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rebelle_83

Garçon - 49 ans, ou le soleil brille, France


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A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu'y en a
Te parler du bon temps qu'est mort ou qui r'viendra
En serrant dans ma main tes p'tits doigts
Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d' pieds pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures
Te raconter un peu comment j'étais mino
Les bonbecs fabuleux qu'on piquait chez l' marchand
Car-en-sac et Minto, caramel à un franc
Et les mistrals gagnants

A r'marcher sous la pluie cinq minutes avec toi
Et regarder la vie tant qu'y en a
Te raconter la Terre en te bouffant des yeux
Te parler de ta mère un p'tit peu
Et sauter dans les flaques pour la faire râler
Bousiller nos godasses et s' marrer
Et entendre ton rire comme on entend la mer
S'arrêter, r'partir en arrière
Te raconter surtout les carambars d'antan et les cocos bohères
Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres
Et nous niquaient les dents
Et les mistrals gagnants

A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder le soleil qui s'en va
Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fou
Te dire que les méchants c'est pas nous
Que si moi je suis barge, ce n'est que de tes yeux
Car ils ont l'avantage d'être deux
Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie
Et l'aimer même si le temps est assassin
Et emporte avec lui les rires des enfants
Et les mistrals gagnants
Et les mistrals gagnants


  • 17 octobre

    Vendredi 17 Octobre 2008

    Journée Mondiale du Refus de la Misère

    La misère…

    À qui le tour ?

    Rendez-vous

    de 12h à 14h

    sur la Place de la Liberté

    à Toulon

    .

    Refusons ensemble la banalisation de la précarité & de l’injustice sociale.

    Rassemblons-nous pour manifester notre refus d’une société à deux vitesses, maintenant les travailleurs dans la précarité et la soumission, et prenant les plus démunis pour boucs émissaires.

    Le progrès d’une société se mesure par la solidarité qu’elle génère et par son souci de ne laisser personne sur le bas côté.

    .

    .

    Nous « fêtons » cette année les 10 ans de la loi de 1998, dite de « cohésion sociale », qui était censée réaffirmer « l’égale dignité de tous les êtres humains » et faire de la lutte contre les exclusions « une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la nation » !!!…

    Les situations indignes se multiplient dans notre pays, la précarité, les inégalités et l’exclusion grandissent, tout particulièrement dans notre région et notre département où les disparités de revenu sont de plus en plus criantes.

    La situation sociale était déjà préoccupante il y a dix ans mais elle s’est considérablement aggravée depuis, alors que dans la même période le PIB augmentait de 49% pour passer de 1.267 à 1.892 milliards d’euros et que le patrimoine et les revenus des plus riches s’accroissaient dans des proportions considérables. Un impôt sur les revenus des stock-options permettrait à lui seul de financer un revenu minimal décent ou de combler le tiers du déficit dela Sécurité Sociale (rapport de la Cour des Comptes). C’est pourquoi nous ne pouvons accepter l’excuse des coffres vides et des moyens limités.

    Dans notre agglomération, aucune politique d’envergure n’a été menée dans le domaine du logement. Selon le rapport annuel 2008 de la fondation Abbé Pierre, parmi les 29 communes de plus de 50.000 habitants ne remplissant pas leurs obligations en matière de construction de logements sociaux, Hyères et Toulon occupent la 3e et 4e places. Au palmarès des plus mauvais élèves nous trouvons, pour les villes de moins de 50 000 habitants, La Valette-du-Var, le Beausset, Ollioules, Saint-Mandrier, Sanary, Six-Fours, Solliès-Pont, Solliès-Toucas.

    - Personnes à la rue ou en hébergement d’urgence…

    - Personnes hébergées chez des parents et ne pouvant accéder à un logement autonome…

    - Travailleurs voués à des contrats précaires sans perspectives d’avenir…

    - Personnes âgées isolées et jeunes en rupture de famille réduits à l’assistance…

    - Femmes seules chefs de famille exclues de l’emploi et de la formation…

    - Jeunes sans qualification et victimes de discrimination…

    Aujourd’hui, en P.A.C.A., plus de 650 000 personnes, soit près d’un habitant sur huit, dont plus de 120 000 dans le Var, vivent en dessous du seuil de pauvreté, un enfant sur cinq de moins de 18 ans est nécessiteux, alors que dans le même temps l’écart des revenus entre les plus fortunés et les moins aisés est l’un des plus importants de France (rapport INSEE)…

    Dans de nombreux domaines, l’écart entre les intentions affichées par la loi (loi de 98, loi instaurant la CMU, loi DALO…) et les modalités d’application est flagrant et dénoncé par le Comité européen des droits sociaux dans son rapport du 5 décembre 2007.

    Confrontés à la pénurie de logement et d’emplois, à l’implosion du marché de l’immobilier et à la restriction des parcours professionnels qualifiants, les travailleurs sociaux sont mis dans des situations impossibles. Les associations quant à elles ont le sentiment de servir de caution à un système qui crée de plus en plus d’inégalités et d’exclusions. De plus, lorsqu’elles dépendent des aides publiques, elles ne se sentent pas libres de dénoncer les dysfonctionnements dont elles sont les témoins.

    Plus grave encore : face à la montée de l’insécurité sociale, nous assistons à une division générale orchestrée au sein de la population. Les premières victimes de cette précarisation, les plus fragiles d’entre nous : SDF, chômeurs, étrangers, RMIstes se retrouvent ainsi incriminés dans un climat de suspicion et de rejet allant à l’encontre même de la devise de notre république…

    Face à une telle dégradation, nous ne pouvons nous contenter de discours d’encouragement et de belles paroles de circonstance. Nous demandons à l'ensemble de nos élus locaux des engagements précis et évaluables chaque année qui enclenchent une amélioration effective de la vie de nos concitoyens en matière de soins, de logement, d’emploi, de réponse aux besoins fondamentaux. Sur le plan national, nous leur demandons de mettre en place une politique qui inverse la tendance à la précarisation dont témoignent toutes les statistiques, une politique qui donne la priorité à l’accès des plus démunis aux droits reconnus à tous les citoyens. Nous leur demandons de faire des choix clairs pour assurer une vie décente à tous.

    Pour notre part nous n’accepterons pas la banalisation de la misère et nous tenons à réaffirmer que le progrès d’une société se mesure par la solidarité qu’elle génère et par son souci de ne laisser personne sur le bas côté.

    « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère,

    les droits de l’homme sont violés.

    S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »
    un lien a faire suivre
    http://comitedu17octobre.unblog.fr/

  • les premises

    Les évènements de mai-juin 1968 n’ont pas surgi « comme un coup de tonnerre dans un ciel serein » selon Georges Séguy. Ils ont des causes démographiques (plus du tiers de la population a moins de 20 ans.), politiques (le régime gaulliste, de type présidentiel et autoritaire), internationales (guerre du Vietnam, Amérique du sud), économiques (concentration, croissance forte, mais accroissement des inégalités sociales ), sociales ( puissance numérique de la classe ouvrière , essor de nouvelles couches de salariés, tels les cadres, les employés,…) et sociétaux (évolution des mœurs et des modes de vie, développement de la télévision, des équipements ménagers …) .

    Janvier 1966
    Le 10, la CGT et la CFDT concluent un accord d’unité d’action qui va permettre de nouvelles dynamiques de luttes interprofessionnelles et locales. Au cours de 1967 et le début de 1968 on assiste à une montée des conflits sociaux : 4 000 000 à 4 500 000 journées de grève au cours de l’année 1967, un chiffre record depuis le début de la 5ème République.

    En février 1967
    Le 1er, grève d’ampleur nationale à l’appel de la CGT, de la CFDT et de la FEN.
    Le 24, ce sont les roulants de la SNCF.
    Les patrons ripostent par un lock-out de 20 jours aux usines bordelaises de Dassault Bordeaux-Mérignac qui mènent des actions revendicatives sur les salaires.
    Le 29, grève aux usines Rhodiaceta de Besançon puis de Lyon-Vaise sur les salaires . Le mouvement durera jusqu’au 22 mars.

    En mars 1967
    Le contexte général : recul des forces de droite (gaullistes et centristes) aux élections législatives ; les viticulteurs manifestent contre l’importation du vin d’Algérie. La côte des Somalis est, par référendum, maintenue dans la République française.

    Les luttes en France :
    Le 16 grève des salariés de Berliet. Le travail ne reprendra que le 29.
    Les 20 et 21 manifestations à Lyon et à Saint-Etienne .
    Les 28 et 29, grève des travailleurs de la RATP.

    En avril 1967
    En Grèce, les généraux s’emparent du pouvoir. S’ensuivent de nombreuses arrestations et la déportation massive des communistes dans l’île de Yaros. En France, le conseil des ministres décide d’agir par ordonnances dans le domaine économique et financier.

    Les luttes en France :

    - luttes et grèves dans le textile, dans les mines de Lorraine, dans la sidérurgie de l’Est, à Saint-Nazaire où la population se mobilise et exprime sa solidarité envers les salariés des chantiers de l’Atlantique.

    Mai 1967
    La Grande-Bretagne, puis le Danemark, demandent leur adhésion à la CEE. Les Etats généraux pour la paix au Vietnam décident de manifestations en France les 16, 17 et 18 juin.
    Les luttes en France :
    Le 17 grève générale de 24 heures et manifestation à l’appel de la CGT, de la CFDT, de FO et de la FEN contre les pouvoirs spéciaux et pour la défense de la sécurité sociale. L’UNEF est associée aux manifestations.

    Juin 1967
    Le début juin est marqué par la guerre « des six jours » entre Israël et l’Egypte. En France, lors du 36ème congrès de la CGT, Georges Séguy devient secrétaire général de la CGT et Benoît Frachon est élu président. L’Assemblée nationale vote les pouvoirs spéciaux.

    Juillet et août 1967
    Promulgation des Ordonnances ( création de ANPE, mesure sur l’intéressement des salariés et surtout sur la Sécurité sociale avec la suppression des élections des administrateurs, le paritarisme, le renforcement de la tutelle et de l’intervention de l’Etat par la création de trois caisses nationales. Avec aussi l’augmentation des taux de cotisation et du ticket modérateur (de 20 à 30% pour les soins de ville).

    En octobre 1967
    Le 9, Che Guevarra est abattu dans les maquis de Villagrande en Bolivie.
    Les luttes en France :
    Le 1er, par La CGT et la CFDT décident de boycotter les élections des présidences de caisses de Sécurité sociale.
    Du 9 au 14, semaine d’action CGT et CFDT contre les ordonnances sur la Sécurité sociale, pour les salaires, la retraite et l’emploi.
    Le 19 et le 20, grève des postiers.
    Le 27, au Mans, manifestation de la CGT et de la CFDT contre les ordonnances : plusieurs dizaines de blessés et 50 arrestations, dont des étudiants.
    Le 30, grève des agents de conduite SNCF dans les dépôts du Midi.

    Novembre 1967
    Du 9 au 12 se tient le congrès de la CFDT : l’accord d’unité d’action maintenu mais critiques à l’égard de la CGT. Les luttes en France :
    Du 17 au 19, grève à la SNCF.

