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  • 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc

    From: Association COURRIEL
    Sent: Thursday, January 05, 2012 10:10 PM
    To: romaincourcelles@hotmail.com
    Subject: 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc

    Association progressiste et internationaliste luttant contre le tout-anglais patronal, le COURRIEL réagit vertement à la tentative de Sarkozy de s'approprier Jeanne d'Arc à l'occasion de son 600ème anniversaire. Alors que le gouvernement UMP "cauchonne" l'ensemble de l'héritage national progressiste issu des Lumières, de la Révolution française et du CNR, que plusieurs ministres UMP travaillent avec acharnement à basculer notre pays à la langue de l'Empire états-unien, défendons la langue de la République et l'ensemble des langues de France et du monde contre la langue unique destructrice de diversité et facteur de politique, d'économie et de pensée uniques.

    (UN)HAPPY BIRTHDAY TO YOU, Miss Jeanne d’Arc !

    Il y a exactement 600 ans, dans un village nommé Domrémy que l’occupant anglais n’allait pas tarder à mettre à sac, naissait Jeanne Darc (sans particule), la jeune fille patriote qui symbolise universellement la fierté des peuples qui combattent l’occupation étrangère et qui s’insurgent contre l’esclavage national.

    Depuis que cette héroïne populaire, - livrée aux flammes anglaises à l’âge de 19 ans par l’évêque « français » Cauchon - , est devenue une figure éminente du « roman national » français, elle a souvent été récupérée par l’extrême droite et la réaction monarchiste (alors que l’opposition entre républicains et royalistes n’avait aucun sens au 15ème siècle…) ; mais la libératrice d’Orléans n’en fut pas moins ardemment célébrée par des révolutionnaires en lutte contre le fascisme et l’impérialisme. Bête noire de Hitler, Dimitrov évoque ainsi la jeune patriote française dans un rapport fameux prononcé en 1937 à la tribune de l’Internationale communiste ; quant au Procès de Jeanne d’Arc de Brecht et d’Anna Seghers, il célèbre la signification profondément politique et populaire des « voix » qui ordonnaient à la cette fille de laboureur de faire sacrer un roi français pour mieux chasser l’occupant anglais ; et cette pièce de Brecht se conclut par cet appel qui vaut aujourd’hui pour tous les peuples qui, à notre époque, sont encore soumis à l’occupation d’une puissance étrangère : « Français, libérez votre terre, vous qui la cultivez ! ».

    Il n’en est que plus consternant de constater qu’historiquement, politiquement, et surtout, linguistiquement, ce n’est pas la jeune patriote martyrisée qui triomphe aujourd’hui symboliquement sur notre sol, mais les glauques héritiers du traître Cauchon et de son commanditaire, le cruel Duc de Bedford. Non seulement en effet nos « élites » politico-économiques ne savent plus que faire pour aligner notre modèle social-républicain issu du CNR, de 1936, de 1905 et de 1789-94 sur les « modèles » anti-sociaux allemand ou anglo-saxon, non seulement ces « bons Français » cauchonnent nos conquêtes sociales, nos services publics, nos industries et notre production agricole, non seulement ils font table rase de notre souveraineté politique et budgétaire en rampant devant les Diktats d’Angela Merkel, non seulement ils mettent l’armée française au service des croisades néo-coloniales de l’OTAN, non seulement ils défigurent le message universaliste de 1789 et du CNR en harcelant les immigrés et leurs descendants français, mais ils s’acharnent sur la langue française à laquelle ils rêvent de substituer le tout-anglais patronal porté par le capital euro-mondialisé. Et les « élites » de la Suisse romande, de la Belgique « francophone » et du Québec se comportent exactement de la même manière avec une seule obsession en tête : s’aligner sur tous les plans, social, politique et linguistique, sur les normes régressives de la mondialisation néo-libérale et de l’Europe des financiers.

    Ce n’est pas en effet un xénophobe conservateur mais un « Européen » convaincu, le philosophe Michel Serres qui observe qu’ « il y a plus de mots anglais désormais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands à l’époque de l’Occupation ». C’est le linguiste Claude Hagège qui classe le français, langue de la francophonie internationale parlée sur cinq continents, parmi les « langues menacées » du monde. Ce pronostic n’a hélas rien d’alarmiste. Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui des « modes » culturelles portées par l’industrie du spectacle au risque de marginaliser la chanson et le cinéma francophones. On n’en est plus aux seuls « emprunts » occasionnels à l’anglais, ni même au franglais naguère dénoncé par Etiemble ; désormais, c’est méthodiquement qu’une majorité de rédactions, de « communicateurs » bornés, d’hommes politiques « branchés », de pubards sans imagination et de grands patrons à la fois colonisés et colonisateurs, substituent en masse des tournures anglaises (souvent bien « improbables » !) à des expressions ancrées depuis toujours dans la langue de Molière. Ce linguicide, - s’il est permis de proposer ce néologisme douteux pour stigmatiser une entreprise exterminatrice sans précédent à cette échelle -, n’est pas seulement ignoré par l’U.E., - que ses traités obligent pourtant théoriquement à protéger l’ « identité » de ses Etats-membres - : clandestinement et dans le dos des peuples, l’UE institutionnalise l’anglais comme l’unique langue véhiculaire de l’Union. Et cet arrachement des langues nationales est ouvertement favorisé par certains « bons Franceuropéens » comme le Baron Seillières : l’ex-patron du MEDEF n’a-t-il pas inauguré ses fonctions à la tête de Businesseurope (le syndicat patronal européen) en déclarant: « je ne vous parlerai plus qu’en anglais, la langue de l’entreprise et des affaires » ? Quant à cet autre « bon Français » qu’est M. Trichet, n’a-t-il pas entamé son discours inaugural au parlement européen en s’exclamant : « I’m not a Frenchman ! »… Un anti-patriotisme que Madame Parisot, qui dispute à A. Merkel le titre envié de Miss Mark, a porté à incandescence dans une récente tribune du Monde : la boss du MEDEF y somme les Français d’opter sans retard pour une « nouvelle patrie » (sic), c’est-à-dire d’abandonner cette République française si ringarde (et sa langue nationale porteuse d’histoire frondeuse :) au seul profit de cette Europe du business que certes, aucun privilégié n’aura jamais la tentation de trahir !

    Les choses en sont désormais au point que l’actuel gouvernement, si soucieux de défendre l’ « identité nationale » menacée comme on sait par le terrassier sénégalais ou par la serveuse « musulmane » francophone (sic), n’a ni yeux, ni langue ni oreilles pour faire respecter la loi et la constitution françaises. Et nos supermarchés peuvent impunément se rebaptiser Simply Market, Carrefour City, Carrefour Planet, nos « services publics » peuvent illégalement promouvoir leurs « produits » Speed, TGV Family, TGV Night, Rail Team (SNCF), leurs Flying Blue, leur AirFrance by Regional, leur everywhere ajustable (France Telecom, sans trait d’union ni accents s’il vous plait !) sans que leurs ministères de tutelle respectifs rappellent jamais ces contrebandiers de l’Oncle Sam au respect de la loi Toubon votée en 1994 par le parlement unanime ! Mais comment compter pour cela sur Lady Lagarde, qui pilotait notoirement son ministère des finances en anglais, sur Borloo, qui veut faire de l’anglais une langue maternelle bis en France, sur Luc Chatel qui veut soumettre step by step, selon sa forte expression, les enfants de maternelle à un « bain linguistique » permanent en anglais, alors qu’à cet âge-là la langue maternelle française est loin d’être acquise ? Un Chatel qui étend illégalement l’enseignement en anglais dans le secondaire (« le français est la langue de l’enseignement », stipule la loi Toubon)… Evoquons à peine l’Université et les Grandes Ecoles où la constitution est allègrement piétinée, notamment par Sciences Po (dont tous les enseignements se délivrent en anglais dans la nouvelle antenne de Reims, sans doute pour rapprocher les futurs élus de la « France d’en bas »…). Le comble de l’odieux est atteint par J.-F. Copé : mariant comme personne l’islamophobie et l’autophobie nationale, le patron de l’UMP exige que la télévision publique projette chaque soir des films américains sous-titrés de manière à forcer nos compatriotes à ingurgiter, non pas la langue de Joyce et de London, mais l’idiome mutilant et mutilé de Rambo et de l’American Way of Life ; en guise de piètre compensation pour les francophones attardés, Sir Copé voulait même initialement substituer le français à l’arabe liturgique dans… les mosquées ! Faut-il citer aussi Gérard Longuet, qui ne voit aucun inconvénient à ce que des prises d’armes de l’armée française s’effectuent en anglais, ou Valérie Pécresse, dont la politique universitaire conduit à privilégier la publication d’articles dans les revues anglophones comme critère majeur pour la promotion des chercheurs ? Et le ministre de la culture n’est pas en reste : ses services subventionnent sans états d’âme les mal-nommées « Francofolies » (sic) qui, de manière provocatrice, ont jugé plaisant de ne programmer que des chanteurs anglophones le… 14 juillet 2011 ! Avant même que n’aient lieu tous ces débordements honteux, l’ancien ministre socialiste H. Védrine s’était publiquement interrogé à propos de cette déferlante américano-maniaque : « le français survivra-t-il à un tel traitement. Peut-être… » !

    La question se pose alors à tout citoyen conscient : que devient l’Etat de droit tant vanté quand des ministres « français » et de prétendus services publics s’assoient à ce point sur la Constitution qui stipule que la langue de la République est le français ? Où en est la démocratie quand cette politique d’arrachage linguistique est cachée au peuple, quand elle est soustraite au débat public, quand les résistants au tout-anglais sont exclus des médias audiovisuels, quand les milliers de citoyens manifestant à Paris contre le tout-anglais le 18 juin 2011 sont censurés(1) par les chaînes nationales qui leur préfèrent, en prime time, un rassemblement de motards en courroux ? Et à quel rôle indigne d’accompagnement l’opposition parlementaire s’abaisse-t-elle quand Mme Aubry remporte haut la main le Prix de la Carpette anglaise 2010 pour son effort acharné visant à substituer le bien-pensant Care anglo-saxon aux notions révolutionnaires de droits sociaux et de fraternité républicaine ?

    Résumons-nous : l’extermination en cours du français et des autres langues nationales n’a rien d’une « mode » anodine : il s’agit d’une guerre d’extermination culturelle portée par l’oligarchie des affaires et relayée par une partie de la fausse gauche : en France, en Europe, à l’échelle du monde, il s’agit d’établir, officieusement d’abord, officiellement ensuite, le monopole du business globish. Et la fonction insidieusement totalitaire de cette langue unique est de consolider la pensée unique, le marché unique, la monnaie unique, l’économie unique, la politique unique et la sous-culture unique dont rêve le « monde des affaires ».

    Les effets de cet arrachage linguistique, - que d’aucuns osent présenter comme une « ouverture à la diversité » alors même que les bacheliers britanniques sont dispensés d’étudier une langue étrangère ! – sont prévisibles : effacement programmé des nations comme espaces publics d’une possible souveraineté populaire, alignement des droits sociaux sur les « standards » régressifs des pays anglo-saxons, arasement de la diversité culturelle mondiale (2), promotion d’une élite euro-mondialisée de locuteurs mother tongue english régnant sur les milliards d’individus non anglophones, semi-anglophones (et omni-« jargophones » !) qui hanteront les bas-fonds de la planète ? Confrontés à ces cadres english mother tongue que recrutent déjà illégalement de très grandes entreprises, que deviendront les ouvriers, employés, paysans, artisans, enseignants, cadres moyens, ingénieurs et enseignants de France, sinon des étrangers sur leur propre sol ? Cette discrimination linguistique frappera en priorité les immigrés issus de l’espace africain francophone (dont nos lycées n’enseignent toujours pas les langues d’origine…). Ces travailleurs subiront la double peine linguistique ; eux dont le français n’était déjà pas toujours la langue maternelle, devront apprendre à remiser au second plan la langue de Césaire et de Fanon s’ils veulent travailler en « France », cet étrange pays chaque jour plus semblable au fameux « couteau sans manche dont on a perdu la lame »… Bref, on ne combattra pas l’indigne « préférence nationale » prônée par l’extrême droite, en instaurant en douce la préférence nationale à l’envers au profit du « natif » anglophone, que promeuvent nombre de firmes « françaises » dans le silence des autorités chargées de combattre les discriminations : les deux indignités, - la xénophobe et l’ « autophobe » - , finiront par s’additionner pour exclure les classes populaires en favorisant l’ « élite » euro- et américano-formatée…

    Quant aux objections qu’il est habituel d’opposer aux résistants linguistiques au tout-anglais, elles font figure de contrefeux douteux. Que le français, comme l’anglais, l’espagnol, le portugais, etc. aient longtemps été utilisés par les dominants de l’hémisphère nord pour refouler les langues des peuples colonisés ou, en France même, pour marginaliser les « patois » (sic), nul n’en disconvient, et encore moins les initiateurs de ce texte, dont certains sont férus de langue régionale et dont d’autres ont combattu Hitler dans les rangs des FTPF et des FTP de la Main-d’œuvre Immigrée. Mais pas plus qu’il n’était décent en 1940 d’alléguer les massacres de la Grande Guerre pour refuser de résister à Hitler, il n’est loyal aujourd’hui d’invoquer les oppressions linguistiques d’hier pour collaborer au néocolonialisme linguistique d’aujourd’hui. Refusons que le français, ce premier service public de France grâce auquel l’Occitan et l’Alsacienne peuvent faire république avec le fils d’immigrés, le Flamand et la Bretonne, soit pris en tenaille entre, d’une part, le business Globish, et d’autre part l’ultra-régionalisme des nantis qui s’arment de prétextes linguistiques pour lorgner vers Barcelone, Anvers, Milan, et surtout, vers Bruxelles et Francfort. Car les langues régionales, patrimoine de toute la nation, ne sont qu’un prétexte pour casser la république une et indivisible ; le vrai but des ayatollahs de l’euro-régionalisation à prétexte linguistique est d’« ethniciser » le monde du travail pour mieux « re-féodaliser » le territoire national. Du reste, si le français, langue de la francophonie mondiale, était finalement marginalisé sur son sol d’origine, quelle autre langue de France ou du monde n’y « passerait »-elle pas encore plus rapidement ? Au lieu donc d’aider le Ramina-Globish exterminateur, les amoureux des langues de France et d’ailleurs doivent aider l’ex- « belette » francophone et les ex-« petits lapins » basque, breton, catalan, corse, sans oublier les langues honteusement déniées de l’immigration ouvrière, à fédérer leurs contre-attaques ; car il en va des langues comme des luttes sociales : elles sont condamnées à résister ensemble ou à être arrachées séparément.

    C’est pourquoi, que l’on se reconnaisse ou pas dans le souvenir injustement dénigré ou récupéré d’une patriote de 19 ans torturée à mort pour ses idées, il est urgent que tous les résistants à l’ogre néolibéral cessent de regarder de haut le combat linguistique. « Désobéisseurs » et « indignés », réapprenons à crier, dans le français frondeur du « 9-3 », de Tunis et du Caire, « dégagez ! » à tous les destructeurs de peuples. Car si demain les revendications populaires elles-mêmes devaient s’ânonner dans la novlangue mondiale des maîtres, ceux-ci auraient atteint leur but final : forcer les peuples à clamer leur résistance dans la langue indigne, dérisoire et soumise, de la new collaboration !

    SIGNATAIRES : Georges Hage, député honoraire du nord, co-président d’honneur du COURRIEL ; Léon Landini, co-président d’honneur du COURRIEL, ancien officier des Francs-Tireurs et Partisans de la Main-d’œuvre Immigrée, Médaille de la Résistance ; Georges Gastaud, président du COURRIEL, philosophe ; Matthieu Varnier, chercheur en robotique, secrétaire général du COURRIEL ; Gilles Bachelier, animateur du Comité Républicain des Gaullistes de Gauche ; Claude Beaulieu, animateur du Comité Valmy ; Danielle Bleitrach, sociologue, militante communiste ; Michèle Chopard, artiste en photomontage, Belgique ; Aurélien Djament, chercheur en mathématiques ; Olivier Denhez, agrégé d’histoire ; Barbara Y. Flamand, écrivain, Belgique ; Vincent Flament, professeur de français ; Jean-Pierre Hemmen, fils de Fusillé de la Résistance, vice-président du Pôle de Renaissance Communiste en France ; Patrick Kaplanian, ethnologue ; Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine ; Maurice Le Lous, vice-président du Cercle Littéraire des Ecrivains Cheminots ; Pierre Lévy, journaliste, directeur de Bastille-République-Nations ; Elisabeth Loubet-Gauthier, professeur de philosophie retraitée ; Laurent Nardi, professeur de lettres (74) ; Jacques Nikonoff, universitaire, président du M’PEP ; Pierre Pranchère, a. maquisard FTPF, a. député de Corrèze ; Lakis Proguidis, écrivain ; Jean-Luc Pujo, président des Clubs Penser la France ; Pierre Roche, historien (Paris) ; Yves Vargas, philosophe.

