire tant que
    les soleils lointains ne viendront pas se nicher
    au creux de ta voix le seul espace fiable à mon poème

    A présent je repeins toutes les nuits
    sur le mur des origines
    la mémoire de tes 79 étoiles
    pour que le temps s'enracine
    dans ton paysage légendaire
    fait de signes de vertige et de villes imaginaires

    Est-ce l'écho du poème qui embellit le vide
    ou est-ce ta voix poète qui apporte la lumière
    et met à genoux la mer dans cette chambre
    aux mille et un souvenirs éternels

    Je recommence le chant de <<Mon pays que voici>>
    pour sublimer la parole faite chair
    renouvelée dans chaque battement d'aile
    des phalènes qui s'engouffrent
    dans les espaces gémellaires et crépusculaires du temps

    10- Jean-Robert Léonidas est médecin, poète, romancier et essayiste. Il a à son actif, un roman, un recueil de poèmes et deux essais. Il est né à Jérémie et vit à New York où il a sa propre clinique.

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    Ce fut à Montréal, il y a presque 20 ans. A la veille d’un Salon du Livre. Ce fut à l’époque où l’on ne pouvait pas entrer dans une certaine maison d’édition de la place et en sortir indemne. Ce fut à Cidihca. J’y ai rencontré Anthony Phelps ayant en main un texte que tous les candidats à l’édition brûlaient de parcourir. Avec grande générosité, il me le passe. Et j’y rencontre un mot que depuis je partage avec lui. Noctuelle. Tout comme a Jérémie, il y a cinquante ans, rue Hortensius Merlet, (Ti-Amélie m’est témoin) j’ai appris à garder nocturne en partage avec Roumer. Il est de ces mots volages qui butinent vos jardins secrets, de ces mots musique qui vous font des sérénades au cœur de la nuit, mais qui vous bouleversent, vous changent a jamais, comme en une initiation. Ces lumignons s’accumulent, embrasent les campêches de la nuit, causent de grands boucans qui allument les aurores, énergisent les soleils, font lever un jour nouveau. C’est le temps de dire merci aux aînés qui ont tenu haut le flambeau. Merci, Anthony Phelps, merci. Pour une poésie porteuse d’un paradoxe heureux. A la foi boutefeu et arrosoir. Déflagration et douceur. Gigantisme et lumière.
    Jean-Robert Léonidas

    11- Jean-Pierre Jacques Adler est né à Jacmel en 1977. Auteur de 2 recueils de poèmes, il est journaliste culturel de la Radio/Télévision nationale d'Haïti. Il est comédien et collaborateur au quotidien Le Matin.

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    Anthony Phelps,
    Ce poème qui dort sur toutes les bouches
    du monde,
    Cette poésie que voici,
    Ce chant sacré qui habite le silence
    C'est ton sang.

    Ta voix,
    Tes paupières,
    Ton encre, portent la caligraphie des iles
    Comme un baiser qui marhe,
    et qui danse dans les artères de la ville

    Que tes mots
    Caressent l'adoise de l'autre bout de la mer,
    Et que ton soufle soit Lumière
    Quand la solitude nous appartient!

    Jean Pierre Jacques Adler

    12- Claude Pierre. Linguiste de formation, professeur des Universités, poète et essayiste, est né à Corail (Grand'Anse), en 1941. Auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages (poésie, essais, anthologies), il écrit en français et en créole.

    J’ai célébré de fiévreuses retrouvailles avec MON PAYS QUE VOICI, nouvelle édition, grâce à La délicatesse de Maximilien Laroche et de sa conjointe qui, en me l’offrant, m’ont donné cet été la chance de revisiter ce grand Chant.

    HOMMAGE À ANTHONY PHELPS

    Redoutables

    Les vêpres palefreniers de l’aube

    Dans l’imagerie d’une rivière de sang !