    Décembre 1967
    La guerre au Biafra (Nigeria) a fait 50 000 morts et un million de réfugiés ; elle fait des ravages au Vietnam où sont déployés 475 000 soldats américains. Le 7, adresse de la CGT aux formations politiques de la gauche (FGDS et Parti communiste) en faveur d’une alternative politique sur la base d’un programme commun. Le 19 décembre, la loi Neuwirth, légalise la contraception et la vente de la pilule.

    Les luttes en France :
    Le 6, grève des salariés de l’usine Rhodiaceta de Lyon-Vaise contre la répression anti-syndicale, pour l’emploi et les salaires.
    Le 13, journée revendicative CGT - CFDT contre les ordonnances (grève de 24 heures).

    Janvier 1968
    Le traité de non-prolifération des armes nucléaires est signé à Genève.
    Un « comité national pour le soutien et la victoire du peuple vietnamien » est constitué.
    L’Espagne connaît du 12 au 18 des troubles universitaires.
    Le 1er janvier entre en vigueur l’application générale de la TVA.
    Les premiers incidents surviennent en janvier à la faculté de Nanterre contre la présence de policiers en civils dans l’enceinte de la Faculté.
    Les luttes en France :
    Appel à l’action des fédérations CGT et CFDT de la métallurgie pour les 23, 24 et 25 janvier, sur les salaires, les retraites, la durée du travail et les libertés syndicales.
    Le 18, à l’appel de la CGT , grève de 24 heures des guichetiers PTT sur les conditions de travail, suivie le 19 de celle des « lignards » des PTT.
    Le 23, grève des travailleurs de la Saviem à Caen (Cette grève prendra fin le 5 février).
    Le 30, à Caen journée d’action revendicative organiséeà l’usine Saviem : trois heures d’affrontements avec la police, 18 blessés et 86 interpellations.

    Février 1968
    Le 10 et le 11 se tient à Paris la 4ème conférence syndicale d’Europe occidentale pour la liberté en Espagne (11 pays sont représentés).
    De violentes manifestations étudiantes ont lieu le 23 en Italie, notamment à Rome.
    En France :
    Le 13, à Paris, défilé de milliers de manifestants de République à Bastille en solidarité avec le peuple vietnam.
    Signature le 22 par le patronat et syndicats (dont la CGT) d’un accord sur le chômage partiel.
    Le 24, déclaration commune FGDS - PCF sur une plate –forme commune.

    Les luttes en France :
    Le 5, grève des salariés des banques sur les conditions de travail et les salaires.
    Le 11, à Bordeaux manifestation ouvriers des usines Dassault avec la participation des étudiants.
    Le 16, manifestation à Marseille pour l’emploi.
    Le 26, grève des enseignants du second degré pour l’augmentation des crédits et une orientation démocratique pour l’enseignement.
    Premier meeting des comités d’action lycéens (CAL) : appel à faire la grève avec les professeurs contre la sélection.

    Mars 1968
    En Pologne, à Varsovie des affrontements ont lieu le 8 mars entre étudiants et policiers. Les troubles continueront jusqu’à la fin du mois.
    La CEE adopte, le 11, le « Plan Mansholt » qui programme sur dix ans la « modernisation »de l’agriculture par la disparition de la petite exploitation familiale.
    En Italie, à Milan des manifestations étudiantes donnent lieu à des violences policières.
    En France, le 22, vifs incidents à la Faculté des Lettres de Nanterre. Les cours sont suspendus et ne reprendront que le 1er avril. Création du « Mouvement du 22 mars ».

    Les luttes en France :
    Le 11, à l’appel des organisations départementales CGT, CFDT, CFTC, CGC et FEN, importantes manifestations pour l’emploi et les salaires dans le Nord : 10000 manifestants à Lens, 5000 à Douai, 4000 à Bruay, 2000 à Valenciennes.
    Du 15 au 17, trois journées de soutien au peuple vietnamien sont organisées à l’initiative du Mouvement de la paix et de 18 organisations, dont la CGT.

    Avril 1968
    Le début du mois est marqué au Brésil par des affrontements entre étudiants et policiers à Rio de Janeiro. Le 4, Martin Luther-King, figure de la lutte des noirs pour l’intégration raciale, est assassiné à Memphis aux Etats-Unis. En Allemagne de l’Ouest de violents affrontements opposent étudiants et policiers, à la suite d’un attentat ayant visé Rudi Dutscke, leader des étudiants berlinois. En France, de nouveaux incidents ont lieu le 2 à la Faculté de Nanterre.

    Les luttes en France
    La CGT comptabilise 50 débrayages depuis le 1er mars dans les ateliers de l’usine Renault-Billancourt.
    Le 5 avril, à l’appel de la CGT et de la CFDT, grève de 24 heures des téléphonistes contre les suppressions d’emploi liés à l’automatisation. Les grèves se succèdent dans les différents secteurs des PTT à partir du 26 avril sur les classifications, l’emploi et la réduction du temps de travail.
    Le 24 avril, 15000 métallurgistes observent une grève de 24 heures à l’appel de la CGT

  • robins des bois

    Gaspard de Besse
    1757 - 1781

    Voilà la petite histoire du fameux "Robin des bois " Provençal
    Gaspard Bouis fils de Jean Baptiste Ménager et de Thérèse Roux est né le 9 février 1757 à 2h de l'après-midi. Son parrain a été Gaspard Bouis. Un an après, son père mourrait, sa mère Thérèse se remariait en 1760 avec François Mourian et donna à Gaspard une demi-sœur Marie-Anne dont il fut le parrain à l'âge de 16 ans. Ce qui prouve que notre Gaspard eut une jeunesse sans histoire puisque seule son escapade au sommet de l'horloge nous est parvenue.



    C'est ici que se mêlent intimement l'histoire et la tradition orale. Gaspard était un solide garçon avec une belle prestance et la faconde méridionale qui le poussait vers les galéjades, farces et attrapes qui étaient les amusements les plus prisés de ce temps et que l'on rappelait le soir à la veillée au coin de l'âtre, au moulin, au cercle ou sur les bancs au frais l'été. Remarqué par les sergents recruteurs, il aurait signé inconsidérément son engagement dans l'armé du roi. En aidant une personne évadée du bagne il prit le maquis et devient son complice avec d'autres. D'abord soutenue par la population, celle-ci se lasse rapidement, et alors cette petite troupe vivra d'expédients et de rapines tout en respectant ceux qui les avaient aidés.

    La bande à Gaspard émigra aux gorges d'Ollioules beaucoup plus fréquentées, puis leurs exploits s'étendirent de Marseille à Nice grâce à un réseau d'indicateurs. Arrêté dans les Maures en juin 1779, il s'évade moins d'un an après grâce à la tendre complicité de la fille du geôlier de la prison de Draguignan. On lui impute aussi la libération d'une colonne de galériens qui s'unissent à la bande avec quelques-uns de leurs gardiens.

    Astucieux, rigolard, parfois débonnaire, il s'ingénie à ridiculiser le parlement "les deux fléaux de la Provence le parlement et le mistral". Il s'applique à détrousser les agents du fisc et les voyageurs, les plus riches mettant de son côté les rieurs et surtout les petites gens à qui il distribue parfois des subsides. Ce qu'il aime par dessus tout c'est monter des farces et galegeades qui font le bonheur des conteurs.

    Sa fière allure, le soin qu'il prend de sa personne lui assure un succès certain auprès des dames et pas seulement celles du peuple, même celles qu'il détrousse garde un bon souvenir de lui.

    Reconnu par hasard dans une auberge, à la Valette du Var, alors qu'il était en visite chez son ami Augias évadé des galères, il fut arrêté. Cela mit un terme à la carrière de notre bandit Gentilhomme. Son procès, long et douloureux, eu l'issue fatale que nous connaissons. "Le supplice de la roue" bien qu'il n'ait jamais tué personne d'après la légende mais paraît-il en ce temps-là "le ridicule tuait plus souvent que le meurtre".

  • ils nous mentent

    Les chiffres baissent, les chômeurs trinquent


    L’Insee vient de publier les chiffres du chômage du premier trimestre 2008. Une fois de plus, le gouvernement nous fait le coup de l’auto satisfecit avec, pour la période, un taux de chômage de 7, 2% de la population en France métropolitaine, en recul de 1,3 points sur un an. Il s’agit des « meilleurs chiffres depuis le début des années 80 », s’est empressé de claironner Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi, en omettant de préciser que les modes de calcul ont pour le moins évolué depuis vingt ans.

    C’est devenu une habitude, le gouvernement est plus à l’aise pour communiquer sur une baisse artificielle du chômage générée à la fois par la démographie, les radiations en masse et le développement de la précarité, que pour assurer le développement d’emplois durables et de qualité. Ainsi, au premier trimestre 2008, 1,18 million de personnes étaient en situation de sous-emploi , c’est-à-dire contraintes au temps partiel ou au chômage technique mais souhaitant travailler plus. Leur pourcentage (4,4% des personnes ayant un emploi) est certes en baisse par rapport au trimestre précédent (5,6%), mais l’Insee a depuis modifié ses modes de calcul, excluant dorénavant des milliers de personnes à temps partiel souhaitant travailler plus mais n’étant pas disponibles. En outre, a-t-on encore besoin de rappeler que 70 % des embauches actuelles sont le fait de CDD ?

    Nicolas Sarkozy l’a de nouveau réaffirmé ce matin, son objectif est d’atteindre les 5% de chômage d’ici 2012. Ses moyens d’y parvenir sont connus : avec la prochaine présentation au Conseil des ministres du projet de loi sur l’offre raisonnable d’emploi rejeté par l’ensemble des organisations syndicales le 26 mai dernier à l’occasion de la commission permanente du Comité supérieur de l’emploi, le président entend bien accroître la pression sur les chômeurs afin de faire diminuer les chiffres à tous prix. Il est donc fort à parier que si le chômage poursuit sa baisse, c’est surtout parce que les chômeurs vont continuer à trinquer. Comment la situation du chômage peut-elle s’améliorer alors que le rythme des créations d’emploi décélère fortement et enregistre pour le premier trimestre 2008 son plus faible niveau depuis fin 2006 ? Pour sa part, l’Unedic prévoit même presque deux fois moins de créations d’emploi en 2008 (+180 000) qu’en 2007.

    Afin de parvenir à une baisse réelle du chômage et à un retour à l’emploi durable pour l’ensemble des privés d’emploi, et des précaires, la CGT revendique de revenir aux fondamentaux et de travailler efficacement à l’élaboration d’une véritable politique industrielle ainsi qu’à la mise en place d’un service public de l’emploi de qualité articulé autour de grandes missions telles que l’accompagnement, l’indemnisation, la formation et l’orientation. Un service public de l’emploi ciblant tant les chômeurs que les salariés très précaires en activité.