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    (1) Le 18 juin 2011, une manifestation réunissant des milliers de personnes venues de France, d’Afrique, de Suisse, du Québec, de Belgique, du Liban, etc. a défilé à Paris pour défendre le français face au tout-anglais. Le soir, aucun J.T. ne leur a accordé une image…

    (2) Pourquoi serait-il honorable de défendre la biodiversité et odieusement « nationaliste » de défendre les langues menacées par la novlangue américaine unique ?

  • Le casier judiciaire de nos nouveaux ministres ...

    C’est dans “SOLIDAIRE”, hebdo du P.T.B.:
    RoRo

    Gouvernement Di Rupo I :: Le casier judiciaire de nos nouveaux dirigeants
    Quelques semaines après la prestation de serment du nouveau gouvernement, il est temps de voir quels sont les antécédents de nos nouveaux dirigeants (même si la plupart ne sont pas si neufs que ça). Extraits de leur casier (qui devrait être) judiciaire.

    Photo Belga
    1|Elio Di Rupo
    (Premier ministre)
    - Plus grand privatiseur de l’histoire de Belgique ? Sans aucun doute vu son palmarès. Comme ministre dans les années 90 : privatisation de la SNI (Distrigaz), de Belgacom, de la SNCI et d’INCA, du CCB, de la CGER (banque), de la Sabena et de La Poste. Comme président du PS l’OCCH (banque) et BIAC ainsi que la libéralisation du « rail ».
    - Schizophrène ? « À l’échelle de l’Europe, l’idéologie libérale nous mène, si l’on n’y prend garde, au désastre social », déclare-t-il en 2009. Mais, deux ans plus tard, face à la colère syndicale contre les mesures d’austérité qu’il met en œuvre, il répond : « Il fallait faire ce qu’il fallait faire (sic) et respecter formellement les recommandations de la Commission européenne. »
    - L’argent des communes pour sauver la banque Dexia ? « Les autorités locales doivent continuer le mouvement de soutien des autorités publiques aux banques », déclare Di Rupo, en tant que bourgmestre de la Ville de Mons. Rappelons au passage que le président du PS siégeait au CA de Dexia en 2005…
    - « Sans nous ce serait pire. » Heu… Comme ajoute Nico Cué (MW:) : « Avec eux... ce n’est pas mieux ! »
    2|Johan Vande Lanotte
    (Ministre de l’Économie, des Consommateurs et de la Mer du Nord)
    - Il est l’un des fossoyeurs de la Sabena, étant donné le rôle crucial qu’il a joué dans l’accord dit de l’hôtel Astoria, signé avec Swissair.
    - Comptable inventif. En tant que ministre du Budget, il vend des édifices publics pour les racheter immédiatement après. Résultat : l’État fédéral paie chaque année 473 millions d’euros de plus par rapport à ce que la vente a rapporté.
    - Cède la société ABX Logistics (le service de transport de la SNC:) gratuitement : 600 millions d’euros envolés.
    - Quelqu’un a-t-il par hasard des nouvelles de son fameux « Fonds argenté » (fonds de vieillissement) ?
    - Electrawinds, JVL Comm V, basketbalclub Telenet Oostende, Otary, Muzee, EOS, Sleuyter Arena, Coastal Union, Rebo, Eco nv… La liste des conseils d’administration qu’il va devoir quitter à présent qu’il est à nouveau ministre est longue.
    3|Pieter De Crem
    (Ministre de la Défense)
    - De Crem espère refaire de la Belgique « un allié fiable des États-Unis, au sein de l’OTAN ». Également connu comme le ministre de la Guerre.
    - Aller se battre loin du Royaume pour défendre des intérêts économiques, c’est ce que Rambo De Crem (ou « Crembo ») a dû expliquer il y a quelques années et, pour ce faire, il n’a pas hésité à citer Martin Luther King pour justifier son interventionnisme : « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. »
    - À New York, il arrive « mort saoul » dans un café. La serveuse qui a relaté les faits sur son blog a été licenciée quelques jours plus tard.
    - Sobre, il se comporte en véritable dévot. En 2008, il s’est rendu avec ses soldats en pèlerinage à Lourdes.
    4|Didier Reynders
    (Ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes)
    - Ministre des rupins. Père de mécanismes fiscaux aussi opaques que coûteux tels que les intérêts notionnels, son (long) passage au ministère des Finances aura été marqué par une politique ultra favorable aux plus nantis. Il est vrai qu’il est ami avec les plus riches de ce pays (Albert Frère, le vicomte Davignon, Didier Bellens, etc.).
    - À l’heure où les banques faisaient (et font) des bénéfices indécents aux dépens du personnel et des (petits) clients, Reynders prend la défense des banquiers dans Le Soir (2 janvier) : « J’ai parfois l’impression qu’on classe ce secteur en dehors du monde réel, c’est lié à une idéologie, voire à une démagogie sur le thème de la spéculation. » Précision importante : il a lui-même présidé le Conseil d’administration d’une banque avant d’être ministre.
    - Son arrivée au ministère des Affaires étrangères est déjà marquée par un « coup d’éclat » : son refus de se rendre au Congo pour l’investiture de Joseph Kabila, réélu démocratiquement malgré des irrégularités.
    5|Monica De Coninck
    (Ministre de l’Emploi)
    - « Tout le monde au travail, quel que soit le travail, l’endroit, les conditions et le salaire » : à la tête du CPAS d’Anvers depuis des années, elle a été proclamée reine de l’activation. Les médecins se plaignaient de la pression ressentie par les patients bénéficiant d’une allocation pour divulguer certaines informations médicales.
    - Elle trouve que Dalrymple, l’idéologue de la nouvelle extrême droite « marque un point » et « qu’elle va pouvoir discuter de sa politique avec la N-VA puisque Liesbeth Homans, le bras droit de Bart De Wever, a déjà annoncé qu’elle soutenait à fond son approche. »
    - Fait partie des architectes de la privatisation des hôpitaux du CPAS d’Anvers et de la suppression des services d’urgences. Demande la fermeture des hôpitaux Erasmus et Stuyvenberg.
    - Avait déjà fait installer une douche de luxe dans son bureau. Coût : 15 000 euros. Reste à savoir si elle va l’emporter à Bruxelles.
    6|Annemie Turtelboom
    (Ministre de la Justice)
    - Sa politique d’asile lui a valu toute une série de surnoms (Annie de fer, la tortue, etc.) L’avantage c’est que sa vision est claire : régulariser un minimum de sans-papiers et laisser mourir les grévistes de la faim.
    - A fait en sorte que la police belge puisse désormais utiliser librement les tasers, ces armes à électrochocs importées des USA.
    - Mais pas contre ceux qui se rendent coupables de fraude fiscale et corruption. En effet, pour Annemie cette catégorie de personnes ne doit plus être une priorité pour la police. C’est d’ailleurs ce qu’elle écrit dans le plan de sécurité nationale 2012-2015.
    - « Turtelboom, casse toi, notre grève n'est pas à toi » : c’est le slogan que l’on a pu entendre lorsque l’année dernière, Annemie a tenté de casser la grève des convoyeurs de fonds de chez Brinks en sous-traitant les activités à la filiale Brinks Diamond & Jewelry.
    7|Olivier Chastel
    (Ministre du Budget et de la Simplification administrative)
    - Chevalier blanc ? Alors que, dans les médias, il critiquait à fond les affaires du PS carolo, il négociait en secret avec le PS une coalition communale PS-MR. Il paraît même que l’alliance était conclue lors d’une cérémonie maçonnique...
    - Chevalier blanc ? Non, Chastel la magouille. Au temps où il était ministre des Arts et des Lettres, de plantureux subsides ont été versés à une asbl dont il était président d’honneur, située à sa permanence MR et dirigée par son demi-frère qui était également son fidèle bras-droit...
    8|Joëlle Milquet
    (Ministre de l’Intérieur)
    - Madame chasse aux chômeurs. Se vantait en juin de cette année d’avoir fait passer le nombre de chômeurs sanctionnés de 77 000 à 108 000 comme ministre de… l’Emploi.
    - « Madame Non » a aussi œuvré au rééquilibrage entre les Régions : en quelques années, le nombre de chômeurs wallons sanctionnés a rattrapé et puis dépassé le nombre d’exclus en Flandre : 46 000 en Wallonie pour 45 000 en Flandre. Pour Bruxelles, on est passé de 11 000 sanctionnés à 16 000.
    - Travail forcé ? C’est l’impression qu’ont eue les travailleurs en grève d’INEOS en octobre dernier. La police a débarqué chez eux pour les forcer à reprendre le travail. Une réquisition ordonnée par… Joëlle Milquet. Scandaleux et illégal puisque l’ordre a par la suite été annulé par le Conseil d’État.
    9|Laurette Onkelinx
    (Ministre des Affaires sociales et de la Santé)
    - Fossoyeur de l’enseignement francophone. Avec les coupes sombres dans les budgets et en particulier, la liquidation de 3 000 postes d’enseignants dans le secondaire.
    - En 2009, alors ministre de la Santé, elle était l’invitée du Pharma Executive Club, devant une trentaine de bonzes de l’industrie pharmaceutique. Elle a annoncé à cette occasion qu’elle laissait tomber complètement le modèle kiwi dans un souci… d’un dialogue mature et constructif.
    - C’est dans son cabinet, alors qu’elle était à la Justice, qu’a été mis au point le complot pour extrader illégalement le Belge Bahar Kimyongür vers la Turquie, alors qu’il y dénonçait les violations répétées des droits de l’homme et les conditions des prisonniers politiques.
    - Habite dans une villa à Lasne (commune la plus riche de Wallonie, deuxième du pays)… mais parachutée dans la commune (plus populaire) de Schaerbeek où elle aspire à devenir bourgmestre.
    10|Vincent Van Quickenborne
    (Ministre des Pensions)
    - Débute sa carrière sur une farce en faisant le pari de fumer un joint au Sénat. Plus tard, il a participé au procès intenté contre Ariel Sharon pour génocide, s’est rendu en Irak pour dénoncer l’embargo et a bu un thé avec le chef du Hamas...
    - Se transforme en arriviste néolibéral pour qui les fonctionnaires sont des fonctionnaireset l’état n’a pas à se mêler du salaire des grands directeurs. Une position qui, en 2008, lui vaut d’être promu au poste de ministre.
    - Estime que ces prochaines années, outre l’indexation automatique des salaires, il ne devrait plus y avoir d’augmentation salariale. De son côté, il gagne en tant que ministre environ 10.000 euros par mois.
    - Ancien membre de la Volksunie, il souffre d’un ulcère flamingant récidivant, responsable de ce rabâchage sur « l’électeur flamand qui veut que la Wallonie l’écoute »**.
    11|Sabine Laruelle
    (Ministre des Classes moyennes, PME, Indépendants et Agriculture)
    - Soutien indéfectible de Didier Reynders.
    - Libérale qui aime la chair de fonctionnaires (1). Elle déclarait en 2007 : « Il y a moyen d’employer mieux une partie des 33 000 fonctionnaires (des Finances, NDLR) plutôt que de les laisser jouer au sudoku. »
    - Libérale qui aime la chair de fonctionnaires (2). En 2011, elle récidive en attaquant directement Marco Van Hees, fonctionnaire aux Finances et spécialiste fiscalité du PTB. Un fonctionnaire n’a pas le droit de s’exprimer et n’a qu’à appliquer les lois de manière aveugle, selon elle. Réaction de la CGSP : « Une attaque personnelle abjecte » contre un fonctionnaire qui dénonce « des faits et des idées qu’elle et son parti sont incapables de contrer dans un débat digne de ce nom. »
    12|Steven Van Ackere
    (Ministre des Finances et du Développement durable)
    - Affilié à l’ACW (pendant néerlandophone du MOC), il a débuté sa carrière à la Kredietbank.
    - Connu pour son art d’amorcer les virages. En 2010, il plaide pour l’adhésion de la Libye au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Lorsqu’en 2011, la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis attaquent Kadhafi, on le retrouve en première ligne.
    - Un type aimable, sauf envers celui qui ose s’attaquer à Israël. Il était contre une enquête internationale après l’attaque israélienne de la flotte humanitaire pour Gaza. Ce qui lui a valu son surnom de « lâche ».
    13|Paul Magnette
    (Ministre des Entreprises publiques, de la Politique scientifique et de la Coopération au développement)
    - Vive l’écologie ! Avec Magnette : autorisation à E.on d’ouvrir une centrale à charbon dans le port d’Anvers, recul de la sortie du nucléaire, etc.
    - À la solde des agences de notation ? « Même si nous ne devions pas le faire parce que l’Europe l’impose, il faudrait le faire tout de même, sous peine de faire payer les travailleurs pour les intérêts aux banques. »
    - « J’ai rencontré beaucoup d’acteurs de terrains. Tout le monde reconnaît qu’il y a des fraudeurs. » Il faut donc plus de contrôle. Parle-t-il des 20 milliards annuels de fraude fiscale ? Non, des personnes qui ne trouvent pas d’emploi…
    - Avec l’ex-ministre de l’Énergie, il n’y a qu’un seul gagnant sur le marché libre de l’énergie : Electrabel (des milliards de bénéfices chaque année). Au grand dam de tous ceux qui n’arrivent plus à payer leur facture…
    14|John Crombez
    (Secrétaire d'État à la Coordination de la Lutte contre la fraude sociale et fiscale)
    - Pour les intérêts notionnels : « Aujourd’hui encore je n’ai pas peur de dire que c’est une mesure qui renforce les entreprises. »
    - Contre la banque publique.
    - Veut faire des économies sur le dos des fonctionnaires.
    - Ne voit aucun inconvénient aux pratiques du richissime Luc Van Den Bossche, qui récemment n’a eu aucune gêne à réclamer à BIAC une indemnité de départ rondelette alors qu’il s’agissait d’une démission. « Luc travaille pour une entreprise privée et n’occupe plus aucune fonction au sp.a ».
    - Lors de sa nomination, il a voulu « rassurer les fiscalistes » en déclarant n’avoir pas le moindre projet concernant l’instauration d’un cadastre des fortunes. L’absence d’un tel cadastre rendra difficile l’instauration d’une taxe des millionnaires et une lutte efficace contre la fraude.
    15|Servais Verherstraeten
    (Secrétaire d'État aux Réformes institutionnelles et à la Régie des bâtiments)
    - « Le système a permis non seulement de sauver des emplois, mais aussi d’en créer » : si Servais Verherstraeten n’est pas pour les intérêts notionnels, il ne les condamne pas pour autant. Même dans le cas d’AB-InBev. « Vous ne pouvez pas me demander de vérifier l’efficacité de la déduction des intérêts notionnels sur base d’un seul dossier. »
    - Campinois tout à fait à son aise dans le secteur du diamant à Anvers. Lorsque Jan Jambon (N-VA) fonde le « diamantclub », un lobby parlementaire qui défend les intérêts du secteur diamantaire, il est un des premiers à grimper dans la charrette.
    16|Maggie De Block
    (Secrétaire d'État à l’Asile, l’Immigration et l’Intégration sociale)
    - Farouche adversaire du modèle kiwi, estime que l’industrie pharmaceutique a ces dernières années déjà fourni suffisamment d’efforts et qu’il faut également viser d’autres secteurs de la santé publique.
    - A également proposé d’adapter l’âge de la pension, la condition de carrière pour la retraite anticipée et la fraction de pension à l’évolution de l’espérance de vie.
    - Envisage, en tant que ministre de l’Asile et de l’Immigration, de « garder le silence un mois ». Ce sont les demandeurs d’asile sans centre d’accueil qui vont rire.
    17|Hendrik Bogaert
    (Secrétaire d'État à la Fonction publique et à la Modernisation des Services publics)
    - En 2007, vend l’entreprise familiale Bogaert Cigars (chiffre d’affaires de 20 millions d’euros) à Swedish Match et fonde sa propre chocolaterie dans laquelle Gimv et Boerenbond investissent 10 millions d’euros. Aujourd’hui, la totalité de la production a été déplacée à Shanghai.
    - En 2010, cède à Daniel Vanhessche le poste de bourgmestre de la commune de Jabbeke. Il explique : « J’ai 42 ans et j’aspire à une vie plus calme ».
    - Selon De Standaard, « durant sa dernière législature, il a été plus actif en tant qu’entrepreneur qu’en tant que parlementaire ».
    - Partisan de l’indépendance socio-économique de la Flandre et de la Wallonie au sein de la Belgique, dont les seules compétences seraient la défense, la justice, la police, les affaires intérieures et les affaires étrangères.
    18|Melchior Wathelet
    (Secrétaire d’État à l’Environnement, Énergie, Mobilité et Réformes institutionnelles)
    - A été entarté pour s’être vanté d’avoir battu le record d’expulsions d’étrangers en séjour illégal.
    - Un de ceux qui ont enterré l’idée d’un impôt sur la fortune. « Une fausse bonne idée », selon lui.
    - Le prix de l’énergie payé par les ménages ? Un dossier « très préoccupant. Mais pas question d’imposer un prix maximum. »
    19|Philippe Courard
    (Secrétaire d’État aux Affaires sociales)
    - Toucher à la norme de croissance du budget des soins de santé ? Courard, comme tout le PS, le jurait encore il y a un an : « Nous n’allons pas faire des économies sur le dos des malades. » Parole mangée avec le budget 2012 : les soins de santé vont trinquer.
    - Compétent pour l’accueil des demandeurs d’asile. Résultat ? Des milliers de réfugiés, parfois mineurs, parfois avec des nourrissons, ont dormi dans la rue. Une plainte pénale a même été déposée contre lui.
    - Grossier. Les avocats aidaient les réfugiés sans-abris : ils faisaient « de la retape dans la rue ». Les juges prononçant une astreinte pour forcer l’État à respecter son obligation de les héberger : des « irresponsables ». Rappelons que Courard était responsable de l’intégration sociale...