    ****

    Razzié de vous-même

    tisserand d’une île hérissée de glaives

    la canne du pèlerin

    sucre pervers traqué dans

    l’oppression/expression

    fondatrice d’une ville dans l’étrangeté

    Un poème en posture d’envol

    Grenades mûries dans l’explosion d’un hymne

    tel une flamme d’innocence

    HOMME DE VIGIE

    Vous veillez à côté du vent changeant pour préserver la lampe

    Plantée à coups de violence

    Dans la spirale du texte

    Exposé au gibet du souvenir

    La mémoire au piquet dans le jeu du cerceau

    La flamme tient bon

    Et à petites gorgées d’aube

    La chrysalide deviendra papillon

    Veilleur torturé

    Depuis des lunes de flaques d’insomnie une

    couleur isabelle attise l’enfer de la nue

    Geôlier sans passé sans passion la terreur

    aiguisée à même l’effroi

    J’ai troqué ma peur contre la patience du

    chant des cigales

    Vous avez l’âge du poème

    Anthony Phelps

    La colère perce sous un verbe aux mille

    mégatones de tendresse

    Bonjour poète

    De la marelle à cloche-pied

    Au trot long dans la ville

    Le silex au dit d’oracle

    Morsure meurtrissure

    Au premier degré

    Je vous renouvelle ma reconnaissance et mon profond …
    Respect !

    Septembre 2007

    Claude C. Pierre

    13- Paul Baron vit en France où il est directeur de publication de la revue franco-haïtienne Pour Haïti.