  • régularisation des sans papiers

    Mardi 21 mai, près de 400 nouveaux travailleurs sans papiers se sont mis en grève et ont décidé d’occuper leur entreprise pour exiger leur régularisation. Cette deuxième vague de grèves et d’occupations intervient après celle du 15 avril et l’entrée en grève le 14 mai des salarié(e)s de Sofrabrick à Gonesse dans le Val d’Oise.

    Elle a débuté dès 6 heures du matin, par l’occupation de la déchetterie "Europe service" à Evry dans l’Essonne. Elle s’est conclue à minuit avec l’occupation, par les agents de nettoyage de l’entreprise Eigene France, de leur restaurant Quick des Champs-Élysées (qui jouxte le Bistrot Romain, lui-même dorénavant occupé par ses employés "sans papiers"

    Ce sont donc à nouveau des travailleurs "sans papiers" de différents secteurs dits "en tension" : restauration, bâtiment, nettoyage…qui ont décidé, avec la Cgt et Droits devant !! de sortir de l’ombre et, à leur tour de cesser le travail pour exiger leur régularisation.

    Au 20 mai, plusieurs dizaines de salariés ont en main un « récépissé » de 3 mois, leur permettant enfin de circuler librement et de compter sur une délivrance rapide de leur carte de séjour. C’est un grand soulagement pour eux et nous nous en réjouissons vivement.

    La régularisation complète (restaurant de La Jatte à Neuilly 10/10) ou presque complète (Passion traiteur à Colombes 19/20 à aujourd’hui) a permis la levée de ces piquets de grève et la reprise du travail.

    Mais si en tout, 70 titres divers de séjour (sur 1000 !) ont été délivrés, il n’en demeure pas moins qu’ils ont été donnés au compte-goutte, et en plus, pour nombre d’entre eux, seulement sous forme d’autorisation provisoire de séjour (APS). Ce dernier titre n’ouvre pas systématiquement la voie à la régularisation et n’a, de plus, pas été toujours accompagné d’une autorisation de travail, ce qui est paradoxal puisque les salariés, reconnus comme tels, sont toujours en grève !

    D’autre part, lors des rendez vous dans les différentes préfectures de la région parisienne, aucune consigne claire, précise et uniforme n’a visiblement jusqu’à présent été observée pour mener à bien le processus de régularisation. Une préfecture « traîne encore des pieds » pour entamer le dialogue, d’autres en « rajoutent » sur le nombre de pièces à fournir, alors que dans le cadre de la régularisation par le travail, le contrat de travail est le seul élément essentiel.

    Certains ont visiblement cru pouvoir ensevelir la grève en cours sous le fatras administratif et perdre les militants dans les méandres des préfectures. La manœuvre a échoué.

    Ils portent l’entière responsabilité de cette deuxième vague de grèves et d’occupation.

    Les 1000 dossiers déposés, avec maintenant en plus, ceux des grévistes du 21 mai, doivent être réglés positivement rapidement

  • repression policiere

    Trois jeunes gens blessés par balles par des policiers hors service à Paris

    Il y a 13 heures

    PARIS (AFP) — Trois jeunes gens ont été blessés par balles, dans la nuit de mercredi à jeudi à Paris (Xème), après une altercation avec deux policiers, qui n'étaient pas en service et sortaient d'une soirée arrosée, dont au moins un a tiré avec son arme de service.

    Ces deux policiers et les trois jeunes gens, dont l'un, blessé "dans la région du dos", est hospitalisé dans un état jugé "sérieux", ont été placés en garde à vue, a-t-on appris de source policière.

    Les policiers, a annoncé le ministère de l'Intérieur, "ont été suspendus" par la ministre Michèle Alliot-Marie, "à titre conservatoire en l'attente des conclusions et des résultats de l'enquête".

    On ignorait si les deux autres jeunes gens, - blessé pour l'un aux chevilles pour l'autre sans doute au bas du dos -, étaient encore hospitalisés mais leur état inspirait "moins d'inquiétudes".

    Un policier a également été blessé durant l'altercation, selon la source policière.

    Selon les premiers éléments de l'enquête, les deux policiers en poste au service régional des transports (SRPT) chargé de la sécurité dans les transports en commun en région parisienne et dépendant de la préfecture de police de Paris (PP), auraient "bu plus que de raison" dans un bar situé boulevard de Strasbourg.

    Dans la rue, ils ont eu une altercation avec une dizaine de jeunes gens pour des raisons "qui doivent être éclaircies" et "sont encore très confuses" jeudi, selon la source policière.

    Dans des conditions encore mal définies, "au moins" l'un des deux policiers a fait usage de son arme de service et a blessé trois des jeunes gens.

    L'enquête devait "s'attacher à vérifier si le second policier a tiré des coups de feu également", a fait valoir la source policière.

    A la PP, interrogée par l'AFP, on a déclaré jeudi que "deux fonctionnaires hors service ont été impliqués cette nuit (de mercredi à jeudi) dans une altercation sur la voie publique, au cours de laquelle auraient eu lieu des tirs d'armes administratives".

    L'Inspection générale des services (IGS, la "police des polices" et la 2e division de police judiciaire (DPJ) ont été saisies de l'enquête par le parquet de Paris, selon la PP, et le préfet de police a ouvert une enquête administrative.

    Les trois jeunes gens blessés seraient français et d'origine nord-africaine, toujours selon la source policière.

    Cette affaire pose à nouveau le problème des armes de service des policiers qu'ils peuvent transporter et détenir même en dehors de leurs heures de service.

    La récente vague de suicides de policiers au début de l'année 2008, qui avait inquiété les syndicats de police, avait mis en exergue cette question, ces suicides ayant été perpétrés le plus souvent à l'aide de l'arme de service.

  • muraire jules

    Raimu, de son vrai nom Jules Auguste César Muraire, était une vedette de music-hall, puis un comédien de théâtre et un acteur de cinéma Français, né à Toulon (Var) le 17 décembre 1883 et décédé le 20 septembre 1946 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

    Il était l'un des plus grands monstres sacrés du cinéma français des années 1930 et l'acteur comédien comique troupier d'origine méridionale fétiche de Marcel Pagnol.

    - En 1883, il naît le 17 décembre à Toulon (Var) d'un père tapissier.
    Il est peu enclin aux études. Il découvre le spectacle très jeune, lui voue un véritable culte et est rapidement attiré par le métier de comédien.
    - En 1900, il débute le 15 juin, à l'âge de 17 ans, une carrière d'humoriste comique troupier et s'essaye devant son premier public dans les cafés-concerts méridionaux et les guinguettes à matelots de sa région natale sous le nom d'artiste de 'Rallum' : un bide.
    Il fait alors des petis boulots : Croupier du Casino d'Aix-les-Bains et commerçant ...
    - En 1908, il revient sur scène, en se faisant remarquer au théatre de l'Alhambra de Marseille où il est souffleur. Il enchaîne au théatre de l'Alcazar, puis au Palais de Cristal et devient rapidement une vedette régionale sous le nom d'artiste de Raimu avec le répertoire de Polin, une excellente école par laquelle sont passés de nombreux autres dont Jean Gabin, et Fernandel ...
    - En 1910, il est repéré par le célèbre chansonnier et directeur de music hall d'origine toulonnaise lui aussi, Félix Mayol, qui le fait monter à Paris, le produit dans son propre théâtre parisien, le "Concert Mayol", et l'engage dans ses revues où il triomphe.
    Il se produit dans des cafés-concerts et au music-hall, dont La Cigale, aux Folies Bergères et au Casino de Paris jusqu'en 1914.
    - En 1914, il est mobilisé pour la première guerre mondiale qui éclate puis réformé en 1915.
    - En 1928, arrivée en Europe du cinéma parlant, dont Raimu devient une figure de proue avec son jeu et sa célèbre voix méridionale tonitruante si caractéristique.
    - En 1929, il connait un triomphe universel au théâtre de Paris avec la pièce Marius de Marcel Pagnol. Ces deux Marseillais méridionaux s'apportent mutuellement la gloire et la célébrité grâce à ce chef d'oeuvre de la culture française. Ils restent liés à vie.
    - En 1931, nouveau triomphe universel dans l'adaptation au cinéma du célèbre succès théâtral Marius d'Alexandre Korda ( Premier film de la célèbre Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol ) et un des premiers films à succès parlant du cinéma francais.
    - En 1932, il joue le rôle de César dans le film Fanny de Marc Allégret.
    - En 1936, il se marie avec Esther et a une fille, Paulette.
    Puis, en 1936 aussi, il joue le rôle de César dans le film César dirigé par Marcel Pagnol. La Trilogie Marseillaise est un triomphe et devient un grand classique du cinéma francais.
    - En 1938, Marcel Pagnol lui offre le plus grand rôle de sa vie avec La Femme du Boulanger, devenu un classique du cinéma français.
    - En 1940, il joue dans La Fille du puisatier, de Marcel Pagnol.
    - En 1943, le 13 septembre, il entre comme pensionnaire à la Comédie-Française le sommet de sa carrière, où il joue "Le bourgeois gentilhomme","Le malade imaginaire","L'anglais tel qu'on le parle" tout en tournant pour le cinéma.
    - En 1946, il décède le 20 septembre à Neuilly sur Seine, au sommet de sa gloire à l'âge de 63 ans, d'une crise cardiaque dans son sommeil, provoquée par un dosage d'anesthésiant qu'il ne supporte pas, lors d'une opération chirurgicale bénigne de la jambe, après un accident de la route. Paris lui organise des funérailles nationales devant des milliers de personnes.
    Marcel Pagnol déclare " On ne peut faire un discours sur la tombe d'un père, d'un frère ou d'un fils, et tu étais les trois à la fois. "
    Il repose au cimetière de Toulon.
    Sa petite fille, Isabelle Nohain Raimu, (mariée avec le fils du parolier Jean Nohain) a fondé son musée, l'Espace Raimu aux portes de Saint-Tropez [Musée RAIMU] et y accueille des visiteurs toute l'année.

    Raimu est resté dans les mémoires pour ses rôles sous la direction de Marcel Pagnol, notamment dans la trilogie marseillaise (Marius, Fanny et César) et dans La Femme du boulanger et La Fille du puisatier, de Marcel Pagnol. La scène de la partie de cartes sur le Vieux Port de Marseille est une scène patrimoniale du cinéma français et de la culture marseillaise avec l'exclamation du personnage joué par Raimu : « Tu me fends le cœur ! »

    Raimu était également un acteur reconnu de théâtre, il est entré comme pensionnaire à la Comédie-Française en 1944.