  • De plus en plus de fric pour les guerres impérialistes ...

    C’était dans “SOLIDAIRE”, hebdo du PTB ...
    BELGIQUE, FRANCE, OTAN: un budget de la guerre sous-évalué, des dépenses masquées...
    De plus en plus de fric pour les guerres impérialistes et colonialistes à des milliers de kms de nos frontières. Des guerres d’ agression et d’occupétaions, décidéespar les autres: les U$A, la France, la GB, l’Otan...
    RoRo

    Défense :: Un budget sous-évalué

    Alors que, comme partout en Europe, l’austérité budgétaire est présentée comme la seule issue possible à la crise, nos gouvernants ne manquent pas d’argent pour les guerres. Et, alors que

    les coûts militaires réels augmentent, le budget de défense est systématiquement sous-évalué.
    Laura Meyer

    Le poste « défense » dans les budgets gouvernementaux belges et français est sous-estimé, puisqu’on prend de l’argent en dehors des budgets de la défense pour financer les efforts de guerre. La guerre en Libye ne fait pas exception. (Photo Solidaire, Laura Meyer)
    Les dernières années, le montant des opérations belges à l’étranger n’a fait qu’augmenter, passant de 115 millions en 2007 à 170 millions en 2010. Avec la prolongation du conflit libyen, décidée le 16 septembre par le gouvernement, le montant total des opérations belges à l’étranger atteindra au moins 188 millions d’euros en 2011. Cela fait une augmentation de 63 % en quatre ans.
    Dans le quotidien De Standaard du 12 août, on pouvait lire que les frais pour l’effort de l’armée belge dans la guerre en Libye ne provenaient pas du budget de la Défense, mais d’un « pot fédéral ». En France aussi, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, annonçait que les 320 millions d’euros que la France a dépensés les six premiers mois de la guerre, seront « mutualisés dans le budget global de l’Etat », et non pris sur celui de la Défense. En d’autres termes, le poste « Défense » dans les budgets gouvernementaux belges et français sont sous-estimés, puisqu’on prend de l’argent hors des budgets de défense pour financer les efforts de guerre. La guerre en Libye ne fait pas exception. Officiellement, Pieter De Crem annonce que le budget de la Défense belge pour cette année est de 2,7 milliards d’euros. Or sur le site de l’Agence Européenne de Défense, on donne les chiffres de ce qui est réellement dépensé annuellement à la Défense en Belgique. On y remarque que ces coûts ont augmenté entre 2005 et 2009 de 21 %, passant de 3,3 milliards d’euros à un peu plus de 4 milliards.
    Pour l’Otan, ce n’est pas suffisant
    Le chef de l’armée, le général Charles-Henri Delcour, s’est plaint récemment de ce que le budget de la défense belge n’était « que » de 0,84 % du PNB. Nous sommes ainsi « avant-derniers au classement des 28 États-membres de l’Otan ». Pour le général, l’objectif de l’Otan est que chaque État-membre consacre 2 % de son produit national brut à la Défense. Pour la Belgique, cela aurait signifié 6,8 milliards euros en 2008. Le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a déjà annoncé que, en mai 2012, lors du prochain sommet de l’Otan à Chicago, les leçons de la guerre en Lybie seront tirées. C’est-à-dire que les États-Unis ne peuvent plus être le seul État-membre à mettre à disposition ses jolis avions sophistiqués sans pilote. Les autres pays-membres de l’Otan devront également acheter de tels avions. A cet effet, Rasmussen a élaboré un plan spécial : les achats seront effectués de manière groupée, sous la direction d’un seul État, très discrètement et en dehors des budgets des défenses. Rasmussen appelle cela laSmart Defense, qui doit pouvoir être réalisée, en dépit de la crise économique et des mesures d’austérité.

  • BELGIQUE: Wilrijk: Du pain à l’eau de Javel...

    BELGIQUE: Wilrijk: Du pain à l’eau de Javel...

    Que c’est beau la libre concurrence et l’économie sociale écologique de marché, en temps de crise ...
    RoRo

    C’est dans SOLIDAIRE, hebdo du Ptb:

    Expresso :: Du pain à l’eau de Javel

    La semaine dernière, un grand magasin de Wilrijk s’est mis à cuire du pain. Mais la quantité n’a pas été vendue à temps. Quand un client a proposé d’apporter tous ces pains invendus à la banque alimentaire, il lui a été répondu que ce n’était pas possible, que la direction avait ordonné de tout balancer dans le conteneur à déchets. Maintenant qu’avec la crise, de plus en plus de gens se retrouvent dans la pauvreté, et que les banques alimentaires connaissent des pénuries, une collaboration entre les grandes surfaces et les banques alimentaires serait quand même indiquée, non ? Mais non, certains magasins aspergent même leur nourriture jetée d’eau de Javel afin d’empêcher qu’elle soit « volée ». (www.dewereldmorgen.be 9/12/11)

  • BELGIQUE: c'est le moment de commander du mazout ...

    BELGIQUE: c'est le moment de faire des sacrifices pour vaincre la crise causée par l' Euro-dictature, les multinationales, les banquiers, les spéculateurs, nos gouvernants et ... de commander du mazout de chauffage.

    Je viens de commander 1.000 litres de mazout de chauffage.

    901 euros à payer cash !

    C’est un véritable scandale, résultat des spéculations pétrolières, des guerres impérialistes, et des taxes et accises énormes prélevées par l’ Etat ...

    901 euros: que vont faire cet hiver les ménages qui n’ont par exemple que 1.400 euros par mois et 1 loyer de 400 euros à payer ??? Il leur restera 200 euros pour payer tout le reste pendant le mois. Y compris les sacrifices exigés par Di Rupo le rosé et ses comparses de la bande des six.

    L’ aide du gouvernement à toute la population défavorisée ??? Continuer à payer 21 % de Tva (le taux le plus élevé), au lieu de 6 % ... sur l’énergie.

    Le mazout de chauffage n’ est pourtant pas un produit de luxe, mais de première nécessité. Si l’hiver est rude, avec 1.000 litres de mazout vous avez à peine de quoi chauffer une habitation normale pendant 3 mois...

    RoRo

  • Mes liens

    Courcelles[/url]

    BELGIQUE: burqa: la Chambre des Représentants votent pour la sec onde fois une loi liberticide. | Roger Romain de Courcelles

    Frank Housteaux, conseiller communal à Anvers pour le SP. a, passe au PTB! – ce qui donne au PTB son premier élu communal pour la ville d’Anvers ! | Roger Romain de Courcelles

    cegb Libye:l’héritier du trône prêt pour le retour | Roger Romain de Courcelles

    cegb Tous avec Alex Moumbaris: encore un camarade militant poursuivi par la Justice franaise… | Roger Romain de Courcelles

    1er mai 1998 – 1er mai 2011: en souvenir de mo n fils Stéphane ROMAIN | Roger Romain de Courcelles

    Que se passe-t-il en Syrie ? [Réseau Voltaire]

    LIBYE: LA RAPINE DU SIECLE | Roger Romain de Courcelles

    Investig’action - Michel Collon - Presse alternative dédié au décodage des médias et analyse de la mondialisation

    COMITE VALMY

    Journal de Guerre de Marc Lemaire

    Roger Romain de Courcelles

    Roger Romain

    Roger Romain de Courcelles | site communiste belge

    Analyses, histoire, théorie, actualités, ...

    COURCELLES, Pays de Charleroi, en Hainaut

  • La guerre secrète en Belgique

    http://www.voltairenet.org/La-guerre-secrete-e...

    Les armées secrètes de l’OTAN (X)

    La guerre secrète en Belgique

    par Daniele Ganser
    L’étude des réseaux « stay behind » en Belgique est éclairante à plus d’un titre sur l’organisation internationale du Gladio. L’OTAN s’est crue tout permis dans un Royaume qui abrite son siège. Elle a commandité des attentats meurtriers qui ont suscité deux commissions d’enquête parlementaires. Bien que les autorités militaires belges aient préféré obéir à une autorité étrangère que de collaborer avec les représentants de leur peuple, plusieurs gladiateurs se sont confessés livrant des informations capitales.

    Réseau Voltaire | Bâle (Suisse) | 6 juin 2011

    Une victime de la stratégie de la tension, abattue froidement dans un supermarché. Cet article fait partie de la série :
    1. « Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio… »
    2. « Quand le Gladio fut découvert dans les États européens… »
    3. « Gladio : Pourquoi l’OTAN, la CIA et le MI6 continuent de nier »
    4. « Les égouts de Sa Majesté »
    5. « La guerre secrète, activité centrale de la politique étrangère de Washington »
    6. « La guerre secrète en Italie »
    7. « La guerre secrète en France »
    8. « La guerre secrète en Espagne »
    9. « La guerre secrète au Portugal »

    Dès le début de la seconde guerre mondiale, la Belgique fut vaincue et occupée par les troupes allemandes. Le gouvernement belge fut contraint de se réfugier à Londres où il resta en exil jusqu’à ce que les Alliés libèrent l’Europe. Durant cette période difficile, les hauts responsables du gouvernement et de l’armée collaborèrent étroitement avec les Britanniques à la création de mouvements clandestins de résistance qui devaient opérer dans la Belgique occupée. À partir de l’été 1942, le SOE britannique entreprit d’aménager des dépôts de munitions et d’entraîner une armée secrète. Les Anglais mettaient à disposition des équipements radio et des appareils pour transporter hommes et matériel et supervisaient depuis Londres les questions logistiques ainsi que la formation et le débriefing des agents qui étaient envoyés clandestinement derrière les lignes ennemies. Outre les opérations de sabotage dirigées contre l’occupant allemand, l’armée secrète belge collectait également des informations que des agents transmettaient à Londres par radio, courriers ou microfilms. Si l’impact de ce réseau de résistance fut finalement marginal, la stratégie employée fut un véritable modèle du genre : « Visant à précipiter la fin du conflit, les activités de ce premier réseau stay-behind étaient parfaitement organisées et suscitaient l’admiration des services secrets américains et britanniques ». [1]
    Comme l’ennemi nazi était remplacé par le communisme soviétique, les armées secrètes furent reconstituées après la guerre. L’enquête officielle démontra que le réseau stay-behind actif en Belgique pendant la guerre froide était composé de deux branches : le SDRA 8 et la STC/Mob. Le SDRA 8 était la branche militaire placée sous le contrôle du SGR, le Service Général du Renseignement de l’armée, lui-même dépendant du ministère de la Défense. Son nom, parfois orthographié SDRA VIII, signifie « Service de Documentation, de Renseignement et d’Action VIII ». Il était composé de militaires formés au combat, au sabotage, au parachutisme et aux opérations maritimes. Outre ses fonctions de renseignement, le SDRA 8 devait aussi pouvoir concevoir des itinéraires d’évacuation si la Belgique se trouvait envahie. Dans le cas d’une occupation de l’ensemble du territoire, des agents de ce service étaient censés escorter le gouvernement au cours de son exil et garder le contact avec les agents secrets restés pour combattre l’ennemi dans le pays. [2]
    La branche civile du réseau stay-behind belge, la STC/Mob, dépendait des services secrets civils, la Sûreté de l’État, ou Sûreté, elle-même rattachée au ministère de la Justice. STC/Mob signifie « Section Training, Communication and Mobilisation ». Ses membres étaient des techniciens formés à l’utilisation d’équipements radio. Ils étaient surtout recrutés au sein de groupes « aux fortes convictions religieuses censées garantir leur anticommunisme » il s’agissait, d’après le rapport de l’enquête officielle sur le Gladio belge, de « pères tranquilles, parfois même un peu naïfs ». [3] La STC/Mob « avait pour mission de collecter des renseignements susceptibles d’être utiles au gouvernement dans le contexte d’une occupation ennemie. La section avait aussi la tâche d’organiser des itinéraires sécurisés pour l’évacuation des membres du gouvernement et d’autres personnalités occupant des fonctions officielles. » [4] Un comité « Inter-Services » fut également créé en 1971 pour coordonner l’action des deux réseaux stay-behind belges. Il se réunissait tous les six mois et le SDRA et la Sûreté en assuraient tour à tour la présidence. Ces réunions visaient établir la position commune à défendre lors des séances de l’Allied Clandestine Committee, le centre de décision de l’OTAN pour les opérations de guerre secrète. [5]
    Cette structure double assez inhabituelle adoptée par l’armée secrète belge trouve son explication dans la seconde guerre mondiale. Les unités qui assuraient la collecte de renseignements qu’elles communiquaient ensuite à Londres par radio, courriers ou microfilms étaient alors placées sous le contrôle de M. Lepage, directeur de la Sûreté, elle-même rattachée au ministère de la Justice. Cette branche donna naissance au STC/Mob. Les agents belges envoyés par Londres pour sauter sur les territoires occupés et s’engager dans des opérations clandestines de sabotage dépendaient, quant à eux, de l’armée belge. Ce sont eux qui constituèrent par la suite le SDRA 8. « Il ressort de ces explications », concluait le rapport d’enquête parlementaire, « que, contrairement à d’autres pays, la Belgique a disposé depuis l’origine d’une organisation stay-behind à la fois civile et militaire ». [6]
    Les membres de l’armée secrète belge étaient « pour la plupart des monarchistes convaincus », précise un rapport du SOE anciennement confidentiel, « c’est pour cela qu’il n’y avait pas de résistants communistes dans ses rangs ». [7] Après le débarquement et la libération de la Belgique, États-uniens et Britanniques s’inquiétèrent de l’influence des communistes belges. Tout comme en Italie et en France, ceux-ci étaient profondément respectés par la population belge en raison de leur courage et du rôle crucial qu’ils avaient joué dans la lutte contre l’occupant nazi. C’est pourquoi, fin 1944, les autorités britanniques et belges s’empressèrent de désarmer la Résistance et de réarmer la police. [8] « Au lendemain de la guerre, un puissant parti communiste s’est imposé avec, je crois, 21 sièges au Parlement, une première dans l’histoire de la Belgique », raconta l’historien Étienne Verhoyen dans un documentaire de la BBC consacré à Gladio. « Ça ne s’était jamais produit auparavant et, compte tenu de l’expansion internationale du communisme, les gens de droite s’alarmèrent de cette “menace communiste” planant sur la Belgique. » [9]

    Julian Lahaut, syndicaliste, résistant, homme politique. Assassiné le 18 août 1950, probablement par des éléments du Gladio. Julian Lahaut était le chef charismatique du parti communiste belge. Arrêté par les Allemands, il avait passé les années de guerre en prison et, à sa libération en 1945, il avait été nommé président honoraire des communistes belges. Lahaut s’opposait ouvertement au retour du roi des Belges Baudouin, qu’il considérait, comme une partie de la gauche, comme une marionnette à la solde du centre droit et des États-Unis. « La gauche était fermement opposée au retour du Roi, les sympathisants de la droite y étaient bien sûr favorables, certains d’entre-eux établirent les premiers contacts avec l’ambassade américaine en 1948 », expliquait l’historien Verhoyen dans le même documentaire. La droite belge contacta un officier états-unien du nom de Parker, qui travaillait probablement pour la CIA. D’après Verhoyen, Parker « tenait non seulement à la campagne de restauration léopoldiste mais également à ce que soient créés des groupes stay-behind destinés à assurer la résistance anticommuniste ». [10]
    Quand le Roi Baudouin fut de retour en Belgique et prêta serment en août 1950, Lahaut protesta au Parlement belge au cri de « Vive la République ! » Pour la droite belge, un tel acte était impardonnable et le signe que les communistes constituaient une menace grave pour les institutions. Un climat de tension s’installa dans le pays. Deux semaines plus tard, le 18 août 1950, Lahaut fut abattu par deux hommes devant son domicile. La population belge fut profondément choquée par cet assassinat. L’extrême droite et son réseau clandestin venaient de se débarrasser du plus populaire des communistes belges. [11]