    Hommage à Anthony Phelps

    J’ai appris par Mme Alexandra Philoctète de Montréal, animatrice et productrice de l’émission RÉALITÉS 2007 l’initiative de l’écrivain, Josaphat Large, sans doute, ami et admirateur du poète, de l’écrivain, du militant progressiste Antony Phelps, de lui rendre hommage à l’occasion de sa date d’anniversaire le 25 août 2007.
    Je me suis demandé si ce que j’ai su de lui ne pouvait pas être une contribution à cet hommage.
    En effet, j’ai eu avec Villard Denis, un grand ami de Phelps des relations plus que cordiales. Nous avons fait une partie de notre scolarité au lycée Toussaint Louverture ensemble. Et les années des classes de troisième et de seconde nous avaient rapprochés sérieusement du point de vue idéologique et aussi du fait que nous conjuguions nos forces dans l’apprentissage des mathématiques et de la physique.
    Je savais que Villard peignait et qu’il écrivait. Ironiquement, on l’appelait le poète.
    J’allais chez lui souvent accompagné d’un autre ami qui faisait du théâtre avec moi. Avec Villard, nous avions eu des rapports de confiance Et cet ami et moi, nous lisions les premiers certains poèmes de Villard- Davertige : tels que : « Omabarigore », « Monologue d’un fou sur le passé et le présent », etc. Chez lui, je fis la connaissance de Roland Morisseau, de Serge Legagneur, de René Philoctète, de Gérard V. Etienne, en un mot des membres du groupe dénommé « Haïti Littéraire » à l’exception de deux d’entre eux : Anthony Phelps et Réginal Crosley.
    Mais, Villard me parlait toujours d’Anthony, l’ami qu’il aimait et respectait, par-dessus tout. J’aurais pu le croiser, cet ami, cher à Villard, un certain samedi soir à la Galerie Brochette à Carrefour, banlieue de Port-au-Prince. La galerie Brochette fut considérée comme un appendice du Cendre d’Art de Port-au-Prince. Il y avait des expositions en permanence. Certains noms de peintres y étaient associés tels que D. Cédor, Dorcelly, Lazare, Villard, Tiga, etc. Ce fut un lieu de rencontres et de discussions sur la peinture et sur la littérature, la poésie. Ce fut un endroit où l’on pouvait manger et boire un verre. Mais, malheureusement, je n’y étais pas invité explicitement. Si je l’avais été, je n’aurais pas pu rentrer chez moi, le dimanche, à 5 heures du matin sans explication. Par ailleurs, une petite visite à la Galerie Brochette impliquerait des dépenses que je n’aurais pas pu assumer, à cette époque... Même si l’idée de déguster une part de cabri grillé me mettait de l’eau à la bouche. Cependant, au cours de la semaine qui suivait, il se trouvait toujours quelqu’un de la bande pour commenter en ma présence la dernière soirée à la Galerie Brochette. Par exemple, j’avais eu vent de la colère de Jean-Richard Laforest à la question: Comment étaient les femmes soviétiques ? Question posée par une des habituées de la Galerie Brochette. Toutefois, l’existence de « Haïti Littéraire » et le rôle d’Antony Phelps, de 1960 à 1963, avaient une autre signification pour mes amis et moi. Nous avions pensé contribuer à la dénonciation de la dictature de Duvalier avec des poèmes tels que : « Minerai noir et Me Voici » de René Depestre ; « Black Soul » de Jean F. Brière ; « Vous » de Carl Brouard ; « Nedje» de Roussan Camille, etc. Dans le sillage de « Haïti Littéraire », de Villard Denis entre autres, nous nous enrichîmes de Paul Eluard : « Liberté », d’Aragon : « Il n’y a pas d’amour heureux » : de Kateb Yacine : « Nedjma » et surtout avec des poèmes de Phelps des recueils « Eté, Présence, Eclats de silence », de Roland Morisseau, de Villard, etc. Très vite, le mal de la fuite, l’exil, le « sauve-qui-peut » allait sévir. De nombreux jeunes « engagés » de l’époque étaient atteints de cette maladie incurable : l’exil ou le saut dans l’inconnu. Je n’en fus pas exception en prenant la direction de l’Amérique du Sud tandis que le gros de la troupe se mut vers l’Amérique du Nord. C’est bien connu ce vieux proverbe : « tous les chemins mènent à Rome ». Une fois à l’étranger, je me rendis compte que le temps était différent de celui d’Haïti. Les années défilaient comme si on les accélérait Et je me suis surpris me demander, 10 ans après, en 1973, ce que je faisais en France et quand j’allais retrouver « mon île » ? La mort de François Duvalier survenue le 21 avril 1971 n’entraîna aucun bouleversement politique dans le pays. Son fils, Jean-Claude Duvalier, âgé de 19 ans, accéda au pouvoir tranquillement. En France, l’activisme politique sévissait à merveille avec des slogans creux et guerriers. Il en était de même d’ailleurs, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en République Dominicaine. Le raisonnement était simple. Le nouveau président à vie n’avait que 19 ans. Dans combien d’années, Haïti Parmi les exilés haïtiens, (On ne parlait pas encore de la diaspora haïtienne), la déception était à son comble. Elle était présente dans les esprits et se lisait sur les visages Comment comprendre ce qui s’était passé et retrouver un certain espoir ? La parution chez « Les Editeurs Français Réunis » du livre d’Anthony Phelps « Moins l’Infini » au premier trimestre de 1973, fut pour moi un évènement heureux. Parmi les opposants à la dictature, surtout à l’étranger, le roman « Amour, Colère et Folie » de Marie Vieux-Chauvet n’était pas connu. Ainsi, nous étions quelques-uns à nous accrocher au roman « Moins l’Infini » d’Anthony Phelps. Il provoqua chez moi un sentiment de bien être et de révolte que je n’ai jamais su expliquer. Je l’achetai et le lus d’un trait. Au fil des pages, je me voyais ainsi que l’un des copains, mort depuis, qui racontait en ma présence l’affaire de la machine à écrire : Olivetti. Dans le roman d’Anthony, je me suis vu dans la peau de Benoît faire des démarches pour que des copains de mon quartier puissent obtenir des bourses d’études à l’étranger, à condition que les bénéficiaires « soient d’accord pour rentrer au pays ». Contrairement à d’autres lecteurs de « Moins l’Infini », j’en ai tiré la conclusion que la gauche qui faisait face à la dictature sanguinaire des Duvalier, malgré sa faiblesse, avait fait honneur au peuple haïtien, à la jeunesse haïtienne. À la barbe de l’impérialisme agressif et complice des Duvalier, à l’époque de la guerre froide, cette gauche fut héroïque. Mais, ce n’était pas le seul cadeau que j’avais eu du lauréat de la « Casa de las Americas » de 1980. Le Jean-Claudisme avait bénéficié de préjugés favorables de la part de la France, des Etats-Unis, de la République Dominicaine, etc. La cause haïtienne était presque entendue. D’autant plus qu’il se produisait des ralliements inespérés au pouvoir sur la base de la « libéralisation » prônée par Duvalier fils et ses laquais et ses léopards. Il fallait continuer la dénonciation de la dictature et de ses conséquences néfastes en Haïti. Comment se rendre crédible à l’étranger ? Comment convaincre mieux des interlocuteurs attentifs et progressistes ? Anthony Phelps en éditant et diffusant le disque « MON PAYS QUE VOICI » et en disant ses propres poèmes avec cette voix particulière, avait déplacé des montagnes et avait contribué fortement à discréditer la présidence à vie en Haïti. Avec « Mon pays que voici » et la voix d’Anthony que de soirées de solidarité à la cause du peuple haïtien avions-nous organisées en France jusqu’à la suite de Baby Doc, le 7 février 1986!