  • citation

    C'est en venant vieux que vous êtes venu couillon ou c'est de naissance?
    César, Sur une route, le chauffeur (Fasquelle)
    .. Eternellement la science des maîtres passera dans le coeur des disciples, dans un grand silence attentif, comme cette huile rousse de mes collines qui coule du pressoir dans la jarre par un long fil d'or immobile, sans faire de bulles, sans faire de bruit.
    Cinématurgie de Paris (Pastorelly)

    Il faut se méfier des ingénieurs, ça commence par la machine à coudre, ça finit par la bombe atomique.
    Critique des critiques (Nagel)

    Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors, n'achetez pas un bateau: achetez une île!
    Fanny, II, 3, Panisse (Fasquelle)

    Les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.
    La Gloire de mon père (Pastorelly)

    Maudit soit l'oppresseur qui vient avec un fouet et qui nous méprise parce qu'il nous opprime!
    Judas, I, Simon (Pastorelly)

    C'est dans la marine qu'il y a le plus de cocus.
    Marius, III, premier tableau, 5, César (Fasquelle)

    L'honneur, c'est comme les allumettes: ça ne sert qu'une fois.
    Marius, IV, 5, César

    Il se peut que tu aimes la marine française, mais la marine française te dit m...
    Marius, III, premier tableau, 5, Escartefigue

    Quand on fera danser les couillons, tu ne seras pas à l'orchestre.
    Marius, I, 5, César

    Si on ne peut plus tricher avec ses amis, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes.
    Marius, III, premier tableau, 2, César

    Quand on doit diriger des enfants ou des hommes, il faut de temps en temps commettre une belle injustice, bien nette, bien criante: c'est ça qui leur en impose le plus!
    Topaze, I, 5, Panicault (Fasquelle)

  • CNE

    La CGT met en place un numéro Indigo pour aider et informer les salariés


    A l'occasion d'une conférence de presse le 3 mars 2008, Bernard Thibault a présenté le dispositif mis en place le jour même pour informer et aider les salariés en CNE. En effet, depuis l'annonce de la transformation prochaine de ces contrats (que la CGT a combattus) en Contrats à durée indéterminée, les salariés s'interrogent, voire s'inquiètent. Tant que la transcripition législative n'aura pas été faite, certains employeurs peuvent être tentés de mettre fin à ces CNE pour s'exonérer de leur requalification en CDI. Des appels ont même été lancés dans ce sens par des organisations patronales.
    Dans ces conditions, la CGT met en place ce dispositif exceptionnel avec un numéro Indigo (0820 207 033) (coût: 0.09 centimes d'euros ttc par minute). Il fonctionnera de 9 heures à 17 heures. Des conseillers leur répondront et transmettront toutes les informations utiles aux organisations territoriales de la CGT, à ses militants du droit et notamment ses conseillers prud'homaux pour étudier avec les intéressés, les éventuelles suites juridiques.
    Par ce dispositif, la CGT se place aux cotés des salariés qui, isolés la plupart du temps, privés d'organisations syndicales dans leur entreprise, sont privés d'informations. Elle entend aussi peser pour que le gouvernement fasse passer dans la loi rapidement la fin effective du CNE et la transformation de ces contrats en CDI.




    Vous pouvez aussi contacter le dispositif CGT par courrier électronique à l'adresse: cne-cdi@cgt.fr

  • 22 mars

    Le mouvement du 22-Mars, prenant le relais de la contestation menée par de petits groupes tels les anarchistes et les Enragés de René Riesel, se fait connaître ce jour-là en occupant les locaux de l'université de Nanterre. Sa principale revendications est la protestation contre les arrestations opérées lors des manifestations contre la guerre du Vietnam, selon les historiens.

    Le mouvement joue aussi de thèmes touchant à la vie de tous les jours, comme par exemple le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles. La figure de proue de ce mouvement se nomme Daniel Cohn-Bendit. Il devient le symbole de la remise en cause de l'autoritarisme. L'écrivain Robert Merle [2], prix Goncourt 1949 et professeur d'anglais à la fac de Nanterre, a consacré un roman entier à la journée du 22 mars et celles qui l'ont précédé. On y retrouve beaucoup de leaders de l'époque, ainsi qu'une bonne analyse des causes et rêves du mouvement [3]

    Les archives de l'INA[4] rendent compte d'un mouvement parti des universités et qui s'étend jusqu'aux usines, rassemblant à terme 10,5 millions de grévistes.

    Les causes de ce mouvement sont diverses selon les analystes. Leurs analyses tournent à la fois autour de l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines et les mœurs et de la constatation d'un début de dégradation des conditions matérielles après la période de reconstruction suivant la Seconde Guerre mondiale. Le mécontentement naissant dans le milieu étudiant sera relayé par celui qui se profilait depuis plusieurs années dans le secteur ouvrier. Ainsi, après la grande grève des mineurs en 1963, un nombre important de grèves se manifestent entre 1966 et 1967.

    Les deux premiers syndicats français seront divisés sur le mouvement: la CFDT le soutient du début jusqu'à la fin. La CGT, d'abord hostile, prendra ensuite le train en marche, avant de s'y opposer à nouveau, lorsque des assemblées générales de jeunes ouvriers rejettent les accords de Grenelle en scandant « Ce n'est qu'un début, continuons le combat ».

    Surtout dans l'Ouest du pays, récemment industrialisé, des ouvriers, des paysans et des étudiants s'organiseront en dehors des structures syndicales, dans des regroupements tels que les comités d'action, le Conseil de Nantes, le comité Censier, etc.


    Contexte économique, politique et culturel [modifier]
    Au plan économique, on arrive à l'apogée des « Trente Glorieuses », années de reconstructions après la Seconde Guerre mondiale. La société de consommation s'est installée sans qu'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications et des déséquilibres mondiaux qui se développent. Ainsi, depuis quelques mois, voire une année, des symptômes importants d'une détérioration de la situation économique française avaient fait leur apparition. Pour n'en citer que quelques unes: le nombre de chômeurs s'accroissait régulièrement (début 1968, il était déjà de 500 000) et les jeunes se trouvaient les premiers touchés; les salaires réels commençaient à baisser et les conditions générales d'existence des travailleurs subissaient les attaques préliminaires d'envergures de l'État (ex : les ordonnances de 1967 sur la Sécurité sociale).
    Au plan politique, de Gaulle qui était arrivé au pouvoir grâce à des circonstances extérieures en 1958 (émeute et prise du pouvoir de l'armée à Alger) pour résoudre les problèmes de décolonisation que la bourgeoisie française n'arrivait pas à régler, s'est montré incapable au fil des années, en dépit de la mise au point d'une constitution renforçant le pouvoir exécutif (régime présidentiel ensuite renforcé par l'élection du président de la république au suffrage universel et les référendums), de restructurer l'État capitaliste du point de vue économique et social comme il avait pu le faire avec les fractions de gauche à la Libération (par exemple les nationalisations, la sécurité sociale, les comités d'entreprise,...). Face au mécontentement croissant, il ne proposait qu'une politique extérieure de prestige (place du capital français dans le monde). La France vient de perdre ses colonies. Le climat international est accaparé par la guerre froide entre les tenants des modèles capitalistes et communistes. Ce contexte s'impose aux choix politiques dans tous les pays, carcan que les jeunes dénoncent face à leurs dirigeants, quel que soit leur système politique. Ceci permet un début de résurgence de groupes « gauchistes » (trotskistes, maoïstes, etc.), par exemple au travers des comités Viêt Nam, formés majoritairement de lycéens et étudiants, qui dénoncent « l'impérialisme américain » visible par la guerre du Viêt Nam. La guerre froide fait naître des idées anti-nucléaires.
    Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat. Mais les clivages sociaux sont encore extrêmement rigides. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes »[5], mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles (les filles ne sont pas autorisées à porter le pantalon).
    La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive dès 1967, mais elle est encore peu répandue et l'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés.
    Le caractère international de ces mouvements relativise les causes purement françaises. Ainsi les gardes rouges de la révolution culturelle chinoise, depuis 1965, ont rendu perceptible l'idée que les jeunes pouvaient avoir un pouvoir politique dans la société et remettre en cause l'autorité des adultes et des pouvoirs. En avril 1968 ce sont les incidents qui opposent les étudiants allemands et les autorités qui font l'actualité de l'époque.
    Au plan philosophique, on invoquera souvent plusieurs auteurs pour expliquer ce mouvement, pendant et après : le manifeste de Wilhelm Reich La révolution sexuelle, paru en 1936 ; le livre d'Herbert Marcuse L'Homme unidimensionnel, sous-titré Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, paru en France en 1964 puis réédité en 1968 ; le Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, paru en 1967 ; La Société du spectacle de Guy Debord, paru en 1967 ; et plus tard, L'Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari, publié en 1972.
    Au plan religieux la France, encore très catholique, vient de suivre avec passion le Concile de Vatican II qui a profondément ébranlé le catholicisme et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France représentant à l'époque une part non négligeable des jeunes chrétiens, ont modifié les rapports hiérarchiques dans leurs structures, remettant en cause à partir de 1964, un modèle de type militaire et introduisant la collégialité des décisions au sein des équipes.

    Les événements [modifier]

    Numéro 1 de l'Enragé, dessin de SinéLe 3 mai, la Sorbonne, occupée par des manifestants et risquant une éventuelle attaque des mouvements étudiants d'extrême droite (comme Occident) est évacuée par une intervention policière musclée : plusieurs centaines d'étudiants sont arrêtés, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant du principal syndicat étudiant. Cette intervention des forces de l'ordre à la Sorbonne est très mal vécue par les étudiants qui se pensaient protégés par le statut universitaire. (voir la chronologie, ci-dessous, pour plus de détails)
    Les étudiants réagissent aussitôt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavés, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite à l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent à fleurir les slogans libertaires.

    Le président du SNE-Sup (syndicat des enseignants du supérieurs), Alain Geismar, décide de soutenir les manifestants. Les membres du Parti communiste et des organisations d'extrême gauche sont d'abord pris de court (pour eux, la révolution est censée venir des ouvriers, et non des étudiants ; de plus, les revendications du mouvement du 22 mars leur paraissent « puériles » et « petit-bourgeoises » et surtout « gauchistes »). Après un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers à cette « révolte ». La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secrétaire général de l'époque, Georges Séguy, s'en explique devant les médias : « Cohn-Bendit qui est-ce ? Sans doute faites-vous allusion à ce mouvement lancé à grand renfort de publicité qui, à nos yeux, n'a pas d'autre objectif que d'entraîner la classe ouvrière dans des aventures en s'appuyant sur le mouvement des étudiants ». Mais la base de ces organisations traditionnelles de gauche dépasse leurs responsables.
    Des grèves et occupations d'usine spontanées ont lieu jusqu'à mi-mai. La première a lieu à l'usine Sud-Aviation Bouguenais (Nantes) le 14 mai avec 2682 salariés. Le 22 mai, 10 millions de salariés ne travaillent pas (en grève ou empêchés de travailler). Les revendications sont à la fois traditionnelles (augmentation des salaires, meilleures conditions de travail) et nouvelles. Il s'agit en effet de revendications qualitatives (pour plus d'autonomie, responsabilité du salarié, forme de co-gestion des entreprises...).

    Dans tout le pays, les portes s'ouvrent à n'importe quel citoyen, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialoguesintenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations.

    L'un des symboles de ces lieux de débats est le théâtre de l'Odéon à Paris où l'on peut entendre s'affronter, dans des débats pris très au sérieux jour et nuit, quelques syndicalistes délégués de chez Renault, des ménagères du quartier, des étudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly-sur-Seine venus en touristes, un autre groupe de lycéens d'une banlieue ouvrière, autres touristes, tel ou tel artiste célèbre, des professeurs, un conseiller municipal aux abois, un ou deux cadres d'entreprise catastrophés, pendant que dans les coulisses du théâtre, quelques échevelés de la libération sexuelle se livrent à des ébats spontanés et sans intimité.