    Paul-Henri Spaak, trois fois Premier ministre du Royaume, négocia le déploiement du Gladio dans son pays. Par la suite, il devint secrétaire général de l’OTAN. La responsabilité de l’armée secrète anticommuniste belge dans ce meurtre reste à établir. Il est cependant quasiment certain qu’elle était déjà opérationnelle au moment des faits. Dans une lettre adressée au Premier ministre Paul-Henri Spaak en date du 27 janvier 1949, le patron du MI6 Stewart Menzies insistait sur la nécessité de poursuivre la coopération anglo-belge initiée pendant la seconde guerre mondiale. « Il a été convenu que cette collaboration entre nos services secrets respectifs devait continuer sur la base des traditions remontant à la première guerre mondiale et réaffirmées par M. H. Pierlot [Premier ministre belge de 1939 à 1945], M. A. Van Acker [Premier ministre belge en 1945-1946 et prédécesseur de Spaak] et moi-même. » Menzies soulignait notamment que « la mise en place d’organisations de renseignement et d’actions utiles en cas de guerre », comprenez le fonctionnement de Gladio, devait se poursuivre. « Les demandes en formation et en matériel devront bientôt être formulées », expliquait Menzies qui offrait également son assistance : « J’ai déjà ordonné la construction de certaines installations destinées à l’entraînement des officiers et de personnes recommandées par la direction de vos services secrets et je serai bientôt en mesure de vous procurer les nouveaux équipements actuellement en cours de production ». Le patron du MI6 demandait à Spaak de ne pas divulguer le contenu de la lettre mais il insistait surtout pour que celui-ci ne choisisse pas de collaborer exclusivement avec la CIA et suggérait : « que certains officiers se rendent au Royaume-Uni dans les mois qui viennent afin d’étudier, en collaboration avec [ses] services, les aspects concrets de ces questions ». [12]
    Le Premier ministre belge répondit au chef du MI6 qu’il se réjouissait de recevoir l’aide des Britanniques tout en indiquant que les États-uniens avaient également approché les autorités belges à ce sujet et qu’il jugeait donc préférable que Washington et Londres règlent d’abord la question entre eux afin que la Belgique ne se retrouve pas dans la situation délicate de devoir choisir entre les deux alliés. « Je conviens tout à fait qu’une collaboration des trois services (britanniques, américains et belges) serait extrêmement profitable. » Spaak ajoutait : « Si des deux services, américain et belge, l’un venait à rejeter cette collaboration, les services belges se trouveraient dans une situation extrêmement délicate et difficile. C’est pourquoi il me semble que des négociations s’imposent au plus haut niveau entre Londres et Washington afin de régler cette question. » [13]
    À l’issue de ces « négociations au plus haut niveau », les services secrets états-uniens, britanniques et belges créèrent un organe baptisé « Tripartite Meeting Brussels » (TM:), parfois appelé aussi « Tripartite Meeting Belgian », chargé de superviser la création du réseau stay-behind belge. En récompense de sa loyauté, Spaak fut nommé secrétaire général de l’OTAN en 1957, la plus haute fonction pour un civil au sein de l’alliance militaire, poste qu’il occupa jusqu’en 1961. Étant décédé 11 ans plus tard, il ne put être entendu dans le cadre de l’enquête officielle sur le Gladio belge. « Plusieurs documents attestent que les responsables politiques de l’époque avaient conscience de la gravité de la situation et approuvaient l’idée de négociations en vue d’établir une collaboration étroite avec les services secrets américains et britanniques », résuma le rapport des sénateurs belges. « Cette coopération fut même consolidée avec la création du Tripartite Meeting Belgian/Brussels à la fin des années 1940. » [14]
    Si on ignore encore aujourd’hui la plupart des détails concernant les organes de commandement de la guerre secrète, on sait cependant que, parallèlement au TMB, d’autres centres furent créés sous les acronymes de CCUO, CPC, ACC et SDRA 11. Les preuves dont nous disposons aujourd’hui sur Gladio suggèrent que les structures trilatérales furent privilégiées dans l’immédiat après-guerre puisque le Royaume-Uni et les USA avaient dans le même temps formalisé leur coopération secrète avec le Gladio néerlandais en créant un Tripartite Committee Holland (TCH) au sein duquel siégeaient les représentants des trois pays impliqués. [15] Il semble qu’un accord du même type ait également été conclu entre la Grande-Bretagne et la France qui signèrent le 4 mai 1947 un pacte de collaboration secrète stay-behind. [16] Le 17 mars 1948 fut fondé le Western Union Clandestine Committee (WUCC), en français le Comité Clandestin de l’Union Occidentale ou CCUO. Avec pour mission d’anticiper en temps de paix une éventuelle invasion soviétique, il s’agissait d’un centre de coordination du réseau clandestin Gladio où siégeaient cinq pays : le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France. [17] « D’autres pays avaient adopté la même stratégie ; ils constituaient une unité indépendante du TMB et tentaient de développer une politique commune pour encadrer les préparatifs d’une possible guerre future », observèrent les sénateurs belges qui indiquèrent également que les USA n’auraient rejoint le CCUO qu’en 1958. [18]