    Paul Baron

    14- Raymond Chassagne vit au Canada. Docteur ès Lettres, écrivain et poète, il est l'auteur de: Mots de passe (poèmes), Incantatoire (poèmes), Carnet de bord (poèmes), Le gré de force, manifeste solitaire (essai sur le tracé haïtien). Trois de ses poèmes dits par Anthony Phelps sont disponibles sur disques. Son florilège comprend aussi un CD dit par Phelps et Boris Chassagne

    Lettre et Hommage du poète Raymond Chassagne à Anthony Phelps.

    Ma mémoire me ramène à cette soirée des années 70 où, invité chez Anthony, café en main, il fit tourner son magnétophone, faisant résonner l’étrange émotion qui me gagna en écoutant mes propres en écoutant mes propres textes que, timidement, je lui avais passés.
    Je dois à Anthony, devenu ami depuis, d’avoir osé publier Mots de passe, mon premier recueil; je lui dois d’avoir aussi découvert le bien-fondé des conclusions d’Émile Ollivier disant de mon ami qu’il était essentiellement «un rassembleur ». Phelps l’est en effet par son sens inné de la relativité des valeurs et des destins, par la tolérance et respect de l’autre, contrairement au radicalisme primaire, vide, et pourtant destructeur, que nous offrent les cas d’espèce du sous-développement. Rassembleur, Anthony l’est encore à travers maintes manifestations d’une nature et d’une vie vouées à l’amitié, à la poésie, à la survie, aux valeurs premières et au combat contre l’injustice.
    Il faut donc rendre hommage à un poète dont l’image nous apparaît comme étant celle d’un oracle poétique, d’un Diogène de la poésie à l’écoute de l’homme. Nous n’oublierons jamais son mâle et tranquille accueil, sorti d’on ne sait quel généreux humanisme.

    Je lui offre le texte inédit que voici :

    Le dit pèlerin

    Il dit : Je viens de loin, me connaissent tous les sentiers toutes poussières perverses.
    et la pluie qui toujours mime les sueurs
    alourdit la charge de détresse
    faisant glisser l’utopie sur l’inquiétude des parvis

    Il dit n’avoir jamais vu ni phare ni pilote,
    avoir perdu sa boussole en chemin
    dans le ventre du négrier jadis
    dans les combats inégaux, victorieux pour un temps,
    ivres de mouvance, emportant palais, potences,
    malheurs étirés le long de bras pendus,
    puis dans les geôles prisonnières du chaos

    Il dit : Ma terre à moi s’étend à toutes terres où l’homme immolé
    Regarde l’homme tueur avant trépas;
    Je suis souffle coupé depuis l’impensable,
    nuque livrée au bourreau
    aux froids tempérés de l’Ailleurs imposé;
    Je suis prière et cierge d’enfance à Pâques,
    chant de vêpres, grand’messe et puis crêpes
    saluant un départ sans retour.

    Il dit : je suis l’ami qui croyait au serment,
    l’amant croissant promesse d’avant râle,
    affrontant lendemains de dolmen
    à falaise voué Je suis dernier couloir ouvert sur le mort-né
    sur l’arène aux combats invertis – c’était hier -,
    et je suis lingot d’or qu’effrayait le partage;

    Puis j’ai marché le long d’itinéraire avide
    où cheminaient tels preux
    telles gloires telles fumées;
    J’ai vu aveugles se croyant borgnes
    Hallebardes, mousquets pour découvertes vaines
    et paradis coulés le long des proues
    vers gouffres insondés.

    Il dit : à peine promis, c’est paradis perdu;
    je me meurs d’avant-terre annonçant l’avant-texte
    où l’écrit s’épuise d’inaudible oraison

    Il dit : la grotte où logea sa solitude n’avait que le commerce des arbres maternés
    de nids tendres, parfois du sable niant le naufrage des grandes houles; il dit ce naufrage
    de vie heureuse, de serments, de l’égalité cherchant Diogène, toutes certitudes courbées
    dans la chance et le déni; sa solitude à lui jamais ne fut absente.

