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Blog / Mots-clés / psychiatrie

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Articles avec le mot-clé 'psychiatrie' :


  • Le pauvre richard (Richard)

    Voici un autre texte bien personnel qui a aussi été publié dans le journal L'Itinéraire. Merci de le lire et de me faire part de vos commentaires.

    http://www.itineraire.ca/

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    Le pauvre richard
    Richard Hétu
    Chroniqueur de la rue

    Que diriez-vous de gagner un demi-million de dollars? C’est ce qui m’est arrivé un jour. Le ciel m’est tombé sur la tête avec une pluie de 500 000 piastres, sans même avoir acheté de billet de loterie! Voici mon strip-tease psychosocial : l’histoire du pauvre Richard devenu riche et redevenu pauvre.

    Il y a environ huit ans, je vivotais sur l’aide sociale depuis plusieurs années à la suite d’une dépression majeure qui m’avait durement assommé. Mon ami Robert, connaissant mon goût pour l’écriture, m’avait suggéré d’écrire des textes pour L’Itinéraire afin de m’aider à sortir de ce marasme. J’y ai appris le métier de journaliste et j’ai rapidement pris plaisir à travailler en équipe malgré ma phobie sociale.

    La vie suivait son cours jusqu’au moment où j’ai appris que mon vieil ami Georges était décédé et que j’étais l’héritier d’une somme de 300 000 $ et de deux superbes maisons! Évidemment, ce colossal héritage me catapulta vers un autre statut social. J’ai donc dû renoncer au programme d’insertion sociale de L’Itinéraire. C’est un peu à regret que je laissais cette belle gang et ce travail qui me passionnait, pour une nouvelle vie qui serait désormais faite de sexe tarifé, de drogues et d’abus de tous genres. La «grosse vie sale», comme disait mon amie Cylvie! Mon terrain de jeu s’était élargi et je menais la vie de pacha en dépensant à tour de bras.

    Selon les volontés de mon ami Georges, une partie de cet argent devait être donnée aux démunis et aux blessés de la vie. Ce n’était pas une clause légale, mais plutôt une clause morale. Comme je suis généreux de nature, j’acquiesçai à cette demande en donnant de l’argent et des ordinateurs à de nombreuses personnes dans le besoin. J’arrosai aussi allègrement d’argent mes amis et ma famille. Certains, à l’appétit vorace, osaient m’en demander plus encore.

    On pourrait penser que j’ai voulu m’acheter de nouveaux amis par ma générosité, mais ceux que j’avais déjà me convenaient parfaitement! Je ne cherchais pas à avoir d’autres amis, mais l’argent est comme un aimant. Cela dit, la plupart de ces nouveaux «amis» se sont éloignés depuis que je suis redevenu pauvre. Mais mes vrais amis sont demeurés.

    Qu’est-ce qui explique ma folie de générosité excessive? Pauvre ou riche, j’ai toujours été généreux de différentes façons. Je crois que c’était une manière de me faire apprécier par ceux à qui je donnais. Il y a eu aussi, parfois, la tendance maniaque de ma maladie bipolaire qui accentuait ce besoin de donner aux autres. Dans certains cas aussi, le désir d’aider les jeunes, comme je l’avais été par Georges dans ma jeunesse.

    À ma défense, par contre, je dois dire que cet héritage ne s’est pas seulement traduit par de folles dépenses. J’ai aussi acheté du matériel informatique de pointe et j’ai démarré une petite entreprise de conception de sites Web. Mais comme j’étais un mauvais administrateur et un piètre gestionnaire d’employés, ça n’a pas fonctionné et j’ai dû mettre la clé dans la porte.

    Au cours des dernières années, j’ai vendu les deux maisons pour récupérer de l’argent et je me suis retrouvé en appartement. J’ai déménagé neuf fois dans des logements luxueux au début, puis de plus en plus minables à mesure que l’argent fondait. J’ai presque failli devenir sans-abri, si ce n’avait été de mon neveu Martin, le seul qui m'a vraiment aidé dans ma famille pendant cette période.

    Aujourd’hui, je suis de nouveau sur l’aide sociale, encore plus pauvre qu’avant cet héritage, et je repars où j’avais laissé en revenant à L’Itinéraire! L’argent a bien des avantages et peut ouvrir beaucoup de portes, mais dans mon cas cette fortune m’a isolé dans une bulle de rêve et de fuite qui a retardé mon évolution dans la société.

    Malgré tout, l’expérience du pauvre richard a tout de même été enrichissante! J’ai appris et compris beaucoup de choses : sur la nature humaine, sur mes besoins affectifs et matériels, et sur mes valeurs.

    Je suis heureux d’être encore entouré d’amis et je veux continuer de m’ouvrir au monde. Je suis satisfait du peu que je possède et je vais travailler pour en avoir un peu plus. Tout ce qui manque à mon bonheur, matériel c'est un ordinateur Mac mini et un branchement à Internet pour assouvir ma passion de la connaissance et de la création...

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    Ce texte a été écrit il y a environ 1 an et demi, et depuis ma situation c'est beaucoup amélioré. J'ai mon Mac mini et une branchement internet. J'ai aussi de bons amis, anciens et nouveaux. Je profite de cette tribune pour remercier mes intervenantes de l'organisme en santé mentale L'Échelon, elles m'ont beaucoup aidées à me réinsérer dans la socité et à avoir un meilleure qualité de vie. Merci aussi au groupe Communautaire L'Itinéraire pour toute l'aide qu'on m'y a apporté.