    Robert Schuman (France), Dean Acheson (USA) et Ernest Bevin (Royaume-Uni), les principaux artisans de l’organisation états-unienne de l’Europe occidentale contre l’influence soviétique. L’auteur Jan Willems a enquêté sur le Gladio belge. Selon lui, la création du CCUO au printemps 1948 était la conséquence directe d’un discours prononcé à Londres par le ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne Ernest Bevin le 22 janvier 1948. Ce jour-là, il exposa devant le Parlement britannique son plan pour une « Union Occidentale », une organisation internationale destinée à contrer ce qu’il appelait la menace soviétique en Europe, que représentaient selon lui l’Armée rouge d’une part mais aussi, et surtout, la subversion communiste en Europe Occidentale. Bevin était convenu avec Washington, comme le révèle un mémorandum états-unien daté du 8 mars 1948, qu’« à l’heure actuelle, le problème n’est pas tant de nous préparer à une agression extérieure mais d’être prêts à lutter à l’intérieur de nos frontières contre une cinquième colonne soutenue par une puissance étrangère ». [19] Le CCUO, parfois également appelé WUCC ou CCWU, était chargé de deux missions de sécurité : garantir que des discussions politiques et militaires puissent se tenir en toute confidentialité et développer des formes de coopération pour lutter contre la subversion et les tentatives d’infiltration. « La finalité était de développer des mécanismes permettant d’éliminer les candidats communistes des institutions du pouvoir ; d’après certains documents américains, cet objectif fut atteint. » [20]
    Après la création de l’OTAN à Paris en 1949, le CCUO fut, comme l’enquête du Sénat belge permit de le découvrir, intégré à l’alliance militaire et rebaptisé « Clandestine Planning Committee » (CPC). « En conclusion, le combat contre l’ennemi interne a toujours fait partie intégrante du pacte de l’OTAN depuis sa signature en 1949 », souligne Willems. [21] Comme les opérations de guerre secrète menées par l’OTAN s’intensifiaient, un second centre de commandement fut créé au sein de l’Alliance, l’Allied Clandestine Committee (ACC) qui se réunit pour la première fois en France les 29 et 30 avril 1958, sous la présidence de la France. Après que le général de Gaulle eut contraint l’OTAN de quitter le pays, l’ACC déménagea en Belgique en 1968 et, sous le nom officiel de SDRA 11, il installa son quartier général dans les locaux des services secrets militaires SGR à Evere, juste à côté des bâtiments de l’OTAN. Le SDRA 11, la couverture de l’ACC, était « financé par l’OTAN », nous apprend le rapport d’enquête, tandis que le SDRA 8, la branche du Gladio belge chargée des opérations spéciales, était à la charge du ministère de la Défense belge. [22] La dernière réunion connue de l’ACC eut lieu à Bruxelles les 23 et 24 octobre 1990, sous la présidence du directeur du SGR, le général Raymond Van Calster, celui-là même qui sortit de ses gonds quand des journalistes l’interrogèrent au sujet du centre secret. [23]
    Michel Van Ussel, qui avait fait partie du Gladio belge sous le nom de Georges 923 dans les années 1980, expliqua dans un ouvrage paru en 1991 que l’ACC jouait avant tout un rôle de coordination. « Les activités qui nécessitaient une certaine coordination étaient discutées au sein de l’ACC. Il s’agissait notamment de l’utilisation des systèmes radio, des zones de parachutage des agents sur le terrain, des codes par lesquels ils devaient entrer en contact les uns avec les autres, du franchissement des frontières, etc... » Van Ussel détaillait également comment les services secrets militaires profitaient de l’ACC pour échanger des idées et débattre des opérations clandestines : « Pour ce qui est de la collecte de renseignements, des missions d’évasion et d’exfiltration et des opérations aériennes et maritimes, chaque pays membre de l’ACC suivait les mêmes procédures qui avaient été préalablement discutées et convenues par l’ensemble des participants. Cependant, chaque pays demeurait libre de mener d’autres “ activités “ qui n’étaient pas évoquées lors des réunions ou alors uniquement en petit comité entre les instructeurs. » [24]
    Le Sénat belge eut beaucoup de mal à établir la vérité concernant les centres secrets de l’OTAN. Lors de son audition, le général Raymond Van Calster induisit délibérément les sénateurs en erreur en ne mentionnant pas l’existence au sein de l’appareil de renseignement militaire belge du SDRA 11, la vitrine officielle de l’ACC. [25] En outre, certains officiers de l’armée refusèrent purement et simplement de témoigner devant les parlementaires en prétextant avoir prêté le serment suivant : « Je jure solennellement de ne jamais divulguer ces informations en dehors de tout milieu protégé ou en présence de toute personne non autorisée et ce, même après avoir quitté mes fonctions au service de mon pays, à moins d’avoir été libéré de cette obligation par un ordre officiel, spécifique, exprès et catégorique ». Les sénateurs en prirent ombrage et inscrivirent dans leur rapport que leur enquête sur la guerre secrète menée par l’OTAN avait été « gravement entravée par l’obstruction des personnels militaires impliqués qui se sont réfugiés derrière leurs obligations de secret vis-à-vis de l’OTAN, lesquelles s’appliquaient également aux activités effectuées par eux dans le cadre du CPC ». [26]
    La sénatrice Cécile Harnie du parti vert belge déplora par la suite que la commission d’enquête belge sur Gladio, dont elle était l’une des membres, ait été incapable de découvrir la vérité sur les tueries du Brabant et surtout d’établir clairement les implications de l’OTAN. Elle souligna à juste titre que les témoins invoquaient invariablement le secret de l’OTAN pour refuser de répondre aux questions relatives aux connexions existant entre les deux secrétariats internationaux des réseaux Gladio, l’ACC et le CPC, et le quartier général de l’Alliance en Europe, le SHAPE. Après la dissolution de la commission sénatoriale en octobre 1991, Cécile Harnie appela donc à ouvrir une enquête plus approfondie sur le rôle précis joué par l’OTAN. Les principaux organes de commandement de l’Alliance étant situés à Bruxelles, Mons et Casteau, la Belgique semblait le terrain le plus propice à une enquête approfondie sur les armées secrètes. Mais malgré cette position privilégiée, la requête de la sénatrice fut rejetée. [27]
    Au cours de leur enquête, les parlementaires belges découvrirent avec étonnement à quel point l’armée secrète, le SDRA 8, était soigneusement dissimulée au sein même des services secrets de l’armée (le SGR). Quand fut découverte l’existence du réseau clandestin, l’appareil du renseignement militaire belge se divisait en 5 départements dont le SDRA 8 qui employait près de la moitié des 300 personnes travaillant pour le SGR. Le SDRA avait été créé au début des années 1950 par le colonel Charlier, un ancien du SAS, les forces spéciales britanniques, et qui avait, au moment du scandale, le grade de lieutenant-colonel et occupait la fonction de chef d’État-major de l’armée belge. Le SDRA était lui-même composé de huit unités parmi lesquelles on retrouvait, aux côtés du réseau stay-behind top secret SDRA 8, la gendarmerie belge, sous le nom de code SDRA 6. Les sénateurs apprirent bien plus tard, que dans la plupart des pays, l’organisation paramilitaire clandestine était camouflée à l’intérieur même des services secrets militaires, à la manière des « poupées gigognes », dont chacune en renferme une autre plus petite, rendant ainsi impossible au Parlement l’exercice de son rôle constitutionnel consistant à superviser, contrôler et, au besoin, à mener l’enquête sur les agissements des services secrets. [28]
    Comme tous les autres réseaux stay-behind en Europe, le SDRA 8 était composé d’instructeurs et d’agents formés par ceux-ci. Il semble que le réseau ait compté jusqu’à dix instructeurs tandis que « le nombre total des agents s’élevait à 40. En règle générale, les instructeurs contactaient leurs agents deux fois par mois. » [29] Les conseillers auprès de la commission sénatoriale estimèrent qu’un effectif total de 50 membres était vraisemblablement bien en deçà de la vérité, mais, un grand nombre de documents essentiels ayant été détruits, il fut impossible de clarifier cette question. À l’instar des autres réseaux stay-behind, le SDRA 8 et la STC/Mob civile étaient organisés en cellules. En cas d’occupation, les instructeurs devaient quitter le pays alors que leurs agents étaient censés rester en territoire ennemi pour bâtir leurs propres réseaux : « Les agents étaient formés de telle manière qu’ils puissent à leur tour en recruter d’autres dans l’hypothèse d’une occupation du pays, afin de constituer un réseau dont ils prendraient la tête. La stratégie d’enrôlement obéissait à une structure pyramidale. De cette façon, le réseau pouvait se développer cinq fois. » [30]
    Au sein de la STC/Mob, chaque instructeur connaissait l’identité de ses propres agents, mais il ignorait celle de ceux placés sous les ordres des autres instructeurs ; quant aux agents, ils ne se connaissaient pas entre eux. Afin de garantir le plus haut niveau de confidentialité, les informations n’étaient divulguées qu’aux personnes strictement concernées et seul le directeur de la Sûreté, qui dépend du ministère de la Justice, connaissait les noms des instructeurs et des agents de la STC/Mob. M. Raes, qui occupa ce poste de 1977 à 1990, prétendit devant la commission sénatoriale avoir « oublié » le nom des agents tout en affirmant avoir étudié leur dossier pour des raisons de sécurité. [31] Le ministre de la Justice Wathelet déclara que la STC/Mob comptait sept instructeurs en novembre 1990. « Chaque instructeur recrutait, formait et entraînait un maximum de 10 agents volontaires », précise le rapport de la commission qui confirme que la section comptait 45 agents à la fin de l’année 1990. [32] Si ces affirmations sont exactes, cela porterait les effectifs de la branche STC/Mob du Gladio belge en novembre 1990 à seulement 7 instructeurs et 45 agents, soit un total de 52 membres.
    Nous connaissons les missions du SDRA 8 et de la STC/Mob grâce à une lettre adressée aux Gladiateurs le 28 septembre 1991 et portant la signature du Premier ministre Van Houtte, du ministre de la Justice Moyersoen et du ministre de la Défense De Greef. Le Premier ministre écrivait : « Je dois vous préciser la nature et l’esprit de la mission que vous a assignée le gouvernement. Celle-ci consiste principalement à coordonner les activités de résistance à l’ennemi sur le territoire national occupé. » Puis, quelques lignes plus bas : « En temps de paix, votre mission consiste à 1) étudier les conditions dans lesquelles pourrait se développer une résistance à l’ennemi ; 2) superviser la coordination des plans généraux conçus dans ce but ; 3) sélectionner les personnes (...) destinées à rester en Belgique afin de poursuivre votre travail sous votre autorité dans le cas d’une occupation ennemie (...) ; 4) vous tenir informés (...) de toutes les suggestions, dispositions et décisions prises aux niveaux national et international et relatives aux stratégies de défense en territoire occupé ». Certains sénateurs s’inquiétèrent du fait que la mission du réseau stay-behind inclut de réagir en fonction des décisions internationales car cela impliquait que l’OTAN et des puissances étrangères, parmi lesquelles les USA et le Royaume-Uni, ait pu exercer une certaine influence sur l’organisation belge. « Les chefs des deux services [SDRA 8 et STC/Mob] ont l’obligation », était-il spécifié dans la lettre, « pour tout ce qui concerne la préparation des résistances civile et militaire en territoire occupé, de vous tenir informés des plans qu’ils élaborent, des activités qu’ils entreprennent, des consignes qu’ils transmettent à leurs subordonnés ou de toutes les directives qu’ils reçoivent des autorités nationales et internationales ». [33]
    S’en suivaient des indications sur les missions à mener en temps de guerre. Le SDRA 8 devait se charger de : « a) la collecte de renseignements pour l’armée ; :) le contre-espionnage ; c) les actions suivantes : sabotage d’objectifs militaires, collaboration avec des éléments des forces alliées [les forces spéciales], opérations paramilitaires, clandestines et de guérilla ; d) l’organisation des réseaux de liaison et d’évacuation ». Quant à la STC/Mob, elle avait pour missions : « a) la récolte d’informations sur des sujets politiques, économiques et sociaux ; :) la liaison entre le gouvernement en exil et les réseaux de résistance civile dans le pays ; c) la guerre psychologique et notamment les activités de presse et de radio clandestines ; d) la désinformation visant à protéger les activités précédemment citées ; e) l’organisation des voies de liaison et d’évacuation nécessaires au succès des missions citées plus haut ». [34]
    Afin d’être capable d’opérer indépendamment des forces régulières, l’armée secrète belge, comme tous les réseaux stay-behind du continent, disposait de caches d’armes secrètes réparties à travers tout le pays et renfermant des fusils, des munitions, des pièces d’or et des explosifs. En outre, comme ce fut le cas dans tous les pays de l’OTAN, elle fut équipée vers le milieu des années 1980 de pas moins de 79 stations « Harpoon », achetées par le gouvernement pour un total de 155 millions de francs belges. En comparaissant devant les sénateurs, le ministre de la Justice belge M. Wathelet témoigna que l’OTAN avait elle-même suggéré que chacun des pays membres achète un tel matériel. « Compte tenu des risques de dysfonctionnement ou de repérage posés par les anciens systèmes, il fut décidé au sein de l’ACC de développer un nouveau modèle de transmetteur radio », expliqua Wathelet. « Le projet “ Harpoon “, dont il était souvent question à la Sûreté de l’État, fut alors confié à la firme allemande AEG Telefunken », suite à une décision de l’ACC, le centre de commandement de Gladio. [35]
    Les puissants transmetteurs Harpoon émettant en ondes courtes et à haute fréquence permettaient de communiquer à 6000 km de distance sans avoir recours aux satellites, par rebond des ondes sur la ionosphère. Grâce à des systèmes d’encodage très sophistiqués, ils émettaient des messages quasi impossibles à décrypter. [36] Michel Van Ussel, qui fut un agent de la STC/Mob dans les années 1980, se souvint que « ces petites merveilles de technologie » constituaient « une véritable prouesse technique : sans exagérer, Harpoon est le système militaire de liaison radio de l’an 2000, il n’avait, lors de sa mise en service, aucun équivalent dans le monde ». Les transmetteurs portatifs Harpoon ne pesaient que 8 kg, batteries comprises et se présentaient « dans une élégante mallette protégée par une combinaison chiffrée ». Ils étaient capables de recevoir et de décoder aussi bien que d’encoder et d’envoyer des messages à grande vitesse et ce, sans la moindre intervention humaine. Pour la première fois depuis des décennies, les agents n’étaient plus obligés de recourir au morse ni même d’être présents sur les lieux pour transmettre leurs informations. [37]
    La commission d’enquête établit que les agents de la STC/Mob étaient entraînés en Belgique et qu’ils suivaient parfois « des formations à l’étranger ». [38] Le réseau stay-behind reposait en grande partie sur les contacts internationaux et ses agents étaient contraints de mener une double vie. « En ce qui me concerne, nous [mon instructeur radio et moi-même] nous rencontrions environ une fois par mois. La formation avait lieu chez moi, généralement le vendredi soir, une fois que les enfants étaient couchés », raconta Michel Van Ussel qui précisa que « certains agents n’osaient pas recevoir leur instructeur à leur domicile car leurs femmes ignoraient tout de leur double vie ». [39] Dans le cadre de manœuvres stay-behind internationales, les agents de la STC/Mob devaient, par exemple, établir un contact radio sécurisé avec le Gladio français. [40]
    Van Ussel relata dans son livre le jour où il fut recruté : « Un jour, un homme est venu chez moi pour me demander si j’accepterais une mission confidentielle. Il m’a dit que c’était dans le cadre de l’OTAN. Comme j’étais toujours en mesure de refuser son offre, il n’est pas entré dans les détails. Il valait mieux ne pas trop en dire parce qu’il s’agissait de l’une des organisations les plus secrètes ayant jamais existé. » Van Ussel accepta finalement de devenir un soldat de l’ombre. « Nous avions une radio à notre disposition. Notre base était située près de Londres et il y en avait une deuxième dans les environs de Boston, aux États-Unis. » [41] « En fait, c’est surtout par curiosité que j’ai accepté », analyse le Gladiateur, « entrer dans ce monde étrange, que l’on imagine peuplé de silhouettes en imperméable et fausse barbe ». Selon lui, la plupart des Gladiateurs étaient avant tout curieux et aventuriers. « On était très loin », écrit-il dans son livre, « des grands idéaux d’honneur, de sens du devoir ou de patriotisme (...) que l’on a parfois prêtés aux membres et qui leurs étaient en réalité totalement étrangers ». Van Ussel a considéré que le meilleur moyen pour les combattants belges de tordre le cou aux théories de complots est de sortir de l’ombre et de donner leur propre version de l’histoire car « plus rien ne les empêche à présent de témoigner ». [42]
    L’ancien agent de la STC/Mob précise que l’identité des soldats de l’ombre était tenue secrète par la CIA et le MI6. « Comme dans les meilleurs romans d’espionnage, chaque agent du Gladio recevait un nom de code et un matricule. Ils étaient systématiquement utilisés, notamment à l’occasion des exercices. » Van Ussel avait lui-même reçu le nom de « Georges 923 », tandis que d’autres se faisaient appeler « Charles », « Isabelle », « Pollux » ou encore « King-Kong ». La véritable identité des agents n’était connue « que de deux ou trois personnes », explique Van Ussel alias Georges 923, parmi lesquels l’officier qui avait personnellement recruté le Gladiateur ainsi que celui qui le rencontrait à intervalles réguliers pour lui transmettre ses instructions. [43] Dans leurs quartiers généraux respectifs, la CIA et le MI6 conservaient un dossier sur chaque membre du réseau, « une sorte de curriculum vitae » où figuraient le véritable nom du Gladiateur, sa profession, son adresse, sa situation familiale et d’autres données personnelles « dont le jeu complet de ses empreintes digitales ! ». Le fichier comportait également les codes de cryptage utilisés spécifiquement par l’agent en question, les mots clés d’activation ainsi que la localisation exacte des caches d’armes qui lui étaient assignées. « Le fichier était lui-même crypté et une copie en était conservée dans chacun des pays où se trouvaient les bases radio », autrement dit au Royaume-Uni et aux USA. « Le patron du SDRA 8 s’y rendait régulièrement pour actualiser les dossiers. » [44] Van Ussel précise en outre que « Les Britanniques et les Américains étaient des correspondants privilégiés pour les communications radio car les bases étaient (et sont encore aujourd’hui) installées sur leurs territoires ». [45]
    La plupart des membres du SDRA 8 étaient recrutés parmi les parachutistes de l’armée belge. L’entraînement se déroulait au camp militaire de Meerdaal, la formation au maniement des explosifs au Polygone, à Brasschaat. Les agents enrôlés portaient l’uniforme durant leurs entraînements et les instructeurs belges étaient eux-mêmes formés en Grande-Bretagne ou en Belgique, par des instructeurs britanniques affectés sur place. [46] Afin de camoufler la véritable nature de leurs missions au sein du SGR, les services secrets militaires belges, les membres du SDRA 8 prétendaient s’exercer à différentes techniques de guerre conventionnelle. Il s’agissait principalement d’opérations sous-marines et de parachutisme. [47] Le SDRA 8 travaillait en étroite collaboration avec le SDRA 6, la gendarmerie belge. Le commandant en chef de la gendarmerie témoigna que jusqu’en 1990, l’hélicoptère Puma utilisé par ses services avait été régulièrement utilisé par le SDRA 8 pour l’entraînement aux opérations de parachutage dans l’obscurité totale. [48]
    Les agents stay-behind belges étaient eux-mêmes très peu informés de la dimension internationale de Gladio. Ils savaient seulement qu’ils faisaient partie d’une organisation européenne dont les bases étaient situées à Washington et Londres. Ils ignoraient tout de la structure globale de l’organisation.. [49] À l’image de leurs homologues de toute l’Europe, les combattants clandestins belges étaient « viscéralement anticommunistes », comme le révéla l’enquête parlementaire. [50] Ils effectuaient des exercices en commun avec des officiers américains et britanniques et avec des Gladiateurs d’autres pays. Au fil des années, les agents du SDRA 8 prirent par à plusieurs manœuvres nationales et internationales, en Belgique et à l’étranger. Nous ignorons à combien d’exercices au total ces hommes participèrent puisque la commission d’enquête ne se vit remettre qu’une « liste incomplète » des informations demandées, ce qui l’amena à supposer que « les documents étaient souvent détruits une fois les manœuvres terminées ». Les sénateurs purent toutefois confirmer que celles-ci étaient organisées « à raison de plusieurs par an ». [51]
    Étant donné que ces exercices devaient être effectués dans le plus grand secret, on fournissait aux agents des papiers d’identité spéciaux à présenter en cas d’interpellation. « Chaque participant recevait une carte d’exercice qu’il devait montrer en cas d’accident, afin de prouver qu’il prenait part à un entraînement officiel. Sur ces cartes figurait le numéro de téléphone du SDRA à contacter, lequel devait ensuite prévenir le chef du SDRA 8. » [52] Ces missions d’entraînement consistaient en des simulations de collecte de renseignements, de franchissement de frontières et d’opérations d’évacuation. Dans le cadre de l’un de ces exercices, les agents du SDRA 8 devaient simuler l’observation de navires soviétiques entrant et sortant des ports belges et transmettre les informations à leur quartier général. Des manœuvres internationales de ce type furent organisées durant toute la durée de la guerre froide. Elles comportaient également des opérations sous-marines en Corse que le SDRA 8 effectuait conjointement avec le réseau stay-behind français. De tels exercices eurent lieu jusqu’en 1990. En avril de cette année, le général Charlier, chef de l’état-major, informa le ministre de la Défense Guy Coëme qu’il venait d’ordonner de mettre un terme à une série de missions effectuées par le SDRA 8, « principalement les opérations sous-marines et les exercices effectués en Corse ». [53] Mais les opérations du SDRA 8 à l’étranger ne se limitaient pas à la Méditerranée, comme les sénateurs furent étonnés de l’apprendre. À l’instar de leurs collègues portugais, les membres de l’armée secrète belge furent également actifs dans les colonies belges d’Afrique. « Il a été confirmé par un dirigeant du SDRA 8 que les instructeurs paramilitaires ont pris part à des opérations de l’armée belge au Zaïre dans les années 1970 (à Kisangani et Kitona) et au Rwanda », précise le rapport des parlementaires. « Ces interventions constituent une infraction flagrante aux règles établies, selon lesquelles, pour des raisons de confidentialité, les instructeurs et les agents ne devaient prendre part à aucune activité militaire ou sociale en temps de paix. » [54]
    Au cours de leurs missions internationales d’évasion et d’évacuation en Europe, les agents du SDRA 8 et leurs collègues du réseau Gladio faisaient passer des individus d’abri en abri selon des itinéraires secrets et parvenaient ainsi à leur faire franchir des frontières. « Souvent, ces exercices étaient organisés à l’échelle internationale et simulaient la récupération et l’exfiltration en un endroit précis d’un pilote abattu ou d’agents étrangers entrés dans le pays avec une mission spécifique (renseignement, sabotage). » Le système européen Gladio fonctionnait à merveille, comme le découvrirent avec étonnement les sénateurs belges : « Il convient d’apporter deux précisions au sujet de ces exercices. Premièrement, nous avons ici affaire à un réseau international capable de faire passer un individu de Norvège en Italie en toute clandestinité. Cela implique une très étroite collaboration et une stricte coordination au niveau international entre plusieurs services secrets », soulignèrent les sénateurs dans leur rapport. « Le deuxième fait marquant est la parfaite infrastructure technique dont disposait le réseau stay-behind : les personnes et les équipements étaient convoyés ou récupérés par voie terrestre, maritime ou parachutés. Leurs destinations étaient désignées à l’avance et contrôlées. Les personnes étaient abritées dans des bâtiments sécurisés. » [55]

    La principale base de l’OTAN en France est installée à Solenzara (Corse). Jusqu’au scandale des années 90, les gladiateurs belges y recevaient un entraînement. L’agent de la STC/Mob Van Ussel, alias Georges 923, se souvient que le terrain privilégié pour les opérations sous-marines était la Méditerranée, et notamment la base de Solenzara, en Corse, qui « était par conséquent très bien connue des familles de militaires belges en vacances ». [56] Van Ussel insiste sur l’étroite collaboration existant entre les armées secrètes européennes qui parvenaient en moins d’un mois à faire passer un agent de Norvège en Italie sans que celui-ci soit soumis à un contrôle douanier ou policier : « Nous effectuions notamment l’exercice suivant : par une nuit sans lune, un sous-marin anglais faisait surface au large des côtes norvégiennes, un canot transportait furtivement l’agent sur le rivage en suivant les signaux lumineux effectués depuis la plage par un agent du réseau local. Le canot regagnait ensuite le sous-marin pendant que le “visiteur” était intercepté par un agent civil qui l’interrogeait et le fouillait, afin de vérifier qu’il s’agissait bien de la personne attendue. Pris en charge par l’organisation, le “ visiteur “ était ensuite conduit à pied, à cheval ou en voiture de réseau en réseau jusqu’à atteindre Kristiansand », sur la côte sud de la Norvège. « De là, un pêcheur travaillant pour l’organisation le transportait à Aalborg », sur la côte nord du Danemark, « où le réseau danois prenait le relais. Ainsi, après un périple d’un mois via les Pays-Bas, la Belgique et la France, le “visiteur” arrivait finalement par un beau matin dans la région du Frioul, en Italie, sans avoir été soumis une seule fois à un contrôle des douanes ou de la police, ce qui constituait l’un des objectifs de la mission », précise Van Ussel. « Sous surveillance constante, il était passé entre les mains de plusieurs dizaines de réseaux d’évasion. » [57]
    Les officiers du SDRA 8 étaient formés au Royaume-Uni, mais suivaient également un entraînement commun avec des commandos états-uniens aux USA, comme permit de le découvrir l’enquête belge : « La Commission a pu établir que plusieurs membres du SDRA 8 ont bénéficié de l’entraînement des forces spéciales aux États-Unis », il est également avéré qu’ils ont pris part à des manœuvres de l’OTAN effectuées en Europe aux côtés des forces spéciales américaines. « Les États-Unis ont ainsi disposé », commentèrent les sénateurs, « d’un puissant instrument qui leur offrait la possibilité d’influer sur la situation intérieure d’un pays placé dans leur sphère d’influence ». [58] La principale question qui subsiste aujourd’hui en Belgique et en Europe est donc : Les USA ont-ils tiré parti de cet instrument malgré l’absence d’invasion soviétique ? Le Gladio belge a-t-il fait usage de ses armes et explosifs en Belgique en temps de paix ou, sinon, a-t-il assisté des groupes clandestins d’extrême droite engagés dans des opérations militaires ?