    Il dit : les chemins qu’il espérait mêmes
    ne lui furent qu’échaudoirs d’exil, de silence
    de crédence d’avant-guerre.

    Il dit : le pain absent des lèvres de l’enfant qu’il fut,
    le regard de l’aveugle,
    la Cène et les semonces du temps qui court trop vite

    Raymond Chassagne

    15- Jean-Eli Barjon est professeur et poète. Un membre important de la Fondation Mémoire de New York. Il offre à Phelps un hommage suivi d'un poème.

    HOMMAGE A ANTHONY PHELPS

    Anthony, tu as assumé ta nationalité avec tout ce qu'elle comporte de grandeur et de misère. Tu nous a appris à espérer quand de toute évidence il fallait se laisser aller au découragemet. Il ya autant d'espoir dans tes vers que dans le timbre de ta voix. Même quand tu parles du sommeil de l'homme de vigie, il ya
    tant de soleil dans ta voix que le lecteur se surprend à penser au réveil.
    Ce sont des compatriotes comme Roumain, Alexis, Paul Laraque , Roger Gaillard, Jean Brière, Josaphat-Robert Large, mon copain Jean Brisson et toi Anthony qui m'ont épargné ce désastre qu'est la haine sociale. Oui Messieurs, vous m'avez appris à aimer ceux que le hasard de la naissance a placés sur mon chemin.

    Que tu appelles la pute par son nom.
    Ou que ton verbe malin
    en fasse une fontaine au bord du chemin,
    la vie est ce qu'elle est, poète.
    La force de tes symboles, ton ame d'or pur et ta puissante voix de baryton
    ne renverseront pas l'humaine condition.

    Jean Elie Barjon pour Anthony Phelps

  • Anthologie Florilège 2007

    :) Le Blog de Josaphat-Robert Large

    Quatre poètes haïtiens publiés dans Florilège 2007, une anthologie réunissant des
    auteurs de différentes régions de la Francophonie.

    1-Jeanie Bogart : Poétesse (français/créole), journaliste.
    Extrait de son texte :

    "Mon crime baignait nu à travers mes veines. Assise au premier rang, ma poésie
    assistait à mon jugement souriante et moqueuse. J’ai encore plaidé non coupable.
    J’ai dû tuer la vie parce que je m’inquiétais pour la survie de la mort."

    2-Franz Benjamin : Poète et diseur.
    Extrait de son texte :

    "J’habite rue des amours
    Au coin d’une lampe oubliée
    Sur le rebord de tes yeux

    J’habite rue des amours
    Entre deux arbres
    Effleurant mon ciel"

    3-Gary Klang : Poète, romancier et nouvelliste
    Extrait de son texte :

    "Tu vins sans illusions
    Déçu par un échange qui n’apportait plus rien

    Et un jour
    Dans la pâleur de la ville triste
    Je dus forcer pour que tu cèdes"

    4-Josaphat-Robert Large : Poète et romancier (français/créole)
    Extrait de son texte :

    "Il y avait près de l’aube
    un nid de toits
    il y avait un pré d’eau de pluie
    et le puits où venait roucouler ton cœur
    avec les colombelles"

    Anthologie « Plaisir des Mots », Florilège 2007
    Editions Dossiers d’Aquitaine, Directeur, André Desforges, Bordeaux, France,
    Juillet 2007

  • Mi Roumain a Mi

    Traduction du Texte Mon Roumain à moi, par Thom Gato et publié dans un site de langue espagnole: Haiti Crema y Nata:

