Supernocky
Garçon - 48 ans, N'djaména, Chad
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Blog / LA VIE DE DEUX FRERES CONTRE LA VALEUR DE PNEUS USAGERS !
jeudi 19 avril 2007 à 02:36
A peine Lyadish Ahmed et moi-même venons de spéculer sur la problématique soulevée par le Président de l’Assemblée Nationale du Tchad, Mr Nassour Guélendouksia, à savoir « Faut-il arrêter de tuer les tchadiens ? », que deux frères commerçants viennent de perdre bêtement la vie au marché dit « Sans fils » de N’djaména. Convoyant des pneus d’occasion pour lesquels ils auraient payé effectivement la douane, ils étaient loin de se douter hier matin que leur business et leur vie s’arrêteraient fatalement pour si peu. Les fameux « karang karang » ou combattants douaniers guettaient leurs victimes, comme d’habitude en plein centre ville, contrairement à tous les règlements classiques existants. Si c’étaient de vrais douaniers, soucieux de remplir les caisses poreuses du trésor public, ils ne se planteraient pas là. Mais cela fait trop longtemps que ce secteur administratif a été conquis, armes au poing, par ceux qui vivent de la guerre et du désordre.
Les notes et directives administratives du Ministère des Finances restes des feuilles de choux pour ces citoyens entièrement à part. Maîtres de l’espace, ils aiment les rodéos en voiture qui emportent souvent la vie de pauvres citoyens en circulation sur certains axes névralgiques de la capitale. Même un représentant résident de la puissante Banque Mondiale avait perdu la vie pour s’être trouvé au mauvais endroit, en se promenant à pied le soir, renversé par l’une de ces Toyota destinées à la chasse urbaine contre « la fraude ». Un problème jamais résolu et personne ne pourra, dans l’état actuel des choses, le résoudre ? C’est comme le cas des fraudeurs lourdement armés et qui livrent régulièrement combat aux patrouilles de douane dans les environs de la capitale et sur les axes menant aux bords du Lac Tchad, passage de la grande fraude criminalisée. En cas de décès d’un fraudeur de suite d’échanges de tirs, c’est l’agent en mission et sa famille qui doivent payer « la dia version tchadienne », cette trouvaille, cette falsification honteuse d’une prescription sacrée du Coran. Et sans blague surtout !
Depuis deux jours, les marchés de pièces détachées de Sans Fil et de la Rue de 40 m sont fermés et barricadés par les commerçants, touchés et solidaires des victimes de la bourde des « karang karang », certainement pas la dernière ni la plus spectaculaire. Avait-on besoin d’en arriver là ? Deux citoyens tchadiens qui vivaient de leur sueur, travaillaient durement pour nourrir leurs familles, tués pour rien… Tout le monde sait comment on devient « karang karang » : soit au retour d’un maquis (récompense), soit en s’entendant avec un parent haut placé qui répartit ainsi chaque jour les jeunes gens à sa charge dans les postes, en vue de faire la recette quotidienne familiale. Il ne s’agit ni de fonctionnariat régulier ni de réquisition de citoyens pour renforcer un corps administratif. Il y a suffisamment de jeunes instruits capables d’être formés et de remplir convenablement la tâche de douaniers professionnels. Mais l’Etat n’a toujours pas d’argent pour ça !
Les bandits et tueurs à gage, eux, ont le loisir d’envahir en toute indifférence ces services publics juteux pour se faire la bourse, même au prix de la vie de leurs concitoyens. Les parrains de ces faux agents disposent d’une franchise totale sur leurs marchandises qu’ils font entrer sous bonne escorte en ville, sans être inquiétés et surtout sans rien payer comme droits et taxes à l’Etat. Il est vrai que l’Etat leur appartient, ils l’ont conquis comme un butin de guerre. Voilà la raison « légitime » de leur activisme criminel. Ce détail ferait-il aussi partie des sujets inscrits à l’ordre du jour des négociations séparées ou de dialogues exclusifs et inclusifs réclamés ? En attendant, nous adressons nos sincères condoléances aux familles des deux compatriotes tombés sur le « vrai champ d’honneur », celui du travail et de l’honnêteté !

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