    À tout moment dans tel ou tel lieu de France, un militant de telle ou telle organisation, plus ou moins rompu à la dynamique de groupe en vogue, s'impose pour faire voter une « motion » en « assemblée générale » qui se perd dans un flot de tracts et achève parfois sa course dans un article de presse, si un journal peut paraître, suivant le destin d'une bouteille à la mer lancée à Maubeuge et ouverte dans l'Île de la Cité. On découvrira des attitudes personnelles surprenantes, comme celle du député Valéry Giscard d'Estaing allant seul à l'aube à la rencontre des ouvriers de Billancourt qui occupent leur usine.

    Le 13 mai une immense manifestation traverse Paris. Le syndicat CFDT parle d'un million de manifestants. La préfecture de police n'en concède même pas deux cent mille. La grève s'étend rapidement dans le courant du mois : c'est la première grève générale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la première fois qu'une grève générale paralyse un pays parvenu au stade de la société de consommation. Le Parti communiste dénonce les manifestations étudiantes, où il voit une manipulation de l'extrême-gauche. Durant les affrontements du Quartier Latin de Paris, un manifestant est tué d'un coup de couteau.
    La population, face à la répression policière, a tendance à prendre fait et cause pour les étudiants, malgré les barricades et les destructions de dizaines de voitures et du mobilier urbain.
    Le chef de l'État, le général de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie au début des événements, n'accorde initialement pas beaucoup d'attention à ces manifestations. Il laisse son Premier ministre Georges Pompidou s'en occuper : on dira de lui plus tard que "rares sont les hommes politiques, tel M. Pompidou, pour encaisser à ce point pendant les insultes". Celui-ci interrompt un autre voyage officiel en Afghanistan pour faire face à la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. On croit alors qu'il tergiverse et cède mais en réalité ce mouvement est tactique : il renverse les responsabilités sur les étudiants dont les excès perdent alors leur justification au regard de l'opinion (lettre citée par Raymond Aron dans ses Mémoires, p.667). De Gaulle reste à l'écart en se réservant la possibilité d'intervenir si besoin. Cependant, au plus fort de la contestation, de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, à la surprise générale. Cela plonge la majorité dans un certain désarroi. Il va consulter le général Massu en Allemagne, dans l'hélicoptère qui devait le conduire pour la fin de semaine à sa résidence de Colombey, afin de s'assurer du soutien de l'armée.
    Le Premier ministre Georges Pompidou propose de dissoudre l'Assemblée nationale pour organiser de nouvelles élections législatives[6]. Il estime avec justesse que le mouvement estudiantin, poursuivant la grève en dépit de l'accession à ses revendications, s'est rendu impopulaire. De Gaulle se range à cet avis et annonce la dissolution par la radio dans un discours bref qui change brusquement la donne (voir Charles de Gaulle pour quelques extraits). Mais ces jours porteront en leur sein le germe d'un refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le général de Gaulle.
    Le 30 mai est organisée une marche de soutien au gouvernement, menée par André Malraux et Michel Debré. Elle réunit trois cent mille manifestants selon la préfecture de police et un million selon les gaullistes.

    Chronologie du début des événements [modifier]

    1er mai [modifier]
    Traditionnel défilé à l’appel de la CGT, du PCF et du PSU (République - Bastille). La CFDT, la FGDS et la FEN ont refusé de s’associer.
    Daniel Cohn-Bendit est appelé à comparaître le 6 mai devant la Commission des affaires contentieuses et disciplinaires de la Vendée.
    La rumeur court que les « fafs » vont attaquer Nanterre le 2 mai. Ils ont fait venir des renforts de province. Dès la nuit, avec l’aide des membres des Comités Viêt Nam de base accourus en foule, la Faculté est mise en état d’autodéfense.

    Entrée de la Sorbonne
    2 mai [modifier]
    7h45 : À la Sorbonne, Occident met le feu au bureau de la Fédération générale des étudiants en lettres, la FGEL. Les pompiers accourent sur les lieux dans les minutes qui suivent et maîtrisent le feu. Sur le mur on découvre un cercle barré d’une croix celtique, l’insigne d’Occident. Personne n’a vu ces incendiaires, dont le feu, vite étouffé dans ce local, va tout embraser. En signe de protestation, les Groupes d’études de lettres (FGEL) annoncent un meeting demain vendredi 3 mai, dans la cour de la Sorbonne : « Nous ne laisserons pas les étudiants fascistes maîtres du Quartier latin. » Mais ils prennent aussi la défense de Cohn-Bendit : « Jamais les étudiants ne permettront que la répression policière s’abatte sur un des leurs par le biais d’un tribunal universitaire. »
    Dès le matin, la rumeur n’est plus mise en doute par personne (les preuves sont là, à la Sorbonne) et va déclencher la révolte : le mouvement Occident, constitué de militants d’extrême droite et aidé pour l’occasion par d’anciens parachutistes, a fait savoir qu’il s’apprêtait, pour le lendemain, à attaquer Nanterre et à rétablir l'ordre. C’est le branle-bas de combat sur le campus.
    En prévision, on s’arme de gourdins, de boulons, on fabrique des cocktails Molotov et entasse des barres de fer. L’effectif du commando d’Occident, parachutistes compris, dépasse les 200 éléments.
    Le meeting qu’Occident compte tenir n’est qu’un prétexte pour en découdre et l'avertissement est pris au sérieux. Les Pro-chinois de l’UJCml se préparent donc à recevoir dignement leurs visiteurs et transforment la faculté en camp retranché avec occupation « stratégique » des toits, lance-pierres, catapultes géantes pour projectiles géants (généralement des tables), cocktails Molotov, caillasses, etc. Des guetteurs casqués ont pris place sur le toit munis des caisses de boulons et de cailloux. Il y a des sentinelles partout, aux portes et aux fenêtres des bâtiments. Matraque à la main, casque à la ceinture, les chefs patrouillent. Des tranchées creusées sur le campus sont prévues pour enrayer la progression de l’adversaire et bloquer ses voitures. Des contacts ont même été pris avec des ouvriers qui travaillent dans un chantier voisin, pour que, si le besoin s’en faisait sentir, ils appuient les étudiants avec leurs bulldozers ! Les étudiants de l’université de Pékin servent de modèles, ils ont déjà eu recours à cette stratégie de défense qui prévoit de faire du campus un camp retranché. On se passe de main en main un tract d’Occident : « Nous montrerons demain que nous sommes capables de nous opposer à la terreur rouge et de rétablir l’ordre avec les moyens qui s’imposent ».
    Finalement, Occident ne viendra pas, mais la police si. Un bâtiment de la résidence est transformé en Fort-Chabrol.
    Au milieu de l'effervescence, on apprend que huit étudiants du Mouvement du 22 Mars sont convoqués devant la Commission des affaires contentieuses et disciplinaires de l’Université de Paris, que préside Robert Flacelière, directeur de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et vice-président du Conseil de l’Université, pour le lundi 6 mai, à 11h30. Les accusés qui doivent répondre de la soirée du 22 mars sont : Daniel Cohn-Bendit, Olivier Castro, Michel Pourny, Daniel Schulmann, Yves Fleischl, Ploix, Jean-Pierre Duteuil et René Riesel.
    En fin de matinée, le doyen de Nanterre, M. Pierre Grappin, et le recteur Roche se rendent sur place pour constater la situation avec le directeur des enseignements supérieurs du ministère, M. Olmer. Ils sont inquiets. Grappin ne voit pas d’autre solution que de suspendre les cours, comme en mars. On est à quinze jours des examens, la faculté peut à la rigueur rester fermée jusque-là : « D’ailleurs, après avoir marqué le coup, nous prévoyons de la rouvrir progressivement si la situation le permet. »
    13h45 : un tract des « 22 mars » lance le mot d’ordre : « Hors de Nanterre les ratonneurs ! Les commandos fascistes seront exterminés. »
    Dans l’après-midi, 300 étudiants environ réquisitionnent le grand amphi de la faculté pour la projection de films sur la guerre du Viêt Nam et sur le Black Power. René Rémond trouve son amphithéâtre occupé avec une pancarte sur la porte : « Le cours de Rémond n'aura pas lieu. » L’historien, furieux, proteste, mais rien n’y fait. Il reçoit pour tout encouragement une table dans les jambes, on le hue, on l’expulse et il est contraint de faire demi-tour. Les cours de François Bourricaud, de Michel Crozier et d'Alain Touraine sont également perturbés.
    19h : Devant la tournure prise par les évènements, le doyen Grappin, en accord avec le ministre Alain Peyrefitte et le recteur Roche, décide de suspendre les cours et les travaux pratiques à l’Université de Nanterre « jusqu’à nouvel ordre » à compter du lundi 6 mai à 9 heures.
    Le journal télévisé de 20 heures sur la première chaîne diffuse l’appel du doyen Grappin qui s’élève contre l’action de « petits groupes d’extrémistes ». Le départ pour l’Iran et l’Afghanistan du Premier ministre Georges Pompidou est également diffusé ce même soir.
    Communiqué de l’UNEF et du Mouvement du 22 mars pour une manifestation le 6 mai à 10 h à la Sorbonne : s’opposer à la répression engagée contre certains étudiants.