    Lucien Dislaire, lors d’une reconstitution pour la presse de l’attaque de la caserne de Vielsalm. Leur enquête conduisit les sénateurs belges à répondre à cette question par l’affirmative. Ils parvinrent à reconstituer le déroulement d’un événement qu’ils appelèrent l’incident de Vielsalm. En 1984, un escadron des US Marines décolla d’un aéroport situé au nord de Londres. Après avoir sauté en parachute au-dessus de leur cible, ils gagnèrent leur destination où les attendait un agent du SDRA 8 qui devait leur servir de guide dans la région. Dissimulant leur présence à la population locale, les commandos états-uniens et les soldats de l’ombre belge passèrent les 15 jours qui suivirent à se préparer en vue de leur mission : l’attaque de nuit de la caserne de Vielsalm, une ville du sud de la Belgique. Les Marines approchèrent furtivement de leur objectif et ouvrirent le feu. Un officier de police belge trouva la mort et un soldat US perdit un oeil dans l’opération. [59]
    Les sénateurs découvrirent que cette attaque avait été perpétrée dans le cadre d’un exercice baptisé Oesling. Des unités de l’armée belge menaient ce type d’opérations en collaboration avec des membres des forces spéciales états-uniennes environ une fois par an. « La Commission a à plusieurs reprises cherché à savoir si le SDRA 8 ou ses instructeurs ont ou non pris part à ces exercices Oesling. » « Rappelons que c’est lors d’une de ces manoeuvres, en 1984, que des armes ont été volées au commissariat de Vielsalm », précise le rapport d’enquête. Les membres du Gladio belge prétendirent tout d’abord n’avoir pas participé à ces fameux exercices. « Le dernier commandant du SDRA 8 a démenti toute implication de son service dans des exercices de ce type, cela n’entrait pas dans le cadre de sa mission et le risque pour ses hommes aurait été trop important », indique le rapport. « Mais cette déclaration fut contredite par un ancien commandant du SDRA 11 et ancien patron des services secrets belges qui a confirmé que le réseau a pu prendre part aux exercices Oesling. Un autre responsable a témoigné que le réseau a participé à deux exercices de type Oesling. » [60]
    « Pendant des mois, les autorités civiles nous ont expliqué que l’attaque était l’œuvre de simples criminels ou de terroristes », se souvient le journaliste René Haquin. « C’était quelques mois avant que je reçoive un certain coup de téléphone. C’est ainsi que je me suis rendu en France où j’ai rencontré Lucien Dislaire qui m’a longuement expliqué sa version des faits. Il m’a dit qu’il avait participé à des manœuvres secrètes censées reproduire des opérations de résistance et d’appui à la résistance telles qu’elles s’étaient déroulées à la fin de la guerre. » [61] Quand tout le réseau stay-behind européen fut mis au jour en 1990, le soldat Dislaire témoigna face caméra dans un documentaire consacré à Gladio qu’outre Vielsalm, d’autres exercices avaient également été effectués conjointement avec les forces spéciales états-uniennes. « Je suis originaire du nord du Luxembourg », expliquait Dislaire. « En ce temps-là, j’étais directeur d’une banque en même temps qu’ex-parachutiste. Un jour, des gens sont venus chez moi et m’ont demandé de l’aide dans le cadre de manœuvres spéciales en coordination avec les forces spéciales américaines. Les commandos belges avaient reçu l’ordre de retrouver des parachutistes américains. Ils devaient ensuite gagner leurs points de ralliement et prendre d’assaut des bâtiments de la gendarmerie. Je reçus le matériel et les armes nécessaires ainsi qu’un transmetteur radio pour coordonner le tout. » [62]
    René Haquin rappelait que l’opération de Vielsalm n’était qu’une parmi d’autres au cours desquelles les forces spéciales états-uniennes avaient opéré clandestinement sur le sol belge. « Nous avions lu quelque chose sur l’attaque d’un camp militaire des Chasseurs Ardennais, ici en Belgique. J’y suis donc allé avec d’autres journalistes », racontait Haquin devant la caméra. « Ils avaient coupé les clôtures, pris d’assaut l’armurerie, blessé le garde et emporté avec eux une certaine quantité d’armes. Je suis parvenu à pénétrer sur les lieux grâce à quelqu’un que je connaissais là-bas. À l’intérieur, j’ai vu des militaires étrangers, des Américains notamment. » [63] Le Gladiateur belge Dislaire confirma au journaliste René Haquin que les forces spéciales états-uniennes avaient été impliquées à plusieurs occasions dans des opérations clandestines en Belgique. « Il y avait eu du grabuge quelques jours avant » l’attaque de Vielsalm lui raconta-t-il. « Les Américains étaient allés trop loin. C’était des types d’une quarantaine d’années, des officiers, des durs à cuire. Ils ont vraiment dépassé les bornes. Ils avaient attaqué des baraquements auparavant. Ils avaient même lancé une grenade en direction des bureaux du ministère public. » Dislaire confia au journaliste que les méthodes violentes des commandos états-uniens énervaient considérablement ceux en Belgique qui avaient connaissance de ces opérations clandestines : « Les autorités civiles ont réagi en déclarant que c’en était trop. C’est à ce moment-là qu’a été annulé le projet d’attaque de la caserne de Vielsalm. Nous avons appris le jour prévu pour l’assaut que l’opération était annulée. » Mais il était trop tard pour arrêter les forces spéciales. Dislaire raconta : « les Américains m’ont demandé de les conduire au camp où ils voulaient se tenir prêts à intervenir. Le lendemain matin, je suis allé à Namur avec ma femme. J’ai entendu à la radio que la caserne avait été attaquée à minuit. Je ne peux pas dire ce qui s’est réellement passé car j’étais reparti dès 20 h ce soir-là. Je n’étais pas censé rester. » Dislaire apprit ce qui s’était passé le matin suivant. « Le lendemain, le commandant de la caserne de Vielsalm m’a appelé et m’a informé de l’opération. Il m’a dit de prévenir les commandos belges que le garde n’était pas mort, qu’il était à l’hôpital, grièvement blessé. » [64] Il mourut peu après.
    Après chacune de ces opérations menées au cours des années 1980, les autorités belges détruisaient soigneusement tous les indices pour éviter que naissent des soupçons. L’armée stay-behind belge demeura secrète et seules quelques attaques furent officiellement confirmées. « Les autorités américaines et belges interrogées finirent par admettre au bout de plusieurs mois que des manœuvres avaient bel et bien été organisées et qu’il y avait bien eu quelques attaques », expliquait René Haquin. « Je me souviens, par exemple, de l’attaque d’un dépôt de carburant de l’armée à Bastogne. Ou encore de l’assaut d’un commissariat à Neufchateau. Les militaires admettaient peu à peu la réalité de ces attaques. » Mais les détails sur l’opération de Vielsalm ne furent pas divulgués. « Leur dernière version de l’incident de Vielsalm était qu’un assaut avait été planifié mais qu’il avait été annulé au dernier moment », rappelait le journaliste qui soulignait également que les armes dérobées avaient été placées entre les mains d’un obscur groupe d’activistes de gauche dans le but de faire croire à la culpabilité des communistes : « Certaines des armes volées à Vielsalm furent retrouvées dans un appartement appartenant aux CCC, les Cellules Communistes Combattantes ». [65]
    Pourquoi de telles opérations ont-elles été montées ? Et comment les armes volées par les forces spéciales états-uniennes à Vielsalm ont-elles atterri dans un squat bruxellois servant de repaire à un groupe communiste belge ? « L’objectif de cet exercice était double : mettre la Police belge en alerte et donner l’impression à la population que le calme et prospère Royaume de Belgique était sous la menace d’une révolution rouge », écrivit le journaliste britannique Hugh O’Shaughnessy dans un article consacré à Gladio. [66] Les communistes belges, tout comme leurs camarades italiens, furent discrédités par ces opérations sous fausse bannière menées conjointement par les forces spéciales états-uniennes et le réseau stay-behind belge. Cette thèse fut confirmée lorsque l’on découvrit que le groupuscule terroriste soi-disant communiste incriminé, les CCC, n’était en réalité qu’une création de l’extrême droite. D’octobre 1984 à l’automne 1985, les CCC furent responsables de pas moins de 27 attentats. Le groupe, dirigé par Pierre Carette, visait par des attaques minutieusement préparées les symboles du capitalisme dont des installations US liées à l’OTAN, des banques et des bâtiments militaires. Le 17 décembre 1985, les leaders furent arrêtés et le groupe démantelé au cours du plus important déploiement de forces policières et militaires que connut la Belgique depuis l’arrestation des nazis à la fin de la seconde guerre mondiale. Les communistes tombèrent en discrédit jusqu’à ce que des journalistes découvrent que le réseau terroriste bâti par Pierre Carette au début des années 1980 était en fait composé d’agents proches de l’extrême droite. Le bras droit de Carette, Marc de Laever, rejoignit d’ailleurs par la suite un mouvement néo-nazi allemand. [67]

    Le ministre de la Défense Guy Coëme se heurte au mur du silence. Les militaires placés sous ses ordres refusant de répondre à ses questions. Il sera ultérieurement contraint à la démission, piégé dans une affaire de contrat d’armement. « Il y a eu en Belgique toute une série d’événements non élucidés : vers le milieu des années 1980, un groupe armé a commis de nombreux meurtres dont nous ne savons toujours rien », rappela le ministre de la Défense Guy Coëme fin 1990 pour tenter d’établir un lien entre l’armée secrète stay-behind belge et les actes terroristes dont avait été victime la Belgique. [68] « J’ai demandé au chef des armées, le général José Charlier, s’il existait ou non une organisation de type Gladio en Belgique », expliqua Coëme lors de sa première allocution à la télévision belge le 7 novembre 1990 devant des téléspectateurs médusés par les révélations sur le réseau stay-behind européen. Il maintint qu’en dépit de sa position de ministre de la Défense, il n’avait jamais eu connaissance de l’existence de l’armée secrète. « En outre, je souhaite savoir s’il existe un lien entre les activités de ce réseau secret et la vague de crimes et de terrorisme qu’a enduré notre pays aux cours des années passées. » [69]
    Le ministre de la Défense faisait référence aux tristement célèbres tueries du Brabant, une série d’attentats terroristes aussi inexplicables que sanglants qui firent 28 morts et de nombreux blessés dans la région de Bruxelles entre 1983 et 1985. Ces tueries avaient provoqué un vif émoi parmi la population et demeurent l’épisode le plus tragique de l’histoire récente du pays. Elles figurent d’ailleurs parmi les actes terroristes les plus violents qu’ait connu l’Europe occidentale dans la deuxième moitié du XXe siècle. Ces « tueries du Brabant » désignent en réalité une série de 16 attaques à main armée commises dans les environs de la province belge. La première eut lieu le 14 août 1982 dans une épicerie de Maubeuge, dans le Nord de la France. La dernière fut perpétrée le 9 novembre 1985 dans un supermarché Delhaize, à Aalast, une ville de Flandre orientale. Les 14 autres attentats, tous commis dans le Brabant, prirent deux fois pour cible un restaurant, une fois un chauffeur de taxi, une bijouterie, une usine textile, une épicerie et à cinq reprises un supermarché de l’enseigne Delhaize, chaque fois dans une ville différente. La police avait observé qu’à chaque occasion, les coupables n’avaient emporté qu’un butin dérisoire, rarement plus de 8 000 euros, et avaient en revanche fait preuve d’une violence extrême et d’un grand professionnalisme. [70]

    Les tueries du Brabant visaient à instaurer un climat de terreur parmi la population belge. Elles y parvinrent, comme le prouva l’attaque du supermarché Delhaize, à Alost le 9 novembre 1985. Date importante dans le calendrier chrétien, le 9 novembre est le jour de la Saint Martin, le Père Noël local, à la veille duquel les enfants déposent devant la maison des carottes destinées aux chevaux du Saint avant d’aller se coucher en rêvant à leurs cadeaux. Le lendemain est traditionnellement un jour d’affluence. Ce samedi-là les gens se ruèrent chez Delhaize pour effectuer leurs achats de dernière minute. Les faits qui se produisirent ont pu être reconstitués grâce aux témoignages des personnes présentes. Trois hommes armés et portant des cagoules sortirent d’une Volkswagen GTI garée devant le magasin. Le plus grand des trois, qui était équipé d’un fusil à pompe, tua à bout portant et de sang froid deux clients du supermarché. Une fois parvenu au niveau des caisses, il commença à tirer au hasard sur toutes les personnes présentes. « J’ai vu trois hommes masqués surgir de derrière. Un homme a dit à son fils “ Couche-toi ! Les voilà ! », raconta un témoin anonyme au cours d’un documentaire sur Gladio diffusé sur la BBC. « Un automobiliste témoin de la scène qui tentait de s’enfuir fut pris pour cible, sa voiture reçut 7 ou 8 projectiles et une balle l’effleura juste derrière l’oreille. » La panique régnait. « Une femme dont le visage était couvert de sang hurlait quelque chose à son enfant. Je ne sais pas exactement quoi. » [71] Les allées du supermarché n’offraient aux clients terrifiés que peu de possibilités pour se cacher ou se mettre à l’abri des tireurs. Dans la fusillade qui s’en suivit, 8 personnes trouvèrent la mort, dont plusieurs membres d’une même famille, et 7 autres furent blessés. Un couple ainsi que leur fille âgée de 14 ans furent achevés de sang froid devant les caisses. Un autre père de famille et sa fille de neuf ans furent abattus alors qu’ils tentaient de prendre la fuite en voiture. Le butin de l’opération s’élevait à quelques milliers d’euros qui furent retrouvés plus tard dans un sac ouvert dont les malfaiteurs s’étaient débarrassés dans un canal. Les tueurs s’évanouirent dans la nature et n’ont, à ce jour, toujours pas été jugés, ni arrêtés, ni même identifiés. On ignore encore aujourd’hui qui se cache derrière ces attentats que l’on a aujourd’hui coutume d’appeler « tueries du Brabant ». [72]
    Suite à ces meurtres, le ministre de la Justice Jean Gol s’exprima à la télévision pour promettre plus de sécurité à une population terrifiée. Ces actes de terrorisme répétés provoquèrent la panique dans toute la Belgique. Les policiers en faction à proximité des supermarchés reçurent le renfort de parachutistes et de Jeeps équipées de pièces d’artillerie légère. Témoins et experts s’accordaient à reconnaître que ces tueries n’étaient pas l’œuvre de simples criminels mais bien des opérations sanglantes menées par des professionnels aguerris. Seul cela pouvait expliquer le calme et la détermination avec lesquels ils avaient contrôlé la situation et fait usage de leurs armes ainsi que l’assurance avec laquelle ils s’enfuirent dans leur Volkswagen, au nez et à la barbe des policiers belges. Agissant toujours avec un nombre réduit de complices, le plus grand des suspects, qui fut impliqué dans la tuerie d’Alost, et que les témoins et la presse baptisèrent « le géant » reparut lors de plusieurs attaques à main armée, donnant des ordres à ses hommes et faisant usage de son fusil SPAS 12 de fabrication italienne. La violence extrême était la marque de fabrique de ces hommes. Lors d’une fusillade qui eut lieu le 30 septembre 1982, un policier blessé gisait sur le trottoir détrempé. Il fut mis à mort de sang-froid, à bout portant. Au cours de l’attaque d’une épicerie à Nivelles, le 3 mars 1983, les tireurs, au lieu de fuir après avoir assassiné un couple et déclenché l’alarme, décidèrent d’attendre l’arrivée des forces de police, lesquelles se jetèrent dans le piège tendu.
    « Existe-t-il des liens entre ce réseau, les actes de terrorisme et de grand banditisme observés en Belgique au cours de ces dix dernières années ? », telle est la question à laquelle fut chargée de répondre la commission d’enquête sur Gladio nommée par le Parlement belge. Malgré leur remarquable travail, les sénateurs ne furent pas en mesure de répondre à cette question cruciale. Ce regrettable échec s’explique en grande partie par le manque de coopération du SDRA 8 et de la STC/Mob qui refusèrent de divulguer l’identité de leurs agents. « La Commission n’a découvert aucun élément permettant de conclure à l’existence de liens quels qu’ils soient entre le réseau et les actes de terrorisme et de grand banditisme », conclut le rapport des parlementaires. « Le refus des responsables du SDRA 8 et de la STC/Mob de révéler aux juges en charge du dossier l’identité de tous leurs agents civils a rendu impossible le fait de procéder aux vérifications qui auraient probablement permis d’éliminer les doutes subsistant. » [73] De même, le groupe de magistrats chargés de conseiller la commission sénatoriale ne parvint pas à prouver l’existence de liens entre le réseau stay-behind belge et les tueries du Brabant. « Les juges ne disposent pour l’heure [en 1991] d’aucun élément permettant d’envisager que des membres du SDRA 8 et de la STC/Mob aient pu jouer un rôle dans les actes criminels qui ont tant ému l’opinion publique. » À l’instar des sénateurs, les magistrats ne purent obtenir de résultats concluants : « Les juges regrettent de ne pas être en mesure de répondre à cette question avec plus de certitude : le silence qui a été maintenu sur l’identité des agents ne permet pas aux juges de procéder aux vérifications nécessaires pour établir toute la vérité ». 74
    Si l’armée secrète n’a rien à cacher, elle doit donc accepter de révéler l’identité de ses membres, raisonnait la presse belge tandis que les sénateurs faisaient face à des obstructions constantes. Cependant les deux chefs du Gladio au sein de l’exécutif belge, M. Raes, le tout-puissant directeur de la Sûreté de l’État de 1977 à 1990 et du fait même responsable de la STC/Mob, et le lieutenant-colonel Bernard Legrand, le patron des services secrets militaires et donc du SDRA 8, refusèrent purement et simplement et à plusieurs reprises de fournir la liste de leurs agents. Le refus catégorique de l’exécutif de répondre aux questions du législateur et de la Justice souleva une vague de protestation dans la démocratie belge. Raes et Legrand n’avaient aucun droit légal de refuser de coopérer puisque leurs supérieurs hiérarchiques respectifs, le ministre de la Justice Wathelet et le ministre de la Défense Coëme avaient explicitement ordonné à leurs subordonnés de collaborer à l’enquête sur le réseau stay-behind et de fournir la liste de leurs effectifs. Mais ils ne furent pas obéis.
    L’affaire des tueries du Brabant étant l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire de la guerre secrète en Belgique, la commission sénatoriale était convenue avec les ministres de la Défense et de la Justice que les noms des individus ayant fait ou faisant partie du réseau stay-behind ne seraient communiqués qu’aux trois magistrats en charge du dossier, qui à leur tour en garantiraient la confidentialité. Les trois juges s’engageaient à ne divulguer que l’identité des personnes éventuellement impliquées dans les exactions commises au cours des années 1980. [74] Ainsi, la discrétion était assurée à moins que ne soit établie l’implication de soldats stay-behind dans les tueries du Brabant. La proposition semblait honnête. Toutefois, Raes et Legrand persistèrent, ils ne donneraient jamais aucun nom. On tenta ensuite de trouver un compromis : à défaut des noms, que les juges puissent au moins disposer des dates de naissance des membres du réseau afin qu’ils puissent les comparer avec celles des individus suspectés dans l’affaire des tueries du Brabant. Mais ils essuyèrent un nouveau refus.
    « Quoi qu’en dise le ministre, il subsiste de très bons motifs de ne pas révéler l’identité des soldats clandestins. Pour différentes raisons, sociales et familiales notamment, les clandestins comptent sur la promesse qui leur a été faite », expliqua le commandant Legrand. « Je resterai inflexible

  • Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe

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    Palestine - Solidarité

    Opinion

    Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe :
    le cas de l'Égypte
    Ahmed Bensaada

    Ahmed Bensaada

    Montréal, le mercredi 23 février 2011

    Il n’y a rien de plus émouvant que de voir un peuple recouvrer sa liberté après avoir subi le joug du despotisme et retrouver sa fierté après des années d’humiliation. Les marées humaines défilant dans les rues, occupant des places, déployant des slogans cinglants et irrévérencieux, maniant une parole si longtemps confisquée, arborant une dignité outrageusement bafouée : la quintessence du bonheur divin.