    HAITI CREMA Y NATA

    SABADO 28 DE JULIO DE 2007
    MI ROUMAIN A MI
    Por Josaphat-Robert Large
    El que echa un vistazo en sobrevuelo sobre el Colectivo “Mi Roumain a mi” descubre un libro fabricado con minucia, pulido y adornado de una ilustración del gran artista haitiano Philippe Dodard: un chorro de colores que se extienden, sobre la cobertura, lo que se asemeja a un individuo haciendo frente a las llamas de un incendio. Esta mezcla de formas y matices contrasta bien con el blanco del cartón.
    En su marco temático, la obra está más que bien representada. Un enfoque polifónico donde cada escritor/músico juega bien bastante su partitura. Una pluralidad de temas que derivan de la pluma de los nombres más conocidos entre la inteligensia haitiana contemporánea. Testimonios, poemas, estudios. Y la polifonía se desencadena. El lector se complace de verdad satisfaciendo su apetito para bonitos textos. Es necesario también tener su sombrero bien alto para felicitar el Ministerio de la Cultura y la Comunicación, las prensas nacionales de Haití y a la directora del libro, Emmelie Prophète, de quien la deliciosa “Soledad” nos sirve hasta ahora de libro de cabecera.

    Del lado de los estudios, James Noël nos hunde en una realidad (el nuestro) bajo una ocupacion orquestada por fuerzas extranjeras. El autor consta: la obra de Roumain no forma parte, en casa, del programa de la enseñanza secundaria. ¿El modelo Roumain se conoce de los jóvenes? Gary Klang cuestiona otro aspecto. Plantea un punto que ya hizo colar mucha tinta: la fabricación lingüística de Gobernadores del rocío. La rejilla de los conocimientos adquiridos la Sorbona a su activo, Klang realiza una disección del texto y nos presenta algunas frases de Roumain que no podrían comprender francófonos no antillanos. Claude Pierre, en su estudio donde las palabras se pesan bien, hecho resaltar la importancia de la poesía Roumainienne. La lengua filosófica de Jean Josué Pierre nos lleva a leerlo con avidez, a apreciar su texto y a querer recomendar la lectura a otros lectores.
    Los testimonios son más numerosos y debo reconocer la inclinación de mi preferencia por el de Lyonel Trouillot. Con este trabajo, el autor efectúa una puesta en situación. Se acuerda de sus reacciones en la primera lectura de Gobernadores del rocío y menciona, por asociación de ideas, la importancia de Roumain para los camaradas de su generación. Trouillot va más lejos. Al final de su texto, pone de nuevo a Roumain en el espacio de los años treinta. Junto a un STAR que le sirvió quizá de modelo, respecto a su guardarropa. Se imagina a Jacques, en una película del tiempo, cigarrillo entre los labios, recostado contra el piano que hace vibrar un gran pianista americano, trazando, planeando, con Humphrey Bogart, la toma de Casablanca. ¡Espléndido!

    En cuanto a los poemas: buenos textos. Dónde, al compás de la lectura, se cae sobre versos que sucitan el interés: “la tabla de escritura granero de luna/ no se encanta de ningún árbol”. Firmado: Bonel Auguste.
    En fin , este haz de frases proyecta nuevas ideas que exponen las distintas percepciones que se tienen, sobre Jacques Roumain y su obra, profesores y escritores haitianos contemporáneos, en este año 2007 dónde se celebra el centenario del nacimiento de este famoso escritor. Y está muy bien. Treinta y uno autores se codean en este espejo que tiene para título “ Mi Roumain a mi”. Se lanzan de las miradas de soslayo, intercambian ideas, se disputan, polemizan incluso el uno contra el otro. Saint-Eloi me viene al espíritu, el que desencadena una ráfaga (y alcanza todo el mundo). Repercusiones podrían causar un gran debate… Y eso, estaría un paso de gigante hacia la provocación de choques de ideas en capaces de hacer brotar las luces indispensables sobre las comunidades haitianas a través del mundo.
    Treinta y uno autores haitianos cohabitan en un mismo espejo… textual. ¡Qué proeza!

    Después de todo, cuando el haitiano efectúa una verdadera vuelta sobre la tierra de su realidad, la primera frase que le atormenta es una de aquellas que finge siempre olvidar: ¡La unión hace la fuerza!
    (1) COLECTIVO, Mi Rumano mi, Ediciones Prensas nacionales de Haití, Port-au-Prince, 2007, 309 p.
    Josaphat-Robert Large
    --------------
    Artículo original publicado en francés en la página digital del periódico Le Nouvellsite traducido en español en http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID... traducido por Thom GATO
    Versión francesa también disponible en Haití Recto Verso en http://haitirectoverso.blogspot.com/
    Publicado por HAITI CREMA Y NATA en 9:58
    Etiquetas: JACQUES ROUMAIN...A JAMAIS
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