    3 mai [modifier]
    12h : Le soulèvement des étudiants de Nanterre gagne le quartier Latin à Paris. En accord avec plusieurs organisations d’extrême gauche (la JCR d’Alain Krivine, la FER de Stephane Berg), le Mouvement d’action universitaire, l’UNEF et le Mouvement du 22 mars s’associent au meeting dans la cour de la Sorbonne pour protester à la fois contre l’incendie des locaux de la FGEL, la veille, par le groupe d’extrême droite « Occident » et contre la comparution de Daniel Cohn-Bendit et de ses camarades devant le conseil de discipline de l’Université le 6 mai : « Protester contre la fermeture de Nanterre et la comparution de huit étudiants devant une commission de discipline, le lundi suivant. » Environ 200 étudiants, placés sous le commandement de Xavier Langlade, le chef du « SO » (service d’ordre) de la JCR, sont présents.
    Un trotskiste de la FER commence par invoquer la nécessaire alliance avec la classe ouvrière. Puis, un militant lit à haute voix l’éditorial de Georges Marchais dans L’Humanité. Ensuite, Cohn-Bendit, harangue le public : « Que la Sorbonne devienne un nouveau Nanterre ! », lance-t-il. C’est ensuite au tour de Jacques Sauveagot, 25 ans, licencié en droit et en histoire de l’art, militant du PSU et vice-président de l’UNEF (dont il assure la présidence par intérim depuis avril), inconnu de Cohn-Bendit et des autres, de prendre la parole. Tout ce beau monde attend, en outre, de pied ferme les nationalistes qui, après la fermeture de Nanterre, ont promis de leur faire rendre gorge.
    13h : Le meeting est un bide. On se disperse non sans avoir convenu de reprendre la manifestation à 14 heures.
    Pendant ce temps là, le général de Gaulle reçoit quelques personnalités pour déjeuner. Parmi elles, l’acteur Fernandel qui a fait décaler le tournage d’un film pour être présent.
    14h00 : À nouveau, 300 étudiants se retrouvent dans la cour de la Sorbonne. Les orateurs se succèdent dans la cour de la Sorbonne pour inviter à faire du lundi 6 mai, jour fixé pour la séance de la Commission, une grande journée de protestation. Des forces de police, sur requête du recteur soucieux d’assurer la « liberté des examens » quadrillent le quartier et se massent discrètement aux alentours de la Sorbonne. Une heure se passe poussivement ; il faut que les services d’ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire et de la FER occupent la scène en entonnant leurs hymnes guerriers et prolétariens pour que l’attention se maintienne.
    En début d’après-midi, les lecteurs parisiens du supplément littéraire du Monde prennent connaissance de la parution de quelques ouvrages : un roman d’André Stil, conforme à la ligne esthétique du parti communiste, deux recueils : un de textes castristes et un sur Mao. Ils sont informés de la situation des lettres suisses. À la une, un billet très critique de Robert Escarpit : « …Rien n’est moins révolutionnaire, rien n’est plus conformiste que la pseudo-colère d’un casseur de carreaux même s’il habille sa mandarinoclastrie d’un langage marxiste ou situationniste… ». Tandis que la police s’apprête à pénétrer dans la Sorbonne, 45 enseignants de Nanterre se réunissent dans les locaux de leur faculté, désertée après la décision de suspendre les cours, afin de débattre du texte rappelant l’urgence d’une réforme universitaire, qu’Alain Touraine, Paul Ricoeur et Guy Michaud ont rendu public dans Le Monde du 2 mai. Soulignant que la perturbation des cours par l’extrême gauche a été exagérée, ils estiment que l’Université et les universitaires sont, en partie, responsables de la vague de violence et d’agitation.
    15h00 : Deux cents militants d’extrême droite du mouvement Occident, armés de matraques, menacent de pénétrer dans la Sorbonne. À leur tête, on reconnaît Alain Madelin et à ses côtés le jeune Alain Robert. Le groupe arrive de la faculté de droit de la rue d’Assas. Ce dernier a battu le rappel des troupes qui passées par l’Observatoire arpentent maintenant le boulevard Saint-Michel et se dirigent vers la Sorbonne aux cris de « Communistes assassins », « Occident vaincra », « Tuons tous les communistes » et « Occident au pouvoir ». Dans la cour de la Sorbonne, une estafette essoufflée apporte la nouvelle : Occident se rassemble près de l’Observatoire et marche en rangs serrés vers la Sorbonne. Des observateurs vont et viennent, des sentinelles prennent place aux portes de la Sorbonne, le camp retranché à nouveau s’organise dans les fausses nouvelles, les bruits alarmistes, la confusion. Prochinois de l’UJCml et trotskistes de la JCR sortent les casques de leurs sacs de plastique, on arrache des pieds de chaise, on ramasse des pierres dans un couloir en travaux. Un petit état de siège bruyant et fébrile s’empare de la Sorbonne, où la plupart des étudiants sont en cours ou bien passent sereinement l’agrégation dans l’amphithéâtre tout proche.
    15h10 : Ces préparatifs stratégiques impressionnent le recteur Roche, qui craint la contagion nanterroise. Entretien des responsables de l’UNEF, de la FER et de la JCR avec le secrétaire général de l’Université, qui leur demande d’évacuer la Sorbonne. Les étudiants refusent. Roche commence alors par faire évacuer et fermer les amphithéâtres où l’on donne des cours, ce qui a pour effet de grossir la petite troupe qui transforme la cour en mini-camp retranché. Puis il appelle ses supérieurs. Tout d’abord, il discute avec le directeur de cabinet du ministre de l’Éducation nationale. Tous conviennent que les conditions d’une intervention policière sont réunies. Couvert par ses supérieurs, Roche appelle alors la préfecture (Jean Paoli, directeur de cabinet de Maurice Grimaud), laquelle, réticente, demande une réquisition écrite pour intervenir. Ensuite, à la demande du recteur Jean Roche qui craint des affrontements violents entre étudiants de gauche et de droite, les forces de l’ordre bloquent les entrées et sorties de la Sorbonne. Sont visibles dans la cour environ 150 jeunes gens dont une vingtaine sont casqués et munis de barres en bois provenant de tables et de chaises qu'ils ont brisées auparavant. Le secrétaire général de la Sorbonne, Bourjac, est séquestré dans son bureau jusqu'à ce qu'il accorde les clés des amphithéâtres. Des voitures de service, qui se trouvent dans la cour, sont déplacées pour former une barricade devant la voûte d'entrée, et les Nanterrois, avec des pioches, commencent à dépaver la cour pour édifier des barricades.
    Le groupe de militants d’Occident arrive rue des Écoles avant d’accélérer dans la foulée. Au même instant, un policier en civil revêtu d’un long manteau de cuir noir ordonne à ses policiers en tenue et casqués de charger le cortège, qui galope vers l’entrée de la Sorbonne et grimpe quelques marches avant de faire brusquement demi-tour. Ils s’éloignent, alors que les policiers qui les traquent ne semblent pas réellement chercher à les rattraper. Le commando d’extrême droite se désagrège et se disperse dans les rues avoisinantes.
    15 h 35 : Le commissaire du Ve arrondissement reçoit une missive explosive de quatre lignes qui va entraîner les premiers affrontements du Quartier latin : « Le recteur de l'académie de Paris, président du conseil de l'université, soussigné, requiert les forces de police de rétablir l'ordre à l'intérieur de la Sorbonne en expulsant les perturbateurs. » L'inattendu suscite l'étonnement des plus radicaux : la police va pénétrer dans la Sorbonne, alors que les bâtiments universitaires lui sont interdits.
    16h15 : Les gardes mobiles bloquent les issues de la Sorbonne.
    16h30 : La rue de la Sorbonne est évacuée et ses deux extrémités sont bloquées.
    16h40 : Le calme est revenu parmi les étudiants : il ne se passe rien. Un cri : « Attention, ils arrivent ! » Le commandant Petit et ses hommes pénètrent en longue file dans la cour de la Sorbonne. Stupéfaits, les étudiants hésitent, discutent entre eux. Qu’ils se battent et ils prendront des coups sans espoir de s’échapper. Inutile et dangereux. Ils décident finalement de sortir dans le calme et en silence. Alain Krivine, Jacques Sauvageot et Stéphane Berg s’avancent en délégation vers le commissaire Petit.
    16h45 : Pendant ce temps, les quelques étudiants échappés par derrière cherchent des renforts dans le quartier Latin. L’afflux des forces de police, le bouclage de la rue de la Sorbonne et de la rue des Écoles ont attiré, en un clin d’œil, une petite foule. Ceux qui déambulent boulevard Saint-Michel, badauds ou militants arrivés en retard pour le meeting, s’arrêtent devant le spectacle.
    À 16 h 45, ils sont peut-être mille, mais, par un prompt renfort, ils seront plus de deux milles à 17 heures.
    17h00 : Après quelques mots échangés avec le commissaire de police, les étudiants acceptent de sortir sans se défendre si la police les laisse filer. Les forces de l'ordre ne tiennent pas leur parole. Des gendarmes casqués et bâtons en mains font évacuer la Sorbonne. La routine policière veut que l’on contrôle l’identité des « perturbateurs » désignés par le recteur. Ils sont trop nombreux pour qu’on puisse le faire sur place. Quelques 400 étudiants sont donc embarqués dans les cars qui attendent à l’extérieur.
    17h10 : Un premier convoi (trois cars) d'étudiants arrêtés quitte la Sorbonne sans difficulté. Par manque de « paniers à salade », l’embarquement durera plus de trois heures.
    17h15 : On compte trois mille personnes aux abords de la Sorbonne. Les incidents sérieux commencent à 17 h 15 place de la Sorbonne, lors du départ du second convoi. La place de la Sorbonne est dégagée à l’aide de grenades lacrymogènes. Des manifestants se regroupent boulevard Saint-Michel et harcèlent les forces de l’ordre. Des cris s'élèvent, « Libérez nos camarades », « La Sorbonne aux étudiants », « Halte à la répression » et même « CRS SS » ; bientôt repris en chœur. La foule grandit, les cars de CRS ont du mal à se frayer un passage. Le préfet Grimaud est là en personne.
    Un commissaire raconte: « À 17 h 16, des manifestants arrivent de la rue Champollion vers la Sorbonne. Leur nombre peut être évalué à 1 000. Ils appliquent une technique de harcèlement ponctuée de heurts sévères mais de courte durée. » La police reçoit l'ordre de « nettoyer » les abords. Pour dégager les deuxième et troisième cars de « détenus », secoués par la foule, et permettre le transbordement de certains d'entre eux, un pneu ayant été crevé par les manifestants, la police tire des grenades de gaz lacrymogène. Des manifestants, luttant contre l’asphyxie, brisent une grille d’arbre et descellent quelques pavés, les premiers. Cette fois tout commence.
    Quelques uns des dirigeants de l’UJCml se trouvent à leur fief de l’ENS. Cinquante-deux étudiants de Nanterre, membres du Mouvement du 22 mars, qui ont assisté au début de l’émeute arrivent en courant les chercher. On leur dit : « Il faut que vous veniez vite, on se bat sur le boulevard Saint-Michel. » Ils l’entendaient à la radio ; « On a besoin de vous, vous seuls pouvez sauver la situation ! » Ils ont répondu : « C’est sûrement des gens de droite qui se battent, sans ça, nous, on y serait déjà. »
    17h30 : Boulevard Saint-Michel, devant le lycée Saint-Louis, un premier pavé fuse. Il fracasse la vitre d'un car de CRS et fend le crâne du brigadier Christian Brunet qui s'écroule. La réponse est immédiate. Les policiers chargent, repoussent les manifestants en matraquant tout sur leur passage. Les rangs des contestataires grossissent. Tout le monde goûte à la répression, les manifestants, les passants, les étudiants, les clients des cafés, commerçants, touristes, riverains, ceux qui veulent s'interposer... Les policiers s’efforcent de repousser les manifestants sans cesse plus nombreux vers la place Saint-Michel et la Seine. Les arrestations se multiplient. Elles ont nécessité l'usage de grenades lacrymogènes. Pour la première fois, des jeunes occupent le pavé parisien et retrouvent les réflexes des communards. Une explosion de violence qui stupéfie les policiers.
    18h30 : Le quartier Latin est en état de siège. Les manifestants se comptent par milliers. C’est une mini-guerilla urbaine qui commence. Henri Dacier, qui allait au cinéma aux Trois Luxembourg, rue Monsieur-le-Prince, est matraqué au sol devant son amie. Ils se joignent tous deux aux émeutiers. Au coin de la rue de l’École de médecine, Claude Frèche, arrête sa 404 et demande ce qui se passe à un agent. Pour toute réponse, il reçoit deux coups de matraque et rejoint les manifestants. Un camionneur descend de son véhicule boulevard Saint-Michel et fait tournoyer la grande manivelle qu’il tient à la main. Les policiers reculent.
    20h00 : Le recteur Roche ordonne la fermeture de la Sorbonne et l'annexe de Censier, réservée au premier cycle, jusqu’au retour au calme.
    20h05 : Les premières barricades sont édifiées, à l’aide de grilles d’arbres et de panneaux publicitaires notamment.
    20h25 : Le quartier Latin est un champ de bataille où s’affrontent des militants de gauche organisés en petits groupes et des gardes mobiles souvent débordés. Dans les petites rues autour du « Boul’-Mich », Nicole Le Guennec et quelques autres militants pro-chinois renversent les voitures en stationnement. Au carrefour Saint-Michel-Saint-Germain, Henri Vacquin, ancien de l’Union des étudiants communistes, voit un groupe de jeunes secouer un car de police comme un prunier. « Vous êtes fous !- Ta gueule, vieux con, t’es plus dans le coup ». Un peu plus loin, au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Jacques, ce sont les loulous du Roméo-Club, rendez-vous de la banlieue adolescente, qui mènent la danse avec une rigueur toute prolétarienne. Juché sur une auto, un militant de la FER crie : « C’est une folie, camarades ! Repliez-vous ! Ne suivez pas les provocateurs ! », sans résultat. Des ébauches de barricades sont successivement abandonnées par des manifestants agressifs qui, pour dégager certains des leurs, se ruent en bandes sur les forces de l’ordre. Trois commissaires, MM. Stevenot, Quilichini et Bailly, conjuguant les efforts de leurs effectifs, dégagent les abords du Luxembourg au prix d'actions vigoureuses et en s'aidant de grenades lacrymogènes.
    21h00 : L’émeute est maîtrisée.
    22h00 : Dans la soirée, le SNE Sup se réunit rue Monsieur-le-Prince, où siègera pendant plusieurs semaines l'état-major de la révolte. Le secrétaire général du SNE-Sup, Alain Geismar (29 ans, maître-assistant au laboratoire de physique de la rue d’Ulm) a lancé dans la soirée un mot d’ordre de grève générale dans l’enseignement supérieur sans avoir eu le temps de consulter le Bureau national. Après cinq heures d’affrontements, le quartier retrouve son calme. Bilan : 83 policiers blessés, et 574 arrestations, dont 179 mineurs, 45 femmes, 58 étrangers. Les Renseignements généraux ont soigneusement conservé jusqu'à aujourd'hui les 574 fiches des interpelés du 3 mai. Avec le recul, leur lecture est savoureuse, car on y retrouve, encore presque anonymes, des hommes qui depuis ont fait leur chemin, dont de futurs ministres de gauche... comme de droite. Bien sûr, les leaders sont embarqués : Alain Krivine, dirigeant trotskiste de la Jeunesse communiste révolutionnaire, Jacques Sauvageot, nº 1 de l'UNEF, l'incontournable Daniel Cohn-Bendit et Henri Weber (aujourd'hui sénateur PS) ; mais on trouve aussi Brice Lalonde (fiché comme président de la Fédération des groupes d'études de lettres) et José Rossi, futur ministre UDF d'Édouard Balladur, présenté comme « membre du bureau exécutif de l'Association nationale des jeunes du Centre démocrate » et le fils de l’écrivain gaulliste de gauche David Rousset, que de Gaulle avait reçu une semaine plus tôt en lui disant : « Il faut condamner le capitalisme, la société capitaliste. Il faut la condamner expressément. Il faut condamner le communisme totalitaire. Il faut trouver une voie nouvelle, la participation ». Quelques futurs journalistes ou écrivains font partie du lot : Guy Hocquenghem, Bernard Guetta (actuel directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, « déjà interpellé en 1964 lors d'affrontements contre des partisans de Tixier-Vignancour ») ou Hervé Chabalier (patron de l'agence CAPA). Mai 68 a commencé.
    23h00 : Les étudiants arrêtés dans l’après-midi commencent à être relâchés dans les commissariats où ils ont été conduits pour des contrôles d’identité et où vingt-sept d’entre eux, trouvés porteurs d’armes prohibées, sont placés en garde à vue.
    Minuit : Les meneurs étudiants, ceux dont l'arrestation a tout déclenché, sont libérés.