    Mais les lendemains de ces révoltes nous laissent quelque peu perplexes. Qu’ont-elles accompli à part l’étêtement des régimes en place?

    Voyons voir. En Tunisie : un Ghannouchi qui reste en place malgré la vindicte populaire et des années passées à servir un système mafieux, un bloggeur qui décide de siéger comme ministre dans un gouvernement qui l’a personnellement maltraité et des milliers de jeunes harragas qui préfèrent fuir vers l’Occident au lieu de perpétuer la « révolution » au pays du jasmin. Du côté du Nil, même scénario : un Tantaoui, pur produit du système, qui a dépassé l'âge de la retraite depuis belle lurette, et qui, sans en référer au peuple souverain, décide de maintenir ses relations avec Israël avant même de s’inquiéter du sort de ses propres concitoyens; un gouvernement légèrement modifié et dont les postes clés restent toujours aux mains des apparatchiks du système; des retouches cosmétiques de la constitution et une demande de gel des avoirs de la famille Moubarak [1] après d’incompréhensibles hésitations, bien longtemps après celle des anciens dignitaires du régime [2].

    Est-ce cela une « révolution »? Est-il pensable que l’éléphant n’aurait accouché que d’une petite souris?

    Les résultats mitigés de ces révoltes ne peuvent être compris qu’en examinant leur genèse. La plupart des spécialistes « cathodiques » ou officiant dans les médias majeurs se sont entendus sur la nature spontanée de ces mouvements. Grosso modo, le peuple peut être considéré comme un genre de cocotte-minute susceptible d’exploser sous l’effet d’une pression sociale et politique trop grande. Cette explosion produit une réaction en chaîne dans les pays avoisinants, de culture ou d’histoire similaires. Il suffit donc d’attendre sagement, de préparer les caméras et les micros afin de couvrir, en temps et lieux, les évènements que remueront les rues arabes. Il s’agit là d’une analyse naïve et primaire qu’il est difficile d’accepter de la part de personnes savantes, titulaires de chaires, responsables de revues, qui ont passé leurs vies à scruter les moindres soubresauts de cette région du monde. Un peu comme les illustres économistes de notre temps qui n’ont pas pu prévoir l’immense crise économique que le monde a récemment connue. Qu’aurait-on dit si un météorologue n’aurait pas prévu un gigantesque ouragan?

    En fait, ce qui attire l'attention depuis le début des émeutes tunisiennes, c’est la trop grande préoccupation étasunienne concernant les nouvelles technologies. Les multiples interventions du président Obama et de sa secrétaire d’état pour défendre la liberté d'accès à Internet et leur insistance pour que les régimes en prise avec les manifestations populaires n’interrompent pas la navigation sur la toile avaient quelque chose de suspect.

    Mme Clinton a même affirmé, le 15 février dernier, « qu’Internet est devenu l'espace public du XXI siècle » et que « les manifestations en Égypte et en Iran, alimentées par Facebook, Twitter et YouTube reflétaient la puissance des technologies de connexion en tant qu'accélérateurs du changement politique, social et économique » [3]. Elle a même annoncé le déblocage de 25 millions de dollars « pour soutenir des projets ou la création d'outils qui agissent en faveur de la liberté d'expression en ligne », et l’ouverture de comptes Twitter en chinois, russe et hindi après ceux en persan et en arabe. D’autre part, les relations « complexes » entre le département d’État américain et Google ont été longuement discutées dans la presse. D’ailleurs, le fameux moteur de recherche à été qualifié « d’arme de la diplomatie américaine » [4].

    Mais quelle est la relation entre le gouvernement américain et ces nouvelles technologies? Pourquoi des responsables de si haut niveau prennent-ils des décisions dans la gestion d’entreprises qui sont supposées être privées? Cette situation n’est pas sans nous rappeler l’intervention américaine similaire lors des évènements qui ont suivi les élections en Iran [5]. Le ministère américain des Affaires étrangères avait alors demandé à Twitter de reporter une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption de service, ce qui aurait privé les opposants iraniens de moyen de communication [6].

    Ces curieuses accointances entre le gouvernement américain et les réseaux sociaux dans des régions du monde aussi sensibles et pendant des évènements sociaux aussi délicats est très suspect, c’est le moins qu’on puisse dire.

    Autre élément qui attire l'attention : la surmédiatisation de bloggeurs, leur association avec une révolution qualifiée de « facebookienne » et l’insistance sur leur non-appartenance à un mouvement politique quelconque. Ce sont donc des personnes jeunes et apolitiques qui utilisent les nouvelles technologies pour déstabiliser des régimes autocratiques ancrés dans le paysage politiques depuis des décennies.

    Mais d’où viennent ces jeunes et comment peuvent-ils mobiliser autant de personnes sans avoir bénéficié d’une formation adéquate ni être relié à une organisation précise?

    Chose est certaine : le modus opérandi de ces révoltes a toutes les caractéristiques des révolutions colorées qui ont secoué les pays de l’Est au début des années 2000.

    · Les révolutions colorées

    Les révoltes qui ont bouleversé le paysage politique des pays de l’Est ou des ex-républiques soviétiques ont été qualifiées de « révolutions colorées ». La Serbie (2000), la Géorgie (2003), l’Ukraine (2004) et le Kirghizistan (2005) en sont quelques exemples.

    Toutes ces révolutions, qui se sont soldées par des succès retentissants, sont basées sur la mobilisation de jeunes activistes locaux pro-occidentaux, étudiants fougueux, blogueurs engagés et insatisfaits du système.

    De nombreux articles [7] et un remarquable documentaire de la reporter française Manon Loizeau [8] ont disséqué le mode opératoire de ces révoltes et montré que c’était les États-Unis qui en tiraient les ficelles.

    En fait, l’implication de l'USAID, du National Endowment for Democracy (NED), de l’International Republican Institute, du National Democratic Institute for International Affairs, de Freedom House, de l’Albert Einstein Institution et de l’Open Society Institute (OSI), a été clairement établie [9]. Ces organisations sont toutes américaines, financées par soit le budget américain, soit par des capitaux privés américains. À titre d’exemple, la NED est financée par un budget voté par le Congrès et les fonds sont gérés par un Conseil d’administration où sont représentés le Parti républicain, le Parti démocrate, la Chambre de commerce des États-Unis et le syndicat AFL-CIO, alors que l’OSI fait partie de la Fondation Soros, du nom de son fondateur George Soros le milliardaire américain, illustre spéculateur financier.

    Plusieurs mouvements ont été mis en place pour conduire les révoltes colorées. Parmi eux, OTPOR (Résistance en serbe) est celui qui a causé la chute du régime serbe de Slobodan Milosevic. Le logo d’OTPOR, un poing fermé, a été repris par tous les mouvements subséquents, ce qui suggère la forte collaboration entre eux.

    Logo original d’OTPOR

    Dirigé par Drdja Popovic, OTPOR prône l’application de l'idéologie de résistance individuelle non violente théorisée par le philosophe et politologue américain Gene Sharp. Surnommé le « Machiavel de la non-violence », Gene Sharp n’est autre que le fondateur de l’Albert Einstein Institution. Son ouvrage « From Dictatorship to Democracy » (De la dictature à la démocratie) a été à la base de toutes les révolutions colorées. Disponible en 25 langues différentes (dont bien sûr l’arabe), ce livre est consultable gratuitement sur Internet et sa dernière édition date de 2010. Sa première édition, destinée aux dissidents birmans de Thaïlande, a été publiée en 1993.

    · Le cas de l’Égypte

    C’est le mouvement du 6 avril [10] qui a été le fer de lance de la protestation populaire égyptienne et le principal artisan de la chute de Hosni Moubarak. Constitué de jeunes de la classe moyenne, activistes, férus de technologies nouvelles, ce mouvement a, dès 2008, appuyé les revendications ouvrières.

    La première collusion entre ce mouvement et le gouvernement américain a été divulguée par WikiLeaks. Il s’agit de 2 câbles (08CAIRO2371 et 10CAIRO99) datant respectivement de novembre 2008 et de janvier 2010 qui montrent clairement des relations étroites entre l’ambassade américaine du Caire et les activistes égyptiens [11, 12]. La bloggeuse Israa Abdel Fattah [13], cofondatrice du mouvement du 6 avril, est nominativement mentionnée dans le second document comme faisant partie d’un groupe d’activistes ayant participé à un programme de formation organisé à Washington par Freedom House. Le programme, nommé « New Generation », a été financé par le département d’état et USAID et avait pour but de former des « réformateurs politiques et sociaux ».

    La bloggeuse égyptienne Israa Abdel Fattah

    Ces stages de formation d’activistes égyptiens aux États-Unis susceptibles « de représenter une troisième voie, modérée et pacifique » ne sont pas rares. Condoleeza Rice (mai 2008) et Hillary Clinton (mai 2009) en ont rencontré, sous les auspices de Freedom House (FH). Ces dissidents ont même eu des entretiens avec de hauts responsables de l'administration américaine [14].

    Les activistes d’OTPOR, fort de leur expérience dans la déstabilisation des régimes autoritaires, ont fondé un centre pour la formation de révolutionnaires en herbe. Cette institution, le CANVAS (Center for Applied Non Violent Action and Strategies), se trouve dans la capitale serbe et son directeur exécutif n’est autre que Srdja Popovic [15]. Un des documents qui circulent dans la toile et qui illustre la formation dispensée par ce centre est « La lutte non-violente en 50 points » qui s’inspire largement des thèses de Gene Sharp. L’ouvrage y fait abondamment référence et le site de l’Albert Einstein Institution est cité comme un des meilleurs sur la question. CANVAS est financé, entre autres, par Freedom House, Georges Soros en personne [16] et l’International Republican Institute qui compte dans son bureau nul autre que John McCain, le candidat à la présidentielle américaine de 2008 [17]. D’ailleurs, ce dernier est longuement interviewé dans le documentaire de Manon Loizeau et son implication dans les révolutions colorées y est clairement établie. En outre, les auteurs de l’ouvrage (dont Drdja Popovic) remercient longuement « leur ami » Robert Helvey pour les avoir « initié au potentiel étonnant de la lutte stratégique non-violente ». Robert Helvey est un ancien colonel de l’armée US, associé à l’Albert Einstein Institution via la CIA, spécialiste de l'action clandestine et doyen de l’École de formation des attachés militaires des ambassades américaines [18].

    Le porte-parole du mouvement du 6 avril, Adel Mohamed, a affirmé, dans une entrevue accordée à la chaîne Al Jazira (diffusée le 9 février 2011), qu’il avait effectué un stage chez CANVAS durant l’été 2009, bien avant les émeutes de la place Tahrir [19]. Il se familiarisa avec les techniques d’organisation des foules et de comportement face à la violence policière. Par la suite, il forma à son tour des formateurs.

    Ahmed Maher, le cofondateur du mouvement du 6 avril, a déclaré à un journaliste du Los Angeles Times « qu’il admirait la révolution Orange d’Ukraine et les Serbes qui ont renversé Slobodan Milosevic » [20].

    Une autre similarité entre la révolution serbe et la révolte égyptienne est l’adoption du logo d’OTPOR par le mouvement du 6 avril, comme l’ont fait les autres révolutions colorées [21].

    Jeunes égyptiens manifestant avec le logo « arabisé » d’OTPOR

    D’autre part, le site web de ce mouvement contient une longue liste des comportements à adopter par les membres s’ils sont arrêtés par la police. Cette liste indicative extrêmement exhaustive n’est pas sans rappeler le guide de « La lutte non-violente en 50 points » de CANVAS [22].

    Parmi les activistes égyptiens, certains ont été sous les projecteurs durant les derniers jours du régime Moubarak. Parmi eux, Wael Ghonim est une figure marquante qui a été emprisonné pendant 12 jours et, après avoir été libéré, a accordé un entretien à la chaîne égyptienne Dream 2 où il raconte sa captivité et s'effondre en larmes avant de quitter le plateau. Cette performance audiovisuelle a fait de ce cyberdissident un héros malgré lui.

    Formé à l’université américaine du Caire (une coincidence:) Wael Ghonim est égyptien vivant à Dubaï, travaillant comme chef du marketing chez Google (une autre coïncidence:) pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord et mariée à une américaine (une dernière coïncidence:). Wael est un activiste récent dans le mouvement du 6 avril, mais il a travaillé étroitement avec Ahmed Maher [23]. Ce qui attire l'attention dans son intervention télévisée, c’est sa déclaration lorsqu’on lui a montré les images des jeunes tués pendant les manifestations : « Je veux dire à toute mère, tout père qui ont perdu un fils, je m'excuse, ce n'est pas de notre faute, je le jure, ce n'est pas de notre faute, c'est de la faute de toute personne qui était au pouvoir et s'y est accrochée ». Cette déclaration montre que le mouvement était très organisé et qu’aucun des membres n’avait prévu des pertes aussi grandes dans les rangs des manifestants, pour la plupart des jeunes qui ont été contactés via les réseaux sociaux.

    Autre information surprenante : le PDG de Google s’est dit « très fier de ce que Wael Ghonim avait accompli », comme si faire la révolution faisait partie de la description des tâches d’un responsable du marketing d’une quelconque entreprise [24].

    La révolte égyptienne, tout comme les révolutions colorées, a fait apparaitre des personnages « internationalement respectables » prêts à être la figure de proue d’un changement démocratique dans la vie politique du pays. Le candidat de prédilection du mouvement du 6 avril est sans conteste Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix et ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Le battage médiatique occidental autour de son « incontournable » candidature n’était finalement qu’un pétard mouillé. Le peuple de la rue ne l’a pas plébiscité et il a vite disparu du paysage. Il est intéressant de noter qu’El Baradei était le candidat privilégié des États-Unis. En effet, l'ancien directeur de l’AIEA est membre de l’International Crisis Group et siège avec de nombreux membres dont Georges Soros (encore lui!) [25]. Le monde est vraiment petit, c’est le moins qu’on puisse dire.

    Finalement, notons que la NED, surnommée « la nébuleuse de l’ingérence « démocratique » » par Thierry Meyssan a été créée par Ronald Reagan pour poursuivre les actions secrètes de la CIA [26]. Le rapport 2009 de cet organisme montre qu’il a attribué environ 1,5 millions de dollars à plus de 30 ONG égyptiennes « pour la croissance et le renforcement des institutions démocratiques à travers le monde » comme prétendu sur leur site [27].

    L’utilisation des nouvelles technologies, si encensée par l’administration américaine, s’avère être un outil de choix pour la lutte non violente. Elle permet de contacter un nombre impressionnant de personnes en un temps record et d’échanger des données numériques et des informations de grande importance à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Les investissements massifs consentis par les institutions et le département d’état américains dans ce domaine se font dans le but d’améliorer les techniques de contournement de la censure étatique, de la géolocalisation des activistes lors de leur arrestation et l’envoi d’images et de vidéos pouvant montrer le visage « inhumain » des régimes autocratiques. La récente annonce du réseau suédois Bambuser permettant de diffuser gratuitement, à partir d’un téléphone portable, des séquences vidéos en direct et leur stockage instantané en ligne en est un bon exemple [28].