    Richard :)

  • Un zoo la vie

    De temps à autre je publie ici des textes que j'ai écris pour le journal de rue L'Itinéraire (de Montréal). Je vous invite d'ailleurs à visiter leur superbe site. http://www.itineraire.ca/

    Ce texte est une histoire vécue, un genre de striptease psycho-social!

    Il a été publié en novembre 2005 et nominé comme meilleure chronique de l'année.

    J'espère que vous réagirez à mon texte et j'attend vos commentaires. Ce texte n'est pas une fiction, c'est mon expérience.

    Richard Hétu
    Chroniqueur de la rue
    richard_hetu@yahoo.ca

    Un zoo la vie
    Mon séjour en psychiatrie

    Richard Hétu
    Chroniqueur de la rue

    Il est près de minuit quand je commence enfin à m’endormir. Je suis soulagé de bientôt pouvoir fuir ma folie dans un sommeil sans rêves, mais un long cri déchirant me ramène à la conscience. Les cris à glacer le sang se répètent et s’intensifient. Je sors de ma chambre pour essayer de savoir ce qui se passe. On me dit que c’est la nouvelle patiente qui est en crise et qu’on a dû l’attacher dans la chambre de contention. Je demande à prendre un somnifère pour m’aider à dormir. Les cris continuent et d’autres patients sortent de leur chambre pour réclamer un calmant ou la permission d’aller fumer une cigarette.

    Ça fait trois jours que je suis ici et je ne suis pas encore sorti de ma coquille. Je ne prends pas ma douche. Je ne mange pas beaucoup, n’allant qu’aux soupers, car ça me déprime trop de devoir prendre mes repas dans la salle à dîner avec les autres patients. Comme les gens hospitalisés en psychiatrie sont ambulants pour la plupart on n'apporte pas les repas aux chambres et on doit manger tous ensemble. Peu à peu, je me joins à la communauté et je me nourris en silence. La semaine suivante, je commence à parler un peu aux autres et à participer aux échanges de nourriture. Qui veut mes tomates, ma soupe, mes saucisses ou mon pudding? Amusant.

    Y a pas grand chose à faire ici à part m’enfouir dans ma folie et ma dépression. Je n’ai pas la concentration pour lire, pas moyen de regarder la télé en continu avec les patients qui changent de poste à chaque instant, je suis nul au ping-pong, j’ai pas d’énergie pour marcher dans les corridors et pas question d’entamer la conversation avec quelqu’un pour l’instant. Plus tard viendront les séances d’ergothérapie et les activités à la piscine qui me feront le plus grand bien.

    Les départements de psychiatrie sont un des rares endroits publics où on a encore le droit de fumer. Il semble que ce soit essentiel de permettre cette “automédication“ aux psychiatrisés, fumeurs pour la plupart, et un fumoir est prévu à cet effet. Les patients doivent laisser leurs cigarettes au bureau des préposés et on le droit à une cigarette aux 60 minutes, à l'heure juste. On m’offre des cigarettes que je refuse d’abord et que je finis par accepter et aller faire la jasette (souvent décousue) dans le fumoir. Moi qui ne fumais pas depuis 5 ans j’y reprends goût. Merde alors!

    Ce qui me manque le plus ici c’est l’intimité dans ma chambre. À toutes les heures des préposés font le tour de l’étage pour observer et noter ce qu’on fait. Pas évident si je voudrais me masturber, pas évident non plus si on a un voisin de chambre qui se le fait 10 fois par jour! Mais le plus difficile c’est de partager sa chambre avec quelqu’un qui a aussi un problème mental qu’on doit subir. Si on peut attraper toutes sortes de virus de son voisin peut-on aussi attraper sa psychose? Plus qu’ailleurs dans l’hôpital on devrait avoir une chambre privée en psychiatrie.

    Comme tout le monde j’ai une grande admiration pour le travail des infirmières, et j’en ai encore plus pour celles qui travaillent en psychiatrie. Mais ceux que j’admire le plus ce sont les préposés aux patients. Ils ont une patience à toute épreuve avec les fous que nous sommes. Une main de fer dans un gant de velours. La plupart sont sympathiques et savent désamorcer les situations dramatiques avec doigté. Chapeau!

    Après 3 semaines ici (entrecoupées de quelques sorties de 24 heures) mon aimable psychiatre et moi agréons que je suis prêt pour mon congé définitif. Avec ma nouvelle médication qui commence à faire effet ça devrait aller et si ça va mal de nouveau je peux toujours revenir ici. Ça m’angoisse un peu, mais je dois aller faire face au monde extérieur.

    Quelques jours avant mon départ j’écoutais une conversation entre un patient et un préposé. Le patient lui faisait part de son appréhension à retourner dehors, que c’est dangereux à l’extérieur et que ça lui faisait peur. Le préposé lui répondait qu’effectivement c’est la jungle au dehors. Je m’en suis mêlé pour ajouter que si à l’extérieur c’est la jungle ici c’est le zoo!

    Avant de quitter ce zoo humain le mammifère que je suis va saluer ceux et celles de ses congénères avec lesquels il a fraternisé. C’est un moment émouvant qui me donne du courage pour aller affronter les nombreux humanimaux de la jungle urbaine.