    4 mai [modifier]
    2h00 : Une première réunion des représentants de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), du Mouvement du 22 mars, de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR, Alain Krivine et Henri Weber), du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (Cler), du Mouvement d’action universitaire (MAU, Jean-Marcel-Bouguereau et Jean-Louis Péninou) et de l'Union de la jeunesse communiste marxiste-léniniste (UJCml, Robert Linhart) se tient dans les locaux de l'École Normale Supérieure pour décider de la riposte. Les pro-Chinois se désolidarisent très tôt, pour eux, le mouvement est piégé ; il faut l'arrêter, déserter le quartier Latin et chercher le contact avec le peuple. La jeune organisation maoïste invite ses militants à se détourner d’un mouvement dont elle ne contrôle pas la direction et lance un appel à constituer des « comités de défense contre la répression » afin d’éviter l’encerclement des étudiants au quartier Latin. Sans eux, sont décidées deux manifestations pour le lundi, une le matin pour soutenir les étudiants qui passent en conseil de discipline, une le soir à Denfert-Rochereau à 18 h 30.

    6 mai [modifier]
    Le quartier latin est le théâtre de violents affrontements qui font 600 blessés et donnent lieu à 422 interpellations. Le mouvement étudiant gagne les universités de province.


    9 mai [modifier]
    Grève et occupation de l'usine Wisco, à Givet (Ardennes). Deux pelotons de gendarmerie délogents les ouvriers.


    10 mai [modifier]
    Nuit de barricades dans le Quartier latin. Les affrontements avec les CRS font des centaines de blessés. Le 11 : 460 personnes sont interpellées.


    11 mai [modifier]
    Le Centre national des jeunes agriculteurs se déclare "solidaire des étudiants".


    13 mai [modifier]
    Les images des violences ont choqué. Des défilés rassemblent 200.000 à un million de personnes à Paris, selon les estimations, et un million dans une trentaine de villes de province.


    14 mai [modifier]
    Au petit jour, 500 métallos de l'usine Claas de Woippy, dans les ardennes, débraient. Dans la soirée, grève illimitée avec occupation à l'usine Sud-Aviation de Bouguenais, en banlieue nantaise. A Clermont-Ferrand, des groupes de jeunes ouvriers entrent dans l'université pour venir aux nouvelles.


    15 mai [modifier]
    La grève gagne l'usine Renault de Cléon, où 300 jeunes ouvriers sequestrent une dizaine de cadres. Au même moment, grève aux usines Kléber-Colombes d'Elbeuf et La Roclaine de St'Etienne du Rouvray, dans le même département de Seine-Maritime. Un groupe d'ouvriers de Cléon fait irruption sur le nouveau campus de Mont-Saint-Aignan (Rouen).

    Paralèllement, la "journée d'action nationale" de la CGT contre les ordonnances, fait un bide.


    16 mai [modifier]
    Une cinquantaine d'usines occupées en France, dont 5 de Renault (Billancourt, Le Mans, Cléon, Flins, Sandouville, et 10 sur la seule ville du Havre.


    17 mai [modifier]
    On décompte 200.000 grévistes en France. Le mouvement gagne Besançon, le Sud-est, la Province. Parmi les grévistes, beaucoup de jeunes titulaires d'un CAP, qui s'estiment déclassés. L'ORTF diffuse des images de milliers d'étudiants piétinant devant les portes, fermées, de Renault-Billancourt, bastion de la CGT.


    18 mai [modifier]
    Un million de grévistes à midi. Deux millions en fin d'après-midi. Les images de l'ORTF créent des remous au sein des syndicats et des partis de gauche, qui à partir du 19 mai tentent d'entrer dans le mouvement pour le canaliser ou le récupérer, selon les versions. Parmi les usines en grève, 45 sont dans la metallurgie lourde, 19 dans l'automobile, 17 dans l'électrotechnique, 15 dans l'alimentation et 13 dans l'aéronautique.


    21 mai [modifier]
    Lundi matin, après un week-end de tractations et discussions, le nombre de grévistes atteint 4 millions, dans tous les corps de métiers, y compris de nombreux cadres et ingénieurs.


    22 mai [modifier]
    8 millions de grévistes

    Dany Cohn-Bendit quitte la France pour faire une "tournée révolutionnaire". Le ministre de l'intérieur annonce qu'il est désormais interdit de séjour en France.


    24 mai [modifier]
    Au soir du jeudi de l'ascension, le président Charles de Gaulle fait une intervention à la télévision. Il annonce un futur réferendum sur la participation.

    Le soir, après le discours, les manifestants scandent "Son discours, on s'en fout".

    Le lendemain, les préfets lui envoient par télégramme les réactions dans chaque région.

    A Norcourt (Aisne), la municipalité fait savoir qu'elle refusera d'organiser le scrutin.


    25 mai [modifier]
    Le vendredi, au lendemain de l'ascension, on frôle les 9 millions grévistes. Le record de précédente grande grève de 1936 (6 millions) est largement battu, dans une France qui s'est industrialisé au cours des "30 glorieuses" de l'après-guerre. Plus de téléphone, courrier, plus d'essence. Dans les médias, malgré la grève, les journalistes continuent à couvrir les événéments. Des musiciens viennent jouer gratuitement dans les usines, où l'on danse et joue au football.


    25 mai [modifier]
    1ère séance de négociations syndicats/gouvernement, rue de Grenelle, ouverte par Georges Pompidou.


    26 mai [modifier]
    A Nantes, le comité central de grève distribue des bons de fuel aux petits commerces alimentaires et organise le ramassage des ordures. A Cluses (Haute-Savoie), une monnaie émise par les grévistes et avalisée par les commerçants circule en bons de 10 francs. Dans la Somme, ces sont les municipalités de Salex, Picquigny, Saint-Sauveur et Flixécourt, qui émettent des bons.


    27 mai [modifier]
    Les accord de Grenelle sont signées à 7 heures du matin, après une nuit blanche. La France entière, privée d'essence et de téléphone, respire au rythme de ses transistors.

    Les assemblées générales crééent la surprise, en rejetant ces accords et en votant dans la journée la poursuite de la grève, même à l'usine Renault de Billancourt, où la CGT dépasse traditionnellement 60% des voix aux élections professionnelles et se voit débordée.

    Dans l'après-midi, un meeting géant réunit, au state Charléty (dans le sud de Paris) les étudiants de l'UNEF, les militants et dirigeants de la CFDT, de la FEN, de 4 fédérations FO, et d'une partie des groupes d'extrême gauche.


    28 mai [modifier]
    La CGT propose et obtient d'organiser le lendemain de « grandes manifestations unitaires ».

    François Mitterrand propose un gouvernement intérimaire dirigé par Pierre Mendès-France.