    Cependant, une fois dans la rue, les techniques de mobilisation de foules, de socialisation avec les représentants de l’ordre, de gestion logistique et de comportement en cas de violence ou d’utilisation d’armes de dispersion de foules nécessitent une formation adéquate et de longue haleine. Dans le cas de l’Égypte, cela a été rendu possible grâce à l'assimilation du savoir-faire de CANVAS et aux formations dispensées et financées par les différentes institutions américaines.

    Il est clair que la révolte de la rue égyptienne n’est pas aussi spontanée que le prétendent les médias majeurs et leurs commentateurs. Cela n’enlève rien au remarquable engagement du peuple égyptien qui a suivi les leaders du mouvement du 6 avril et de sa noble abnégation pour se débarrasser d’un système corrompu afin d’accéder à une vie meilleure.

    Mais espérons que l’historique révolte de la rue égyptienne et le lourd tribut qu’elle a payé pendant ces dernières semaines ne soient pas confisqués par des intérêts étrangers. Le récent véto américain contre un projet de résolution condamnant la politique de colonisation israélienne est de mauvais augure. Le mouvement du 6 avril n’était-il pas sensible à la souffrance du peuple palestinien [29]?

    Montréal, le 22 février 2011.

    Références

    1. « L'Égypte demande le gel des avoirs de Moubarak et de sa famille à l'étranger», Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/20...

    2. « L'Égypte demande le gel d'avoirs d'anciens responsables du régime Moubarak », Le Monde, 15 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/20...

    3. « Hillary Clinton milite pour la liberté sur Internet », Le Monde, 16 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/article/201...

    4. « Google, les États-Unis et l'Égypte », Le Monde, 3 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/article/201...
    5. Ahmed Bensaada, «Téhéran-Gaza : la différence médiatique », Géostratégie, 3 juillet 2009, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option=...

    6. « Iran : Washington intervient auprès de Twitter », Technaute, 18 juin 2009, http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/inte...
    7. Lire, par exemple, John Laughland, «La technique du coup d’État coloré», Réseau Voltaire, 4 janvier 2010, http://www.voltairenet.org/article163449.html
    8. Manon Loizeau, « Les États-Unis à la conquête de l’Est », 2005. Ce documentaire peut être visionné à l’adresse suivante : http://mecanoblog.wordpress.com/2009/10/16/eta...
    9. Lire, par exemple, Ian Traynor, « US campaign behind the turmoil in Kiev», The Guardian, 26 novembre 2004, http://www.guardian.co.uk/world/2004/nov/26/uk...
    10. Shabab 6 April Youth Movement, http://shabab6april.wordpress.com/shabab-6-apr...
    11. WikiLeaks, câble 10CAIRO99, http://213.251.145.96/cable/2010/01/10CAIRO99....
    12. WikiLeaks, câble 08CAIRO2371, http://www.wikileaks.ch/cable/2008/11/08CAIRO2...
    13. Fanoos Encyclopedia, « Israa Abdel Fattah », http://www.fanoos.com/society/israa_abdel_fatt...
    14. Michel Chossudovsky, « Le mouvement de protestation en Égypte: Les "dictateurs" ne dictent pas, ils obéissent aux ordres », Mondialisation, 9 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bon...
    15. Canvasopedia, http://www.canvasopedia.org/
    16. Maidhc O. Cathail, « The Junk Bond "Teflon Guy" Behind Egypt's Nonviolent Revolution », Dissident Voice, 16 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bon...
    17. Tony Cartalucci, « CIA Coup-College: Recycled revolutionary “props” », Info War, 20 février 2011, http://www.infowars.com/cia-coup-college-recyc...

    18. Thierry Meyssan, « L’Albert Einstein Institution : la non violence version CIA» », Réseau Voltaire, 4 juin 2007, http://www.voltairenet.org/article15870.html
    19. Tina Rosenberg, «Revolution U », Foreign Policy, 18 février 2011, http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/02/...
    20. Jeffrey Fleishman, « Young Egyptians mount unusual challenge to Mubarak », Los Angeles Times, 27 janvier 2011, http://articles.latimes.com/2011/jan/27/world/...
    21. Florian Bieber, « The Otpor Connection in Egypt », Balkan Insight, 31 janvier 2011, http://www.balkaninsight.com/en/blog/the-otpor...

    22. Shabab 6 avril Youth Movement, « Que faire si vous êtes arrêté », http://shabab6april.wordpress.com/shabab-6-apr...
    23. David D. Kirkpatrick et David E. Sanger, « Egyptians and Tunisians Collaborated to Shake Arab History », The New York Times, 13 février 2011, http://www.nytimes.com/2011/02/14/world/middle...
    24. AFP, « Égypte: le PDG de Google "très fier" de ce qu'a accompli Wael Ghonim », 15 février 2011, http://www.france24.com/fr/20110215-egypte-le-...

    25. International Crisis Group, « Crisis Group Announces New Board Members », 1er juillet 2010, http://www.crisisgroup.org/en/publication-type...

    26. Thierry Meyssan, « La nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », Réseau Voltaire, 22 janvier 2004, http://www.voltairenet.org/article12196.html

    27. NED, « 2009 Annual report : Egypt », http://www.ned.org/publications/annual-reports...

    28. Yves Eudes, «Des vidéos vues en direct et stockées à l’abri », Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/02/...

    29. The International Solidarity Movement, « Mohamed Adel a enfin été libéré » », http://www.ism-france.org/temoignages/Mohamed-...

    Ahmed Bensaada, Docteur en physique, Montréal (Canada)

    Cet article a été publié le 24 février dans les colonnes du journal "Le Quotidien d'Oran"

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    Source : Ahmed Bensaada

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  • À 70 ans, Michel Graindorge n’a rien perdu de sa verve...

    Interview :: Michel Graindorge (avocat) appelle au retour à Marx
    À 70 ans, l’avocat Michel Graindorge n’a rien perdu de sa verve. Il signe une carte blanche dans La Libre : « Karl Marx, reviens ! » et parraine la Taxe des millionnaires du PTB.


    Vous avez signé le 13 mars 2010 une carte blanche dans La Libre Belgique : « Karl Marx, reviens ! ». Cela sonne comme une constatation et un ordre à la fois. Pourquoi ?
    Michel Graindorge. Je suis tout autant révolté que je le fus dans ma jeunesse par la situation économique de nos pays et particulièrement de la Belgique. Face au drame de Carrefour, cette carte blanche rappelle quelques vérités auxquelles je suis fort attaché. C’est un cri du cœur mais aussi une réflexion politique en « coup de poing ». Cela me rappelle Fabelta en 1980 où un cadre s’était pendu ou la Sabena, les délocalisations ou les suppressions d’emplois. Ce système est vraiment un système scandaleux.

    Qu’est-ce qui dans votre quotidien, dans votre pratique vous a amené à revenir à Marx, au-delà de votre engagement passé dans les jeunesses communistes ?
    Michel Graindorge. Une de mes plus belles expériences comme avocat fut notre bataille pour les ouvriers de Clabecq. De 1998 à 2002 on a beaucoup appris des travailleurs. Ce fut une lutte exemplaire à l’époque. Je pense depuis l’âge de 18 ans que ce système est fondamentalement inhumain. Depuis quelques années, avec la crise, cela devient intenable. Cela me rappelle que mon père a perdu son emploi comme ouvrier lors de la crise des années 30. C’était un homme jeune. Il est rentré ensuite dans l’administration des prisons. Et aujourd’hui c’est mon fils qui rencontre de grandes difficultés à trouver un emploi. Quel monde sera celui des prochaines générations ?

    Vous parlez de la dictature insidieuse de quelques personnes. De qui s’agit-il ?
    Michel Graindorge. Des gens qui ont des pouvoirs de direction et qui ne sont jamais contrôlés, qui échappent au contrôle populaire. Ce sont 200 familles qui tiennent l’économie du pays en main. Je pense d’abord aux grandes multinationales. Nous vivons une démocratie politique avec ses inconséquences, mais ce n' est pas du tout une démocratie économique. Dès lors, la démocratie est faussée. Le fait que les gens ne décident pas de leur destin est terriblement anachronique au XXIe siècle. Dans la mesure où les décisions qui font la vie quotidienne des citoyens sont prises par des gens éloignés de leurs préoccupations, d’où l’expression « les gens d’abord, pas le profit ».

    Vous l’imaginez comment cette société « des gens d’abord » ?
    Michel Graindorge. Par l’appropriation collective des grands moyens de production. Votre formulation d’une banque populaire me semble une bonne idée. Je redécouvre aujourd’hui la force extraordinaire des travailleurs à l’échelle internationale. Voyez certaines luttes en France, en Italie ou maintenant en Grèce. Cette force dont Marx a parlé dans ses textes de base est toujours intacte et disponible. J’imagine des changements par des mouvements populaires importants. L’histoire d’Inbev est intéressante dans la mesure où il n’y a pas eu de licenciements.

    Où se situe cette force des travailleurs ?
    Michel Graindorge. Dans une partie des syndicats. Je la vois dans des révoltes grondantes et pas encore exprimées. Dans l’émergence de forces nouvelles comme le PTB. Vous avez fait une bonne mutation ; il faut avoir l’audace de l’approfondir… il y a un grand manque.

    En tant qu’avocat et intellectuel, vous appelez à l’insurrection des consciences. Quel est le rôle des intellectuels aujourd’hui ?
    Michel Graindorge. Il est temps de tenter d’engager une prise de conscience. Il y a très peu de débats d’idées en Belgique. Qui peut-être un leader d’opinion? Je n’en vois quasiment pas, si ce n’est dans le milieu syndical.
    J’ai toujours appris au parti communiste que les intellectuels devaient être liés aux travailleurs. Un intellectuel coupé des travailleurs, cela me paraît ambigu, car il peut raconter n'importe quoi et passer à côté de la vie réelle. Il faut s'impliquer dans l'action, participer à des manifestations, être solidaire, signer des pétitions. J’avais espéré à travers cette carte blanche susciter des débats. Mais on débat très peu en Belgique ou alors sur des choses secondaires, comme le voile. Il y a des problèmes beaucoup plus déterminants comme l’emploi ou la question des pensions dérisoires sans certitude de pouvoir encore les payer. Nous sommes rattrapés de plein fouet par la crise économique.

    Vous vous définissez comme compagnon de route du PTB. Comment jugez-vous son évolution ?
    Michel Graindorge. Je me suis toujours senti proche du PTB. Je suis abonné à son journal depuis sa fondation, je crois, et donc je me considère comme un compagnon de route. Je lis ce que vous dites, ce que vous suggérez. Ceci étant, par ma propre réflexion, j’ai gardé au cœur le socialisme depuis 50 ans. Ceci dit, le PTB manque peut-être d’audace. L’idée de la banque publique me paraît une excellente idée. Il faut en parler davantage, l’approfondir. La taxe des millionnaires me paraît une idée juste mais je trouve le guide du « richard » un peu populiste. J’attends du PTB une plus grande audace et une analyse plus fine sur les questions internationales. On ne mesure pas encore l’importance du PTB.

    Vous avez accepté de parrainer la taxe des millionnaires. Quelle est l’importance de cette campagne pour vous ?
    Michel Graindorge. Elle est fondamentale, mais elle doit être bien expliquée. C’est une réponse à la crise. Il existe un impôt sur les fortunes en France.

    Vous soulignez les potentialités présentes d’un changement non violent.
    Michel Graindorge. C’est une intuition plus qu’un constat. Il y a des luttes syndicales et des solidarités très prometteuses. L’acuité de la crise, le désarroi de la population : 23% des personnes âgées vivent en dessous du seuil de pauvreté, rien que cela est énorme. Cela devient intolérable. Il y a un taux de pauvreté de 15 à 18%. Je vois mal comment le capitalisme, même régulé, pourra s’en sortir. Le meilleur exemple c’est la Grèce où l’on voit comment le gouvernement sous direction sociale-démocrate tente de faire payer la crise à la population et comment la population sous l’impulsion du PAME s’efforce de créer une autre dynamique.

    Vous parlez de notre époque comme une époque fantastique. Pourquoi ?
    Michel Graindorge. Notament par l’évolution des technologies, les progrès de la médecine. S’il y avait une dynamique humaine, socialiste, on pourrait résoudre les problèmes fondamentaux de la planète. L’accumulation de moyens est tellement forte ! C’est scandaleux d’en être à mendier.
    Le potentiel de changement est beaucoup plus important qu’avant. Même s’il faut lutter contre le poids des traditions.

  • Une grande dame à l’origine de la Journée des femmes ...

    Clara Zetkin :: Une grande dame à l’origine de la Journée internationale des femmes

    Nous fêtons le 8 mars de chaque année, la Journée internationale des femmes. C’est à Clara Zetkin (1857-1933) qu’est attribuée la maternité de cette journée, à l’occasion de laquelle sont mises à l’honneur les luttes des femmes.
    Fotoula Ioannidis

    Au sein du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), dans les années 1910, diverses tensions se manifestent autour de la question de la guerre. Clara Zetkin s’affirme clairement en opposition à la guerre qui se prépare, avec son amie, aussi révolutionnaire allemande, Rosa Luxembourg.

    Oubliée de l’histoire, Clara Zetkin est pourtant en Europe et peut-être dans le monde, peu avant la Première Guerre mondiale, la femme socialiste la plus connue.

    Pour Clara, ce que les femmes sont, leurs façons d’être et de penser, découlent moins de leur nature que de leur culture. Elle a restitué la femme dans l’histoire des femmes. La plupart des entraves dont elles souffrent sont à attribuer au système économique existant. Pourtant, elle est assez lucide pour noter que « Même dans la société socialiste, la femme devra mener une lutte ardente pour établir en toute clarté la démarcation entre son travail au foyer familial et son activité professionnelle. »

    Développer le mouvement féministe autour d’une tasse de café

    Clara Zetkin est née le 5 juillet 1857 à Wiederau en Saxe (Allemagne) et décédée le 20 juin 1933 à Arkhangelskoïe, près de Moscou. Après avoir brillamment réussi ses études, elle devint enseignante puis journaliste. Vers les années 1870, Clara Zetkin commence à fréquenter le mouvement féministe, et adhère aux idées socialistes dans le contexte de l’essor industriel de l’Allemagne de Bismarck. Puis, à travers son rôle de rédactrice en chef du journal Die Gleichheit (L’égalité) qu’elle fonde en 1891, elle a contribué au développement et à l’organisation du mouvement féministe prolétarien, mais aussi, là où les autorités interdisaient les organisations de femmes à peine constituées, en regroupant les militantes simplement en tant qu’abonnées de la Gleichheit. Elles se réunissaient soi-disant pour fêter un anniversaire ou prendre ensemble une tasse de café : en réalité, on discutait des buts et de l’avenir du mouvement.

    Elle participe également a des réunions clandestines du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD). Elle s’exilera à Zurich après l’interdiction par Bismarck, de tous rassemblements et publication du SPD. C'est encore au SPD, qu'elle rencontrera son futur compagnon, le révolutionnaire russe Ossip Zetkin avec qui, en dehors du mariage, elle aura 2 enfants, Maxime et Konstantin

    Plus tard, elle sera élue présidente du Secrétariat International des Femmes Socialistes en 1907, lors de la première Conférence internationale des femmes socialistes à Stuttgart. C’est elle qui a fait adopter une résolution par le congrès de l’Internationale, qui dit que « les partis socialistes de tous les pays ont le devoir de lutter énergiquement pour l’instauration du suffrage universel des femmes. » C’est lors de la deuxième conférences internationale des femmes socialistes qu’elle proposera la création de la journée internationale des femmes .

    Les femmes contre la guerre

    Au sein du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), diverses tensions se manifestent autour de la question de la guerre. Clara Zetkin s’affirme clairement en opposition à la guerre qui se prépare, avec son amie, révolutionnaire allemande aussi, Rosa Luxembourg. Elle mène de nombreuses actions pour la paix.

    En novembre 1912, devant la cathédrale de Bâle, en sa qualité de secrétaire du mouvement international des femmes socialistes, elle appelle toutes les femmes et les mères à se dresser contre la guerre. Rosa Luxembourg et elle participent toutes deux à l’aile gauche du SPD. Mais le Parti finira par voter les crédits de guerre. Elles contribueront alors à fonder la Ligue spartakiste qui deviendra le Parti communiste d’Allemagne.

    Elle organisera en 1915, en pleine Première Guerre mondiale, une conférence internationale pacifiste de femmes à Berne, en passant illégalement la frontière pour sortir de son pays. Mais à son retour, elle sera arrêtée et emprisonnée.

    La révolution allemande de 1918 permet aux femmes d’obtenir le droit de vote et d’être élue. Clara Zetkin deviendra rapidement parlementaire pour le Parti communiste d’Allemagne à l’assemblée du Reichstag de 1920 à 1933. Clara Zetkin sera aussi parmi les rares femmes membres du Komintern de 1921 à 1933, année où, peu avant de décéder, elle appelait encore vivement à lutter contre le nazisme.