    29 mai [modifier]
    Charles de Gaulle a disparu mais laisse entendre qu'il est parti à Baden-Baden consulter l'armée.


    30 mai [modifier]
    Le président réapparait, reçoit Georges Pompidou à 14H30, convoque un conseil des ministres pour 15H, puis annonce à 16H30 à la radio la dissolution de l'assemblée et des élections législatives. Une manifestation, prévue la veille, rassemble 800.000 personnes le soir-même, pour le soutien au président de la République et contre le mouvement social.

    Sources, Alain Delale et Giles Ragache, la France de 68, éditions du Seuil.


    Conséquences de Mai 68 [modifier]

    Au plan politique [modifier]

    Les accords de Grenelle [modifier]
    Une augmentation de 35 % du SMIC à 600 F par mois et de 10 % des salaires, la création de la section syndicale d’entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968 et une quatrième semaine de congés payés, sont entre autre conclues lors des accords de Grenelle, suite à des négociations menées en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au début du mois de juin. La police et la gendarmerie évacuent au fur et à mesure les différents lieux occupés. Les événements ont causé la mort directe de cinq personnes, à peu près au même moment: le commissaire de police René Lacroix, écrasé par un camion à Lyon, le gréviste de 24 ans Pierre Beylot, ouvrier à l'usine Peugeot de Sochaux Montbéliard (Doubs), tué de deux balles, un autre gréviste de la même usine, Henri Blanchet, 49 ans, qui est déséquilibré par une grenade offensive, tombe d’un parapet et meurt le crâne fracturé, ou encore le lycéen Gilles Tautin (17 ans), noyé dans la Seine après la poursuite par des CRS aux abords de l'usine de Flins (Yvelines) ainsi que Philippe Mathérion, 26 ans, dont on retrouve le corps au petit matin sur barricade de la rue des Ecoles.


    Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968 [modifier]
    Les élections législatives de juin 1968 voient la très large victoire des gaullistes, regroupés dans le parti renommé pour l'occasion Union pour la défense de la République. On s'est beaucoup interrogé sur ce retournement de la peur, tant les médias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement étudiant. Au fond personne à gauche n'avait donné l'impression de maîtriser ce qui se passait et la solution paraissait être provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilité institutionnelle.


    Référendum sur la régionalisation et le rôle du Sénat du 27 avril 1969 et départ du général de Gaulle [modifier]
    Le général de Gaulle avait souhaité un référendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaidé et obtenu la dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle ne renonce pas à son projet de référendum. Il perçoit que mai 1968 a mis en exergue un besoin de démocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « non ». Le non l'emporte avec 52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffrages exprimés). Comme il l'avait indiqué, le général de Gaulle part.


    Au plan culturel, économique et social [modifier]
    D'une manière générale Mai 68 sera la plus grande contestation de l'ordre existant. La singularité française sera le lien entre la contestation intellectuelle et le monde ouvrier.[7] Mai 68 est une ouverture brutale de la culture française au dialogue social et médiatique, qui s'infiltrera dans tous les rouages de la société et de l'intimité familiale, et une étape importante de prise de conscience de la mondialisation de la société moderne (après les guerres « mondiales ») et de la remise en cause du modèle occidental de la « société de consommation ».

    L'une des principales influences de la révolution de mai 68 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu François Mitterrand lors du 20e anniversaire de mai 68.
    On assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général. Ce sera sans doute le lit de la fin de la peur de la gauche au pouvoir en 1981. Mai 68 est le chant du cygne du conflit « droite-gauche » qui n'existera plus que pour les partis politiques et les campagnes électorales.
    Les événements de mai 1968 marquent une division politique qui a des répercussions dans la société française. Par exemple, le schisme de l'université des sciences humaines de Lyon II. Actuellement, on situe parfois les personnalités politiques selon le « côté » des barricades où elles se situaient. Le qualificatif péjoratif de « gauchiste », créé par Lénine en 1920 (« La maladie infantile du communisme »), entre dans le langage courant.
    De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centrées autour de l'autonomie, la primauté de la réalisation personnelle, la créativité, la pluridisciplinarité et la valorisation de l'individu impliquant le refus des règles traditionnelles de la société et la remise en cause de l'autorité. La redéfinition de nouvelles règles se construit autour de l'idée d'autogestion et du communautarisme. Le concept d'autogestion sera concurrencé par celui de cogestion qui sera cher à Edgar Faure dans sa réforme de l'enseignement qui suivra et d'une manière générale très en vogue dans les organisations politiques inquiètes de cette évolution jugée « anarchique ».
    La libération sexuelle est l'un des grands thèmes de Mai 68, corrélativement à l'arrivée des contraceptifs modernes. Le féminisme aussi se développe, avec son mouvement le plus radical, le MLF, et joue un grand rôle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de thèmes féministes comme l'autorisation de l'avortement, la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »), la « naissance sans violence ».
    La dénonciation des régimes communistes réformistes (l'Archipel du Goulag, le Cri des pierres) se confirme. Cette désillusion sur le communisme, juste après un engagement politique intense, notamment des maoïstes et de l'extrême gauche qui apparurent un temps parmi les jeunes comme une alternative plus authentique, débouchera sur un pessimisme généralisé dans les milieux de gauche, un auto-dénigrement systématique de tout ce qui a pu exister avant la Révolution de Mai.



    L'influence de Mai 68 est manifeste dans la pédagogie scolaire en France. De disciple, l'élève devient un sujet pouvant intervenir dans la pédagogie dont il est l'objet, c'est la coéducation. La dimension de la parole libre, du débat, s'accroît. La discipline autoritaire fait place à la participation aux décisions. Les enseignants ont été parfois déstabilisés dans l'idée qu'ils se faisaient de leur métier. On critiquera ensuite cette évolution jugée souvent trop permissive. Elle a aussi été à l'origine de la participation des élèves et des parents aux conseils de classe et de la redéfinition des règlements scolaires dans les établissements dès juin 1968.
    Dans le domaine économique et social
    le conflit de la société des montres « Lip », conduit par Charles Piaget du Syndicat CFDT, à Besançon en 1973, sera une illustration très médiatisée de cette évolution, avec une expérience de mise en œuvre de l'autogestion de l'entreprise qui fera couler beaucoup d'encre.
    Cette influence aura aussi des conséquences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'armée et de la force de frappe nucléaire et d'une manière générale dans les mouvements écologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la lutte contre l'extension du camp militaire des jeunes paysans du Larzac, dont est issu José Bové, le courant de la Non-violence) et les fameuses ONG comme « Médecins Sans Frontières » (Bernard Kouchner), directement issus de la prise de conscience planétaire des mouvements de Mai 68. C'est aussi la période de la naissance de l'idée de « Halte à la croissance ? » (1972) titre d'une publication du Club de Rome fondé en 1968.
    Curieusement, si l'on en croit le magazine L'Expansion, le rythme annuel d'augmentation de la productivité « s'accrut » pendant les trois années qui suivirent Mai 68. Il est clair qu'avec la victoire des gaullistes élus par les conservateurs le 30 mai 1968 pour réprimer le mouvement de mai 68 et casser le mouvement, l'objectif politique n'allait pas dans le sens des revendications des manifestants contre qui les gaullistes s'étaient livrés à un bras de fer.
    Dans la presse
    On peut noter l'enthousiasme de certaines plumes comme celle de Jacques-Arnaud Penent dans le journal Combat.

    Les chrétiens sont bouleversés par ces événements qu'ils perçoivent dans le sillage du Concile de Vatican II.
    L'encyclique Humanæ vitæ, publiée en juillet 1968, est surtout connue pour son refus de la contraception.
    La communauté œcuménique des Frères de Taizé devient l'un des pôles structurant de ce bouleversement. Au début des années 1970, jusqu'à quarante mille jeunes, venus certes du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de Pâques dans le petit village bourguignon de Taizé, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. Chacun est invité à participer au « Concile des jeunes ». On crée des « fraternités » dans le monde communiste, comme dans le monde occidental ou en Amérique latine, à l'image des premiers chrétiens et auprès des plus pauvres. Ces extraits de textes de Taizé expriment le bouleversement chrétien en écho aux événements de mai 68 : « Le Christ ressuscité vient animer une fête au plus intime de l'homme », « Il va nous donner assez d'imagination et de courage pour devenir signe de contradiction ». Ce « signe de contradiction » deviendra ultérieurement « signe de réconciliation ».
    À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres. Surtout le nombre de pratiquants dans les églises occidentales traditionnelles va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux.
    La fin des années 1970 a été appelée par certains (comme Gilles Lipovetsky) « l'ère du vide ». L'élection de François Mitterrand en 1981, sur le thème très mai 68 « Changer la vie », apparut comme une flambée d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette évolution politique en France. Mais cette attitude désillusionnée sur la classe politique reprendra le dessus et est encore très présente de nos jours avec des prises de position critiques, mais une méfiance croissante vis-à-vis du militantisme politique.

    Quelques slogans soixante-huitards [modifier]
    Il est interdit d'interdire.
    ce slogan mérite une place spéciale : « Il est interdit d'interdire » fut, au départ simple boutade autoréférentielle lancée par le fantaisiste Jean Yanne ; il fut par la suite repris au premier degré, ce dont le concerné se montrera surpris... et amusé.
    L'imagination prend le pouvoir !
    À bas la société spectaculaire marchande.
    Ne travaillez jamais.
    Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs.
    Fin de l'université.
    Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
    L'ennui est contre-révolutionnaire.
    Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
    Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui (cette phrase tirée de l'introduction du Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem fut largement commentée par Thierry Maulnier, qui était membre de l'Académie française, et par le chroniqueur André Frossard, qui le deviendra).
    Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
    On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra, on occupera.
    Plébiscite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
    Depuis 1936, j'ai lutté pour les augmentations de salaire. Mon père avant moi a lutté pour les augmentations de salaire. Maintenant j'ai une télé, un frigo, un VW. Et cependant, j'ai vécu toujours la vie d'un con. Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
    Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
    Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
    Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
    Soyez réalistes, demandez l'impossible.
    On achète ton bonheur. Vole-le.
    Sous les pavés, la plage (au moment de l'érection des barricades, on avait retrouvé sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pavés - immédiatement utilisés de la façon que l'on devine - le lit de sable sur lequel ils étaient posés).
    Autrefois, nous n'avions que le pavot. Aujourd'hui, le pavé.
    L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas. Le veau d'or est toujours de boue.
    La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
    Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
    Le réveil sonne : PREMIÈRE humiliation de la journée !
    Imagine : c'est la guerre et personne n'y va !
    Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.
    Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.
    Les murs ont la parole.
    Élections, piège à cons.
    (sur une bouteille de poison) Presse : ne pas avaler.
    ORTF : La police vous parle tous les soirs à 20 heures.
    Prenez vos désirs pour la réalité.
    Nous sommes tous des Juifs allemands.
    Les murs ont des oreilles, vos oreilles ont des murs.
    En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées disent :

    Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
    CRS=SS
    Il n'y a peut-être aucun rapport... Mais peut-être aucun.

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